‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 97 sur 114 · I.E ItETIlAlT OU DIT SES IIEl’IiES · texte numérisé non relu

I.E ItETIlAlT OU DIT SES IIEl’IiES

Alors, posant raniilièreiueiil sa main sur IVpaulo de Co|»penole :

— Vous disiez donc, inailre Jacques ?...

— Je dis, sire, que vous avez peut-être raison, que l'heure du peuple n'est pas venue chez vous.

Louis XI l(‘ re^rarda avt'e son ceil pénétrant.

— Lt (piand viendra eette heure, maître ?

— Vous l'entendrez sonner.

— X quelle horloffe, s’il vous plaît ?

Coppenole avec; sa eontenanee tranquille et rnslicpio lit approcher le roi de la fenêtre. — Kc-onlez, sire! Il y a ici un donjon, un ladlroi, dc*s canons, des hourficois, des scddals. (inaïul le hefl'roi iHiurdonnera, ipiand li‘s canons frronderont, ipianci le donjon croulera à f;rand hrnit, quand l)onr};eois et scdd.its hurleront et s’entrc’-tueront, c'est l’heure i|ni sonnera.

Le visa;je de Louis devint soinhrc* c‘l rêveur. Il ri“sla un moment silencieux, puis il frappa doucement de la main, comme on tlatte uiu‘ croupe de destrier, l’c-paisse muraille du donjon. — Oh! que non! dit-il. N’est-ce pas (|iie tu ne crouleras pas si aisément, ma lionne Hastille ?

Kt se tournant d’un geste hrnsipie vers le hardi flamand : — .\vez-vous jamais vu une révolte, maître Jacques?

— J’en ai fait, dit le chanssetier.

— Comment faiti-s-vous, dit le roi, |iour faire une révolte ?

— Ah! ré|Kindit Coi)|)cnole, ce n’est pas bien dil’Iicile. Il y a cent façons. D’ahorci il faut qu’on soit mécontent dans la ville. La chose n’est pas rare. Et puis le caractère dccs hahilanls. Cc“iix de Gand sont commodes à la révolte. Ils ainu'iit toujours le fils du prince, le prince jamais. Eh bien ! un malin, je suppose, on entre clans ma houlique, on me dit : Père CopjHinole, il y a ceci, il y a cela, la demoiselle de Flandre vent sauver ses minislres, h- grand hailli donhle le tru de l’cîsgrin, on autre chose. Ce (pi’on veut. Moi, je laisse là l'ouvrage, je sors de ma chausseterie, et je vais dans la rue, et je cric* : X sac ! 11 y a bien toujours là quelque futaille défoncée. Je monte dessus, et je dis tout haut les premières paroles venues, ce que j’ai sur le cœur ; et quand on est du peuple, sire, on a toujours quelque chose sur le ccEur. Alors on s'attroupe, on crie, on sonne le tocsin, on arme les manants du désarmement des soldats, les gens du

NOTIU;-ÜAMK DE PARIS.

marclié s'y joigiu’iil, cl l'on va! El ce sera’ toujours ainsi, tant qu'il y aura des seigneurs dans les seigneuries, des bourgeois dans les bourgs, et des paysans dans les pays.

— Et contre qui vous rel)ellez-vous ainsi? demanda le roi. Contre vos baillis? contre vos seigneurs ?

— Quebjuefois. C'est selon. Contre le duc aussi, quelquefois.

Louis XI alla .se rasseoir, et dit avec un sourire : — Ah 1 ici, ils n’en sont encore qu’aux baillis !

En cet instant OlivitT le Daim rentra. 11 était suivi de deux pages (|ui portaient les toilettes du roi ; mais ce qui frappa Louis XI, c’t!sl qu'il était en outr(! accompagné du prévôt de Paris et du chevalier du guet, les(|uels paraissaient consternés. Le rancuneux barbier avait aussi l’air consterné, mais content en dessous. C'est lui qui prit la parole : — Sire, je demande pardon à votre majesté de la calamiteuse nouvelle que je lui apporte.

Le roi en se tournant vivement écorcha la natte du plancher avec les pieds de sa chaise : — Qu’est-ce à dire?

— Sire, reprit Olivier le Daim avec la mine méchante d’un homme qui si* réjouit d’avoir à porter un coup violent, ce n’est pas sur le bailli du palais que se rue CA>tte sédition populaire.

— Et sur qui donc ?

— Sur vous, sire.

Le vieux roi se dressa debout et droit commis un jeune homme : — Expli(|ue-loi, Olivier! explique-toi! Et liens bien fa tète, mon eom|MTe, car je te jure par la croix de Sainl-Lô que si tu nous mnis à cette heure, l’épée qui a coiqié le cou de monsieur de Luxembourg n’est pas si ébréchée qu’elle ne scie encore le lii'ii !

Le serment était formidaltle. Louis XI n’avait juré (|tie deux fois dans sa vie jiar la croix de Saint-Lo.

Olivier ouvrit la bouche iionr répondre : — Sire....

— .Mets-loi à genoux ! interrompit violemment le roi.

I rislan, veillez sur cet homme !

Olivier se mit à genoux, et dit froidement : — Sire, une sorcière a été condamnée à mort par votre cour de parlement. Elle s’est réfugiée dans Notre-Dame. Le peuple l’y veut reprendre de vive force. Monsieur le prévôt et monsieur le chevalier du guet, qui viennent de l’émeute, sont là pour me démentir si ce n’est pas la vérité. C’est Notre-Dame (jue le peuple assiège.

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