‹ Œuvres de VoltaireChapitre 102 sur 182 · CONTRE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

CONTRE L'AUTEUR

Il est honteux pour l'esprit humain que sous un gouvernement de sagesse et de paix, qui semhle faire de la France une seule famille, la discorde règne dans les belles-lettres, et que la société ne soit troublée que par ceux qui devraient en faire la douceur principale.

Un libelle infâme '* ayant révolté le public, il y a quelques mois, j'ai cru qu'il ne serait pas inutile de proposer ici quelques idées sur la satire, accompagnées de l'histoire récente des injustices, des crimes même, et des malheurs qu'elle a produits de nos jours. Je tâcherai de parler en philosophe et en historien , et de montrer la vérité la plus exacte dans les réflexions comme dans les faits.

Je commencerai d'abord par examiner la nature de la critique; ensuite je donnerai une histoire, peut-être utile, de la satire et de ses effets, à prendre seulement depuis Boileau jusqu'au dernier libelle diffamatoire qui a paru depuis peu : ce qui fera un tableau ,

« La date de 1739 est donnée par l'auteur lui-même, page 34<>. Ce Mémoire nu- la satire u'esl qu'une seconde version du Mémoire qui précède; mais comme il u'y a pas deux page* de semblables . je n'ai pas hésité à rapporter les deu\ versions en entier. B.

» La foitairomanie : rosez ma uote, lome XXXVII. page 54 :ï. B.

dont le premier trait sera l'abus que Boileau a fait de la critique; et le dernier sera l'excès horrible où la satire s'est portée de nos jours.

Peut-être que les jeunes gens qui liront cet essai apprendront à détester la satire. Ceux qui ont embrassé ce genre funeste d'écrire en rougiront; et les magistrats qui veillent sur les mœurs regarderont peut-être cet essai comme une requête présentée au nom de tous les honnêtes gens pour réprimer un abus intolérable.

Page 1