‹ Œuvres de VoltaireChapitre 104 sur 182 · SUR LA SATIRE. I · texte numérisé non relu

SUR LA SATIRE. I

Aussi toute la politesse des hommes ne consiste qu'à se conformer à cette horreur invincible que la nature humaine aura toujours pour ce qui porte le caractère de mépris. La première règle de l'éducation, dans tous les pays , est de ne jamais rien dire de choquant à personne.

Les Français ont été plus loin en cela que les autres peuples; ils ont presque fait une loi de la société, de dire des choses flatteuses.

Il serait donc bien étrange que, dans la nation la plus polie de l'Europe, il fût permis d'écrire, d'imprimer, de publier d'un homme, à la face de tout le monde, ce qu'on n'oserait jamais dire à lui-même, ni en présence d'un tiers, ni en particulier.

Il n'est permis de critiquer par écrit, sans doute, que de la même façon dont il est permis de contredire dans la conversation. 11 faut prendre le parti de la vérité; mais faut-il blesser pour cela l'humanité? faut-il renoncer à savoir vivre , pareequ'on se flatte de savoir écrire?

Depuis le beau règne de Louis XIV, où tout s'est perfectionné en France, les magistrats qui veillent sur la littérature ont eu soin, autant qu'ils ont pu, que les Français ne démeutissent point, par leurs écrits, ce caractère de politesse qu'ils ont dans le commerce. Il n'y a point aujourd'hui de censeur de livres qui pût donner son approbation à un écrit mordant, à moins peut-être que cet ouvrage ne fût une réponse à un agresseur. Il est triste qu'il ait fallu tant de temps pour établir dans la littérature ce qui

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la toujours été dans le commerce des hommes, et qu'on se soit aperçu si tard que des injures ne sont pas des raisons.

11 se trouva, dans le siècle passé, un homme qui donna un hel exemple de la critique la plus judicieuse et la plus sage : c'est Vaugelas. On croit qu'il n'a donné que des leçons de langage : il en a donné de la plus parfaite politesse; il critique trente auteurs, mais il n'en nomme ni n'en désigne aucun : il prend souvent même la peine de changer leurs phrases en y laissant seulement ce qu'il condamne, de peur qu'on ue reconnaisse ceux qu'il censure. Il songeait également à instruire et à ne pas offenser; et certainement il s'est acquis plus de gloire, en ne voulant pas flétrir celle des autres, que s'il s'était donné le malheureux plaisir de faire passer des injures à la postérité.

Il me convient mal de parler de moi , et je me garderais bien d'en demander la permission , si je ne me trouvais dans une circonstance qui autorise cette extrême liberté. 1 /excès des horribles calomnies dont on a voulu me noircir dans le libelle le plus odieux excusera peut-être une hardiesse que je ne me permets ici qu'avec peine.

Je me crus obligé, il y a quelques années, de m'ôlever contre un homme d'un mérite très distingué, contre feu M. de La Motte, qui se servait de tout son esprit pour baunir du théâtre les règles et même les vers. J'allai le trouver avec M. de Crébillon , intéressé plus que moi à soutenir l'honneur d'un art dans lequel je ne l'égalais pas. Nous demandâmes tous deux

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à M. de La Motte la permission d'écrire contre ses sentiments. Il nous la donna; M. de Crébillon voulut bien que je tinsse la plume.

Deux jours après je portai mon écrit à M. de La Motte. C'est une préface qu'on a mise à la nouvelle édition à'OEdipe l. Enfin, on vit ce que je ne pense pas qu'on eût vu encore dans la république des lettres, un auteur, censeur royal, devenir l'approbateur d'un ouvrage écrit contre lui-même.

Encore une fois, je suis bien loin d'oser me citer pour exemple; mais il me semble qu'on peut tirer de là une règle bien sure pour juger si un homme s'est tenu dans les bornes d'une critique honnête : « Osez «montrer votre ouvrage à celui même que vous cen- « surez. »

Il y a encore un meilleur parti à prendre, surtout dans les ouvrages de goût et de sentiment : c'est de ne critiquer qu'en essayant de mieux faire. Je conviens qu'en physique, en histoire, en philosophie, on est obligé de relever des erreurs. Ce n'est pas assez à M. l'abbé Dubos d'établir, avec l'érudition la pins exacte et la plus grande vraisemblance, l'origine des Français *; il faut absolument qu'il réfute des opinions moins probables. Il a fallu montrer que Descartes avait donné six règles fausses du mouvement, lorsqu'on a établi les véritables règles. Mais en fait d'arts, c'est, je .crois, tout autre chose. Un peintre, un sculpteur, un

• Voyea, tome II , la Pré/ace de l'édition de \ 73o. B.

* L'abbé Dubos est auteur d'une Histoirt critique de t établissement de la monarchie française dam les Coules, i - , trois volumes in-4* ; i ?U . deux volumes in-4°, «« quatre volumes in-ia. B.

musicien, n'auraient pas bonne grâce à écrire contre leurs confrères. Pourquoi cette différence? c'est que les hommes ne peuvent savoir si Descartes et Mézerai ont tort, sans le secours de la critique; mais il suffit d'avoir des yeux et des oreilles pour juger d'un beau tableau et d'une bonne musique. Aussi je ne vois point que les Destouches aient écrit contre les Campra , ni les Girardon contre les Puget : chacun a tâché de surpasse!- son émule. Les poètes , et ceux qu'on nomme littérateurs, sont presque les seuls artistes auxquels on puisse reprocher ce ridicule de se déchirer mutuellement sans raison.

Lorsque Scudéri porta au cardinal de Richelieu sa très mauvaise censure de la belle mais imparfaite tragédie du Cid, pourquoi le cardinal ne dit-il pas à Scudéri et à ses confrères : Messieurs , qui méprisez tant le Cid, écrivez sur le même sujet, et traitez-le mieux que Corneille? On sentait apparemment que cette manière de critiquer n'était pas à la portée des censeurs. C'était pourtant la seule dont Corneille s'était servi contre ses rivaux ; et ce fut la seule que Racine employa contre Corneille même.

L'auteur de Gnna et de Polyeucte était homme : il y avait quelques défauts dans ses meilleures pièces; il était un peu déciamateur; il ne parlait pas purement sa langue; il n'allait pas toujours assez au cœur. On aurait écrit en vain des volumes contre ses défauts. Il vint un homme qui, sans écrire contre lui et en le respectant, donna des tragédies plus intéressantes, plus purement écrites, et moins pleines de déclamations.

Avant nos bons avocats, on citait les Pères de

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l'Eglise au barreau , quand il s'agissait du loyer d'une maison; avant nos bons prédicateurs, on parlait en chaire de Plutarque, de Cicéron, et d'Ovide. Ceux qui ont banni ce mauvais goût en ont-ils purgé la France en se moquant des orateurs leurs contemporains? non; ils ont marché dans la bonne route, et alors on a quitté la mauvaise.

J'aurais bien d'autres exemples à donner pour faire voir que ce n'est point par des satires, mais par des ouvrages écrits dans le bon goût, qu'on réforme le goût des hommes. Mais cette vérité étant suffisamment prouvée, je passe à l'histoire de la satire, que j'ai promise, à ses effets, et à ses progrès. Je commence par Boileau; car en France, quand il s'agit des arts, je crois qu'il n'y a guère d'autre époque à prendre que le règne de Louis XIV.

DB DX4PRBAUX.

L'abbé Furetière, homme caustique et médiocre écrivain, fesait des satires dans le goût de Régnier. Il les montrait à Boileau jeune encore : le disciple, né avec plus de talent que le maître, profita trop bien dans cette école dangereuse. Il y avait alors à Paris un homme d'uue érudition immense, qui écrivait en prose avec assez de grâce et de justesse, qui passait pour bon juge, qui était l'ami et même le protecteur de tous les gens de lettres. S'attendrait-on à voir le nom de Chapelain au bas de ce portrait? Tout cela est pourtant exactement vrai ; et Chapelain aurait joui d'une grande réputation s'il n'avait pas voulu en avoir

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davantage. I^a Pueelle et Boileau firent un écrivain très ridicule d'un homme d'ailleurs très estimable.

Malgré cette malheureuse Pueelle, Chapelain était un si galant homme et si considéré, que le grand Colbert, lorsqu'il engagea Louis XIV à donner des pensions aux. gens de lettres, chargea Chapelain de faire la liste de ceux qui méritaient les bienfaits du roi.

Cette faveur de Chapelain irrita le jeune Boileau, qui, dans la première édition de sa première satire, fit imprimer ces vers, lesquels ne sont pas ses meilleurs :

Knfin je ne saurais, pour faire un juste gain , Aller, bas en rampant, fléchir sous Chapelain.

Voilà donc l'origine de la querelle: un peu d'envie et de penchant à médire. Ce goût pour la médisance était dans lui, du moins en ce temps-là, si dominant et si injuste, que dans la même satire il traite de parasite* un honnête homme qui souffrait la pauvreté avec courage , et qui la rendait respectable en n'allant jamais manger chez personne : il s'appelait Pelletier.

Tandis que Pelletier, crotté jusqu'à l'échiné, S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine

Je demande à tout esprit raisonnable en quoi ces traits, assez bas et assez indignes d'un homme de mérite, pouvaient contribuer à établir en France le bon goût. Quel service Boileau rendait -il aux lettres en disant dans sa seconde satire a :

a Voyez le» Commentaires mémo de Boileau. — » Boileau , satire Ir*\ vers 7778; à Pelletier il substitua Colletet. B. — «Vrrs 17-20. B.

SliR LA SATIRE. 17'%.

Si je veux d'un galant dépeindre la figure, Ma plume, pour rimer, trouve l'abbé de Pure; Si je pense exprimer un auteur sans défaut , La raison dit Virgile, et la rime Quinault.

J'ai déjà montré quelque part1 combien ce trait est injuste de toutes façons. Quinault ne rime point assez bien avec défaut, pour que ce nom soit amené par la rime; et la raison n'a jamais dit que Virgile soit sans défaut : la raison dit seulement que Virgile, malgré tout ce qui lui manque, est le plus grand poète de Rome.

Il est bien indubitable que ce n'est point un zèle trop vif pour le bon goût, mais un esprit de satire et de cabale qui acharnait ainsi Boileau contre Quinault ; car dans une satire qui parut bientôt après, il dit1 :

Je ne sais pas pourquoi l'on vante V Alexandre ; Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre : Les héros chez Quinault parlent bien autrement.

M Alexandre du célèbre Racine ne valait peut-être guère mieux que VA strate ; il était infiniment moins intéressant. J'ai ouï conter même à un homme de ce temps -là qu'un vieux comédien dit à M. Racine : « Vous ne réussirez jamais si vous ne traitez pas l'a- « mour aussi tendrement que le jeune Quinault : vous « faites des vers mieux que lui ; si vous traitez les passions, vous surpasserez Corneille. » Ce comédien avait raison ; et je suis persuadé que, sans Quinault ,

' Lettre à Cideville, en tète du Temple du Goût, tome XII; et dans Y t. pitre sur la calomnie, à madame Du Chàtelet , tome XIII. R. •Satire III , vers i85-8;. h.

Racine, qui avait méconnu son talent damT/iéagène1^ dans les Frères ennemis, et même dans Alexandre , eût pu continuer à s'égarer.

Mais j'insiste encore, et je demande comment Boileau pouvait insulter si indignement et si souvent l'auteur de la Mère coquette; comment il ne demanda pas enfin pardon à l'auteur $ Atys, de Roland, iVArmide; comment il n'était pas touché du mérite de Quiuault , et de l'indulgence singulière du plus doux de tous les hommes, qui souffrit trente ans, sans murmure, les insultes d'un ennemi qui n'avait d'autre mérite pardessus lui que de faire des vers plus corrects et mieux tournés, mais qui certes avaient moins de grâce, de sentiment , et d'invention.

Est-ce enfin par l'amour du bon goût que Despréaux se croyait forcé à louer Ségrais% que personne ne lit ; et à ne jamais prononcer le nom de I^a Fontaine, qu'on lira toujours? Est-ce à ses satires qu'on doit la perfection où les muses françaises s'élevèrent ? pour lors Molière et Corneille n'avaient-ils pas déjà écrit ?

Boileau a-t-il appris à quelqu'un que la Pucclle* est un mauvais ouvrage ? non , sans doute. A quoi donc ont servi ses satires ? à faire rire aux dépens de dix ou douze gens de lettres; à faire mourir de chagrin deux hommes1* qui ne l'avaient jamais offensé; à lui susciter enfin des ennemis qui le poursuivirent presque

1 II ne reste rien de cette tragédie de Racioe, que l'auteur parait même avoir abandonnée sans l'achever. R.

* Artpoéi., IV, aoi. R.

3 De Chapelain. R. — 4 D'OIivet , dans son Histoire de taeadêmir, 1743, Il , 169 , ne parle que d'un ; et c'est l'abbé Cassagncs. R.

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jusqu'au 101111)03(1, et qui l'auraient perdu plus d'une fois sans la protection de Louis XIV.

Aussi quelle serait sa réputation s'il n'avait couvert ces fautes de sa jeunesse par le mérite de ses belles épîtrcs et de son admirable Art poétique ? Je ne connais de véritablement bons ouvrages que ceux dont le succès n'est point dû à la malignité humaine.

DE L\ SATIRR iPRàs LE TRME» DR DESPHEAlIX

Boileau dans ses satires, quoique cruelles, avait toujours épargné les mœurs de ceux qu'il déchirait : quelques personnes qui se mêlèrent de poésie après lui poussèrent plus loin la licence. Un style qu'on appelle marotique fut quelque temps à la mode. Ce style est la pierre sur laquelle on aiguise aisément le poignard de la médisance. Il n'est pas propre aux sujets sérieux, pareequ'étant privé d'articles, et étant hérissé de vieux mots, il n'a aucune dignité; mais, par ces raisons-là même, il est très propre aux contes cyniques et à lepigramme.

On vit donc paraître beaucoup d epigrammes et de satires dans ce style: on y ajouta des couplets encore plus infâmes. On appelait couplets certaines chansons parodiées des opéra. Personne, je crois, ne s'avisera de dire que c'était l'amour du vrai, le goût de la saine antiquité, le respect pour les anciens, qui obligeaient les auteui's de ces infamies à les écrire, (./est pourtant ce que ces auteurs osaient dire pour leur défense : tant on cherche à couvrir ses fautes de quelque ombre de

Mélanges. II. I l

raison ! Pour moi qui, quoique très jeune alors1, ai vu naître toutes ces horreurs, je sais très bien que Penvie en fut la seule cause. Et quelle envie encore ! quelle source ridicule de tant de disgrâces sérieuses! de quoi s'agissait-il? d'un opéra qui n'avait pas réussi! Il n'y a point d'autre origine de la haine qui fit faire cette infâme pièce intitulée la Frcincinade , et ces soixante et douze couplets qui désolèrent long-temps plusieurs gens de lettres et des familles entières ; et ceux que l'auteur avoua lui-même contre les sieurs Dauchet , Bertin, et Pécourt; enfin ceux qui furent la cause de ce fameux procès, rapporté très exactement dans le livre des Causes célèbres.

MM. de La Motte, Danchet, Saurin, et le sieur Rousseau , étaient amis. MM. de La Motte et Danchet donnèrent des opéra qui eurent du succès ; ceux de Rousseau n'en auraient point eu : joignez à cela la chute de la comédie du Capricieux, et ne cherchez point ailleurs ce qui attira tant de crimes et une condamnation si publique.

Mais voici quelque chose qui doit frapper bien davantage. Il est certain qu'un homme flétri pour avoir abusé à ce point du talent de la poésie, pour avoir fait les satires les plus horribles, et qui cherchait à laver cette tache, ne devait jamais se permettre la moindre raillerie contre personne. Et cependant qu'a-t-il fait pendant trente années de bannissement ? de nouvelles satires, auxquelles il ne manque que d'être bien écrites pour être aussi odieuses que les premières.

« Le procès de J.-B. Rousseau est de i ; to el i - 1 1 (vojftz tome XXX Vil . page 5o8 ), Voltaire avait alors seize à dix-sept ans. B.

SLR LA SATIRK. I 73<). 33q

Je ne dissimule point quêtant outragé par lui, comme tant d'autres , j'ai perdu patience; et que surtout, dans une pièce contre la calomnie1, j'ai marque toute mou indignation contre le calomniateur. J'ai cru être en droit de venger et mes injures et celles de tant d'honnêtes gens J'aurais mieux fait peut-être d'abandonner au mépris et à l'horreur du public les crimes que j'ai attaqués; mais enfin, si c'est une faute d'écrire contre le perturbateur du repos public, c'est une faute bien excusable; c'est, j'ose le dire, celle d'un citoyen.

Ce fut alors que les journaux destinés à l'honneur des lettres devinrent le théâtre de l'infamie. L'homme dont je parle, et dont je voudrais supprimer ici absolument le nom pour ne me plaindre que du crime, et non du criminel, osa faire imprimer dans -la Bibliothèque française, en 17S6, un tissu de calomnies3. Il osait alléguer, entre autres raisons de sa conduite envers moi, qu'autrefois, en passant par Bruxelles, j'avais voulu le perdre dans l'esprit de M. le duc LVÀremberg, son protecteur. Quel a été le fruit de cette imposture ? M. le duc D'Arcmberg en est instruit : il me fait aussitôt l'honneur de m'écrire3 pour désavouer cette calomnie; il chasse de sa maison celui

« Voye», ton* XIII, l'Épître à madame Du Chitelel , sur la calomnie, i;33. B.

'C'est la lettre de J.-B. Rousseau, du a a mai 1736. Elle est au tome XXIII de la Bibliothèque française, pages 1 38- 1 54 : voyez aussi id., «54. R.

J Le billet du duc D'Aremberg est rapporté dans le Mémoire qui précède, page 3a3, et dans la lettre de Voltaire aux auteurs de la Bibliothèque française, du ao septembre i?36: voyei la Correspondance. R.

it.

qui eii est Fauteur. On public la lettre de ce prince; le calomniateur est confondu ; et enfin les auteurs du journal de la Bibliothèque française me font des excuses publiques ».

Je ne me résous à rapporter ce qui va suivre que comme un exemple fatal de cette opiniâtreté malheureuse qui porte l'iniquité jusqu'au tombeau. Ce même homme prend enfin le parti de vouloir couvrir tant de fautes et de disgrâces du voile de la religion ; il écrit des Épitres morales et chrétiennes'1 (ce n'est pas ici le lieu d'examiner si c'est avec succès); il sollicite enfin son retour à Paris et sa grâce ; il veut apaiser le public et la justice; on le voit prosterné aux pieds des autels ; et dans le même temps il trempe dans le fiel sa main moribonde. A I âge de soixante et douze ans il fait de nouveaux vers satiriques; il les envoie à un homme qui tient un bureau public de ces horreurs3; on les imprime. Les voici. La meilleure censure qu'on en puisse faire, c'est de les rapporter.

Petit rimeur anti-chrétien 4,

On reconnaît dans tes ouvrages

Ton caractère et non le mien.

Ma principale faute, hélas! je m'en souvien, Vint d'un cœur qui , séduit par tes patelinages , Crut trouver un ami dans un parfait vaurien.

• Tome XXIV de la lïibliothètjue française, page 38o. Ce sont de* cou seils autaut que des excuses. B.

» Ce sout les trois Épitres nouvelles, qui sont le sujet de Y Utile examen , imprimé dans le tome XXXVII. B.

3 Déboutâmes , qui a imprimé dans la Vollairomanie plusieurs pièces de vers de J.-B. Rousseau. B.

4 Cette épigramine, déjà rap|M>rtée par Voltaire dans le Mémoire qui précède, , ue se trouve pas dans les OEuvres de J.-B. Rousseau. B.

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