‹ Œuvres de VoltaireChapitre 118 sur 182 · LES FACHEUX · texte numérisé non relu

LES FACHEUX

Comédie eu ver» et en trois acte», représentée à Vaux, devant le roi, au mois d'aoot ; et à Paris , sur le théâtre du Palais-Royal , le 4 novembre de la même année 1661.

Nicolas Fouquet, dernier surintendant des finances, engagea Molière à composer cette comédie pour la fameuse fête qu'il donna au roi et à la reine-mère dans sa maison de Vaux, aujourd'hui appelée Villars. Molière n'eut que quinze jours pour se préparer. Il avait déjà quelques scènes détachées toutes prêtes; il y en ajouta de nouvelles, et en composa cette comédie, qui fut, comme il le dit dans la préface, faite, apprise, et représentée en moins de quinze jours. Il n'est pas vrai, comme le prétend Grimarest, auteur d'une Vie de Molière, que le roi lui eût alors fourni lui-même le caractère du chasseur. Molière n'avait point encore auprès du roi un accès assez libre : de plus, ce n'était pas ce prince qui donnait la fête, c'était Fouquet; et il fallait ménager au roi le plaisir de la surprise.

Cette pièce fit au roi un plaisir extrême, quoique les ballets des intermèdes fussent mal inventés et mal exécutés. Paul Pellissou, homme célèbre dans les lettres, composa le prologue en vers à la louange du roi. Ce prologue fut très applaudi de toute la cour, et plut beaucoup à Louis XIV. Mais celui qui donna la fête, et l'auteur du prologue, furent tous deux mis en prison peu de temps après ; 011 les voulait même arrêter au milieu de la fête: triste exemple de l'instabilité des fortunes de cour.

Les Fâcheux ne sont pas le premier ouvrage en scènes absolument détachées qu'on ait vu sur notre théâtre. Les Visionnaires de Desmarets étaient dans ce goût1, et avaient eu un succès si prodigieux que tous les beaux esprits du temps de Desmarets rappelaient Vinimitable comédie. Le goût du public s'est tellement perfectionné depuis, que cette comédie ne paraît aujourd'hui inimitable que par son extrême impertinence. Sa vieille réputation fit que les comédiens osèrent la jouer en 1719; mais ils ne purent jamais l'achever. Il ne faut pas craindre que les Facheux tombent dans le même décri. On ignorait le théâtre du temps de Desmarets; les auteurs étaient outrés en tout , parcequ'ils ne connaissaient point la nature; ils peignaient au hasard des caractères chimériques; le faux, le bas, le gigantesque, dominaient partout : Molière fut le premier qui fit sentir le vrai, et par conséquent le beau. Cette pièce le fit connaître plus particulièrement de la cour et du roi ; et lors- • que, quelque temps après, Molière donna cette pièce à Saint-Germain , le roi lui ordonna d'y ajouter la scène du chasseur. On prétend que ce chasseur était le comte de Soyecourt. Molière, qui n'entendait rien au jargon de la chasse, pria le comte de Soyecourt lui-même de lui indiquer les termes dont il devait se servir.

» Les Visionnaires de Desmarets , joués en 1637, comme le remarque Auger dans son édition de Molière, II , 460 , ne sont pas une comédie à scènes détachées ; et Molière est le premier qui ait lait parmi nous une pièce de ce genre. B.

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