L'ÉCOLE DES FEMMES
Comédie en vert et en cinq actes, représentée à Paris, sur le théâtre du Palais- Royal , le »6 décembre 166a.
Le théâtre de Molière, qui avait donné naissance à la bonne comédie, fut abandonné la moitié de Tannée 1661, et toute Tannée 1662, pour certaiues farces moitié italiennes, moitié françaises, qui furent alors accréditées par le retour d'un fameux pantomime italien, connu sous le nom de Scaramoucbe. Les mêmes spectateurs qui applaudissaient sans réserve à ces farces monstrueuses se rendirent difficiles pour V École des femmes, pièce d'un genre tout nouveau, laquelle, quoique toute en récits, est ménagée avec tant d'art que tout paraît être en action I.
Elle fut très suivie et très critiquée, comme le dit la gazette de Loret :
Pièce qu'en plusieurs lieux on fronde, Mais où pourtant va tant de monde, Que jamais sujet important Pour le voir n'en attira tant.
Elle passe pour être inférieure en tout à F École des maris, et surtout daus le dénoûment, qui est aussi postiche dans P École des femmes qu'il est bien amené dans V École des maris. On se révolta généralement contre quelques expressions qui paraissent indignes de Molière; on désapprouva le corbillon^ la
1 Uu successeur de Krcrou a pris cette idée à Voltaire , en disant {Annie littéraire, 1 7 85 , 1 , 96-97) que les recils de Y École des femmes sont de *éri-
DE MOLIEKE. 1 739.
tarte h la crème , les enfants Jaits par l'oreille1. Mais aussi les coDiiaisseurs admirèrent avec quelle adresse Molière avait su attacher et plaire pendant cinq actes, par la seule confidence d'Horace au vieillard , et par de simples récits. Il semblait qu'un sujet ainsi traité ne dût fournir qu'un acte; mais c'est le caractère du vrai génie de répandre sa fécondité sur un sujet stérile, et de varier ce qui semble uniforme. On peut dire en passant que c'est là le grand art des tragédies de l'admirable Racine.