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plan mobile à qui on donne la vitesse i , sur lequel on fait rouler, selon la même direction , une boule avec
la même vitesse. Ces i vitesses en un même temps ne feront jamais d'effet que comme i et non comme /[.
i8° Les défenseurs des forces vives ont-ils bien réfuté cette expérience, en disant que le ressort qui donne la vitesse 1 à la boule, étant appuyé lui-même sur ce plan mobile, fait reculer ce plan et dérange l'expérience? N'est-il pas aisé de remédier à ce petit décbet de mouvement que le plan mobile doit éprouver? On n'a qu'à fixer le ressort à un appui inébranlable, et jeter avec ce ressort la boule sur le plan mobile. L'expérience peut se faire, l'effet ne peut s'en contester; la question n'est-elle pas décidée de fait? (Voycz/tf. 79.)
icf N'est-il pas encore évident que ces cas, tels que M. Herman les rapporte, et tous les cas possibles où un mobile semble communiquer plus de force qu'il n'en a, sont tous soumis à la distinction du temps et à l'examen des forces du ressort? Par exemple on dit qu'une boule sous -double, ayant la vitesse deux, communique en un temps une force comme quatre aux deux boules doubles, quelle frappe à-la-fois sous un angle de Go degrés, puisque ebacune des boules doubles recevra un de vitesse; mais il faut observer que dans ce cas les boules B et E n'auront parcouru s que la moitié du rayon dans le sens de AB, tandis que le corps A, allant de A en D, aura parcouru le double de ce rayon ; et quant à la vitesse latérale qu'elles acquièrent, elle est produite également dans le cas du choc des corps durs, où tout le monde con-
Mkl\sges. II. 3?
/|(jtt DOUTES SDR LA MESURE
vient de mesurer la force par le produit de la masse par la vitesse.
20°Ne paraît-il pas encore que, dans le choc des corps à ressort, ce serait se faire illusion de croire que la force motrice soit le produit du carré de la vitesse, sur ce que les carrés de cette vitesse, multipliés par les masses, sont toujours, après le choc, égaux à la masse du corps choquant, multipliée par le carré de sa vitesse? Cette augmentation de force qu'on trouve après le choc ne vient-elle pas évidemment de la propriété des corps à ressort ? Et n'est-ce pas cette propriété qui fait qu'une boule choquée par le moyen de ao boules intermédiaires, toutes en raison sous -double, peut
acquérir — fois plus de force que si elle était
choquée par la première boule seulement ? Or il est démontré que dans ce cas ce n'est pas cette première boule qui possédait ce grand excédant de forces; n'est -il donc pas de la dernière évidence que c'est au ressort qu'il faut attribuer cette prodigieuse augmentation ?
Donc, de quelque côté qu'on se tourne, soit que l'on consulte l'expérience, soit qu'on calcule, on trouve toujours que la valeur des forces motrices est la masse multipliée par la vitesse.
SECONDE PARTIE
De la nature de la force.
i° Maintenant, s'il est bien prouvé que ce qu'on appelle force motrice est le produit de la simple vi-
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tesse par la masse , sera-t-il moins aisé de parvenir à connaître ce que c'est que cette force?
a° D'abord, si elle est la même dans un corps qui n'est pas en mouvement , comme dans le bras d'une balance en repos, et dans un corps qui est en mouvement, n'est- il pas clair qu'elle est toujours de même nature, et qu'il n'y a point deux espèces de force, l'une morte et l'autre vive, dont l'une diffère infiniment de l'autre ? à moins qu'on ne dise aussi qu'un liquide est infiniment plus liquide quand il coule que quand il ne coule pas.
3° Si la force n'est autre chose que le produit d'une masse par sa vitesse, ce n'est donc précisément que le corps lui-même, agissant ou prêt à agir avec cette vitesse. La force n'est donc pas un être à part , un principe interne, une substance qui anime les corps , et distinguée des corps, comme quelques philosophes l'ont prétendu.
4° Cette force qui n'est rien , sinon l'action des corps en mouvement, n'est donc pas primitivement dans des êtres simples qu'on nomme monades , lesquelles ces philosophes disent être sans étendue , et constituer cependant la matière étendue ; et , quand même ces êtres existeraient, il ne paraît pas plus qu'ils puissent avoir une force motrice, qu'il ne semble que des zéros puissent former un nombre.
5° Si cette force n'est qu'une propriété, elle est sujette à variations, comme tous les modes de la matière ; et si elle est en même raison que la quantité du mouvement, n'est-il pas clair que sa quantité s'altère si le mouvement augmente ou diminue?
5oO DOUTES SUR LA MESURE
6° Or il est de fait que la quantité de mouvement augmente toutes les fois qu'un petit corps à ressort en choque un plus grand en repos. Par exemple, le mobile élastique A, qui a 20 de masse et 1 1 de vitesse, choque B en repos, dont la masse est 200; A rejaillit avec une quantité de mouvement de 180, et B marche avec 4oo.
Ainsi A, qui n'avait que 20 de masse et 1 1 de vitesse, ou 220 de force, a produit 58o. D'un autre côté, il se perd, comme on en convient, beaucoup de mouvement dans le choc des corps inélastiques ; donc la force augmente et diminue.
70 Les philosophes qui ont dit que la permanence de la quantité des forces est une beauté nécessaire dans la nature, ont-ils plus de raison que s'ils disaient que la même quantité d'espèces, d'individus, de figures , etc. , est une beauté nécessaire ?
8° S'il est incontestable que le choc d'un petit corps contre un plus grand produise une force beaucoup plus grande que celle que ce petit corps possédait, ne suit-il pas évidemment que les corps ne communiquent point de force proprement dite ? car daus l'exemple ci-dessus, où 20 de masse avec 1 1 de vitesse ont produit 58o de force, le corps B, qui a 200 de masse, acquiert une force de l\QO, qui n'est que le résultat de la masse aoo par la vitesse 2. Or certainement il n'a pas reçu de lui sa niasse, il n'a reçu que sa vitesse, laquelle n'est qu'un des composants, un des instruments de la force ; donc les corps ne communiquent point la force.
90 Mais la masse et le mouvement sufQsent-ils pour
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opérer cette force? ne faut-i! pas évidemment l'inertie, sans laquelle la matière ne résisterait pas, ét sans laquelle il n'y aurait nulle action ? L'inertie, le mouvement, et la masse, suffisent - ils ? ne faut- il pas un principe qui tienne tous les corps de la nature en mouvement, et leur communique ainsi incessamment une force agissante ou prête d'agir ? et ce principe n'est-il pas la gravitation, soit que la gravitation ait elle-même une cause physique, soit qu'elle n'en ait point ?
io° La gravitation, qui imprime le mouvement à tous les corps vers un centre, n'est -elle pas encore très loin de suffire pour rendre raison de la force active des corps organisés ? et ne leur faut-il pas un principe interne de mouvement, tel que celui de ressort ?
r i°La force active causée par ce ressort, agissant suivant ces mêmes lois, et opérant les mêmes effets que toute force quelconque, ne doit -on pas en conclure que la nature, qui va souvent à différents buts par la même voie, va aussi au même but par différents chemins, et qu'ainsi la véritable physique consiste à tenir registre des opérations de la nature, avant de vouloir tout asservir à une loi générale ?
A Bruxelles, ce 27 mars 1741.
Voltaire.