‹ Œuvres de VoltaireChapitre 157 sur 182 · ET CE QU'ON POURRAIT FAIRE · texte numérisé non relu

ET CE QU'ON POURRAIT FAIRE

laisser aller le monde comme il va , faire son devoir tellement quellement , et dire toujours du bien de monsieur le prieur, est une ancienne maxime de moine; mais elle peut laisser le couvent dans la médiocrité, dans le relâchement, et dans le mépris. Quand 1 émulation n'excite point les hommes, ce sont des ânes qui vont leur chemin lentement, qui s'arrêtent au premier obstacle, et qui mangent tranquillement leurs chardons à la vue des difficultés dont ils se rebutent; mais aux cris d'une voix qui les encourage, aux piqûres d'un aiguillon qui les réveille, ce sont des coursiers qui volent et qui sautent au-delà de la barrière. Sans les avertissements de l'abbé de Saint- Pierre, les barbaries de la taille arbitraire ne seraient peut-être jamais abolies en France. Sans les avis de Locke, le désordre public dans les monnaies n'eût point été réparé à Londres. 11 y a souvent des hommes qui , sans avoir acheté le droit de juger leurs semblables, aiment le bien public autant qu'il est négligé

1 Cet opuscule, imprimé dans le tome V de l'édition de 1 74a des OEuvres de foliaire, est peut-être plus ancien. Dans une édition in-8*, dont le tome VI porte la date de 174$, il est intitulé : Discours sur ce qu'on ne fait pas et sur ce qu'on pourrait faire. B.

5 1 8 ce qu'on ne fait pas,

quelquefois par ceux qui acquièrent comme une métairie le pouvoir de faire du bien et du mal.

Un jour, à Rome, dans les premiers temps de la république, un citoyen dont la passion dominante était le désir de rendre son pays florissant, demanda à parler au premier consul ; on lui dit que le magistrat était à table avec le préteur, l'édile, quelques sénateurs, leurs maîtresses et leurs bouffons; il laissa entre les mains d'un des esclaves insolents qui servaient à table , un mémoire dont voici à peu près la teneur : « Puisque les tyrans ont fait par toute la terre le mal « qu'ils ont pu , 6 vous qui vous piquez d'être bons , « pourquoi ne faites -vous pas tout le bien que vous « pouvez faire ? D'où vient que les pauvres assiègent « vos temples et vos carrefours, et qu'ils étalent une « misère inutile à l'état, et honteuse pour vous, dans « le temps que leurs mains pourraient être employées « aux travaux publics ? Que font pendant la paix ces « légions oisives qui peuvent réparer les grands che- « mins et les citadelles ? Ces marais , si on les dessé- « chait, n'infecteraient plus une province, et devien- « draient des terres fertiles. Ces carrefours irréguliers, « et dignes d'une ville de barbares, peuvent se chan- « ger en places magnifiques. Ces marbres, entassés « sur le rivage du Tibre, peuvent être taillés en statues, « et devenir la récompense des grands hommes, et la « leçon de la vertu. Vos marchés publics devraient « être à-la-fois commodes et magnifiques; ils ne sont « que malpropres et dégoûtants. Vos maisons manu quent d'eau, et vos fontaines publiques n'ont ni « goût ni propreté. Votre principal temple est d'une

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