‹ Œuvres de VoltaireChapitre 161 sur 182 · AUX LONGS DISCOURS D'UN DOCTEUR ALLEMAND · texte numérisé non relu

AUX LONGS DISCOURS D'UN DOCTEUR ALLEMAND

Je m'étais donné à la philosophie, croyant y trouver le repos que Newton appelle rem promu substantialem; mais je vis que la racine carrée du cube des révolutions des planètes , et les carrés de leurs distances, fesaient encore des ennemis. Je m'aperçois que j'ai encouru l'indignation de quelques docteurs allemands. J'ai osé mesurer toujours la force des corps en mouvement par m+v. J'ai eu l'insolence de douter des monades, de l'harmonie préétablie, et même du grand principe des indiscernables. Malgré le respect sincère que j'ai pour le beau génie de Leibnitz, pouvaisje espérer du repos, après avoir voulu ébranler ces fondements de la nature? On a employé, pour me convaincre, de longs sophismes et de grosses injures, selon la respectable coutume introduite depuis longtemps dans cette science qu'on appelle philosophie, c'est-à-dire amour de la sagesse.

1 Voltaire ayant public , en 1740 , sa Métaphysique de Newton (devenue la première partie des Éléments de la Philosophie de Newton), Louis-Martin Kable, professeur et doyen de la faculté de philosophie a Gottingue (né en 17 «a, mort en 1775), donna un gros volume allemand : VergUichung , etc., 1740, in-8°, traduit en français par Gautier de Saint-Rlancard , sous ce titre : Examen tt un livre intitulé : la Métaphysique de Newton.

1744» in-8°. C'est l'ouvrage de Kahlc qui a fiait naître la Courte réponse. Voyez aussi , dans la Correspondance . année 1744» une lettre de Voltaire à

Martin Kahle. B.

5j».G courte réponse

Il est vrai qu'une personne infiniment respectable à tous égards, et c j 1 1 i a beaucoup (le sortes d'esprit, a daigné en employer une à éclaircir et à orner le s^tèmc de Lcibnitz ; elle s'est amusée à décorer d'un beau portique ce bâtiment vaste et confus. J'ai été étonné de ne pouvoir la croire en l'admirant; mais j'en ai vu enfin la raison : c'est qu'elle-même n'y croyait guère, et c'est ce qui arrive souvent entre ceux qui s'imaginent vouloir persuader , et ceux qui s'efforcent de se laisser persuader.

Plus je vais en avant, et plus je suis confirmé dans l'idée ((lie les systèmes de métaphysique sont pour lephilosophes ce que les romans sont pour les femni»- Ils ont tous la vogue les uns après lcsautres, et finissent tous par être oubliés. Une vérité mathématique reste pour l'éternité, et les fantômes métaphysiques passent comme des rêves de malades.

Lorsque j etais en Angleterre, je ne pus avoir la consolation de voir le grand Newton, qui touchait à sa fin f. Le fameux curédeSaint-James , Samuel Clarke, l'ami, le disciple, et le commentateur de Newton, daigna me donner quelques instructions sur cette partie de la philosophie qui veuf s'élever au-dessus du calcul et des sens. Je ne trouvai pas, à la vérité, cette anatomie circonspecte de l'entendement humain, ce bâton d'aveugle avec lequel marchait le modeste Lo< ke. cherchant son chemin et le trouvant; enfin cette tinn dite savante qui arrêtait Locke sur le bord des abîme- Clarke sautait dans l'abîme, et j'osai l'y suivre. Un

\ oltain- t-tait aile on Angleterre au mois de mai 1776, et Newton mourut le 10 mars 1727. B.

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