‹ Œuvres de VoltaireChapitre 19 sur 182 · PRINCIPES DE LA. MATIÈRE · texte numérisé non relu

PRINCIPES DE LA. MATIÈRE

i° Qu'est-ce qu'une matière première qui n'est rien des choses de ce monde , et qui les produit toutes? C'est une chose dont je ne puis avoir aucune idée, et que par conséquent je ne dois point admettre. Il est bien vrai que je ne puis me former en général l'idée d'une substance étendue impénétrable et figurable, sans déterminer ma pensée à du sable ou à du limon, ou à de l'or, etc.; mais cependant ou cette matière est réellement quelqu'une de ces choses , ou elle n'est rien du tout; de même je puis penser à un triangle en général, sans m'arrêter au triangle équilatéral, au scalène, à l'isocèle, etc.; mais il faut pourtant qu'un triangle qui existe soit l'un de ceux-là. Cette idée seule, bien pesée, suffît peut-être pour détruire l'opinion d'une matière première.

a° Si la matière quelconque, mise en mouvement, suffisait pour produire ce que nous voyons sur la terre, il n'y aurait aucune raison pour laquelle de la poussière bien remuée dans un tonneau ne pourrait produire des hommes et des arbres, ni pourquoi un champ semé de blé ne pourrait pas produire des baleines et des écrevisses au lieu de froment.

C'est en vain qu'on répondrait que les moules et les filières qui reçoivent les semences s'y opposent ; car il en faudra toujours revenir à cette question : pourquoi ces moules, ces filières sont-elles si invariablement déterminées ?

Or si aucun mouvement, aucun art n'a jamais pu faire venir des poissons au lieu de blé dans un champ, ni des nèfles au lieu d'un agneau dans le ventre d'une brebis, ni des roses au haut d'un chêne, ni des soles

dans une ruche d'abeilles , etc. ; si toutes les espèces sont invariablement les mêmes, ne dois-je pas croire d'abord , avec quelque raison , que toutes les espèces ont été déterminées par le Maître du monde; qu'il y a autant de desseins différents qu'il y a d'espèces différentes, et que de la matière et du mouvement il ne naîtrait qu'un chaos éternel sans ces desseins?

Toutes les expériences me confirment dans ce sentiment. Si j'examine d'un côté un homme ou un ver à soie, et de Pautre un oiseau et un poisson, je les vois tous formés dès le commencement des choses ; je ne vois en eux qu'un développement. Celui de l'homme et de l'iusecte ont quelques rapports et quelques différences ; celui du poisson et de l'oiseau en ont d'autres : nous sommes un ver avant que d'être reçus dans la matrice de notre mère; nous devenons chrysalides, nymphes dans l'utérus, lorsque nous sommes dans cette enveloppe qu'on nomme coiffe'; nous en sortons avec des bras et des jambes, comme le ver devenu moucheron sort de son tombeau avec des ailes et des pieds; nous vivons quelques jours comme lui, et notre corps se dissout ensuite comme le sien. Parmi les reptiles, les uns sont ovipares, les autres vivipares ; chez les poissons, la femelle est féconde sans les approches du mâle, qui ne fait que passer sur les œufs déposés pour les faire éclore.Les pucerons, les huîtres,

> M. de Voltaire suit ici le système des vers spennatiques. Voyez les notes sur l'article GimknATioK, dans le Dictionnaire philosophique. K. — Les éditeurs de Kehl n'ont fait aucune note sur l'article G in in a non ; voyez tome XXX , pages i et a; mais ils en ont fait uue sur le chapitre vu de Yllammc aux quarante écus ; voyez tome XX.XIV, page 56. R.

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