PRINCIPES DE LA MATIERE
etc., produisent leurs semblables, eux seuls, et sans le mélange de deux^sexes. Les polypes ont en eux de quoi faire renaître leurs têtes quand on les leur a coupées. Il revient des pâtes aux ëcrevisses. Les végétaux, les minéraux se forment tout différemment. Chaque
un monde à part ; et bien loin qu'une aveugle produise tout par le simple mouvement, H est bien vraisemblable que Dieu a formé une infinité d'êtres avec des moyens infinis, parcequ'il est infini lui-même.
Voilà d'abord ce que je soupçonne en considérant la nature. Mais si j'entre dans le détail , si je fais des expériences de chaque chose, voici ce qui en résulte.
Je vois des mixtes tels que les végétaux et les animaux que je décompose, et dont je tire quelques éléments grossiers, l'esprit, le flegme, le soufre, le sel , la tête morte. Je vois d'autres corps , tels que des métaux, des minéraux dont je ne peux jamais tirer autre chose que leurs propres parties plus atténuées. Jamais de l'or pur n'a pu avoir que de l'or ; jamais avec du mercure pur ou n'a pu avoir que du mercure. Du sable, de la boue simple, de l'eau simple, n'ont pu être changés en aucune autre espèce d'êtres.
Que puis-je en conclure, sinon que les végétaux et les animaux sont composés de ces autres êtres primitifs qui ne se décomposent jamais? ces êtres primitifs inaltérables sont les éléments des corps; l'homme et le moucheron sont donc un composé des parties minérales de fange , de sable , de feu , d'air , d'eau , de
soufre, de sel1; et toutes ces parties primitives, indécomposables à jamais, sont des éléments dont chacun a sa nature propre et invariable.
Pour oser assurer le contraire, il faudrait avoir vu des transmutations : mais quelqu'un en a-t-il jamais découvert par le secours de la chimie? La pierre philosophait» n'est- elle pas regardée comme impossible par tous les esprits sages? Est-il plus possible, dans l'état présent de ce monde , que du sel soit changé en soufre , de l'eau en terre, de l'air en feu , que de faire de l'or avec de la poudre de projection ?
Quand les hommes ont cru aux transmutations proprement dites, n'out-ils point en cela été trompés par l'apparence, comme ceux qui out cru que le soleil marchait? car à voir du blé et de l'eau se convertir dans les corps humains en sang et en chair , qui n'aurait cru les transmutations ? Cependant tout cela est-il autre chose que des sels, des soufres, de la fange, etc., différemment arrangés dans le blé et dans notre corps ? Plus j'y fais réflexion , plus une métamorphose prise à la rigueur me semble n'être autre chose qu'une contradiction dans les termes. Pour que les parties primitives de sel se changent en parties primitives d'or, il faut, je crois, deux choses: anéantir ces éléments de sel, et créer des éléments de l'or. Voilà au fond ce que c'est que ces prétendues métamorphoses d'une matière homogène et uniforme , admise jusqu'ici par tant de philosophes ; et voici ma preuve.
» M. de Voltaire emploie ici le bugage des chimistes du temps où il a
«•rit. K.
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11 est impossible de concevoir l'immutabilité des espèces, sans qu'elles soient composées de principes inaltérables. Pour que ces principes, ces premières parties constituantes ne changent point, il faut qu'elles soient parfaitement solides, et par conséquent toujours de la même figure : si elles sont telles, elles ne peuvent pas devenir d'autres éléments ; car il faudrait qu'elles reçussent d'autres figures ; donc, puisqu'il est impossible que , dans la constitution présente de cet univers, l'élément qui sert à faire un sel soit changé en l'élément du mercure, il faudrait, pour faire un élément de sel, à la place d'un élément du mercure, anéantir un de ces éléments , et en créer un autre eu sa place. Je ne sais comment Newton , qui admettait des atonies , n'en avait pas tiré cette induction si naturelle. Il reconnaissait de vrais atomes, des corps indivisibles comme Gassendi ; mais il était arrivé à cette assertion par ses mathématiques ; en même temps il croyait que ces atomes, ces éléments indivisés se changeaient continuellement les uns en les autres. Newton était homme; il pouvait se tromper comme nous.
On demandera ici saus doute comment les germes des choses étant durs et indivisés, ils peuvent s'accroître et s'étendre; ils ne s'accroissent probablement que par assemblage, par contiguïté; plusieurs atomes d'eau foçment une goutte, et ainsi du reste.
II restera à savoir comment cette contiguïté s'opère, comment les parties des corps sont liées entre elles. Peut-être est-ce un des secrets du Créateur, lequel sera inconnu à jamais aux hommes. Pour savoir comment les parties constituantes de l'or forment
un morceau d'or, il semble qu'il faudrait voir ces parties.
S'il était permis de dire que l'attraction est proba- / blement cause de cette adhésion et de cette continuité ^ de la matière, c'est ce qu'on pourrait avancer de plus vraisemblable; car en vérité s'il est démontré, comme nous le verrons, que toutes les parties de la matière gravitent les unes sur les autres, quelle qu'en soit la cause, peut-on rien penser de plus naturel , sinon que les corps qui se touchent en plus de points sont les plus unis ensemble par la force de cette gravita* tion ? mais ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans ce détail physique1.