CHAPITRE
«De la figure de la terre , considérée par rapport aux changements qui ont pu y survenir. — Les inégalités de notre globe ne sont point une suite d'un prétendu bouleversement. Le déluge ne peut être expliqué physiquement.
m Quelques écrivains, frappés de la prodigieuse irrégularité qui parait sur notre globe , out cru que nous n'habitions que des ruines, et que c'est tout ce qui convient à des êtres coupables comme nous ; ces lacs issus au milieu des terres , l'Océan répandu par le détroit de Gibraltar en Europe et en Asie, tout leur parait débris et bouleversement. Quelques philosophes plus éclairés voient au contraire un ordre admirable, et nécessaire dans cette confusion apparente. Us envisagent sur le sommet des montagnes les neiges formées par les nuages, destinées à remplir les lits des rivières; le sein de* montagnes leur offre des mines; les mers , les la**, les rivières fournissent les vapeurs répandues par les vents sur le globe , retombant en pluie , et amenant la fertilité: tout puraît aux uns désordre et vengeance, tout semble aux autres arrangement et bonté.
« C'est une étrange idée dans Burnet et dans tant d'autres auteurs , d'imaginer qu'avant le déluge la terre était une lielle sphère unie saus aucune inégalité; si cet auteur et d'autres, qui adoptent de semblables imaginations,
DE LA FIGURE DE LA TERRE. *43 fiaient seulement réflexion que la terre, tell, qu'elle est. „ «m „jr face beaucoup plu» unie que ceux de nos fruits qui paraissent unis et ronds par exemple, qu'une orange, ils chaîneraient de langage; la chose est aisée a prouver : la terre a neuf mille lieues de circonférence, et il n'y a pas une montagne haute d'une lieue et demie : le pic de Te„é, ife „'a pas'trois mille pas de hauteur. Or, qu'esta qu'une lieue sur neuf mille ? quelle est l'orange dont les gra.ns ne surpaient pas de beaucoup cette proportion dans leur hauteur? Je voudrais bien savoir d'ailleurs où auraient été les réservoirs des rmeres avant le déluge dans une terre parfaitement sphérique à la rigueur' Ceat bien mal connaître la nature que de lui supposer ainsi des ligures si regulières: il n'y en a qu'en mathématiques.
- On allègue en vain les changements que le déluge universel a pu faire Il faudrait prouver qu'il les a faits. Les philosophes qui nous ont dit comment Dieu s'y était pris physiquement pour créer le monde, ne sont guère plus hardis que ceux qui nous expliquent par quelle sorte de physique Dieu s'y est pns pour le noyer. L'un et l'autre est un miracle du premier ordre; j'entends par miracle un effet qu'aucune mécanique ne peut opérer, et qu'un être infini peut seul exécuter par une volonté particulière. Le docteur Halley a démontré par des calculs très justes que l'eau , élevée des mers et des h« par l'action du soleil , suffit i entretenir les nuages, les rivières et les fontaines; et on sait que les nuages ne sont autre chose que les eaux atténuées flottantes dans l'air a une très petite distance de la terre.
- Quand tous les nuages auraient répandu jusqu'à la dernière particule de leurs vapeurs, cela n'opérerait sur la terre que de la fertilité; et si elles tomhaient dans une distributiou égale, elles ne pourraient pas inonder cent toises de surface.
-Si, pour expliquer physiquement l'inondation universelle, on suppose Tue toute l'eau des mers s , ,| répandue sur la terre, ou LU DUC .supposition encore plus ridicule ; car si l'eau couvre un nouveau terrain, elle abandonne le lien, et laisse à sec précisément autant de terre d'un côté qu'elle en submerge de l'autre.
- On compte que la profondeur de la mer, tant sur les côtes, où elle n'est quelquefois que de 4 ■ 5 pieds , qu'au milieu de l'Océan, où l'on ne peut trouver le fond, est en général de i5oo pieds; elle couvre la moitié du globe. Si donc elle avait pu, malgré les lois de la gravitation, se réjiandre uuiformément, tout le globe (dans cette supposition impossible) aurait été cache sous :5o pieds d'eau; mais les montagnes vers Quito s'élèvent audessui du niveau de la mer de plus de dix mille pieds; il aurait doue fallu, pour que le déluge , parles lois de la physique ordinaire , eut couvert toutes les montagnes, qu'il eût excédé partout la hauteur de dix mille pieds.
- Or, comme tout notre Océan ne pouvait couvrir le globe que de tSo pieds (en supposant encore qu'il agit contre les lois des liquides) , il suit évidem-
ment qu'il aurait fallu , non pas huit océans , comme le dit Burnet, mais plus de quarante océans pour opérer le déluge. C'est donc en Tain qu'on veut expliquer par la physique un des plus grands mystères qui confondent notre raison. Il vaudrait beaucoup mieux se borner à dire, avec tous les docteurs des premiers siècles, que la bande rouge de l'arc-en-ciel signifie que le luonde périra par le feu , et que la bande bleuâtre signifie qu'il a été submergé.
« On voit par là quels usages on peut tirer de la physique newtonienne, je veux dire de la vraie physique. Après avoir examiné la figure de la terre , venons à ses mouvements : commençons par celui qu'on soupçonne former une période de deux millions d'années.