‹ Œuvres de W. E. Channing De l'esclavageChapitre 5 sur 27 · SUS LE COMMERCE DES ESCLAVES · texte numérisé non relu

SUS LE COMMERCE DES ESCLAVES

En lisant dans les journaux le discours que M. Jackson a prononcé dans le Congrès pour qu'on se ne mêlât pas de la question de l’esclavage, ou qu’on n’essayât pas de corriger la condition des esclaves, je inc suis rappelé un discours semblable, prononcé il y a un siècle à peu près, par Sidi Mobamel Ibrahim, membre du divan d’Alger, discours qu'on trouvera dans le récit que Martin nous a laissé de son Consulat en 1687. Il s’agissait de repousser Ir pétition de la secte nommée Erika ou les Purs, qui demandait l’abolition de la piraterie et de la servitude, comme étant deux choses injustes.

M. Jackson ne cite pas cette allocution; peut-être ne l’a-t-il pas vue. Si donc quelques-uns de scs raisonnements se trouvent dans ce discours éloquent, cela prouvera seulement que dans les mêmes circonstances, chez tous les hommes l'intérêt agit en tous pays et en tous climats avec une surprenante ressemblance. Voici comment dans la traduction, s’exprime l'orateur Africain :

« Alla Bismilla, etc. Dieu est grand et Mahomet est son prophète.

» Ces Erika ont-ils considéré quelles seraient les conséquences de leur pétition, si on y cédait? Si nous ne faisons plus de croisières contre les Chrétiens, où trouverons-nous les commodités que fournit leur pays et qui nous sont si nécessaires? Si nous ne prenons plus les Chrétiens pour en faire des esclaves, qui

(1) Franklin, Essays. Lond. 1829, p. 217.

donc dans un climat si chaud cultivera nos terres ? Qui exécutera le gros travail dans nos villes et dans nos familles? Nous serons donc nos propres esclaves? Et ne doit-on pas plus de pitié et plus de faveur à nous, Musulmans, qu’à ces chiens de Chrétiens?

» Nous avons plus de cinquante mille esclaves à Alger et aux environs. Ce nombre, si nous ne l’entretenons pas par des importations diminuera bientôt et finira par disparaître. Si donc nous cessons de prendre et de piller les vaisseaux des infidèles, et de réduire en esclavage les matelots et les passagers, nos terres deviendront sans valeur, faute de culture; les loyers de nos maisons dans la ville baisseront de moitié, et les revenus du gouvernement, qui consistent dans une part de prise, seront totalement détruits.

» Et pourquoi ? pour satisfaire la fantaisie d’une secte fantastique qui voudrait, non-seulement que nous ne fissions plus d’esclaves, mais encore que nous missions en liberté ceux que nous avons. Et qui indemnisera les maîtres après une telle perte? l'Éta*, mais le trésor est-il suffisant? Les Erika , mais veulent-ils et peuvent-ils le faire? Pour rendre justice aux esclaves, comme ils disent, feront-ils une plusgrande injustice aux maîtres? Et si nous affranchissons nos esclaves qu’en ferons-nous? Il en est bien peu qui retourneront dans leur pays natal ; ils savent trop bien qu’ils y seraient soumis à de plus rudes épreuves. Ils n’embrasseront pas notre sainte religion ; ils n’adopteront pas nos usages; notre peuple ne voudra pas se souiller en se mariant avec eux. Les laisserons-nous mendier dans nos rues, ou abandonnerons-nous nos fortunes à leur pillage? car des hommes accoutumés à la servitude ne travailleront pas pour vivre à moins d’y être forcés.

» Et qu’y a-t-il de si triste dans leur condition ? Est-ce qu’ils n’étaient pas esclaves dans leur patrie? L’Espagne, le Portugal, la France, l’Italie, ne sont-ce pas des États gouvernés par des despotes qui tiennent tous leurs sujets en esclavage, sans exception? L’Angleterre même traite ses matelots comme des esclaves, car aussitôt que le gouvernement l’ordonne, on les saisit et on les confine sur des vaisseaux de guerre; ils sont condamnés non-seulement à travailler mais à combattre pour de misérables gages, ou urun simple entretien qui ne vaut pas mieux que celui de nos es elaves. Leur condition s’aggrave-t-elle donc quand ils tombent

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