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élève l’enfant qui autrement serait sans secours. La valeur de la chose justifie la dépense, et je n’hésite pas à dire que le croit est une grande part de notre richesse. »
Qu’on ne suppose pas, du reste, que de semblables assertions passent inaperçues en Amérique, dans les États mêmes où règne l'esclavage. Voici, par exemple, une réponse de Thomas Jefferson Randolph, qui respire la plus vive humanité.
« C’est une industrie, et une industrie en progrès dans certaines parties de la Virginie, que d’élever des esclaves pour le marché. Comment un homme honorable, un patriote, un ami de son pays, peut-il supporter de voir la vieille province (I), illustrée naguères par le noble dévouement et le patriotisme de ses fils dans la lutte delà liberté, changée maintenant en une grande ménagerie, où l’on élève des hommes pour le marché comme des bœufs pour la boucherie? Est-ce mieux, n’est-ce pas pire que la traite, ce commerce contre lequel se sont réunis les honnêtes gens et les sages de toutes les religions et de tous les climats? Le marchand reçoit l’esclave du négrier qui l’a acheté au loin; le noir est un étranger par le langage, l’aspect, les manières. Les liens de père, de mère, de mari, d’enfant, ont tous été brisés; avant qu’on l’achète ici son âme est endurcie. Mais chez nous ce sont des individus que le maître a connus dès le berceau, qu’il a vus jouer avec toute l’innocence de l'enfance, qu’il a accoutumés à compter sur sa protection, ce sont ceux-là qu’il arrache des bras de la mère ; il les vend dans un pays lointain, à des étrangers, à des maîtres cruels.
» On essaye de justifier l’esclavage ici parce qu’il existe en Afrique et que, dit-on, on le trouve par tout le monde. En vertu du même principe on justifierait le mahométisme avec la pluralité des femmes, et toutes les abominations des sauvages. L’esclavage existet-il quelque part dans l’Europe civilisée? Aon, nulle part (2). »
(1) The ancienl Dominion , c’est le nom d’honneur que prend la Virginie comme étant la plus ancienne plantation de l’Amérique du Nord.
(2) Key to Zincle Tom'scakin. (The Slave tradej
Ce sont là sans doute de nobles paroles ; mais il faut bien l’avouer, en pratique, c’est M. Gholson qui a raison dans sa brutalité. La femme esclave n’est qu'un animal d'une espèce particulière et dont on attend le même profit que de tout autre animal domestique. Qu’on en juge par l'annonce suivante, copiée du Mercure, un des journaux politiques de Charleston (Caroline du Sud) (1).
nègres a vendre. Une fille de vingt ans, élevée en Virginie, avec ses deui petites filles, l’une de quatre et l'autre de deux ans. Elle est d’une force et d’une santé remarquables, et, sauf la petite vérole, n’a jamais en dans sa vie un jour de maladie. I.es enfants sont beaux et sains. Elle est très-féconde (2), et offre une excellente occasion à quiconque veut élever pour son propre nsage une famille de serviteurs bien portants. Les acquéreurs sont priés de remettre leur adresse au bureau du Mercure. »
Pefidant que l’esclavage grandissait ainsi dans le Sud, l’opinion se prononçait contre lui dans les États libres, et avec une extrême vivacité. En Europe, de généreux philanthropes poursuivaient l’abolition de la traite et de la servitude et partout on applaudissait à leurs efforts ; les Etats du Nord sentirent quelle infériorité l’esclavage donnait à leur patrie. Que devenait le légitime orgueil d’une terre chrétienne, que devenait la juste fierté d’une république, le jour ou l’on pourrait reprocher à l’Amérique d’être le dernier asile de l’esclavage? L'horreur de l’injustice, la pitié, la charité unies au patriotisme enfantèrent ce qu’on a nommé Vabolilionùme. Vers 1831 les Etats-Unis furent mis en feu par un parti qui, avec toute l’ardeur des pavs libres, parlait, écrivait, multipliait les associations contre l’esclavage, et prenait pour devise : Y Abolition immédiate.
Que ce parti eût peu de prudence et que son zèle fût souvent exagéré et même dangereux il serait difficile de le nier; c'est
( 1 ) (ioodcll : The american Slave Code , p. 69.
( 2 ) Shc i$ very prolific in her yeneraling qualilies.
l’histoire de toutes les révolutions. Qu’il s’agisse de religion, de morale, ou de politique, les novateurs blessent toujours les intérêts qui sont nés à l’ombre des abus et des privilèges; la résistance est énergique, l’attaque redouble de violence, le fanatisme éclate des deux côtés, et ce n’est qu’après la lutte qu’on entend la voix de la raison. La paix se signe quand la guerre a épuisé les deux partis et les force enfin aux accommodements qu’ils auraient dû accepter le premier jour. 11 en fut ainsi du mouvement de 4831. Tandis que les abolitionistes répandaient leurs associations dans les États, les comtés et les villes, multipliaient les journaux et les pétitions et envoyaient partout des missionnaires pour prêcher la croisade, l’émeute, poussée ou tolérée par le parti contraire, outrageait les orateurs, et arrêtait les mallespostes pour en arracher des pamphlets incendiaires qu’on brûlait publiquement. Dans le Sud, on mettait à prix la tète des avocats de la liberté ; les chambres demandaient qu’on arrêtât ceux qui, dans le Nord, se faisaient remarquer par leur zèle pour l’émancipation ; le président des États-Unis appelait l’attention du Congrès sur cette agitation, et lui recommandait de prohiber, sous des peines sévères, la circulation des pamphlets abolitionistes dans le Sud. Les maîtres d’esclaves trouvaient du reste des amis zélés parmi les négociants et les armateurs de la Nouvelle- Angleterre. Entre le Sud, qui est un pays de production, et des Etats qui vivent de transports et d’industrie, les intérêts sont trop mêlés pour que le contre-coup de la Géorgie ne se
fit pas sentir dans le Massachussets, et au Nord il ne manquait pas de personnages considérables dans l’Etat ou dans les affaires qui, fatigués d’une lutte incessante, demandaient vers 4834 qu’on mit fin à tout le bruit que faisaient les abolitionistes. C’est à ce moment, et quand la popularité abandonnait une bonne cause un peu compromise, que parut Channing.