CHAPITRE m
de rang inlëriear et un écuyer qui aspirait à rhonnenr de devenir un jour cheTalier lui-même , complétaient le détachement : et cette petite troupe paraissait aussi propre à empêcher toute tentative d'évasion de la part du ménestrel , qu'à le protéger contre toute violacé. « Non pas, > dit le jeune chevalier en s'adressant à Bertram , « qu'il soit ordinairement plus dangereux de voyager dans ce pays que dans tout autre district de l'Angleterre ; mais certains troubles dont vous pouvez avoir entendu parler ont eu lieu dans ces environs depuis l'année dernière, et ont forcé la garnison du château de Douglas à faire plus rigoureusement le service. Mais avançons , car la couleur du jour se rapporte à merveille avec l'étymologie qu'on donne au nom de ce pays, et la description qu'on nous iait des cheis qui en étaient possesseurs... Sholto Dhu Glass (voyez cet homme d'un noir gris), et notre route sers^ ce matin d'un gris noir : heureusraient qu'elle n'est pas longue. »
£n eflfet la matinée était brumeuse , noire , humide : le brouillard avait envahi les montagnes et se déroulait sur les rivières, les clairières et les^ marais; la brise du printemps n'était pas assez forte pour soulever ce rideau , quoique les sons aigus qui retentissaient de temps à autre le long des flancs des collines ou à travers les vallons, pussent faire supposer qu'elle déplorait son impuissance. La route que suivaient les voyageurs était marquée par le cours que la rivière s'était frayé dans le vallon, et ses eaux présentaient en général cette livrée grisâtre que sir Aymer de Valence prétendait être la teinte prédominante du pays. Le soleil , feisant d'infructueux efforts pour se dégager de la brume, lançait de temps à autre un rayon qui allait dorer la cime des montagnes ; mais il ne pQuvait pas activer la lenteur du jour, et la lumière, du côté de l'orient, produisait une variété d'ombres plutôt que des flots de splendeur. Le spectacle de la nature était monotone et attristant, et le bon chevalier Aymer paraissait chercher à se distraire en causant avec Bertram qui, comme les gens de sa profession, possédait un fonds de connaissances et un charme de conversation très propres à faire passer bien vite une ennuyeuse matinée. Le ménestrel, avide de recueillir tous les renseignements possibles sur l'état présent du pays , saisissait diaque occasion d'entretenir le dialogue.
c Je serais charmé de causer avec vous , sire ménestrel , commen(2a le jeune chevalier. Si vous ne craignez pas que l'air un peu vif de cette vilaine matinée ne vous gâte la voix , je vous prierai de me dire franchement quel motif a pu vous porter, vous , homme de
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dens, à ùe qu'il me paratt, à tous jeter dans tm piji àdésf sauvage, et dans tin pafeil temps... Et vous , camarades, t dit^il en s'âdred'sant aux archers et au reste de la troupe , « il me seitible qu'il serait convenable et décent de vous tenir tant soit peu en arrière : car jimagine que vous pouvez bien suivre votre route satis avoir besoin d'un ménestrel pour vous distraire. » Lès archers obéirent en ralentissant le pas de leurs ehevaux; mais, comme il fut aisé de t^apercevoir , d'après certaines observations qu'ils murmurèrent à demi-voix , ifs n'étaient nullement satisfaits qu^on leur dtàt la hellité d'entendre la conversation qui allait avoir lieu : or, voici quelle elle fut.
c Je dois donc admettre , bon ménestrel , poursuivit le chevalier, que vous qui avez, dans votre temps, porté les armes, 6t qui même avez suivi Jusqu'au Saint-Sépulcre la croix rouge de Saint- George , vous vous sentez irrésistiblement attiré, mais sans àUelidae raison positive , vers des régions où T^ée , quoique toujours renfisrmée dans lé fourreau , est prête à en sortir à la moindre provocation. '— Il serait difficile , » répliqua le ménestrel d'tin toti brtisque, < de répondre par ratBrmative à une semblable question; et cependant , si vous considérez combien la profession de l'homme qtii célèbre les hauts faits d'armes touche de près à celle du chevalier qui les accomplit , Yotre Honneur tombera, je pense, d'accord avec moi qu'un ménestrel jaloux dé remplir son devoir, doit, comme un jeûne chevalier, chercher le véritable texte des grandes aventures là où il peut seulement le trouver , et viliter plutôt les pays où Ton garde le souvenir de nobles actions que ces royaumes paresseux et paisibles où les hommes vivent dans Pindoleheè , et meurent ignoblement de leur mort naturelle ou par sentence de là loi. Vous et vos pareils , sire de Valence , qui n'estimez rien la vie eu comparaison de la gloire, vous laissez conduire votre barque dans ce monde par ce même principe qui attire votre humble serviteur, le ménestrel Bertram , du fond d'une province dé la joyeuse Angleterre vers le noir canton de la raboteuse Ecosse , appelé le Douglas-Dale. Vous, vous brûlez du désir de rencontrer de glorieuses aventures ; et moi... pardon, si j'ose èlinsi me nommer après vous , je cherche à gagner une existence précaire , mais ho- Uorable du moins , en conservant pour l'immortalité les détails de ces exploits, et surtout les noms de ceux qui en forent les héros. Chacun de nous suit donc sa vocation ; et il n'est pas juste d'admirer l'un plus que l'autre : s'il y a quelque différence dans les pérUs
CflAPÎTftË m. M
àtitq»ek te li^rds et le poète sont en bûtf e , d^uné autre p^tt , \t cmifage , Id (brce , les âimes et l'adresse du faillant chevaliei* féûdent son rôle beaucoup plus sûr encore que celui du pauvre riméUr. -^ Vous aitet ralsoû, r^liipiâ le guerrier; c'est k la Yérîtê Une espèce de nouveauté pour tuoi (lue d'entendre mettre pour aiUsi dire sur un même pied votre proft^ssiou et mon genre de vie. Néanmoins lé ménestrel qui s'impose de si rudes travaut pour traUsmettre à la postérité les exploits des braves chevaliers , préfère aussi la renommée îk l'existence , et un seul acte de valeur à tout un siècle de Vie sans gloire t certes , on ne peut prétendre qu'une pareille prbl^sioûsoit basse et peu honorable.— Votre Seigneurie reconnaîtra donc, dit le ménestrel, que j'at un but légitime , moi ({ul , simple roturier , dl cepeudani pris régidièrement mes grades parmi les professeurs de ta gale science, dans la ville capitale d^Alguesttortés 9 pour venir à grand'peine jusque dans ce district du nord , où doivent s^ètre passés bien des événements t sans doute les fameux Éaéûestrels des anciens jouTs ont chanté ces hauts faits sur la harpe , et leurs récits ont été déposés dans la bibliothèque du château de l>ouglas où ils courent risque d'être perdus pour la postérité , à moins d'être transcrits par des hommes qui comprennent le vieux langage de notre pays. Si ces trésors enftmis étaient déterrés et rendus au public par fart d'un pauvre Uiénestrel comme moi ou quelque âtttre , il y aurait bien là de quoi dédommager de quelques égratignitfeè de sabre ou masse d'armes, qu^àuraient pu coûter ces trésors; et je serais indigne du nom d'homme^ et plus encore de Mlut de trouvère ou de troubadour * , si je mettais en balance la perte dhine vie si fragile avec la chance de cette immortalité qui tarvivrà dans mes vers après que ma voiï cassée et ma harpe dis* jointe ne pourront ni hirt enteudre un atr ni aecompagnér UU thant. -- A coup sur, puisque votre àme peut ressentir Une si noble émulation , vous avez le droit d'en parler hautement ; malheureusetneut je n'ai point rencontré jusqu'ici beaucoup de ménestrels portés comme vous à préiërer la renommée à la vie* -^ Il y à en effet, uôble guerticr , des méncstreft , et , avec votre permission , des chetaliefs même, (lui ne comprennent point un si noble choix. Il ibut ^bser à ees misérables la récompense qu'ils ambtttonuent : aban-
t. Le nom de makmr, faiseur , est synonyme de poète dans la yieUIe laogae écossaise. Gelai de (rouèère on tronbadonr, finder [trouvew), h nne signiÛcation sembla- ^9 ; et dans presque tons tes pays les poètes ont été désignés par des mots analogaes, comme gens faisant nsage de Finyention et de la création. {Soie angtaiie,)
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donnOBS-leiir la terre et les choses de la terre, puisqu'ils ne peuvent aspirer à cette gloire qui est la meilleure récompense des autrès hommes. »
Le ménestrel prononça ces derniers mots avec un tel enthousiasme que le chevalier , tirant la bride pour arrêter son chenal , se mit à contempler Bertram avec une physionomie, enflammée d'un même désir d'illustration; et, après un court silence, il exhala tout ce qu'il éprouvait.
« Gloire , gloire à ton cœur , gai compagnon ! Je m'estime heureux de voir qu'il existe encore un pareil enthousiasme dans le monde. Tu as dignement gagné le groat du ménes^el ' ; et si je ne puis te payer aussi largement que tu le mérites , selon moi , ce sera la feute de dame Fortune qui n'a récompensé mes fotigues , dans ces guerres écossaises , que par une mesquine paie d'argent écos* sais *. Il doit me rester une pièce d'or ou deux de la rançon d*un chevalier français que le hasard a fait tomber entre mes mains ^ et cet or , mon digne ami , passera assurément dans les tiennes. Moi , Aymer de Valence qui te parle , je suis membre de la noble maison de Pembrocke ; et , quoique je ne possède aujourd'hui aucun domaine , j'aurai un jour , avec l'aide de Notre-Dame , des terres et un château où je trouverai bien quelque place pour loger un ménestrd comme toi, si tes talents ne t'ont pas d'ici. là trouvé un meilleur patron. — Je vous remercie , noble chevalier , de vos généreuses intentions pour le moment , ainsi que dcvos promesses pour l'avenir. Croyez bien cependant que je ne partage pas les inclinations sordides de beaucoup de mes confrères. — Dans le cœur de l'homme que tourmente la soif d'une sainte renommée, il doit y avoir peu de place pour l'amour de l'or. Mais tu ne m'as point encore dit quels motifs particuliers ont attiré tes pas errants dans ce pays sauvage. — Si je vous le disais , » répliqua Bertram , qui désirait éluder la question, comme touchant d'un peu trop près au but secret de son voyage ; « vous pourriez croire , sire chevalier, que je vous débite un panégyrique étudié de vos propres exploits et de ceux de vos compagnons d'armes ; et tout ménestrel que je suis , j'ai honte de l'adulation comme je rougirais de présenter une coupe vide aux lèvres d'un ami. Mais permettez-moi de vous dire en peu de mots que le château de Douglas et les actes de valeur dont il a
t. Monnaie d^Écosse , qui yalait enTiron nn eentitne de la nôtre. â.*u* 2. La monnaie écossaise fat tonionrg bien inférieure en Talenr à celle de TAngle* terre, a, m.