CHAPITRE XVI
drait mieux ; cependant ce sera comme vous voudrez. Mais votre pareil n'est jamais entré par ma porte. »
Le voyageur était sorti avant qu'elle eût achevé sa phrase; et laissant Meg se démener et grogner à loisir, il s'en alla» avec la précipitation qui caractérisait tous ses mouvements lorsqu'il avait un nouveau projet en tète , lier connaissance avec le ministre de Saint-Ronan; pendant qu'il descend la rue qui mène à la mense , nous allons présenter au lecteur ce nouveau personnage.
Le révérend Josiah Cargill était fils d'un petit fermier du sud de l'Ecosse ; une faible constitution jointe à ce penchant pour l'étude qui accompagne souvent une santé débile, décida ses parents, au risque de quelque sacrifice, à l'élever pour l'église. Ils étaient d'autant plus portés à se soumettre aux privations nécessaires pour subvenir à cette dépense , que , par suite de certaines traditions de famille , ils s'imaginaient qu'il avait dans les veines quelques gouttes du sang de ce fameux Boanerges du Covenant , Donald Cargill , qui fut égorgé par ses persécuteurs dans la ville de Queenferry, pendant la triste époque de Charles II , uniquement pour avoir, dans la plénitude de sa puissance sacerdotale, rejeté de l'Église et Uvré à Satan, par une excommunication formelle, le roi et la famille royale , avec tous les ministres et courtisans qui leur étaient attachés. Mais si Josiah descendait réellement de cet intraitable champion , la chaleur de l'esprit de famille dont il aurait dû hériter était tempérée par la douceur de son naturel et par le caractère pacifique des temps au milieu desquels il avait le bonheur de vivre. Il était représenté, par tous ceux qui le connaissaient, comme doux , paisible , studieux , fou de science ; comme un homme qui poursuivait tranquillement le but unique d'acquérir de nouvelles connaissances, celles surtout qui avaient rapport à sa profession, et qui montrait la plus complète indulgence- pour ceux dont les goûts différaient des siens. Ses seules récréations , dignes d'un caractère paisible, doux et pensif, se bornaient à des promenades presque toujours solitaires dans les bois et les montagnes , à la louange desquels il se rendait parfois coupable d*un sonnet, mais simplement parce qu'il ne pouvait maîtriser son enthousiasme, et non pour acquérir la renommée et les récompenses qui sont le partage d'un poète heureux. Même, au lieu de chercher à glisser ses pièces fugitives dans les revues et les journaux , il rougissait , lorsqu'il était seul , de ses essais poétiques y et de fiiit il lui arrivait
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au papier les fruits de sa muse.
. ]>'après cetU disposition à yne modestie pudibond » ootre sa* vaut cherchait à cooteoir une grande £àciUté naturelle pour la desr sj[n| quoiqu'il fut sans cess^ coniplimenté , sur des esquisses qu*il jetait sur le papier, par des personnes dont le jugement et le bon QOÛt étaient reconnus. C'était néanmoins ce talent jiégligé, qui^ comme les pieds agiles du oerf dans la fable , devait lui rendre un service qu'il aurait pu attendre vainement de son mérite et de sa sieience.
Lord Bidmore « connaisseur distingué , eut besoin d'un précep^ t&ar particulier pour son fils et héritier, Thonorable Âugu^ Bidmore f et» à ce sujet il consulta le professeur de théologie, qui fit passçr en revue devant lui plusieurs étudiants qu'il voulait favoriser, et qu'il croyait très propres à remplir une pareille place $ mais sa réponse à la question import^te et inattendue de lord Bidmore : « Le candidat sait-il dessiner? * fut toujours négative. A la vérité f le pro£isseur ajouta que dans son opinion m pareil talent n'était giuère nécessaire chez un étudiant en théologie , et qu'il croyait que cela devait être difficile à rencontrer $ mais voyant qu'on appuyait sur cette condition comme un sin^ qua non, il se rappela enfin un jeune homme de son cours « espèce de rêveur qui osait à peine p^ler aase^ haut pour se iaire entendre, lors même qu'il lui fal*lait lire son devoir $ mais qui, disait-on, avait beaucoup de dispo* sitions pour le dessin. C'en fut assez pour lord Bidmore, qui parvint a voir quelques esiguisses du jeune Cargill, et qui demeura convaincu que , sous un pareil instituteur, son fils ne pouvait man- <pier de soutenir une réputation de goût héréditaire qu'avaient aequise son père et son grand-père , aux dépens d'une fortune eonsidérable, dont la valeur représentative consistait alors dans les toiles peintes accroiA^s aux murs de la grande galerie de Bidmore*House.
, Prenant alors tous les renseignements convenables sur le jeune homme proposé , lord Bidmore trouva qu'il possédait toutes les qualités nécessaires, tant morales que scientifiques, et à un plus haut degré peut^tre qu'on n'eût pu l'espérer; ainsi, à la grande surprise de ses compagnons d'étude , mais surtout à la sienne propre, Josiah Cargill fut promu à la {dace désirée et désirable d'instituteur privé de l'honorable M. Bidmore fils. M* Cargill s'acquitta de ses fonction» ave? ea^acité et eenselwee $