‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 123 sur 161 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

une Tébémeiice croissante ; • je ne yeux voir ni lui ni aucun homme sur le pied dont tous venez de parier... Ma résolution est prise : lee menaces et les prières ne sauront la faire changer. — Sur ma parole, madame , dit Mowbray , pour une jeune femme modeste et r^errée, TOUS avez de la fermeté ; mais vous découvrirez que je n'en ai pas moins si vous ne consentez pas à recevoir mon ami , lord Etherington , et à le traiter avec la politesse qu'exige la considération que j'ai pour lui. Clara, Je ne vous regarderai plus comme la fille de mon père . Au nom du ciel ! pensez à ce que vous allez perdre. . . Ystmitié et la protection d'un frère... et pourquoi?... pour un caprice et un misérable point d'étiquette. Vous n'imaginez pas , je suppose , dans les fictions de votre tète romanesque, que nous en sommes revenus au temps de Clarisse Harlowe et de Henriette Byron, où Ton mariait les jeunes filles malgré elles ; et c'est une extravagante vanité de votre part , si vous supposez que lord Etherington , parce qu'il vous a honorée de quelque attention , ne'se contentera point d'un refus honnête. . . Vpus croyez-vous d'Un si haut prix que le temps de la chevalerie revienne pour vous ?— Jeme soucie peu desavoir ce qu'étaitce temps-là, répondit Clara ; mais je vous dis que je ne veux

point voir lord Etherington ni aucun autre après de semblables

préliminaires... Je ne le puis, ni ne le veux, ni ne le dois. Si vous dé* siriez que je le reçusse , ^e qui n'avait aucune importance, il fallait me le présenter comme une visite ordinaire mais avec les intentions qu'il a , je n^ le recevrai point. — Vous le verrez et vous l'entendrez ; vous me trouverez aussi obstiné que vous aussi prêt à

oublier que vous êtes ma sœur , que vous l'êtes à oublier que je suis votre frère. —Le moment est donc venu où la maison de notre père ne nous renfermera plus tous deux. Je chercherai un autre asile : puisse le ciel vous bénir! — Vous prenez cela bien froidement, madame , » répliqua Môwbf ay en se promenant dans la chambre avec une agitation qui se trahissait dans ses gestes.

c C'est, répondit- elle, que j'avais souvent prévu ce malheur... Oui, mon frère, j'ai souvent prévu que vous feriez de votre sœur l'objet de vos spéculations et de vos projets quand vos autres ressources manqueraient. Ce moment est venu , et, comme vous voyez, j'y suis préparée. — Et où vous proposez- vous de vous retirer? demanda Mowbray. Je pense, en ma qualité de votre seul parent et de votre tuteur naturel, avoir le droit de le savoir... l'honneur de la famille et le mien y sont engagés. — Votre honneur! c'est votre intérêt que vous voulez dire! Mais soyez tranquille... le creux d'un

«M LES EAUX DE iAINT-RONArf .

roober, le lit desséché d'uDtorreiàt» seront mon asile, plutôt qu'un ^lais où je ne serais pas libre. ^ Vous vous abusez, > reprit Mowbnj gravement, • si tous espérez plus de liberté que je ne le crois omveoable dans votre intérêt. La loi veut , la raison et mon affieotion pour vous exigent que, pour votre salut et pour votre honneur, vous^ ne soyei pas délivrée de toute surveillance. Vous couriez un peu trop les bois du temps de notre père , si tout ce /{u'on dit est vrai* •*- Il se peut , Mowhray, » répondit Clara en pleurant; f le eiel me puisse prendre en pitié et vous pardonne de me reprocher le triste état de m on esprit I * . • Je sais que parfois je ne puis me confier à ma propre raison $ mais était-ce à vous , mon frèxe de m'en faire souvenir? »

Mowbray se sentit adouci et embarrassé.

« Quelle est cette folie? répliqua4-il ; vous me dites les choses les plus piquantes. <» vous êtes prête à abandonner ma maison ; et quand v<Mis m*avez pouMé à vous répondre. avec colère, vous vous mettez à pleurer. -» Dites*moi , mon cher John , que vous ne pensiez pas ee que vous v^ez de me dire , s'écria Clara } oh ! dite$-le-moi ! ... ne me priver pas de ma liberté. . . c'est le seul bien qui me reste. .. et , Dieu le sait, c'est une ftiible consolation au milieu de tous les chagrins qui m'accablent* Je ferai tout ce qui vous sera agréable, . . j'irai \, aux Eaux quand vous le voudrez... je m'habillerai comme vous le

désirerez. «. maisi au nom du ciel! laissez-moi h))re dans ma solitude.», laissez-moi pleurer sans témoins dans la maison de mon père. . I ne réduisez point votre infortunée s^ur à mourir sur le seuil de votre porte. Le temps de ma vie sera court $ mais n'agitez point la poussière du sablier». « ne me tourmentez pas... laissez-moi passer ma vie en paix... je vous le demande plus encore pour vous que pour moii Je voudrais , Mowbray, quand je ne serai phis» que vous puissiez penser quelquefois à votre sœur sans être troublé par des réflexions amères. Ayez pitié de moi dans votre intérêt même... Je n*ai mérité de vous que la compassion*. Nous ne sommes que deux sur la terre s pourquoi l'un rendrait-il l'autre misérable ? »

Ses touchantes supplications furent suivies d'un torrent de larmes et de saoglots déchirants* Mowbray ne savait quel parti prendre : d'un côté, il était lié par la promesse qu'il avait faite au comte; de l'autre, sa sœur n'était pas en état de recevoir une telle visite; bien phis» s'il usait de son autorité^^our la forcer à voir Étherington , elle le conduirait avec lui de façon à détruire entièrement les projets mt lesqiiels loi , MQwlK*«yi ^vait d^jà bètt tant de châteaux en £a-

ptgne. Du» eet 6nib«rr«t , il vwhit eneôr^ teUto* us nmif el eObit auiffès de m 9<Byr«

« Clara 9 lui dit-il , je toi», cottune )e font Fài déjà dit, f otre seul imreni , TOtre muI protecteur. Si calque motif rflltonnable vont empèehe de recevoir le comte , et de repousser par im rdun poli la propoftitioQ qu'ii Voulût tous adresaei', asturémeot je puit demandef à eomialtre ce nwtif . Cette liberté dont tous faite» tant de ea§t fOul eu avez tfop joui durant la vie de mon pdre..« les dernières amiéea au moins. I. A?ez-TOUt I cette époque formé quelque Uaiion qui s'oppose à ce que vous receviez la visite dont milord Étberington vous menace? — Me menace ! le mot est bien choisi^ et rien no peut être [rins eifirayatit qu'une telle menace f excepté sod aeeom* plissement* -^ Je suis joyeux de voir que vous rcprenea la liberté de votre aprit^ répliqua son frère; mais oe n'est pas Jà une répmse à ma question. — Est-il nécessaire, dit Clara, qu'on ait quelque en^ mgément pour ne vouloir pas se marier, ou mdme pour ne vouloir pas être pressé sur un pareil sujet? Beaucoup déjeunes gens décla^ rent qu ils veulent mourir garçons : pourquoi, à vingt^trois ans, ne pourrais^ dire que je veux mourir fiUe?.. . LaissezHmoi vivre fille ^ comme un bon frère , et jamais neveux et niècea n'auront été caressés , grondés et gâtés par leur vieille tante , autant que vos en^ fimté, quand vous en aurez , le swont par leur tante Clara. -^ Et pourquoi ne pas dire tout cela à lord Étberington , répondit Mow^ ÏMjf ; attendez qu'il vous présente le terrible ^uvantail du ma^ liage avant de vous effrayer de le revoir. Qui sait? le caprice dont il est question peut être déjà passé... Il se promenait, comme vous savez, avec lady Binks , et cette dame possède autant d'iiditise que de beauté* -* Puisse le ciel augmenter Time et l'autre t et c'est bien •incèrement que je le souhaite , si cea qualités peuvent lui servir à garder lord Etherington pour ellemème l ^ Eh bien donc , puisque les choses sont ainsi , je ne pense pas que vous ayez beaucoup d'embarras avec le comte , pas plus qu'il n'en fiiudra pour lui signifier un refkis poli. Après avoir entretenu sur un pareil siyet un homme de ma condition , il ne peut plua reculer sans que vous lui fanmissiea un prétexte. *— Si c'est U tout ce qu'il désire, soyez certain qu'ans* rilét qu'il m'en donnera l'occasion , il recevra une réponse qui le mettra en liberté de faire la cour à telle fille d'Eve qu'il lui plaira , à l'exception de Gara Mowbray. En vérité , je désire teltement rendre oe captif libre , que maintenant je suis in^tiente de le voir arriver t autant qUe je le redoutaia tout à l'heiMi ^ Qh ï éOM^

sas LES EAUX DE SAINT-RONAN.

ment, a'sdlons pas m vite en besogne. Vous ne pouvez lui foire un refus avant qu'il tous fasse la demande. — Certainement , moa fi*ère. . . Mais je saurai bien comment m'arranger. . . il ne me demandera rien absolument. Je rendrai à lady Binks son admirateur, sans accepter seulement une politesse pour sa rançon. — De pis en pis, Clara ! vous devez vous rappeler qu'il est moti ami et mon h<^te , et il ne faut pas qu'il re<joive un alBfront dans ma maison. D'ailleurs, réfléchissez un instant , Clara.. . ne vaudrait-il pas mieux domier en eette circonstance quelque temps à la réflexion? L'offre est brillante.... des titres... une fortune... une fortune que vous auriez'le droit de partager. •— C'est aller au delà du traité que nous avons conclu. Je vous ai cédé plus que je ne devais le faire quand j'ai consenti à ce que le comte me fût présenté sur le pied d'un visReur ordinaire ; et maintenant vous parlez de nouveau en sa faveur. C'est un empiétement, Mowbray ; je vais retomber dans moa obstination et refuser tout-à-fiit de le voir. — Comme vous voudrez» > répliqua Mowbray , sentant bien que c'était seulement de l'affection de sa sœur qu'il lui était possible d'obtenir cette concession... « comme vous voudrez , ma chère Clara ; mais , au nom du ciel ! essuyez vos yeux. — Et conduisez-vous comme des gens de ce monde, » reprit Clara en essayant de sourire ; c mais cette citation est perdue pour vous qui n'avez jamais lu ni Pripr ni Shakspeare. — Non, Dieu merci ! répliqua Mowbray, j'ai déjà bien assez de choses dans la tête sans y mettre encore un tas de rimes , comme vous faites, lady Pen et vous... Allons , c'est bien , allez au miroir et prenez un air convenable. »

Il faut qu'une femme soit bien abattue par la souffk*ance pour négliger entièrement sa toilette. Clara en quelques secondes substitua à son chapeau de paille une gracieuse coUAire à la, grecque , sans autre ornement que ses beaux cheveux.

c Maintenant, » dit-elle quand elle eut fini, > que Je prenne mon plus beau manehon ; et lùenne duc ou prinoe , je serai prèle à le recevoir. — ^ Comment ! un manchon ?. . . qui a jamais entendu parler de manchon depuis vingt ans ? Les manchons n'étaient déjà plus de mode avant que vous fossiez née. — N'importe, John; quand une femme porte un manchon , et surtout une vieille fille déterminée comme moi , c'est signe qu'elle n'a pas dessein d'égratigner... c'est pourquoi un manchon fait absolument l'office d'un pavillon blanc. •

En cet instant on apporta à John Mowbray un nouveau billet à lui adressé. Il brisa le cachet et lut ces mots : « Promptitude et se-

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