CHAPITRE XXIX. 9M
pose d'intenter est de foirevaloir mes très justes droits. — Aufond , cela revient au même ; je ne suis pas appelé à décider sur la justice de vos réclamations ; mais elles sont , vous Tavouerez , de date un peu récente. La feue comtesse d'Ëtherington est morte en possession incontestée de son rang dans le monde. — Si elle n'y avait pas un droit réel , monsieur , elle a obtenu bien plus que justice y puisqu'elle en a si long-temps joui , et l'épouse malheureuse a été d'au^ tant plus injustement dépouillée... Mai$ c'est un point qui ne doit pas être discuté entre vous et moi : il en sera décidé ailleurs. — Des preuves , monsieur , des preuves bien fortes seront nécessaires pour renverser un droit aussi bien établi dans Fopinion publique que celui du possesseur actuel du nom dTtherington. •
Tyrrel tira un papier de son portefeuille y et le passant au capitaine Jekill , il se contenta d'ajouter : c Je ne songe pas à vous demander d'abandonner la cause de votre ami ; mais il me semble que les documents dont je vous remets la liste peuvent ébranler votre opinion. »
Le capitaine lut à demi-voix : « Certificat de mariage délivré par le révérend Zadock Kemp, chapelain de l'ambassade anglaise à Paris^ entre Marie de Belleroche , comtesse de Martigny , et le très hono^ rable John lord Oakendale... Lettres de John, comte d'Étherington, et de son épouse, sous le titre de madame de Mârtigny... ^cte de naissance... Déclaration du comte d'Étherington à son lit de mort... Tout ceci est fort bien... mais puis-je vous demander, monsieur Tyrrel , si vous avez réellement Tintention d'en venir à des extrémités avec votre frère? — Il a oublié qu'il est.un... il a voulu attenter à ma vie. — Vous avez répandu deux fois son sang... Le monde ne demandera point lequel des deux frères a oflensé Tautrei mais lequel a porté la plus dangereuse blessure. — Votre ami m'en a porté une, monsieur, qui saignera tant que j'aurai la feculté de me souvenir. — Je vous comprends, monsieur , vous faites allusion à TaiFaire de miss Mow^bray. — Epargnez-moi sur ce sujet, capitaioe. Jusqu'ici j'ai discuté avec une espèce de calme mes droits les plus importants... droits qui établissent mon rang dans la société, ma fortune et l'honneur de ma mère. . . Mais n'ajoutez pas un seul mot sur le sujet que vous avez touché, à moins que vous n'ayez envie de me voir perdre la raison. Vous est-il possible , monsieur, d'avoir entendu le moindre récit de cette histoire et d^imaginer que je puisse jamais songer au piège abominable que votre ami tendit à deux infortunés , sans... » Il s^ leva en tressaillant, et marcha im-
LES EAÏÏZ DE SÀXNT-llONAN.
pétueutement dans la chambre. « Depuis que le démon hihiaèiiie , eontimia-t-il , a troublé te bonheur de la parfiaite innocenee , il n'y eut jamais un pareil acte de perfidie... Jamais pareil prcyet de féUr dté ne Ait détruit, jamais misère si inévitable ne ftit préparée à deux malheureux qui avaient eu la sottise de placer toute confiance en leur penéouteur... s'il y avait eu de la passion dans sa conduite, c'aurait été Taote d'un homme pervers, il est vrai, mais ^core d'une créature humaine , agissant sous Tinfluencé d'humaines pa»* siens. . . mais ce Ait Tceuvre d'un démon poussé par les plus sordides motife d'intérêt privé, et par ui» haine ancienne et invétérée contre on frère dont il croyait les droits préjudidables aux siens. — Je suis filché de vous voir dans une semblable agitation , > dit le capitaine avec calme \ « lord Étherîngton a, j'en suis certain» agi d'après des motift diflfêrents de ceux que vous lui inq;m(eE ; et si vous consentiei seulement à m'entendre, peut«ètre surginUtnl un moyen d'ar* ranger ces déplorables querelles. — Monsieur, » répliqua Tyrrel se rasseyant, « je vous écouterai avec calme, avec autant de sany* firoid que j'en montrerais si un médecin sondait dans mes entrailles même une douloureuse blessure ; mais quand vous me touchez au vif, quand vous attaquex jusqu'au nerf, vous ne poovex attendre que je l'endure sans me plaindre. — Je m'efforcerai donc d'être aussi expéditif que possible dans Topération, » dit JekiQ, qui conserva un admirable sang-ft^d peinant la conférence^* Je penaa, monsieur Tyrrel, que la paix» la féUeité et Ibonneur de miss Mov^ bray vous sont cbers^ ~ Qui ose attaquer son bonmeur ? • r^li<pia Tyrrd avec fierté ; puis se maîtrisant, il ajouta â*un ton pli» tranr quille , mais profondément âau : ^ Tout cela m'est aussi cb^, monsieur, que la lumière du jour. — Les senltments de mm ami, à cet égard , sont absolument les mêmes, et il a résolu de rendre i miss Clara la plus eomplète justice. — Il ne peut lui rendre justioe qu'en cessant de demeurer dans son voisinage, de s'occuper, de parler, même de rêver d'elle. ~ Lord Éth^ingion pense autrement; il croit que si miss Mowbray a été offensée par lui, cette ofiiense sera suabamment réparée par IWre de son titre, de son rang et de sa fortune. — Son titre, son rang , sa fi^tine , monsieur , sont aussi faux que lui-même, » dit Tyrrel avec violence... « Lui, épouser Clara Mowbray ! jamais ! — La fortune de mon ami , vous y réflé- ^irez ) ne dépend pas entièrement de Tissue du procès dont vous le menacez.,. Dépouillez-le , si vous pouvez, du domaine d'Oaken-
CKAt^nni xzrz.
iMity quant à son mariage avec Clara Mowbray, il croit qii'è moins que cette dame ne désire ibire réitérer la cérémonie, en cpioi il e(t fort disposé t la satislïiire , il suflt de déclarer qu'elle a déjà été célébrée pour eux. *- C'est une supercherie» monsieur ! une?ile,ute i&llme supercberte, dont serait honteux le dernier misérable de Newgate... la substitution d'une personne à une autre. --* Mata, monsieur Tyrrel j je n'en vois aucune preuve. Le certificat du mi* niatre est elair... Francis Tyrrel est uni à Clara Mowbray par les liens sacrés du mariage... telle en est la teneur... en voici mène une copie... Mais, monsieur, vous dites qu'il y a eu tromperie... je ne doute paA que vous ne disiez ce que vous croyea, et ce que miss Mowbray vous a dit , mais surprise et séparée par force de rhomipc qu'elle venait d'^ouaer... honteuse de se retrouver avec un promis* amant à qui elle avait sai» doute fisit maintes promesses... quoi d'étonnant* que , ne ae trouvant paa soutenue par son nouvel époux , die ait changé de ton- et rejeté tout le blâme sur un mari absent ?. . . Une femme , dans un instant si critique , alléguera les excuses les plus improbables , phitAt que de s'avouer elle-même OQupaUte. — On ne doit pas plaisanter dans une pareiUe circonstance 1 • s'écria Tyrrel pâle et tremblant de colère.
€ Je parte trèi sérieusement, monsieur; et il n'est pfts dans la Grande-Bretagne une com* de justice qui reçût en pareil cas la parole d'une femnM... or , c'est tout ce qu'elle peut avoir à ^Krir , et eda dans sa propre cause , contre tout un corpa de preuves eircoust«nciée^ déosontrant que c'est par un consenteosent libre qu'eDe a éfQfHkté rfaomme qui la réclame aujourd'hui. Pardon «» monsietir ! Je vois que voua êtes agité. . . je n'ai pas l'intentiou de vous disputer le droit de croire ce qui vous parait certain \ je me permets seulweQt dlndiquer l'impression que les preuves produiront sans doute sur les esprits des personnes indifférentes. -^ Votre ami , » repiqua Tyrrel affectant un calme que cependant il était loin de posséder , « peut songer à cacher sa perfidie par de tds arguments ; mais elle ne lui pn^era point. . . la vérité est connue de moi comme du ciel... et il existe en outre sur la terre un témoin irrécusable qui peut attesler que la plus a^Moaunable irabison fut employée à légard de miss Mowbray. — Vous voulez dire sa cousine... Hannah Irwm; vôiis voyez que je connais jusqu'aux moindres circonstances de Taffisire, mais où pourra-t-on trouver Hannah Irwm ?*- Elle para^ tra, n'en doutez point, quaiid le ciel jugera l'instant convenable. Oui» omn^eur» cette 1^^ ohB^^atton qui vous est échappée
m*explique clairement pourquoi votre ami, M. Valentio Bulmer» n'a point commencé ses machinations plus tôt , et pourquoi ii les commence à présent. Il se croit certain qu'Hannah Irwin n'est plus dans la Grande-Bretagne , ou qu'on ne peut la faire comparaître devant un tribunal... mais il peut se tromper. — Mon ami semble plein de confiance dans la bonté de sa cause ; mais, par égard pour la jeune dame , il n'est guère disposé à entamer un procès qui doit rendre publiques une foule de circonstances pénibles. — Remerciezen le traître qui a chargé une mine si terrible , et qui maintenant aflfecte de la répugnance à mettre le feu... Oh! combien ne faut-il pas que je maudisse cette parenté qui me Jie les mainsi Je me résignerais à devenir le dernier et le plus misérable des hommes pour une heure de vengeance contre cet hypocrite sans pareil... Il est une chose certaine, monsieur... votre ami n'aura point une victime vivante. Sa persécution tuera Clara Mowbray : il comblera la mesure de ses crimes par l'assassinat dé la plus douce. . . Je ne puis continuer sur ce sujet. — Mon ami désire , autant que vous , épargner d'amers chagrins à la jeune dame ; et dans cette vue, pour ne plus revenir sur le passé, il a lait à M. Mowbray une proposition d'alliance qui a été hautement approuvée. — Ah! > ditTyrrel en tressaillant , « et la jeune personne ? -^ La jeune personne s'y est montrée tellement favoraUe, qu'elle a permis à lord Étberington de venir la visiter au château de Shaws. — Le consentement doit lui avoir été arraché de force. — Elle l'a donné volontairement , selon ce que j'ai pu comprendre ; à moins peut-être que le désir seul de jeter un voile sur ces tristes démêlés ne l'ait déterminée à accepter la main de lord Etherington. Je le vois , monsieur , je vous fo» de la peine, et j'en suis fâché. Je n'ai aucun droit de vous engager à faire un effort de générosité ; mais si tels étaient cependant les sentiments de miss Mowbray , on devrait s'attendre à ce que vous ne compromissiez pas l'honneur de la jeune dame eu insistant sur d'anciennes prétentions , et en obligeant de revenir sur des faits déjà oubliés. — Capitaine Jekill , > dit Tyrrel solennellement, « je n'ai aucune prétention. Toutes celles que je pouvais avoir ont été détruites par l'acte de trahison au moyen duquel votre ami est partenu à me supplanter. Clara Mowbray fût-elle dégagée des nœuds de son prétendu mariage aussi complètement que les lois peuvent le faire, encore existerait-il entre elle et moi une barrière insurmontable, savoir la bénédiction nuptiale prononcée sur elle et sur l'homme qu'il faut que j'appelle encore une fois mon frère... » Il