‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 15 sur 161 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

THOHAS - LE - fUMEUR.

C^OBt un« triste histoire qui peut faire pleurer toi yenx, une horrible histoire qui peut vous faire crisper les nerfs , une merTeilleuse histoire qui tous fera froncer les sourcils, qui fera frémir tos chairs , si tous la lisez comme il Cuit. VieiUe Comédie^

« Il faut que je vous le dise , gracieux sir Aymer de Valence, j'ai entendu conter cette histoire à une grande distance du pays où elle est arrivée , par un ménestrel juré, ancien ami et serviteur dé la maison des Douglas, un des plus célèbres, dit-on, qui appartinrent jamais à cette noble famille. Ce ménestrel, qui se nommait Hugo Hugonnet, accompagnait son jeune maître, suivant sa coutume, lorsque James Douglas fit l'exploit dont nous parlions tout à l'heure.

41 LE CHATEAU DANGrEREUX.

f Le ehàteau était dan$ un tumulte général : ici les bomiiiei de guerre s'occupaient à saccager et à détruire les provisions; là ils tuaient hommes, cfaeTaux, bœufe et moutons, et cette besogne était accompagnée du bruit que Ton peut s'imaginer. Les bestiaux en particulier avaient pressenti le sort qui les menaçait « et par une résistance gauche , par de piteux mugissements , témoignaient cette répugnance instinctive avec laquelle ces pauvres animaux approdient d'un abattoir. Les gémissements et les sanglots des hommes qui recevaient ou allaient recevoir le coup mortel, et les hurlements des pauvres chevaux livrés à l'agonie de la mort, formaient m chœur épouvantable. Hugonnet aurait voulu se soustraire à ce hideux spectacle » à ce lugubre concert ; mais son mettre , Douglas le pare 9 avait été un homme de quelque instruction; et le vieux serviteur désirait ardemment sauver un livre de poésie auquel ee Douglas attachait jadis beaucoup de valeur. Il contrait les chants d'un ancien barde écossais qui, s'il ne parut être qu'une simple créature humahie tant qu'il demeura en ce m<mde, ne doit peutêtre pas porter aujourd'hui le simple nom d'homme.

< Bref, c'était ce Tb(»BaS| surnommé le Rimeur, et dont l'inti* mitéi dit*on, était devenue si grande avec ces êtres surnatureb qu'on nomme fies, qu'il pouvait, comme elles, prédire de loin les choses futures ; il réunissait dans sa personne la qualité de barde et celle de devin. Mais depuis plusieurs années, il avait presque entièrement disparu de la scène de ce monde , et quoique l'époque et le genre de sa mort n'eussent jamais été publiquement connus, cependant, d'après la croyance générale, il n'avait pas été ravi à la terre des vivants , mais transporté dans le pays des fées , d'où il faisait parfois des excursions sur la terre... Hugonnet était d'autant plus jaloux de préserver de ta destruction les œuvres de cet ancien barde, que U plupart de ses prédietions et de ses poèmes étaient seulement conservés dans le diâteau : ils contenaient même, disait-on , des choses qui Intéressaient d'une manière toute particulière l'antique maison de Douglas , aussi bien que d'autres ftimiltes d'origine anciemie. Le ménestrel était donc résolu i sauver à tout prix ce volume de la destruction qui l'attendait dans l'incendie général auquel l'édifice venait d'être condamné par l'héritier do ses anciens possesseurs. Ce fut aveo cette intention qu'il pénétra dans la vieille petite chambre voûtée qu'on nommait la Biblio* thèque de Douglas , et qui pouvait contenir quelques douzaines de ces vieux livres écrits par les anciens chapelains , en ce genre de

CKAFITU Ti tt

carsMt^ qm làà ménestrelt appcSleiit la i^itra tiBtret H déeeii* ?rît aimitôl le célèbre lai, intitulé Sire Tmirtmp tfû avait été M sauveet aUéré et abrégé ^ qti*il ne relsariilait plus guère à rortginali Hligonnet f eonnaisêânt tout le prik que lee anciens propriétaires 4ii<^ftteau attaebaient à ee poème, (ira le yolume en parch^nia ésè rayons de la bS>liethèque , et le ffmt sur m petit pupitre qui se troutaît la i près eu Cauteuil du bafofi. Après s'être ainsi dis|R)sé h lé sauver^ il temba dans iHie eeftrte rètérte, fistorisée par le jour qoî baissait I par le bruit des préparatîfo du garde-tnanger de Dougla^i anôa surtout par eette idée qti'H contemplait pour la dernière fois des objets depuis long^temps familiefs à se^ faut , è Tintant mèose ou ils «llaiefit être détruits pour toiqours.

f Is barde songeait donc en taUmème au singulier mélange dés OM'aetères de èavant mystique et 4e gderrief rétasâs dans son vienit mattre , ^piaBd tott-ineoiip ^ abaissant les yeux sur le litre du Tieux Rwear, il remarcpia arec aui^lrâé qu'il était knteHient entratné par anetiHHU «^f isiMe lom du pupttré oà il Fa? ait laissé. Le Tleil^ lard regarda atee horreur lé mottvemeftt i^ontafié du liïre à la s<^eté duquel il était si intéresse^ et eut le courage de de rapproeber un peu de la taUë > éktùe déeon?rïr psar ^1 tnoyen il en avait été retiré.

• Gemme je tous Faî dit, la êhaiÈbre eommençail à s'èbscurcir, de mamèrè qatû n'étaR pas iadie de distiiigiie^ s'il y avait réèllemeaft quelqu'an dans le fauteiiM; méis en regardant avec plus d*at-« tentîony il semblait qu'uM espèce d'ombre ou de vapeur ayant ferme humaine y était assise $ eHe n'^rvait pourtsurt rien d'assez précis pour qu'on fdt en saisir exaiAernent Tensemble, ni d'assez dé*^ taiHé pour qu'on aperçM distidiclement sm mode d'action^; Le barde de Douglas pegardaM donc l'objet de m frdyeurs comme si qaelque chose de surhumain se fftt présenté ii ses yeux. Cependant, à forée de regarda, 9 parvmt à découvrir un peu miéUx Fob^t q/ai s'^Firait à sa vue^ et sa vÉe devint même par degré» phis claire et pkM eapidlle de discerner ce qu'il contemplait. Une grande forme maigre « bd»itiée où pjiutôt reeduVerte d'une hmgute robe traînante pleine de poussière, dont la ftgure â«t tellement ombragée de cheveux, et la physionomie si étrange qu'on pouvait à peine croire qu'elles appartinssest à un^hoomie : tels étaient les^ seul^ traits du ftmtdme qp'on pôt saisir^ et en Fe^amteant- areo plus d'attention ^ Hugonnet remarqua encore ddui autrea fermes qui avai^t la tour^ nwed'iui 0SFf et d'uBO^ b«Ae^ et fui pmratssaieAt se eaeher der:r

rière le corps et sous la robe de cette apparition surnatureHe. — Voilà une histoire bien vraisemblable , interrompit le chevalier, pour que vous , sire ménestrel » homme de sens comme vous paraissez Tètre, vous la racontiez si gravement. De quelle respectable autorité tenez-vous ce conte-là ? en supposant qu'il puisse passer après boire , il doit être absolument considéré comme apocryphe durant les heures pins sobres de la matinée. — Sur ma parole de ménestrel , sire chevalier, répliqua Bertram , ce n'est pas moi qui ai répandu cette fable, si c'en est une : Hugonnet, le joueur de viole , après s'être retiré dans un clottre près du lac de Rambelmère dans le pays de Galles, m'a communiqué l'histoire que je vous raconte en ce momenti Et comme je parie d'après l'autorité d'un témoin oculaire , je ne crois pas avoir besoin d'autre excuse. — Soit, sire ménestrel, dit le chevalier, continue ton récit , et puisse ta légende échapper à toutes les critiques aussi facilement qu'aux miennes ! — Hugonnet , sire chevalier , continua Bertram , fut un saint homme, et posséda sa vie durant une bonne réputation, bien que son genre de profession puisse être regardé comme un peu scabreux. La vision lui parla une langue antique, semblable à celle qui fut jadis employée dans le royaume de Strastes-Clyde, espèce d'écossais ou de gaélique que peu de gens auraient compris.

« Vous êtes un homme savant , dit l'apparition , et tant soit peu familier avec les dialectes qui furent autrefois en usage dans votre pays, quoiqu'ils soient aujourd'hui oubliés et qu'il faille pour être compris les traduire en saxon vulgaire, tel qu'on le parle dans le Deira ou le Northumberland. Un ancien barde anglais doit aimer tendrement l'homme qui , après tant d'années , attache encore as^ sez de prix à la poésie de son pays natal pour songer à en conserver les fragments , malgré la terreur qui domine dans une soirée comme celle-ci.

« C'est en effet une terrible nuit , répliqua Hugonnet , que celle qui fait sortir les morts du tombeau et les envoie sur la terre , pâles compagnons des vivants... Qui es-tu, au nom de Dieu? qui es-tu , toi qui brises les barrières infranchissables , toi qui reviens si étrangement visiter un monde auquel tu as depuis long-temps dit adieu?

« Je suis , répondit la vision , ce célèbre Thomas-le-Rimeu^, quelquefois appelé Thomas d'Erceldoune, ou Thomas le Véridique Parleur. Comme d'autres sages , j'obtiens de temps à autre la permission de visiter les scelles de ma première vie , et je suis toujours

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