‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 150 sur 161 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

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Ls MBci monte tn ersopt et gtlept stee lii.

BOILIAV.

Aussitôt qu'il fat arrivé au cbftteau, Movvbray se rendit dani l'appartement de sa sœur. Le bruit de ses pas dans le eorridm' éveilla miss Clara d'une rêverie peut-être mélancolique. Il marebait si lentement qu'elle eut le temps d'arranger sa lampe et d'attiser le feu avant qu'il entrât dans la chambro où elle était.

« Vous êtes un bon enfant , mon fir^e , lui dit-elle » de revenir de si bonne beure, et pour votre récompense j'ai de bonnes nou** velles à vous apprendre. On a retrouvé Trimer : il avait poursuivi

un lièvre jusqu'à DrumlyikM*t un berger l'avait renfermé dans

son étable jusqu'à ce qu'on vint le réclamer. ^ Je souhaiterais de

tout mon cœur qu'il l'eût p^du , dit Mowbray. -^ Comment

pendre Trimer Trimer, votre favori...*... le meilleur cbten du

pays : et ce matin , parce qu'il était perdu , vous aviez l'air de vou<» loir battre toute la maison. *^ Plus j'ai d'affection pour une créa« ture , répondit Mowbray» plus j'ai de motlft de souhaiter qu'elle soit morte » et pour toujours m repos ; car ni mot ni aucune créa-f ture que j'aime ne serons jamais heureux. — Vous ne pouvez m'èf* frayer par de tels propos > John, » répondit Clara tremblante , quoi*

qu'elle s'efforçât de paraître tranquille « vous m'en avez trop

souvent dit autant. — Tant mieux donc $ vous a[^rendrez votre ruine sans en être troublée! -«—Mon Dieu, oui, répondit Gara, quand on a si souvent

« Va la pfttTrclé en peripeeUvs , elle n^effriie ptoé ^ind elle •pptoeké. »

Cest ce que je dis avec Robert Burns. — Au diable Bums et sed vers l » s'écria Mov^ray avec remportement d'un homme déter^

388 LES EAUX DE SÂIIfF-RONÂIl.

miné à se (Skcher contre tout le m(mâe y excepté contre lai-mème , qui était la véritable cause du maL — Et pourquoi au diable le pauvre Bums? > répKqua Clara avec sanff-froid; est-ce sa foute si vous avez perdu ce soir au jeu? car c'est là , je suppose , la cause de tout ce tapage. — Qui ne perdrait patience , répondit Mowbray, en entendant citer le» rapsodies d'un paysan sans souliers » quand on parle de la ruine d'une ancienne femille? Votre garçon de ferme, je suppose y s'il devenait un degré plus pauvre qu'il ne l'était , en serait quitte pour ne pas dîner, ou pour se passer de sa ration d'ale ordinaire. Ses camarades diraient : « Le pauvre garçon ! » et ils le laisseraient manger à leur plat et boire à leur pot jusqu'à ce que le sien fût rempli de nouveau. Mais le gentilhomme pauvre.....;

l'homme comme il faut ruiné, Thomme bien né... tombé dans

sa misère, l'homme puissant... dépouillé de sa puissance et de son crédit, c'est lui qui est à plaindre , car il ne perd pas seulement un dîner, il perd son honneur, son rang , sa position sociale , sa considération , son nom inème. — Vous parlez de la sorte, répondit Clara , pour m'effrayer ; mais , mon cher John , je tous connais , et je me suis préparée à tout ce qui peut arriver. Je vous dirai plus. .. je suis demeurée si long-temps sur le pinacle chancelant du rang et de la fortune , si l'on peut appeler ainsi notre situation dans le monde , que ma tète commence à tourner. Je sens le désir de m'en précipiter, comme on dit que cela arrive à certaines personnes quand elles sont au haut d'une tour. Je voudrais que le saut fût déjà fait. "— Soyez donc satisfaite, si pareille nouvelle peut donner 4e

la satisfaction. Le saut est fait et nous sommes ce qu'on appelle

en Ecosse des nobles mendiants des gens à qui nos cousins

du second degré , du troisième, du quatrième et du cinquième, s'il leur platt, donneront une place au bas bout de la table, et dans leur voiture à t^ôté de la femme de chambre, si nous pouvons aller à reculons sans être indisposés. — Us peuvent donner cette place à ceux qui la voudront, répondit Clara , mais je suis déterminée à ne manger que le pain que j'achèterai. Il y a cent choses que je peux feire, et je suis sûre que l'une ou l'autre me procurera le peu d'argent dont j'ai besoin. J'ai essayé de calculer, pendant plusieurs mois, combien il me faudrait pour vivre , et vous seriez étonné, John, si vous voyiez à combien peu cela se monte. — Il y a de la diffiérence, Clara, entre un essai fait à plaisir et la pauvreté réelle: l'une est la fietion que nous pouvons terminer quand il nous plaît , l'autre est la misère pour toute la vie. — Vous feriez mieux, mon frère » ré-

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pondit miss Mowbray, de me donner l'exemple en feit de bonnes résolutions , plutôt que de tourner les miennes en ridicule. — Et

que voulez-vous que je devienne? • s'écria-t-il avec véhémence

« postillon , cocher, ou piqueur? la manière dont j'ai profité de mon éducation ne m'a pas rendu capable d*autre chose , et alors mes anciennes connaissances me donneront, j'ose y compter, un écu pour boire de temps en temps à leur santé. ^Ce n'est point de la sorte, John , répondit sa sœur, que des hommes sensés parlent de malheurs réels ; et je ne puis croire que celui-ci soit aussi sérieux qu'il vous platt de le dire. — Croyez-le au^si grand que vous pouvez l'imaginer, et ce ne sera pas encore assez! Il ne vous reste pjs une guinée pas un asile pas un ami encore un jour, et peutêtre ne vous restera-t-il pas de frère. — Mon cher John , le vin vous a porté à la tête , ou vous êtes revenu trop vile à cheval. — Très vile... de telles nouvelles méritent d'être apportées en poste, surtout à une jeune fille qui les reçoit si bien, » répliqua Mowbray avec amertume. « Je suppose que vous m'écouterez avec la même indiflerence si je vous dis qu'il est en votre pouvoir de détourner

noire ruine. — En consommant la mienne, je suppose mon

frère; je vous ai dit que vous ne pouviez me faire trembler, mais vous en avez trouvé le moyen. — Comptez-vous que je vais vous presser de nouveau de permettre les assiduités de lord Etherîngton?.. . A la vérité, c'était un moyen de nous sauver...,, mafs le jour de grâce est passé. — Je m'en réjouis , et de tout mon cœur, répondit Clara , et puisse ce jour emporter avec lui tous nos sujets

de discussion! Mais jusqu'ici je croyais que c'était là que tous

ces préliminaires devaient aboutir, et qu'en vous efforçant à me convaincre de l'imminence et du danger de la tempête , c'était pour me réconcilier avec le port que vous m'offrez. — Je crois que vou$ êtes folle, en vérité! Pouvez-vous être réellement assez extrava gante pour vous réjouir de ce qu'il ne vous reste aucun moyen de nous sauver, vous et moi, de la ruine, de la misère et delà honte? — De la honte, mon frère? il n'y a pas de honte, j'imagine, dans une honnête pauvreté. — Cela dépend de la manière dont on a

usé de la prospérité. Clara, il faut vous parler sans détour H

court des bruits étranges par le ciel! ils sont capables de trou >

bler les cendres des morts! Si je les répétais, je croirais évoquer

notre pauvre mère dans cette chambre Clara Mowbray, com <

prenez-vous ce que je veux dire? > Ce ne fut qu'avec une peine extrême , et après un effort inutile,

LBi lÀVX Dl 9AI1IT-R01IAH. 9S

m LES EAUX DE SAINT41QNAN.

qu'elle parvint à ç^ticuler i'me ¥oii défaillante le mooosyUabeAo/i.

« Par le ciel ! je »ui« hoDteux I... je tremble d*e!(priiner ma p^o^ sée ! ., , Clara , quel motif vous fait si obstiaérnent rejeter toute pro* position de mariasse ?<.•• est-ce que vous vous sentez indigne d'éb^ la femme d'un honnête homme?.,* Parlez... la mauvaise renommée s'est attaquée à vous.,. Parlez.*» donne^^moi le droit de faire rentrer les mensonges dans la gorge de leurs inventeurs i tà. demsia matin » quand je m# retrou wai parmi eux » je saurai comment traiter quiconque se permettra des réfleiions sur votre compte... Ls fortune de notre maison est détruite, mais qu'aucune langue as puisse attaquer son honneur... Parlez.,, parlez» malheureuse fille?... pourquoi vous tdisez*vous?... -^ Restez chez vous » mon frèrei m* tez chez vous , répondit Clara » si vous tenez à Ihonneur de votre maison... le meurtre ne peut effiicer la honte... restez chez vous, et laissez parler de moi comme on le voudra*., on a'en saurait dire plus de mal que )e n'en mérite. >

Les passions de àlowhray, toujours violentes et indomptables» étaient en ce moment excitées par le vin et par sa course rapide i cheval , et surtout par La perte qu'il avait faite. Il serra les dents et ferma les poings, fixa les yeux à terre, comme s il eût formé quel* que résolution hostile , et murmura d'une voix à peine intelligible : < Ce serait une charité delà tuer. --^ Qh! non... non,., non! • décria la jeune tille épouvantée, en sejclant à ses pieds, « ne me tuez pas, mon frère! j'ai souhaité la mort... j'ai pensé à la mort... j'ai demandé la mort dans mes prières... mais il est «fliroyable de penser qu'eUe est si près. . . Oh l pas une mort sanglante t mou frère; pas la mort de votre main I »

£n parlant ainsi elle serrait les genoux de son frère } ses gestes et son accent exprimaient la ptus violente terreur. Ce n'était passaas raison : la solitude, l'heure avancée, les passions violentes et fortement excitées de son frère, la silualion désespérée oà il était réduit , tout portait à rendre vraisemblable que quelque acte de fureur serait la conclusion de cette élr^nge entrevue.

Mowbray leva les mains, sans ouvrir les poings ni lever la tète, pendant que su sœur restait à terre, tenant ses genoux embrat^sés de toute sa force , implorant sa compassion et lui demandant ia vie.

« Folle, » lui dit- il enfin, c laisse-moi ! Qui s'occupe de ta mé* prisable vie?..» qui s'inquiète que tu vives ou que tu meures? Vil, si tu peux, objet de mépris pour tout le noonde comme tu l'espour m^it »

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