I.ES RECHERCHAS
Cail i^ne oiiuiYaise nuU poar ptg«r.
SHAKSPBàRE. L$ roi Léar,
Il y avftit une sorte à'égaaremeat et d'incertitude dans les idéesde Mowbray, lorsqu'il s'ëTciUa d'un sommeil fiévreux le matin qn\m fit cette mémorable entrevue. La crainte que sa sœur, qu'il aimait en réalité autant qu'il était capable d'aimer quelque chose > ne l'eût déshonoré lui et son nom , et rhorrible souvenir de leur dernier entretien, furent les premières pensées qui, au réveil, frappèrent son imagination. Vint ensuite le récit de Toucbwood , qui Jutttifiait Clara ; et il se persuada ou chercha à se persuader qu'elle aviât oom* pris l'accusation qu'il avait portée contre elle, comme se rapportant I son attaehement pour Tyrrel et aux totales conséquences de cet attachement. Il douta bientôt qu'elle eût pu commettre une 8em^ btabte méprise , et il craignit qu'elle n'eût été retenue par d*autrei BK)ti6 que sa répugnance à confesser la vile supercherie qu^ Bal* mer avait employée à son égards eniin ils'aiermit dans sa première et rassurante opinion ^ en se rappelant qu'épouvantée connue elle l'était à l'idée d'épouser l'howne qu il lui proposait , elle devait avoir eru qu'elle achèverait sa propre ruine , si elle lui danaiiit eonnaîssanee du mariage elandertin.
m Oui oh l oui! se dit-il à hiirmâmei elle a d^ penser qu^
cette histoire me rendrait plus empressé a prendre les intérêts i/i 08 misér^e , comme le meilleur moyen d'étouffer cette déplorable affaire ; et ma foi ! elle ne conjecturait pas à faux , car s'il eût été réellement comte d'£theringtou, je ne vois pas pe qu'elle aurait pu fiire de mieux. Mais ce titre de comte ne lui appartient pas, et je mécontenterai de l'assommer à coups de bâton aussitôt que je serai parvenu à ine soustraire à la surveillance de ce vieux brouillon,
qui veut toujours faire à sa guise Mais que résoudre à l'égard
de Clara? Ce prétendu mariage n'est qu'une niaiserie, et les d('UX parties doivent élre dégagées. Elle aime ce grave monsieur qui»
après tout, se trouve être le rejeton du vieil arbre mais je ne
r^ime guère , moi , quoiqu'il y ait quelque chose en lui qui sente le lord. Bien cerlainement un peintre vagabond ne Taurait pas déterminée à un mariage secret. Elle peut Tépouser si la loi ne s'y op-
CHAPITBE XXXYII. IM
posepa$...f Alor$ elle durait le comté, le domaine d'Oak^ndale» celui de Nettlewood, tout enfin. „».. Corbleu! nous serions les ga* gnants, cette fois ! Mais, sur ma parole , la première cbose que j'aie à espérer^ c'est que toute cette histoire soit vraie j car elle m'arriva
par un canal qui m'est «ispect. Je vais aller trouver Clara oth
tenir d'elle la vérité» puis je réfléchirai à ce que je dois âûre. »
Après s'être habillé, le jeune laird de Saint-Kooan descendit dans la salle où ils avaient soupe la veille , et où le déjeïïner était déjà servi. jNe voyant point sa sœur, il fit appeler la femme de ebamt^re de miss ÎVIowbray» et lui demanda si sa maîtresse n'était pas encore levée.
« Non » jusqu'à présent , elle n'a pas sonné du moins , répondit*elle. — Elle est moins matinale que dbabitude , dit Mowbray , mais elle n'a pas bien reposé la nuit dernière. Marthe ^allea lui dire d« se lever sur-le-champ* J'ai d'excellentes nouvelles à lui appreiir
dre si elle a la migraine, je monterai les lui dire avant qu'elle
se lève.... Allez comme Téclair. »
Marthe alla , pais revint au bout de deux minutes , annonçant qu'elle avait eu beau frapper, que sa maltresse ne l'avait pas eih tendue. Mowbray s'élança du fauteuil où il s'était jeté , traversa le oorridor eu courant, et frappa vigoureusement à la porte de sa sœur» mais sans obtenir de réponse. Ce fut amsi vainement qu'il rappela à jdusieurs reprises; enfin, désespéré de ne pas entendre le moindre bruit dans la chambre t il voulut ouvrir la porte» mais çUe était fermée h rintérieur. Après avoir encore appelés ^PpUé» 9 Personne ne bouge , » diMl à la femme de chambre , qu4^ venait de rejoindre M. Touchwood. Celle-ci , après le premier instant de confusion, se rappela enfin qu'un escalier dérobé conduisait de chea sa maîtresse dans le jardin t et dit qu'elle pouvait être sortie par cette issue.
« Sortie! » s'écria Mowbray, dont Tinquiétude s'accrut encore en voyant l'épais brouillard ou plutôt la petite pluie qui obscurcis^ sait une matinée de novembre; « sortie, répliqua 4*il, et par un temps semblable !... Mais nous pouvons pénétrer dans sa chambre par Tescalier dérobé. »
£a pariant ansi , et laissant son hôte libre de rester eu de le suivre, il traversa le jardin en toute hâte, trouva la porte de l'eica^ lier ouverte , monta à Tappartem^nt de sa sœur ; mais elle n'y était pas, et il fut aisé de reconnaître qu'elle ne s'était ni d(éshabJlléa,ni
çQwM^ 49 h mU Se frappant te front dam un aceè» d« dtfs^ojr.
il jeta un second regard autour de la chambre, redescendit brusquement au jardin, et faillit renverser M, Touchwood qu'il rencontra sur son passage, et qui l'avait suivi, quoique d'assez loin , par civilité. Le vieux nabab proposa de se rendre aux Eaux, disant que miss Clara y était peut-être "allée ; Mowbray accepta cette offre bienveillante , autant pour se débarrasser de l'importun que pour tout autre motif. II prit le chemin le plus court pour se rendre à une petite porte de derrière qui ouvrait sur un petit bois taillis, à travers lequel Clara s'était fait percer une allée pour parvenir plus aisément à un petit pavillon construit en branches non façonnées et couvert de plantes grimpantes. En parcourant le jardin , il rencontra le jardinier, vieux serviteur de la maison , et lui demanda s'il avait vu sa sœur?— « Oui vraiment. — Et quand cela? — Mais hier. » Maudissant la stupidité du vieillard, il courut vers la porte qui conduisait à ce qu'on appelait la promenade de miss Clara. Deux ou trois domestiques, se parlant à voix basse, et la douleuf , la crainte sur le visage , suivaie nt leur maître , désireux qu'on employât leurs services, mais n'osant les proposer au malheureux jeune homme.
A la petite porte il trouva enfin des traces de celle qu'il cherchait; le passC'partout de Clara était resté dans la serrure ; il était évident quelle avait passé parla; mais à quelle heure, dans quel dessein? Mowbray n'osait le conjecturer. Le chemin , après avoir traversé pendant un quart de mille environ un grand bois de chênes et de sycomores , aboutissait à un large ruisseau , et là devenait rocailleux et escarpé , difficile pour une personne faible , effrayant pour quiconque avait les nerfe sensibles. Les tentations que cet endroit dangereux pouvaient offrir à un esprit au désespoir frappèrent Mowbray en ce moment. Il s'arrêta un inslant pour reprendre haleine et dissiper les horribles pressentiments qui l'assiégeaient. Ses domestiques étaient dans les mêmes inquiétudes. En ce moment ils entendirent la voix du vieux jardinier qui criait derrière eux :
« Maître! maître, monsieur de Saint-Ronan , j'ai trouvé j'ai
trouvé — Avez-vous trouvé ma sœur? » demanda Mowbray
respirant à peine.
c Non , » répondit le vieillard après s*être laissé long-temps que^ tionner ; c je n'ai pas trouvé miss Clara, mais j'ai trouvé quelque chose que vous setiez bien fiché d'avoir perdu j vôtre superbe couteau de chasse. »
A ces mots il remit cette arme entre les mains du jeune laird ;