‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 17 sur 161 · CHAPITRE V. ' 4B · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. ' 4B

toi de Aipposer que mes ordres puissent être inconvenants ou contradictoires avec ceux de sir John de Walton : tu peux du moins ëtre^ convaincu qu'il ne t'en reviendra aucun mal. Retiens cet homme dans le corps-de-garde , fais-lui donner à boire et à manger» et quand sir Jol^n de Walton reviendra , avertis-le que c'est une personne introduite à ma demande. S'il feut quelque chose de plus, je ne manquerai pas de parler moi-même au gouverneur. >

L'archer fit un signe d'obéissance avec la pique qu'il tenait à la main, et reprit Fair grave et solennel d'une sentinelle en faction. Mais auparavant il introduisit le ménestrel, et lui pr4)curades rafraîchis&ements , sans toutefois cesser un seul instant de causer avec Fabian qui était demeuré en arrière. Cet actif Jeune homme était devenu très fier depuis peu, par suite de son élévation au gradé d'écuyer de sir Aymer , premier avancement vers le titre de die* valier, attendu, que sir Aymer lui-même avait passé plus vite que de coutume d'un de ces grades à l'autre.

Le vieil archer de. son. côté était un personnage assez original. La gravité , la sagacité et l'adresse même avec lesquelles il rem-^ plissait son devoir , tout en lui gagnant la confiance de tous les of « ficiers du château, l'exposaient parfois, comme il le disait lui*

même, aux railleries des jeunes freluquets; et en même temps ces qualités le rendaient quelque peu doctoral et pointilleux à l'égard des gens que leur naissance ou leur grade mettaient au dessus de lui. « Je t'assure, Fabian, disait-il, que tu rendras à ton mattre , sir Aymer, un bon service , si tu peux lui donner à entendre qu'il devrait toujours permettre à un vieil archer, à un homme d'armes, atout soldat vétéran, de lui faire une réplique honnête et polie quand il lui donne un ordre ; car assurément ce n'est pas dans les premières vingt années de sa vie qu^un homme apprend à connaître les difiérentes obligations du service militaire. Sir John de Wallon , ce commandant par excellence , est un homme qui s'applique strictement à ne jamais dévier de la ligne du devoir, et, croismoi , il sera aussi rigoureusement sévère à Tégard de ton maître qu'i regard de toute personne inférieure. Tel est son zèle pour le service , qu'il n'hésite pas à réprimander, lorsque la plus petite occasion s'en présente , Aymer de Valence lui-même , quoique l'onde de cet officier, le comte de Pembroke , ait été le bienveillant patron, de sir John de Walton, et l'ait mis en route de faire fortune. C'est en élevant son neveu d après la véritable discipline des guerres de France que sir John de Walton a choisi la meilleure manière de

10 U: CHÀVfilC DAMCEREUX.

M niMtMr reoMiiftisêant enven le vieux eomte. — Gemme il veus plaira , vieux Gilbert Greenleaf S répondit Pabiaii ; vouê «avec que Je Be me Iftehe Jamais de vos sermons } saohez-moi gré de la rifeisBatlen aveo laquelle je me swmets à vos réprimandes et à eelles de sir John de Walton. Mais vous pousses les Aeses trop loin si vous ne pouvei laisser passer un jour sans me donner, peut ainsi dire , le fouet. Croyez4Boi , sir J(rfin de Wallon ne vous re« mereiani peint si vous en ftiites un homme trop vieux pour se rappeler qu'il a jadis eu lui-même de la sève verte dans les veines» Oui, telles sont les choses , le vieillard n'oubliera point qu'il a été jeune autreibis,etle jeune hommequlldoitunjourdevenir vieux. Voilà une «axime pour vous , Gilbert. En avez*vous jamais entendu une meit lettre?ColkHiuei*la parmi vos axiomes de sagesse, et voyez si elle se eera point à leur égard eomme quinze est l douze. Elle vous servira à tous tirer d'^iflaire, brave jiomme, quand la cruche au vin (c'est ton seul défaut, bon Gilbert) t'aura mis dans quelque embarras. — Tu teaîi mieux de garder ta maxime pour toi, bon sire éouyer, répliqua le vieillard ; il me semble qu'elle pourra te servir quelque jour. A4-on jamais oui dire qu'un chevalier , ou le bois dont les oheva^ litfs se font, c'est-à^-dire un éouyer, ait été jamais cb&tié eorpo^ frilement oomme un pauvre vieux archer ou un valet d'écurie? Vos plus grandes fojutes , vous les réparez par quelqu'une de ces préeieuses sentences, et vos meilleurs services, on ne les réeom^ pensera guère plus généreusement qu'en vous donnant le nom de Fahian*le<Fabuliste , eu quelque autre surnom aussi q[>iritueK »

Après cette longue repartie , le vieux Greenleaf reprit ce eerf aln air d'aigreur qui caractérise d'ordinaire les hommes dont l'avancement peut être regardé eomme nul , tant il a été lent et peu considérable , et qui témoignent toujours de la mauvaise humeur contre ceux qui sont montés en grade , ce à quoi tout le monde réussit plus vite , et comme ils le supposent avec moins de mérite qu'euxmêmes. De temps à autre , les yeux de la vieille sentinelle quittaient le haut de sa pique , et se dirigeaient avec un air de triomphe sur ie jeune Fabian , comme pour voir s'il était profondément blessé du trait qu'il lui avait lancé, tandis qu'en même temps il se tenait tou^ )Ours prêt à s'acquitter du devoir mécanique que lui imposait sa fsction. Mais Fabian et son maître étaient tous deux à cette heureuse époque de la vie où un mécontentement tel que celui du vieil archer n'aiVecte guère : ils ne le considéraient tout au plus que

!• Veuille Terte.

CTâWWK T. M

la pbttiiitanA d'un f i^illaf d it (Ihm brar ê miiti. fia qb mot, leur iadulgaiico ittait d'autant plu» grande qud firaaaliaf m ■umtrait toigeari disposé à feirf le devoir de tat eanvad^ et ^Ml avait tiHite la ceaâaiiea da tir Jolm de Wa{tittL Ga| atteler, quoiyio {leaueaup plus jaupe, atait été eonma la vieux GiUiart élevé au BBiliaii des^ eu^rp^ d'Édouafnl y* : il était iévèra ^ Hiaiii* teair iiqo diseipljae stricte i et pourtaolt dapui» la raort i^ ea grand nonarque » eette vertu niliUâre avait été aonsidérablemeat négli* géa par la bouillante et valeureuse jeuMsta de rAngieterro.

8iF Aymer de Valenea , en aeoueillant Bertram aveo Tlioiiritalitd fu'oft pioBtrait toiyqure aux gant de m profissaioB , n'avidt liit qu^agir eomiBe il convenait à iM rang et en bon ehevalter. Cqwii* daat iBie idée le fran» s ee vcgrageor, qui se disait ménestret , pou« vait en réalité ne pas esercâsr une profssiioii dont il se donnait la titre. Il Y avait ineontestablement dans sa eenversation quelque shosa de plus grave, sinon de plus aust^ , que d«is edle des autres iMirdes) et quand Armer réfléchit à la prudenee minutieuse de sir JcdiB de Walton , il en vint à se demander si le gtuvameur l'aiN prouvMPgit d'avoir introduit dans le efiAteau un individii tel que Qeiv tram , qui pouvait examiner les défenses de la citadelle et ôceasio» nea ooiuite pour la garnison beaucoup de fetiguas^et da dangers. Il regrettait doge m çeeret de n'avoir pas honnêtement donné à ea<< tendre au barde ambidànt que sou admissim ou ec{la de tout autra étranger dans le Château Dangereux était impossible pour le bm# ment et vu les circonstanees de Tépoque. En ce eas, S serait justiA4 par son deanir de utilitaire , et , au lieu de s'gttirer le hMme et lea repro(dies du gonvtfrnaur , il aurait peut^toa mérité ses élogos et

son approbation.

Putre ces pensées qui le tourinentatent , |ir Aymar eopgut ta wainte tacite d'un reihis de la part de soq oi^eier eonunandani j car cet qffider , malgré sa rigueur , il ne raiip^it pas moins q9*il ne ta redoutait. Il se rmidit donc au eorpatda-gurde du château» som pMteite de voir si les règles da Thospitalilé avaient été eonvenaUef* nwnt observées à regard do son compagnon de nuHa. La raénestitl se leva respeotueusemmt , et» à en juger d'après la manière dort il présenta ses respects à sir Aym^r , il parut , siaon s'Mra attendu à eette marque de politesse de la part du soua^gouverneur» éa moins n^on être nullement surpris. D'un autre oété , sir Aymer prit à regard de Bertram un air iriqs réservé» et revenant sur sa pre-« mièro Invltatieii fl alla jusqu'à dire que le ménestrel savait qu^il ne^

iS« LE CHATEAU DAtOGiSlECX.

ocmnnàndait qu'en second , et que la permission réelle d'entrer 4ans le château devait être sanctionnée par sir John de Walton.

Il y a une manière honnête de paraître croire aux excuses quand on n'est point disposé à en contester la validité. Le ménestrel oflrit donc ses remerclments à sir Aymer pour la politesse qu'on lui avait déjà témoignée, c Si je désirais loger dans ce château, dit-il» ce n'était qu'une simple envie , une curiosité passagère ; la permis sion m'en étant refusée, il ne m'en reviendra ni désagrément ni déplaisir. Thomas d'Erceldoune était, suivant les triades galloises» un des trois bardes de la Grande-Bretajgne qui ne teignirent jamais une lance de sang, et qui ne furent jamais coupables d'avoir pris ou repris des châteaux et des forteresses ; il s'en fout donc de beaucoup qu'on doive le soupçonner, après, sa mort, d'être capable d'accomplir de tels exploits. Mais il m'est aisé de concevoir que sir John de Walton ait laissé les droits ordinaires de l'hospitalité tomber en désuétude. J'avoue d'ailleurs qu'un homme de ma profession ne doit pas désirer prendre de la nourriture ni loger dans un château qui est réputé pour dangereux. Personne ne doit donc être surpris que le gouverneur ne permette pas même à son digne lieutenant de lever une défense si révère. » ■ ■ . Ces mots prononcés très sèchement tendaient à blesser le jeune chevalier , en donnant à entendre qu'il n'était pas regardé comme suffisamment [digne de confiance par sir John de Walton , avec qui pourtant il vivait sur le pied de l'afifection et de la femiliarité, quoique le gouverneur eût atteint sa trentième année et au delà» et que son lieutenant ne fût pas encore arrivé à la vingt-et-unième ; car , malgré les règles de la chevalerie, on lui avait accordé une dispense d'âge par suite des exploits qu'il avait accomplis dès sa jeunesse. Avant qu'il eût complètement calmé les mouvements de colère qui s'élevaient dans son esprit » le son d'un cor de chasse se fit entendre à la porte; et» à en juger par le mouvement général qu'il opéra dans toute la garnison» il fut évident que le gouverneur était de retour au château. Chaque sentinelle» comme ranimée par sa pré-, sence , tenait sa pique plus droite » échangeait le mot d'ordre avec plus de précaution , et paraissait mieux comprendre et mieu^c remplir son devoir. Après avoir mis pied à terre» sir John de Walton demanda à Greenleaf ce qui était arrivé durant son absence. Le vieil archer se crut obligé à dire qu'un ménestrel » qui avait l'air d'un Ecossais ou d'un habitant vagabond. des frontières» avait été admis ^ans le château , tandis que son fils , malade de la contagion.

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