‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 18 sur 161 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qui avait feit tsnt de bruit, avait été momentanément laissé à râbbaye de Sainte-Brigitte» Il donna tons ces détails d'après Fabian. L'archer ajouta que le père était un homme qui , par ses chansons et ses histoires , pourrait amuser toute la garnison sans lui laisser le temps de songer à ses affaires.

« Nous n'avons pas besoin de pareils expédients pour passer le temps, répondit le gouverneur, et nous aurions été plus satisfait si notre lieutenant avait eu la bonté de noua trouver d'autres hôtes , et surtout dea gens avec lesquels on puisse avoir des relations plus directes et plus franches qu'avec un homme qui par sa profession ne cherche qu'à offenser Dieu et à tromper ses semblables. — Cependant , » répUqua le vieux soldat qui ne pouvait pas'même écouter son commandant sana se laisser aller à son humeur de contredire , f j'ai entendu Votre Honneur dire que la proffession de ménestrel, quand on s'en acquittait convenablement, était aussi honorable que la chevalerie même. — Il peut en avoir été ainsi jadis , répliqua le chevalier, mais chez les ménestrels modernes le but de leur art, qui est d'exciter à la vertu, a été complètement oublié : encore est-il heureux <|ue la poésie qui enflammait nos pères et leg poussait à de nobles actions ne porte pas aujourd'hui leurs fils à se conduire d'une manière basse et indigne. Mais j'en parlerai à mon ami Aymer, qui, parmi tous ies jeunes gens que je connais, n'a son pareil ni en bonté ni en grandeur d*âme. >

Tout en discourant ainsi avec l'archer , sir John de Walton homme grand et bien fait, s'était avancé sous le vaste manteau de la cheminée du corps-de-garde où il se tenait debout. Là , il était écouté avec un respectueux silence par le fidèle Gilbert , qui remplissait, avec des signes et des mouvements de tête, comme il con^^ vient à un auditeur attentif, les intervalles de la conversation. La conduite d'un autre individu qui écoutait aussi ce qu'on disait n'é^ tait pas également respectueuse, mais il était placé de manière à ne pas attirer sur lui l'attention.

Cette tierce personne n'était autre que l'écuyer Fabian : on ne pouvait l'apercevoir à cause de sa position derrière l'avancement que formait la vaste cheminée de mode antique , et il tâcha de s'ef- Éaicer encore plus soigneusement lorsqu'il entendit la conversation du gouverneur et de l'archer tourner,* à ce qu'il crut , au désavan* tage de son maître. L'écuyer s'occupait alors du soin un peu servile de fourbir les armes de sir Aymer> travail dont il s'acquittait plus aisément en faisant chauffer, sur l'espèce d'avancement que formait

LB CHATEAU DARQBaBUZ. 4

M LE CHATEAU DAMOBREUX.

le foyer, lei diiftf rentes piècei de l'armure d'acier, pour lei reeûu* vrir ensuite d'une légère couche de vernis. II ne pouvait dMc , au cas où il aurait été découvert, être regardé comme coupable d'im<* pertinence ou de manque de respect. Il était d'autant mieui caehë qu'une fumée épaisse s'élevait d'un amas de boiseries en eliApe sur lesquelles étaient ciselés en beaucoup d'endroits le ohiAre et les armoiries de la famille des Douglas, et qui, se trouvant les seuls combustibles qu'on eût sous la main , noircissaient et fumaient dans la chisminée avant de pouvoir produira de la flamme.

Le gouverneur , ignorant tout-à-fait cette augmentation de son auditoire, poursuivit la conversation avec >Gilbert. c Je n'ai pas besoin de vous dire, ajoutait-il, que Je suis intéressé à en finir promptement avec ce siège ou ce blocus dont Douglas continue à nous menacer. Mon propre honneur et mes affisctions sont engagés I ce que je conserve le Château Dangereux à la caus^ de l'Angle^ terre. Je suis en conséquence tourmenté de l'admission de eet étran-< ger ; et le jeune de Valence aurait plus strictement rempli son devoir s'il avait refusé à ce vagabond toute communieation avec nos gens , sans ma permission. -* C'est pitié de voir, » répliqua le vieux Greenleaf en secouant la tète , c qu'un jeune chevalier si bon sfc si brave se laisse quelquefois aller aux conseils de son écujer , ee bambin de Fabian qui a certes de la bravoure , mais aussi peu d'à* plomb qu'une bouteille de petite bière fermentée.

•— Que la peste te crève I pensa Fabian en lui-même, vieille relique de bataillas, farcie de présomption et de termes guemersi sodh blable au soldat qui , pour se garantir du froid » s'est entortillé si étroitement dans une enseigne déguenillée» qu'à l'extérieur il ne montre plus rien que haillons et armoiries.

— Je ne songerais pas deux fois à cette affaire, si le coupable m'était moins cher, répliqua air John de Waltonj mais je veux rendre service à ce jeune homme, quand même je devrais risquer» pour lui apprendre à connaître la discipline militaire , de lui causer un peu de peine. L'expérience devrait, pour ainsi dire, être gravée avec un for chaud dans l'esprit des jeunes gens, et il ne faudrait pas se oon^ tenter simplement d'y écrire ses préceptes avec de la craie. Je me rappellerai, Greenleaf, le conseil que vous me donnez, et je ne manquerai pas la première fois de séparer ces deux jeunes gens. Quoique j'aime l'un fort tendrement, quoique je sois loin de souhaiter à l'autre le moindre mal , néanmoins, dans Tétat actuel, l'aveu* gle conduit l'aveugle f et le jeune chevalier a pour conseiller et pour

CBAFITAS T. U

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« Gorbl^I qfte tenaille remporte , ttettte «))^lte! «>^dlt)ifi fmge ta liii-4iKtoe ^ «• j« te praids «ur It fMt «irtl)ê Ibfe , mt ^ùm^ Bûnt moi et mon aiiilre eonitiK il e$t dios ta Mtiirt de eàtMMftiiMr toas les jeanes aspirtftls à b^ idievilerie. S ee a'éMt soiritter iMi âmes d'élève^dief aller, Je j^oerr^^ Vhxmfftet d'ue i Atlt&tion % me flii?re«D eten^ cta, tairfis que les tâédisaiiiees ipie tu Tieûs de df«^ btt^ êOfiti^eore eu bwt de te langite. Quet qu'il en soit, tu fie tiendras pas ptdiliquteine&t tel langage dans le ebAteau ^ et puis tel autre en seeret atee le (jp^temeur , sous prétexte que tu as s^rv! atee loi $ous la bannière de LoHgMi^umhes K Je redirai k mon maître les bonnes intentions dont tu e$ animé pour lui ; et quand BOiis BOUS seronê eoncertés ensemble , on verra si ce sont les Jeunes aotarages ou les barbes griies qui doitent être l'espéranee et la pfi>* teetiOD de ce ehâteau de Douglas* »

Il sitfira de dire que Fabian exéeuta ee demfn en rapportant à son mattre, et de fort mauvaise humeur , la eonversation qui avait eu Heu entre sir John de Wàtton et le viens soldat. Il réussit à flaire envisager l'inoident eomme une offense formelle dite à sir Aymer de Yalenee , de sorte que tous les efibrts du gouverneur pour disiS^ per les soupes eonqus par le jeune chevalier ne purent réuêilr à lui persuader que son commandant avait à son égard d'excellentes intentions^ Il conserva l'impression qu'avait produite fiur son esprit le rapport de Fabian, et crut ne point faire io^ustice ) sir Jobn de Walton en supposant qu'il désirait s'appliquer la plus grande partie de là gloire acquise dans la déCsnse du château ^ et qu'il éloignait à dessein ceux de ses compagnons qui pouvaient raisonnablement prétendre à leur bonne part d'honneur.

La mère de la Discorde, dit un proverbe écossais, n'est pas plus grosse qu'une aile de moucheron. Dans la querelle dont 11 s'agit ^ to jeune homme et le vieux chevalier ne s'étalent ni l'mi ni TaiM^ donné un juste motif d'éloignement. De Walton était obsertaletff rigide de la discipline militaire, dans laquelle il avait été élevé dés son extrême jeunesse , et qui le dirigeait^ presque aussi absolument que son caractère naturel ; en outre , sa situation présente renfor^ ({ait son éducation première.

D'une autre part, la rumeur publique avait exagéré les talents militaires, l'esprit entreprenant et le gteie artificieux de James, le jeune seigneur de Douglas. U possédait, aux yeux de cette gami-

^. Surnom àfÉdovàrd I*n s. M*

9fi, LE CHATËiilI Di&N&SREUX.

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