CHAPITRE "VIL
cheté. Le sanglier , au contraire , était un animal beaucoup plus irascible et plus courageux.
Les taureaux sauvages , les plus formidables de tous les habitants des antiques forêts calédmiennes , étaient Tobjet le plus intéressant de l'expédition pour les cavaliers anglais '. Les fenfores des cors de chasse , le retentissement du galop des chevaux y les mugissements et les hurlements furieux des bestiaux de la montagne , les soupirs du cerf pressé par les chiens haletants , et les cris sauvages , les cris de triomphe des hommes , formaient un vacarme qui s'étendait bien au delà du théâtre de la chasse , et semblait menacer tous les habi^ tants de la vallée jusque dans les plus profondes retraites.
Pendant le cours de la chasse , souvent lorsqu'on s'attendait à voir partir un sanglier, c'était un taureau sauvage qui s'élançait , renversant les jeunes arbres , brisant les branches dans sa course »
1. Ces taureaux sont aiusi représentés comme très formidables par Hector Boétim, qvi ajoQte sur leur compte : « Dans cette fordt (à savoir la forêt Calédonienne), on rencoDtrait quelquefois des taureaux blancs atec des crinières crépues et frisées comme calleg des lions ; et quoiqu'ils reasemblassent pour le reste du corps i leurs pareils que Thomme a rendus domestiques , ils étaient plus sauyages que tous les aûlres ani- Buiix, et haïssaient tellement la société et la compagnie des hnmains, qu'ils n'en* iraient jamais dans les forêts ni sur les pfttnrages où ils reconnaissaient soit le pied, soit la main de Thomme , et il seT passait bien dû temps avant quMls mangeassent lei berbes qu'il ayait toucliées ou maniées. Ces taureaux étaient si sautages qu'on ne poQTait les prendre qu'à force de ruses , et si impatients de la liberté après afoir été pris, quMls mouraient presque toujours comme de douleur. Aussitôt qu'un homme se liisardait à attaquer ces animaux , ils s'élançaient sur lui ayec une telle impétuosité qo'ils le renversaient i terre , sans s'effrayer des chiens , des lances , ou de tonte latre arme plus funeste. {Boétiut , Chron, Êeots,, vol. I , page 59.)
Les animaux sauvages de cette espèce , qui ne sont plus aujourd'hui connus que dam an manoir de l'Angleterre , celui de Cbillingham-Castle , dans le Northumber- Itnd y existaient encore de mémoire d'humme dans trois endroits d'Ecosse : savoir^ à Bromlaurig, à Cumbernauld et dans le parc du cbftteau d'Haroilton ; et , à l'exception de ce dernier lieu, je crois qu'ils ont été détruits partout è cause de leur férocité. Vais , quoique ceux des teinps modernes fussent remarquables par leur couleur blanche, avec des museaux noirs , et qu'ils eussent aussi une crinière noire , longue de trois ou. quatre pouces, ils ne ressemblaient nullement à la terrible description qne nous en donnent les anciens auteurs : d'où quelques naturalistes ont conclu que cet BDimaux appartiennent probablement & des espèces différentes, quoiqu'ils aient «n général les mêmes habitudes et dépendent de la même race. Les os qu'on trouve daas les prairies d'Ecosse appartiennent certainement è des animaux plus gros que <cai de Chillingham , dont le poids dépasse rarement t,iiO livres, la pesanteur moyenne variant de 840 à 1,120. Certaines classes de nos lecteurs nous accuseraient de négligence si nous ne remarquions ici que la viande de ces animaux est d'une Mvear excellente et parfaitement marbrée. {Note anglaiie»)
m LE CBA17EÀTJ DANAÏREUX.
et en générai renversant tout les obstacles qnt lui étaient opposés par les chasseurs. Sir John de Walton ftit le seul des chevaliers présents qm ^ sans être secondé par personne , réussit à terrasser un de ces terribles animaux. Comme un tauréador espagnol, il abattit et tua de sa lance un taureau ftirieuz ; deux de ces animaux plus jeunes , mais déjà d'une certaine grandeur, et trois femelles , périnmt aussi accablés sous le nombre des flèches , des javelines et d'autres prqjecUles que leur lancèrent les archers et les piqueurs $ mais beaucoup d'autres, en dépit de tous les eflbrts tentés pour arrMer leur ftiite, gagnèrent leur sombre retraite au pied de la montagne de Gairntable , les flancs tout déchirés des marques de Finimitié des hommes.
Une grande partie de la matinée se passa de cette manière , jusqu'à ee qu'un air de cor particulier, donné par le chef de la chasse, annonçât qu'il n'avait pas oublié Texcellente coutume du repas , qui , en pareille occasion , était préparé sur une échelle proportionnée à la multitude réunie pour participer an divertissement.
Une tanhve propre à la circonstance réunit donc tous les chasseurs dans une clairière du bois, où tout le monde trouva place pour s'asseoir à l'aise sur l'herbe verte. Les pièces de gibier qu'on avait abattues devaient, lorsqu'elles seraient rôties et grillées, suffire à tous les appétits, et tous les subalternes s'occupèrent im* médiatement de cette besogne; tandis que des tonneaux et des barils, qu'on trouva sur place et qui furent habilement ouverts, versèrent en abondance le vin de Gascogne et l'aie forte , au gré de eeux qui venaient leur rendre visite.
Les chevaliers , à qui leur rang ne permettait pas de s'asseoir parmi la multitude, formèrent un cercle à part, et furent servis par leurs écuyers et leurs pages , ceux-ci ne considérant point de pareilles fonctions domestiques comme basses ou dégradantes, mais comme foisant partie de leur éducation. Au nombre des personnages de marque qui s'assirent en cette occasion à la table du pavillon , comme on appelait cet endroit , à cause d'un dôme de verdure qui l'ombrageait , étaient sir John de Walton , sir Aymer de Valence, et plusieurs révérends frères consacrés au service de Sainte-Brigitte : ces derniers , quoique ecclésiastiques écossais , furent traités avec le respect convenable par les soldats anglais. Deux ou trois gros fermiers du pays, montrant, peut-être par prudence, toute la défe'rence désirable à l'égard des chevaliers, s'assirent à Textrémité de la table, et autant d'arohers anglais, particulière
CHAnTRItlL »
ment esttmds de léun diitfe, furent isTittfii lOlfant raipnMictt moderne, à rhonneur de dîner «?ee eux. •
Sir Jfohn de Walton œeupait le bdut bout de la table* See fen^ faoiqu'ils aemblastent ne rien regarder potitivenent, «'arrêtaient «leeessivemeot sur toutes lea pbysiononries des hMea qui Hmnaient un cercle autour de lui. A la vérité, il lui eût été difficile de dtr» tur quels motilb il avait fondé 9e$ invitations, et même il paraissait ne pas pouvoir s'imaginer^ à l'égard d'un on de deux des convives , quelle raison lui procurait Thonneur de leur présenee»
Un individu surtout attira les regards de sir Walton : il avait Tair d'un formidable homme d'armes „ quoiqu'il semblât que la fortune n'eût pas depuis long-t^aps souri à ses entreprises. U était grand et bien piembré, d'une physionomie extrêmement rude, et la couleur de sa peau, qu'on apercevait k travers les trous noKk* breux de ses vêtements , indiquait qu'il avait en à endurer toutes les vicissitudes d'une vie de proscrit; que, peut-être, il avait, poov nous servir de la phrase consacrée, épousé la cause de Bpbiii Bruce , en d'autres termes , qu'il s'était réfogié dans les marais avee la troupe des insurgés. Assurément une pareille idée vint se pré* tenter à l'esprit du gouverneur. Cependant la froideur apparents ^t l'absence complète de toute crainte avec laquelle l'étranger était assis à la table d'un officier anglais , où il était absolument en soa pouvoir, ne paraissaient guère ooneUiables avec un pareil prea^ sentiment. De Walton et quelques unes des personnes qui l'entou*» raient avaient remarqué pendant toute la matinée ce cavalier en haOlons, qui n'avait de remarquable dans son costume qu'une vieille cotte de mailles , et dans son armure qu'une lourde pertuitane rouillée, longue de hnit pieds environ : ils l'avaient vu déployer un talent de chasseur bien supérieur k eelui de toutes lea autres personnes de la eompagnie. Le gouverneur, après avoir rBgardé ce personnage suspect Jusqu'à ce qu'il lui eût &it compren* dre l'attention toute particulière dont i| était l'objet , remplit un
gobelet de vin choisi, et le pria , comme un des meUleurs élèves de sire Tristrem qui eussent accompagné la chasse du jour, de lui
Aùre raison avec un breuvage supérieur à celui dont la multitude
se désaltérait.
« Je suppose , sire chevalier, ajouta de Walton , que , iiour ré*.
pondre à mon défi le verre à la main , vous voudrex bien attendre qu'on ait rempli le vôtre avee du vin de Gascogne qui a mûri dans ^ propre doB^e du roi, qui a été [uressé pour ses lèvres, et qui
n LE CHATEAU DANGEREUX.
w oonséquenee est prc^re à être bu. à la santé et à la prospérité de Sa Majesté, -r Une moitié de Tile de la Grande-Bretagne, » répliqua le chasseur avec le plus grand calme, « sera de l'opinion de Votre Honneur ; mais comme j'appartiens à Tautre moitié , le vin le plus précieux de la Gascogne ne pourrait me &ire boire à cette santé. ».
Un murmure de désapprobation parcourut le cercle des guerriers présents; les prêtres baissèrent la tète, devinrent d'une p&leur mortelle, et marmottèrent leur Pater noster.
c Etranger, répliqua de Walton, tous voyez que vos paroles indignent toute la compagnie. — C'est fort possible , » repartit rbomme avec le même ton bourru ^ c et cependant il peut se iaire qu'il n'y ait pas de mal dans les paroles que j'ai prononcées. — Songez-vous que c'est à moi que vous parlez , répliqua de Walton. — Oui , gouverneur. — Et avez-vous réfléchi à ce que pourrait foos attirer une semblable insolence? — Je n'ignore nullement ce que je pourrais avoir à craindre , si le sauf-conduit et la parole d'honneur que vous m'avez donnés en m'invitant à cette diasse méritaient moins de confiance. Mais je suis votre hdte, je viens de manger les mets servis sur votre table, et de vider en partie votre coupe qui est remplie de fort bon vin, en vérité.. . aussi maintenant ne redouterais-je pas le plus teiTible infidèle s'il s'agissait d'en venir aux coups , et moins encore un chevalier anglais. Je vous dirai en outre , sire chevalier, que vous n'estimez pas à sa juste valeur le vin que nous venons de sabler. Le ftimet exquis et le contenu de votre coupe me donnent, en advienne ce qui pourra, le courage de vous informer d'une circ(mstance ou deux qu'une sobriété froide et circonspecte m'aurait empêché de vous communiquer dans un moment comme celui-ci. Vous désirez sans doute savoir qui je suis? Mon nom de baptême est Michel, mon surnom est Turnbull. Ainsi s'appelle un clan redoutable, à la réputation duquel j'ai bien contribué pour ma part , soit dans les parties de chasse , soit dans les champs de bataille. Je demeure au bas de la montagne de Kubieslaw , près des belles ondes du Theviot. Vous êtes surpris que je sache chasser les bestiaux sauvages , moi qui me suis exercé dès mon eniance à les poursuivre dans les forêts solitaires de Jed et de South-Dean , et qui en ai tué un plus grand nombre de ma main que vous n'en avez vu , vous et tous les Anglais de votre armée, y compris même les superbes exploits de la journée. »
L'habitant de la frontière fit une pareille déclaration avec, cette
espèce de froidjeer io9ultaii1e qui dominait dans tantes Msmeiiî^m. Son effronterie ne manqua pas de produire ua eSd violent sur sir John de Walton, qui s'écria soudain : « Aux armes! ayx armes! assure^-YOUs de ce trattre, de cet espion! Udà! pages et archers , William r Ânthoi^, Bend-the-Bow et Greenleaf, saisissez ce traître, et attachez-le avec vos cordes d'arc et vos laisses à chiens; attachez-le, vous dis-^je , et serrez si fort que le sang lui sorte de dessous les ongles. — Voilà ce qui s'appdle parler , » dit TumbuU avec une espèce de gros rire, i Si j'étais aussi sûr d'être entendu par une vingtaine d'hommes que je pourrais nommer, nous ne dis* puterions pas long-temps les honneurs de la journée. •
Les Anglais entourèrent le chasseur en grimd nombre , mais ne mirent pas la main sur lui , personne ne voulant être le premier à rompre la paix si nécessaire à la circonstance.
c Dis-moi i lui demanda de Walton , traître que tu es I pourquoi tu te trouves ici? — Uniquement et simplement, répondit l'habitant de la forêt de Jed , afin de pouvoir livrer à Douglas le cbâte»i de ses ancêtres , et te payer ce que nous te devons , sire Anglais , en réduisant au silence ce gosier ^ l'aide duquel tu fiiis un pareil tapage. »
En même temps, s*apercevant que les archers se rassemblaient derrière lui pour mettre les ordres de leur chef à exécution aussitdt qu'ils seraient réitérés, le chasseur se retounia. brusquement vers ceux qui semblaient vouloir Tempoigner à Timproviste ; et les forçant par cette évolution soudaine à reculer d'un pas , il reprit : « Oui y John de Walton, mon bot «n venant ici était de te mettre à mort comme un hotnme que je trouve en possession du château et des domaines de mon maître , plus digne chevalier que toi ; mais je ne sais pourquoi j'ai hésité : peut-être la raison en est-elle que tu m'as donné à manger quand je mourais de feim depuis vingt-quatre heures. Jen'ai.donc pas eu le cœur de te payer, comme je l'aurais pu feirCt 1a récompense qui t'était due. Quitte ce lieu et cette contrée, et profite de l'avertissement d'un ennemi. Tu t'es constitué le mortel adversaire de ce peuple , et parmi ce peuple sont des gens qu'on n'a jamais pu insulter ni défier impunément. Ne prends pas le soin de me faire chercher; ce serait peine inutile : je te rencontrerai un autre jour qui viendra au gré de mon désir, et non au tien. Ne pousse pas tes perquisitions jusqu'à la cruauté pour découvrir comment je t'ai trompé, car il est impossible que tu le saches jamais. Après cet avis tout amical , regarde-moi bien , puis
U CHàTBÂV DÀStllUlUX. ^
>^ LE CRA9&AV DAMftlEREDX.
Mswf a bien du teiap» avant <pie m jo» arrife. *
D6 VraRon «airdiM le liïeaee, ««pérart q«a «éli e*pttf, ear II Mpeniaftpaaipi'IIeW iii8j«^ «•éehâpjw , pourra», <Iia« ««a hooienr oMafMinioaUve. Ial«»«r4ehapper qaelqtéanottiraiWiwft- «eféuements mt êon eompte , et H ne dirait mllenient i^rMpittr la lutte qrf dewJt probaWement ternoier une ««««« *e«bW«A, ne M doutant pa», peddMt ee fempa, de rawntage qu'il donintt « FattèaeieoK ehasteur.
En Hfct , eottine "nimbull achefaltaa dernière plira»*, fl •'««»«• tout-à-coup en ariière , etwrtlt du eewie <pil rearlrowiatt; avMt qu'on put fimaginer quM^tattaen^aebi) tt ««aU d^^ dùparu à
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. Arrêtez-le! aitéte«4e , »'*Jria de Waiti»> il *mt ai»M»li«ient fMoB iwtdreaMtrei de ee coquin, à «oine qu'H M «oH entrtf tous
terfe. • '
La eho* ne parlait pa» «SwOlUBieift inf raîrtBiMakle , ear fth
de l'endroit d'où T«i*mi «'étitt dUncé «» tiwrait tin rtwtB pnoftnd, dam lequel H t% préetpita, dépendant ï l'aldede branehet, de racine» et de broussailles, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au ftHid, €9à « pat gag»* le» bote «t«**ftipp«P«i«i«e,««tt»«* toi«**-«rtten IMftmtles pajean» mêaeaqài eofinalwaSentle Mien ks iMolKA.