‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 29 sur 161 · CHAPITRE; IX. é · texte numérisé non relu

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frayante. Après s'être entretenu quelque temps avec lui , sir Jobn de Walton remit à Vàbbé la lettre dont il était porteur , pour le jeune homme logé sous son toit. L'ayant remise à Augustin , le révérend père fut chargé par lui de laire au gouTemeur anglais une réponse si hardie , qu'il était effrayé d'avoir à transmettre un pareil message : il s'agissait d'annoncer que « le jeune homme ne pouvait ni ne voulait recevoir en ce moment le chevalier anglais ; mais que , si celui-ci revenait le lendemain après la messe , il était probable qu'on pourrait lui apprendre les choses qu'il désirait connaître. — Ce n'est pas une réponse , dit sir John de Wallon , qu'il convienne à un pareil bambin d'envoyer à un homme de mon importance , et il me semble , père abbé , que vous ne consultez guère votre sûreté personnelle en me transmettant un message aussi insolent. •

L'abbé tremblait sous les plis de son large vêtement d'étoffe grossière; et de Walton, s'imaginant que son trouble était la conséquence d'une frayeur coupable , Tinvita à se rappeler la soumissioa qu'il devait à l'Angleterre , les bienfaits qu'il avait reçus de luimême , et les suites probables de sa faute , s'il était pour quelque chose dans l'insolence d'un jeune étourdi qui osait braver le pouvoir du gouverneur de la province.

L'abbé mit la plus vive anxiété à se disculper de ces accusations. Il jura sur son honneur que la réponse impertinente du jeune homme provenait de l'égarement que sa maladie avait opéré dans son cerveau. Il rappela au gouverneur que, comme chrétien et comme Anglais , il avait lui-même des égards à observer envers la communauté de Sainte-Brigitte , qui n'avait jamais donné au gouvernement anglais le moindre sujet de plainte. Tout en parlant, l'ecclésiastique semblait puiser du courage dans les privilèges attachés à son caractère. Il dit qu'il ne pourrait permettre qu'un enbnt malade , qui s'était réfugié dans le sanctuaire de l'église , fût arrêté ni soumis à aucune espèce de contrainte , à moins qu'il ne ftt accusé d'un crime spécial , susceptible d'être immédiatement prouvé. Les Douglas , cette race orgueilleuse , avaient toujours respecté le sanctuaire de Sainte-Brigitte, et il n'était pas à supposer que le roi d'Angleterre , fils obéissant et respectueux de l'Église de Kome, agirait avec moins de vénération pour les droits de cette Église , que les partisans d'un usurpateur, d'un homicide, d'un excommunié tel que Robert Bruce. Walton ftit fortement ébranlé par cette remontrance. II savait

M LE CHATEAV BAKGfifŒUX.

^1 vu Tesprit de Tépoque , le pape exerçait use gnaét ftéf&s^ dérance dans toutes les eontroyerses où il lui plaisait d^intetreoir; il savait ^e» même dans la contestation relatiTe à la souveraineté de FÉcosse, Sa Sainteté avait élevé une prétention à ce royaume , prétention qui aurait pu l'emporter sur celles et de Robert Bruce et d'Edouard d'Angleterre , et il sentait que son monarque lui saurait peu de gré si par sa £siute il Mlait qu'il se brouillât encore avec TEglise : d'ailleurs il était aisé de placer une sentinelle de manière qu'Augustin ne pût s'échapper pendant la nuit ; et le lendemain au matin il serait encore aussi bien au pouvoir du gouverneur anglais que si on l'arrêtait de force sur-le-champ. Cependant sir John de Walton exerçait une telle autorité sur le supérieur qu'il l'engagea^ en considération du respect qu'il aurait témoigné d'ici là pour lé sanctuaire , à vouloir bien , lorsque cet espace de temps serait expiré » lui prêter l'assistance et le secours de son autorité spirituelle pour remettre le jeune homme entre ses mains , si celui-ci ne pour vait alléguer des preuves suffisantes en faveur de son innoeence. Cet arrangement , qui permettait encore au gpuverneur de se flatter que cette ennuyeuse affaire se terminerait d'une façon satisfaisante, le porta à ne point rtfdser le délai qu'Augustin avait plutôt exigé que sollicité.

< A votre requête , père abbé , car jusqu'à présent j'ai toigours trouvé en vous un homme vrai J'accorderai au jeune homme la ùf veur qu'il demande, avant de le Caire conduire en prison , pourvu qu'on ne lui permette pas de sortir du couvent ; et c'est vous qui m'en répondes. Mais , comme de juste , je vous délègue le pouvoir de Caire marcher notre petite garnison d'HazeUide, à laquelle je vais moi-même envoyer un renfort dès mon retour au château , pour le cas où il serait nécessaire qu'elle vous prêtât main-forte. — Digne sire chevalier y répliqua le supérieur, je ne pense pas que Thumeur de ce jeune homme doive rendre nécessaire l'emploi de tout autre moyen que celui de la persuasion ; et j'ose dire que vous approuverez vousrmême au plus haut degré là manière dont je m'acquitterai de cette commission. >

L'abbé vouiut ensuite remplir les devoirs de l'hospitalité, éniunérant les tristes provisions que la sévérité du cloître lui permettait d'offrir au chevalier apgiais.. Du reste , sir John refusa de prendre aucun rafraîchissement, dit poliment adieu à l'ecclésiastique , et n'épargna point son coursieî* jusqu'à ce que le noble animal l'eût amené devant le château dç Douglas. Sir Aymer de Vale&ce vint le rece-

QVtÀflTBE K. m

voir sur le pontrlcfvis, et lui a!moQ9a qne tout était ou ebAtea^daB^: le même état qu'à soa départ : seulement » il avait regu atis qu'ua détachement de douze ou quinze homme» se dvigeait sur la ville de Lanareki et que» venant des environs d'Âjri ils établiraient cette nuit leur quartier à Tavant-poste d'Hazelside.

« J'en suis charmé^ répliqua le gouverneur » ear j'allais envofer du renfort à cet endroit. Ce jeune gar^n» fils de Bertram le ménes^ trel, ou quel qu'il soit d'ailleurs, s'est engagé à répondre demain matin aux questions que je lui adresserai. Comme les soldats qu'oie nous amionce suivent la bannière de votre oncle le oomte de Pem^ broke « puis-je vous prier d'aller à leur rencontre et de leur donner ordre de rester à Hazelside jusqu'à œ que vous ayez de nouveau interrogé le jeune homme $ qui a encore à éclaircir le mystère qui l'environne » et à répondre à une lettre que j'ai remise de ma {uroprOt main à Yeisibé de Sainte^Brigitte ? J'avais usé de trop de mÂiage^: ments dans cette affaire $ je compte que, grâce à vos soins i le jeune^ homme ne nous échappera pas, et vous l'amènerez ici avec tous let égards et toutes les attentions convenables i attendu que c'est un prisonnier de quelque importance. *— Assurément , sir John ^ vos ordres seront exécutés » puisque vous n'en âvez pas de plus importants à donner à homme qui, a rhonneur de n'avoir que vous-mèmer pour supérieur dans le «bateau» — Pardon « sir Aymer^ réplique: le gouverneur ) si cette commission vous semble indigne de votre rang ; mais nous avons le malheur de ne pouvoir nous comprendre # lorsque nous cherchons cependant à être très intelligibles. — Mais qu'aurai- je à kire (et ce que j'en dis n'est pas popr vous contester votre autorité^ mais seulement pour m'instruire)» qu'aurai-^je à ihire si l'abbé de Sainte-Brigitte veut nous résister? -^ Comment! avec le détachement des hommes de lord Pembroke , vous commanderez à vingt soldats au moins, armés d'arcs et de lances, contre cinq ou six vieux moines qui n'ont que des robes et des capuchons. — C'est la vérité ; mais l'interdiction de l'Église et l'excommunication sont quelquefois , par le temps qui court , trop dures pour les cottes de mailles : ce serait à mon grand regret que je me verrais repoussé du sein de TÉglise chrétienne. — Eh bieni sachez donc, jeune homme rempli de soupçons et de scrupules, sachez que, si le fils du ménestrel ne se read pas de son plein gré, l'abbé m'a promis de le, remettre entre vos mainSi »

11 n'y avait plus rien à répliquer , et de Yaience , quoique se croyant encore inutilement dérangé par une petite cwuaission (fA

n^en valait pas la peine, ne s'arma qn'à demi, comme faisaient toujours les chevaliers , lorsqu'ils sortaient de l'enceinte du cb&teau , et se mit en devoir d'exécuter les ordres de sir John. Deux ou trois cavaliers l'accompagnèrent, ainsi que son écuyer Fabian.

Il tomba vers le soir un de ces brouillards écossais qui , dit-on communément , ressemblent aux pluies des climats plus fevorisés. La route devenait de plus en plus noire , les montagnes se couvraient de vapeurs de plus en plus épaisses , ce qui les rendait plus difficiles encore à traverser; et toutes les petites incommodités, grâce auxquelles on ne pouvait parcourir ce district qu'avec lenteur et incertitude, étaient augmentées parla densité du brouillard qui enveloppait tous les objets.

Sîr Aymer pressait de temps en temps le pas de sa monture ,* et il lui arrivait ce qui arrive aux gens qui se trouvent déjà ^n retard : il rendait sa course plus lente par les efforts mêmes qu'il disait pour l'abréger. Il s'imagina qu'il se rendrait plus directement à Hazelside en passant par la ville presque déserte de Douglas , dont les habitants avaient été si sévèrement traités par les Anglais dans le courant de ces guerres désastreuses , que la plupart des hommes capables de porter les armes s'étaient retirés dans différents cantons du pays. Cette place presque abandonnée était défendue par une palissade grossière et par un pont-levis plus grossier : cette entrée conduisait à des rues si étroites , que trois cavaliers de front y passaient avec peine. Tout cela laissait voir avec quelle rigueur les anciens seigneurs de ce bourg tenaient à leurs préjugés contre les fortifications , et à leur prédilection pour descendre dans la plaine , prédilection si vivement exprimée dans la devise bien connue de leur famille : c Mieux vaut entendre l'alouette chanter que la souris crier. > Les rues ou plutôt les ruelles étaient plongées dans une obscurité complète , sauf quand les rayons incertains de la lune qui commençait à se lever éclairaient de temps à autre quelque toit roide et étroit. On n'entendait aucun bruit d'industrie humaine , aucun bruit de joie domestique ; on ne voyait briller aux fenêtres des maisons ni feu ni lumière. L'ancienne ordonnance , connue sous le nom de couvrê-feu, que le conquérant avait introduite en Angleterre, était alors en pleine vigueur dans les parties de l'Ecosse que l'on croyait douteuses et capables de se révolter ; et il n'est pas besoin de djre que les anciennes possessions des Douglas étaient rangées dans cette dernière catégorie. L'église, dont l'architecture gothique était d'un superbe caractère, avait été attaquée par le

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