‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 45 sur 161 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tre le roi , du moins jusqu'à ce que j'eusse placé ma personne sous la protection de l'Eglise. — En ce cas , mon pouvoir n'est que précaire i il s'étend seulement jusqu'à un choix que je vais sans hésiter soumettre à votre décision, quoique j'expose ainsi les secrets de mes amis à être découverts et leurs projets à devenir inutiles. Mais la confiance que vous avez mise en moi m'impose la nécessité de vous en témoigner autant. Vous êtes libre de m'accompagner au rendezvous secret de Douglas et de mes amis , qui peuvent me blâmer de vous l'avoir fait connaître : vous courrez la chance de l'accueil qu'on vous y fera , puisque je ne puis vous répondre que d'un traitement honorable en ce qui concerne votre personne. Ou, si vous trouvez ce parti trop hasardeux , dirigez-vous promptement vers la frontière : dans ce dernier cas , je vous accompagnerai vers la limite anglaise » et alors je vous laisserai poursuivre votre route , et trouver parmi vos compatriotes un protecteur et un guide. Cependant y il sera heureux pour moi de ne pas être rattrapée» car l'abbé n'hésiterait pas à me condamner à mort comme une nonne parjure* — Un pareil traitement , ma sœur y ne pourrait guère être infligé à une femme qui n'a jamais prononcé de vœux, et qui a encore; d'après les lois mêmes, de l'église , le droit de choisir entre le monde et le cloître. — Choix semblable à celui qu'on a laissé aux braves victimes qui sont tombées entre les mains anglaises dans ces guerres sans miséricorde ; à celui qu'ils ont laissé à Wallace , le champion de l'Ecosse ^ qu'ils ont laissé à Hay , le noble et libre baron ; qa'ils ont laissé à Sommerville , la fleur des chevaliers ; à Atholi proche parent du roi Edouard lui-même ; à tous ceux enfin qui forent exécutés comme autant de traîtres : et de même Marguerite de Hautlieu est une religieuse parjure , un véritable apostat I »

Elle parlait avec une certaine chaleur , car il lui semblait que la noble Anglaise lui reprochait son apparente froideur dans des circonstances si difficiles i

« Et après tout , continua- t-elle, vous , lady Augusta de Berkely; à quoi vous exposez-vous si vous tombiez entre les mains de votre amant? Quel terrible danger affrontez-vous? Vous ne devez pat craindre , ce me semble , d'être enfermée entre quatre murs avec un morceau de pain et une cruche d'eau ; ce qui , si j'étais prise , serait la seule nourriture qu'on m'accorderait pour le court espace de temps qui me resterait à vivre. Bien plus , dussiez-w)us même être livcée aux Ecossais rebelles , comme vous les appelez , une cap* tivité au milieu des montagnes , adoucie par l'espoir d'une prochaine

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délivràûcé , et rendue tolëràble par tous les souta^femeuts Qde Ton serait à même de vous procurer , ne serait pas , je pense , un sort encore si dur. — Néanmoins , 11 faut qu'il m'ait paru assez effrayant , puisque e*est pour m'y soustraire que je me suis confiée à Vos bons ^Oins. ^ £t , quoi que tous puissiez croire ou Soupçonner , je vous suis auêsi dévouée que Jamais femme le fut à une autre : oui , autant sœur Ursule resta fidèle à ies vœux , bien qu*elle n^en ait pas prononcé de définitift , aussi fidèlement elle gardera votre secret y au risque même de trahir le sien. — Ecoutez , Augusta I * dit^elle en s'ârrètant soudain , « avez-vous entendu ? >

Le èon dont elle voulait parler était encore rimitatioii du cri du Chat-huant , que lady Augusta atait déjà entendue sous les murs du couvent.

« Ce cri , dit Marguerite de Hautlieu , annonce rapproche d^une personhe plus capable que moi de nous diriger dans cette affiaire. Il feut que j'aille en avant et que je lui parle : notre guide va rester quelques Instants avec vous ; et quand il quittera la bride de votre cheval , n'attendez pas d'autre signal : avancez au milieu du bois , et ^ivéz le^ conseils et les instructions qu'on vous donnera. — Arrêtez ! arrêter ! soeur Ursule ! s'écria lady de Berkely : ne m*à= bandonnez pas dans ce moment d^incertitude et de détresse \ — II le faut dans notre intérêt & toutes deux , répliqua Marguerite de fiautlieU. Je suie aussi dans rincertitude , je suie aussi dans la dé^ tresse ; maiè patience et obéissance sont les seules vertus qui puissent nous sauver toutes dent. »

En parlant ainsi, elle frappa son cheval avec sa badine, et^ s'élolgnant avec vitesse, disparut au milieu d'un épais taillis. Augusta de Berkcly voulut suivre sa compagne ; mais le cavalier qtri les avait accompagnées retint fortement la bride de son palefroi , d'un air qui annonçait qu*îl ne lui permettrait pas d'avancer dan^ cette direction. Epouvantée sans pouvoir en dire exactement la raison , lady de Berkely resta les yeux fixés sur le bois , s'attendant â voir sortir d'un sentier bien couvert une bande d'archers anglais du de terribles Ecossais, et ne sachant laquelle de ces deux apparitions elle devait le plus redouter. Dans son angoisse, elle essaya encore d'avancer; mais la rudesse avec laquelle le guide mit de nouveau la main sur la bride de son coursier lui prouva sufiisamment que, pour s'opposer à sa volonté, l'étranger emploierait la fcrce physique dont il semblait fort bien muni. Enfin après un intervalle d'^nvlrott dix minutes, le cavalier lAcba la bride , et lui moa-i

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trant avec sa lance le buisson au milieu duquel serpentait un étroit . sentier à peine visible, il sembla indiquer à la dame que sa route était dans cette direction , et qu'il ne l'empêcherait pas davantage de ta suivre.

« Ne venez-vous pas avec moi? > dit Âugusta qui, habituée à la compagnie de cet homme depuis qu'ils avaient quitte le couvent, bh était venue à le regarder comme une espèce de protecteur. Il secoua la tète d'un air grave comme pour s'excuser d'accéder à une requête qu'il n'était pas en son pouvoir de satisfaire; et, tournant son coursier dans une direction différente , il s'éloigna d'un pas qui le mit bientôt hors de tue. AugUsta n'eut plus alors d'autre alternative que de prendre le chemin du buisson qui avait été suivi par Marguerite de HautlieU, et elle y entrait à peine lorsque ses yeuï ftirent flrappés d'un spectacle singulier.

Les arbres devenaient plus grands à mesure que la dame avan-^ çait, et lorsqu'elle pénétra dans le bois lui-même, elle s^aperçut que , quoique bordé par un enclos de taillis , il était à rintérieuf entièrement rempli par des arbres magnifiques qui semblaient les ancêtres de la forêt ,* ils étaient fort peu nombreux , et suffisaient (Cependant, par la grande étendue de leurs épais rameaux, pour om^ brager tout le terrain libre. Sous un dé ces arbres gisait une masse grisâtre, qui, en s*élevant de terre, se trouva être un homme revêtu d'une armure, mais d'une armure si bizarre, qu'elle ne pouvait être attribuée qu'à un des singuliers caprices propres aux chevaliers de cette époque. Sa cuirasse était habilement peinte de fiiçon à représenter un squelette , dont les côtes étaient figurées par le corselet et la pièce d'acier qui couvrait le dos. Le bouclief représentait un hibou les ailes étendues , et le casque était également couvert de cet emblème de mauvais augure. Mais ce qui était particulièrement propre à exciter la surprise, c'étaient la haute taille et l'extrême maigreur de l'individu, qui, en se redressant, sembla plutôt un fimtôme évoqué de sa tombe qu'un homme se remettant sur ses pieds. Le cheval sur lequel était montée lady Berkely feoula et hennit de terreur , soit qu'il fût épouvanté du soudain changement de posture de ce spectre, soit qu'il fût désagréablement aflTecté par quelque odeur qui accompagnait sa présence. La jeune dame elle-même manifesta quelque crainte j car, bien qu'elle ne crût pas être en présence d'un être surnaturel, cependant, parmi les déguisements bizarres et presque insensés que prenaient les chevaliers {d'alors y c'était assurément te plus étrange qu'elle eût jamais ta; et

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considérant combien les caprices extravagants des chevaliers de cette époque approchaient de la folie , il ne paraissait nullement sans danger de rencontrer un homme portant les emblèmes de la Mort, seul et au milieu d'une forêt déserte. Quels que fussent néanmoins le caractère et les intentions du chevalier, elle résolut de l'accoster avec le langage et les manières usitées dans les romans en semblables occasions, espérant que, quand même il serait fouj il pourrait être pacifique et sensible à la politesse.

< Sire chevalier, » dit-elle du ton le plus ferme qu'elle put prendre , « je suis vraiment fâchée si , par mon arrivée soudaine, j'ai troublé vos méditations solitaires. Mon cheval, s'apercevant , je crois, de la présence du vôtre, m'a amenée ici sans que je susse ce que j'allais rencontrer. — Je suis un être, » répondit Fétranger d'un ton solennel , « que peu de gens chercheut à rencontrer avant que vienne le temps où ils ne peuvent plus m'éviter. — Sire chevallier, répliqua lady de Berkely , vous parlez de manière à mettre vos paroles d'accord avec le rôle terrible qu'il vous platt de jouer. Puis-je m'adresser à un homme si formidable pour lui demander quelques instructions relativement à la route que je dois suivre au milieu de ce bois sauvage? Pourrait-il m'apprendre, par exemple, comment se nomme le château , la ville ou l'hôtellerie la plus proche, et par quel chemin je puis y arriver le plus promptement? — C'est une smgulière audace , répondit le chevalier de la Tombe , que d'oser entrer en conversation avec celui qu'on appelle YinexO" rable, Y implacable, et Vimpitojrable, celui que même le plus misérable des hommes craint d'appeler à son secours, de peur que sa prière ne soit trop tôt exaucée. — Sire chevaliçr, reprit ladjr Augusta, le caractère que vous avez pris, incpntestablement pour de bonnes raisons , vous ordonne de tenir un pareil langage ; mais quoique votre rôle soit bien lugubre, il ne vous impose pas, je présume t la nécessité de rejeter cette courtoisie à laquelle vous devez vous être engagé en prononi^ant les nobles vœux de la chevalerie. — Si vous consentez à vous laisser conduire par moi , reprit le fantôme, il est une seule condition à laquelle je puis vous rendre service : c'est que vous suiviez mes pas sans m'adresser aucune question sur le but de notre voyage. — Je crois qu'il faut me soumettre à vos conditions , répondit-elle , s'il vous plaît en effet de vouloir bien me servir de guide. Je pense que vous êtes un de ces malheureux gentilshommes d'Ecosse qui sont maintenant en armes, dit-on, pour la défense de leurs libertés. Une téméraire entreprise

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