CHAPITRE XIV
m'a placée dans la sphère de votre influence ; et actueliement la seule faveur que j'aie à vous demander , à vous , à qui je n'ai jamais ni £aiit ni voulu de mal, c'est de me conduire, comme votre em-i naissance du pays vous permet aisément de le fiiire , vers la frontière anglaise. Quoi que je puisse voir de vos réunions et de vos manceuvres, croyez que j'oublierai tout comme si cela se payait réellement dans le royaume dont il vous a plu de prendre les attributs ; et si une somme d'argent assez forte pour être la rançon d'un pmssant comte peut acheter une telle feveur , cette somme sera remise aussi loyalement que jamais rançon ftat payée par un captif. Ne me refusez pas , royal Bruce, ou noble Douglas , si c'est en dfet à l'un ou à l'autre de ces hommes femeux que je m'adresse dans cette affreuse extrémité ; on parle de vou» comme d'ennemis terribles , mais de généreux chevaliers et d'amis fidèles. Songez combien vous souhaiteriez à vos amis et à vos parents, dans de pareilles circonstances , quelque commisération de la part des ehevaliers anglais. — Et en ont-ils donc trouvé? répliqua le chevalier d'une voix plus sombre qu'auparavapt. Agissez-^vous sagement, lorsque vous implorez la protection d'un homme que vous croyez être un vrai chevalier écossais , à cause de l'extravagance et de l'extrême misère de son costume ? Est-il sage de lui rappeler la manière dont les seigneurs d'Angleterre ont traité les aimables filles et les nobles dames d'Ecosse? Les cages qui leur^servaient de prison n'<mt-eUes pas été suspendues aux créneaux , afin que leur captivité fût connue du plus vil bourgeois , s'il désirait cont^npler 'l'humiliation des plus nobles pairesses..* que dis-je? même de la reine d'Ecosse? Est-ce là un souvenir qui puisse inspirer à un chevalier écossais de la compassion envers une dame anglaise? Est-ce une pensée qui puisse faire autre chose qu'augmenter encore la haine profonde et étemelle contre l'auteur de ces maux, Edouard Plantagenet, haine mêlée à chaque goutte de sang écossais qu'échauffe encore la vie? Non ! tout ce que vous pouvez attendre, c'est que, fipoid et inflexiUe comme le sépulcre, je vous abandonne sans secours à votre triste sort.— Vous ne serez pas si inhumain, a'écria lady Augusta; en agissant ainsi , vous perdriez vos droits à la haute renommée que vous avez acquise par Fépée ou par la.lance. Ce serait abjurer l'amour de cette justice qui se glorifie de soutenir le faible contre le fort.
i» La femme de Robert Bnice , et la comtesse de Buchan, par qui , comme ap-' partmant à la ISuBiUe de MacdoiT, il fat couronné à Scone , forent emprisonnés de cette ntniére. (Noie du texU,)
Ll CBàTB^U DAxeiniux. ,^' %Lr'X fO
160 LE CHATKAt; DANGEREUX*
Vous TOigeriez les tmii et la tyrannie d'Edouard Plantagenet sur les dames et les demoiseUes d'Angleterre qui n'ont point aceès dans ses oooseils, et qui peuit-étre n'approuvent pas sa conduite dans ces gmrrcs contre r£eoss«.~ Et me prieriez-voos encore , dit le che- Talier àxi fi^ulcra^ si je tous &ais les maux auxquels tous seriez eiposée daais le cas où nous tomberions entre les mains des soldats anglais, el s'ils tous trouvaient sous une proteetim d^aussi maurais augure 91e la mienne? «^ Soyez sAr , répliqua lady Augusta , que la eontidération d'un tel érénement n'ébranle ni ma résolution tii mondésir éd me eonier à ? otre protection» Vous ne pouvez savoir qui je suis, et par suit« juger combien Edouard serait peu tenté de m'înfltger une punitî<m rigour^ne. -^ Comment puis^ vous coilnatlre ? répliqua le sombre oavaliw. U fliut que votre positfon soit extraordinaire» en effet, si elle peut retenir par justice ou par humant ramour de vengeance qui dévore Edouard; Tous ceux qui le connaissent aavent bien que ee n'est pas un motif ordkiaire qui rempècherait de ae livrer au penchant de son mauvais naturel. Quoi qu'il eu soit, madame, si vous êtes une dame, sous ce dégmaemcnt vons m'investissez, soudain dé votre confiance , et il feut que je m'en montre digne de mon mieux. C'est pourquoi il fout que vous vous laissiez guider implicitement par mes conseils : ils vous seront demies à la mode du monde spirituel , attendu qu'ils seront des ordres nbMt que des inslmetions détaillées sur la conduite que vous avez à tenir, et qu'ils auront poin- base plutdt la nécessité qu'aucune démcnstràtieo , aucun raismnement. De cette manière , il est possible ^e je puisse Vous servir; de toute autre l^n, il est Ibit pr<^able que je vous mnquerais au besoin , et que je disparaîtrais comme un iuilôme qui craint l'approcbe du jour. -^ Tous ne pouvez être si cruel I un gentilfaomme» un chevalier, un noble.... car je suis oonvaincue^que vous êtes tout cela , a des devoirs qu'il ne peut reftiser de remplir. — U en a , Je vous raccorde, et ils sont sacrés pour moi ; mais il dt aussi des devoirs dont Tobligâtîon est douUemeni forte, et auxquels je dois sacrifier ceux qui autrement me porteraient à me dévouer à votre défense. La seule question est eelleHsi i êtes-vous disposée à accepter ma protection, MX conditions auxqu^les seulement Je puis vous l'accorder; ou bien préférez*vou« que chacun de nous suive son propre chemîn , s'en remette à ses propres ressources et laisse le reste au soin de la Providence? — Hélas! exposée et poursuivie comme je le •«•, m'inviter à prendre moi-même une résolution^ c'est eommod^
mander à nh mâlheureut qui tombe daas tMrprédpicê de longe^ avec càlme à quelte bratiébe it iterà bifsn As s'aecroeher pouf aiôorti^ sa chute. Néeeséaireiâent il «'attàchmi S celle ^'H pourra le 9M aisément saisir, et il abataâonnera le reste I la toIoitt< de la Profit éenœ» J'aceepte doâe la pmtéetliln qde toué m'offi*et ^ aree iel restrietkmd qu'il Tout platt d> mettre, et je plaee toute ma eon^ flaiMe daSis le del et datis tous. Pouf me mnit effieaeemeltit, tiéa&iâoimi il (isuit qlie vous «MuiaMsièa moo nom et ma positions -^ J'en ai d^à été iastruit par «elle qui tous aêe^mpagnait tout*à4 l'heure. Ne pens^K pas^ jetme dame» que beauté^ rang^ 'raitea do^ maines, immeosef ricbéssas, talents accomplis puissent avoir la moindre Valeur aux yêui de odui qUi porte la livrée de la tmobe^ et dont les affections étales désirs sont depuis long-temps ensevelil dans le sépulcre. -^ Puisse votre fei étra aussi ferme que vos paro^ les semUont sévères ! et je m'abandonne à tous sans te moitidra doute ^ sans la moindre eraMe d'aviûr mts à tort toute ma o(m^ fiance en vottsl 9 ■
€HÀnTRE XV.
LA àoUTB.
LàBv Aufii7STA se voyait traitée avec une rigueur pro^e à hû faire smitir lanéeessité de Tobéissance la plus complète aux vokmtite du ehevaUer de la Tomba , en qui elle s'était imagée voir tout d'abord un des principaux adhérents de Douglas, sinon James Douglas Iw-mème. Et pourtant, l'idée qu'elle s'était faite du redoutable Doufl^as était celle d'un dievaUer s'acquittant avec exactitude des devoirs de sa noble profession ^ particulièrement dévoué au service du beau sexe, en un mol toutrà-bit dififerent du personnage au* quel elle se trouvait si étrangement unie , comme par suite d'un enchantement. Néanmoins, lorsque, comme pour abréger reotro- Mm , il se précipita subitement dans un des labyrinthes du bois , ea adoptant im pas que, vu la nature du terrain, le cheval de lady Attgusta eut quelque peine à prendre, elle le suivit avec Tanxiéfté et la vitesse d'un jeune épagneul qui , par crjûnte plutôt que par amitié , s'effefrce de Haarch^ sur les traces d'un maître sév^« La comparaison y il est vrai, n'est ni polie ni très convenable à une ^oque oà tes femmes étai^ adorées avec une espèce de dévotion ( pw d^ OTOonstanoes triles que ceUes^i étaient rares , et ladj;
Augusta de Berkely neb^ouyait s'empêcher de croire que le t^rrtble champion , dont le nom avait été si long-temps le sujet de ses inquiétudes et la terreur de tout le pays , pouvait, d'une manière ou d'une autre , accomplir sa délivrance. Elle fit donc tous ses efforts poursuivre cette espèce de fentdme, et marcha derrière le chevalier comme l'ombre du soir accompagne le paysan attardé.
La pauvre dame souffrait évidemment par suite de la peine qu'elle avait à se donner pour empêcher «on palefroi de Cure quelque fauxpasdanscessentiersroides et raboteux: lechevalierdelaTombe ralentit en conséquence sa course , regarda d'un œil inquiet autour de lui, et parut se dire à lui-même, quoique probablement avec l'intention que sa compagne Fentendlt : « Il n'est pas besoin de tant se hâter. »
Il marcha donc plus lentement jusqu'à l'instant où ils arrivèr^t sur le bord d'un ravin. C'était une des nombreuses irrégularités de la surfece du terrain ; elle était formée par les torrents iiùprovisés , particuliers à cette contrée, qui , serpentant parmi les arbres et les taillis , creusent une suite de cachettes communiquant l'une avec l'autre , de sorte qu'il n'y a peut-être pas de lieu au monde plus propre à une embuscaéte. L'endroit où Tumbull, l'habitant des frontières, avait opéré son évasion durant la partie de chasse, présentait un échantOlon de cette nature de terrain, et peut-être communiquait-il aux différents buissons et passages par lesquels le chevalier et le pèlerin semblaient diriger leur route , quoique ce premier ravin fût à une distance considérable du chemin qu'ils suivaient alors.
Cependant le chevalier avançait toujours; mais il semblait plutôt vouloir égarer lady Augusta au milieu de ces bois interminables que suivre aucune route fixe et déterminée. Tantôt ils montaient et tantôt ils semblaient descendre dans la même direction , ne trouvant que des solitudes sans bornes et les combinaisons variées d'une campagne toute couverte de bois. Si telle partie de la contrée paraissait labourable , le chevalier semblait l'éviter soigneusement : néanmoins il ne pouvait diriger sa marche avec tant de certitude , qu'il ne traversât point parfois les sentiers que parcouraient les habitants et les cultivateurs. Ceux-ci ne montraient aucune surprise à la vue d'un être si singulier, mais ils ne manifestaient Jamais parancun^igne, comme l'observait la dame, qu'ils reussent pu reconnaître. Il était aisé d'en conclure que le spectrechevalier était (m u dans le pays > et qu'il y possédait des parti-