CHAPITRE il
Pourquoi donc est-il de si mauvaise humeur contre ce Jeune garçon qui peut bien être , je crois , son fils Charles , ce petit bambin toujours éveillé , qui ne foisait que courir et tresser du jonc , il y a quelque vingt ans? Il est heureux que nous trouvions nos amis dehors ; car, j'en réponds , tom a une bonne pièce de bœuf dans le pot pour son souper, et il fondrait qu'il eût bien changé pour qu'un vieil ami n'en eût point sa part. Qui sait enfin, si nous étions arrivés pliis tard, auraient-ils jugé convenable de tirer leurs verroux et de débarrer leurs portes si près d'une garnison ennemie ?'car, à donner aux choses leur véritable nom , c'est ainsi qu'il fout appeler une garnison anglaise dans le château d'un noble écossais. — ^ou que tu es , répliqua la jeune dame , tu juges sir John de Waîton comme tu jugerais quelque grossier paysan pour qui l'occasion de fsiire ce qu'il veut est une tentation et une excuse de se montrer cruel et tyran. Mais je puis t'en donner ma parole , laissant de côté la querelleMes royaumes qui , bien entendu , se videra loyalement de part et d'autre sur des champs de bataille, tu reconnaîtras que les Anglais et les Écossais , sur ce domaine et dans les limites de l'autorité de sir John de Waltou , vivent ensemble comme feit ce troupeau de moutons et de chèvres sous un même chien : ennemi que ces animaux fuient en certaines occasions # mais autour duquel néanmoins ils viendraient aussitôt chercher protection si un loup venait iuse montrer. — Ce n'est pas à Votre Seigneurie^ répliqua Bertram , que je me permettrais d'exposer mon opinion sur ce point; mais le jeune chevalier, lorsqu'il est recouvert des pieds à la tête de son armure, est bien différent du jeune homme qui se livre au plaisir dans un riche salon , au milieu d'une réunion de belles ; et quand on soupe au coin du feu d'un autre , quand votre hôte se ttùvtfe être DoUghi^le-'Noir^ on âr raisto de teûtr ses' yem sur hri pendant qh'oil fott son rêpa»;. . Mair il vaudrait mieux chercher des vivres et un abri pour ee soir, que de re^er ici à bftiller et à parler de» «fiMres d'«utrni. > A ces mots, il se mit à crier &ut» voix de totoerrc : « Dicfcsên ! holà ! hé t Thotnaf Dickson ! ne Venx^tu pas rccctanattré m vieil soni, bien disposé à mettre ton ho«|^ita)tttS k cmtribntîcta pxmr son souper et son logemfent dé là raiit? »
L'Écôssaisf , dont l'attention fut excitée par êe» cris , refifaf^da d'abord hr long de la rivière , ptilr il leva les yeux snr lés lianes nus de la montagne , et enftnt les abaissa sm* les de« personnes ^ en descendaient.
Avant de quitter la partie abritée du vallon pour aller à leur ren-
contre , le fermier du vallon de Douglas , trouTant sans doute la soirée trop froide, s'enveloppa plus étroitement dans son plaid grisâtre. En effet , dès une époque reculée , ce vêtement était en usage parmi les bergers du sud de FÉcosse : sa forme donne un aspect romantique aux paysans et aux hommes des classes moyennes , et, quoique moins brillant et moins festueux de couleurs, il est aussi pittoresque dans son arrangement que le manteau militaire , le manteau de tartan des montagnards. Quand ils se furent rapprochés , la dame put voir dans Tami de son guide un homme vigoureux et même athlétique : il avait déjà passé le milieu de la vie, et son visage , battu par de nombreuses tempêtes , montrait des marques de rapproche de la vieillesse, mais non des infirmités qu'elle amène avec elle. Des yeux vife, qui semblaient tout observer, signalaient un homme qui avait long-temps vécu dans un pays où il avait tou* jours eu besoin de regarder autour de lui avec précaution. Ses traits étaient 'encc4*e gonflés de courroux, et le beau jeune homme qui l'accompagnait paraissait mécontent comme s'il^ eût reçu des preuves sévères de ^'indignation paternelle : à en juger par la sombre expression mêlée à une apparence de honte sur sa physionomie , il semblait en même temps dévoré de colère et de regret. « Ne vous souvenez-vous pas de moi , mon vieil ami? » demanda Bertram , lorsqu'ils furent assez près pour s'entendre ; < les vingt années qui ont passé sur nos têtes depuis que nous nous sommes vus ont-elles emporté avec elles tout souvenir de Bertram , le ménestrel anglais ? — En vérité , répondit l'Écossais , j'ai vu assez de vos compatriotes pour me souvenir de vous, et je n'ai jamais pu entendre quelqu'un d'entre eux siffler seulement,
IHaintenant le {onr se léTe,
sans songer à quelque air de votre joyeuse viole '. Et cependant l'homme est une si pauvre créature que j'avais oublié jusqu'à la mine de mon vieil ami , et que je l'ai à peine reconnu de loin. Aussi , c'est que nous avons eu nos peines depuis un certain temps : il y a un millier de vos compatriotes qui tiennent garnison dans le château de Douglas qu'on aperçoit d'ici, aussi bien que dans d'autres places de la vallée , et c'est là un triste spectacle pour un véritable Écossais!... Ma pauvre maison n'a pas même échappé à l'honneur d'une garnison composée d'un homme d'armes, plus deux ou trois coquins d'archers , un ou deux méchants galopins
1. BêUek , dit le texte ; eijpèce de Tiolon «nelen , à troii cordei. a. h.