CHAPITRE IL
qu'on nomme pages', et quelques autres gens de cette espèce , qui ne permettront jamais à un homme de dire : « Ceci est à moi, > même au coin de son propre feu. Ne prenez donc pas mauvaise opinion de moi , yieux camarade , si je vous fois un accueil un peu plus froid que vous ne devriez l'attendre d'un ami d'autrefois ; car» par Sainte-Brigitte de Douglas ! il me reste bien peu de chose avec quoi je puisse souhaiter la bienvenue... — Souhaitée avec peu , elle sera aussi bonne , répliqua Bertram. Mon fils , fois ta révérence au vieil ami de ton père. Augustin commence l'apprentissage de mon joyeux métier y mais il aura besoin de quelque exercice avant de pouvoir en supporter les fotigues. Si vous pouvez lui &ire donner quelque chose à manger, et lui procurer ensuite un lit où il pourra dormir en repos , nous aurons tous les deux ce qu'O nous faut : vous-même, en efltet, quand vous voyagiez avec mon ami Charles, que voilà, je pense, vous vous imaginiez avoir toutes vos aises du moment où rien ne lui manquait. — Oh ! que le diable m'emporte si je recommencerais à présent! répliqua le fermier écossais; je ne
sais pas de quoi les garçons d'aujourd'hui sont Ms ce n'est pas
du même bois que leurs pères assurément ils ne sont pas nés
de la bruyère qui ne craint ni vent ni pluie , mais de quelque plante délicate d'un pays lointain, qui ne poussera que si vous l'élevez sous un verre, et qui porte un germe de mort. Le brave seigneur de Douglas , dont j'ai été le compagnon d'armes ' (et je puis le prouver) , ne désirait pas , du temps qu'il était page, d'être nourri et logé comme il faudrait que le fût aujourd'hui votre ami Charles pour être content. — Voyons , dit Bertram, ce n'est pas que mon Augustin soit délicat , mais , pour d'autres raisons , je vous prierai encore de lui donner un lit, et un Ut séparé, car il a été dernièrement malade. — Oui, je comprends, répliqua Dickson, votre fils a un commencement de cette maladie connue en Angleterre sous le nom de mal noir, et dont vos [compatriotes meurent si souvent Nous avons beaucoup entendu parler des ravages qu'elle a exercés dans le sud. Vient-elle^par ici? »
Bertram répondit affirmativement par un signe de tête.
c Eh bien! la maison de mon père, continua le fermier, a plus d'une chambre , et votre fils en aura une des mieux aérées et des plus commodes. Quant au souper, vous mançerez votre part de celui qu'on a préparé pour vos compatriotes. Puisqu'il faut que j'en nourrisse une vingtaine , ils ne s'opposeront pas à la requête d'un
i. ITfiKfrmati, «ipice d« premier page ou d^officier de confiitnce* ▲• ji.
IS LE GHATfiMI DAIï^EREUX.
aussi habile ménestrel que toi , démodant Thospitalité pour une nuit. Je suis honteux de le dire y il faut que je fesse ce qu'ils yeulent dans ma propre maison, Ventrebleu! si mop brave seigneur était en possession ^e ses biens , j'ai encore assez de coeur et de force pour les chasser tqus 4e çlie^ moi comme... comme... -:- Parlez franchement, interrompit B^rfrapi, compie cette bande d'Anglais vagabonds venus de Redesdale , que je vous ai vu expulser de votre maison , ainsi qu*(ine portée de petits chiens aveugles. GerteSi atu^un d'entre eux ne retourha la tète pour voir qui leur feisait qette politesse , avant qu'ils fussent h mi-chemin de Cairntable. — Oui , » répliqua TÉcossais en se redressant et en grandissant d'au moins six ppuces ; c alors j'avais une maison à moi, une cause à défendre et un bras pour combattre j maintenant je suis... Qu'iqaporte qui je sois ! le plus noble seigneur d'Ecosse est aussi à plaindre que qioi. -r- Vraiment, mon ami, reprit Bertram , vous considérez mam^ tenant la chose sous le juste point de vue. Je ne dis pas qu'en ce monde Thomme le plus sage , le pl|is riche ou le plus fort, a le droit de (^ranniser ses voisins ^ p^rçe que celui-ci est le plus faible , le plus ignorant , le plus pauvre ; mais encore , quand une lutte de ce jpfenfe s'est une fois engagée , il faut bien se soumettre au cours des choses : or, dans une bataille, ce sera toujours la richesse, la force, jg science , qui triompheront. — Avec votre permission cependant, répondit Dickson , le parti le plus faiblp , s'il réunit tous ses efforts et t9i)s sçs moyens , peut à la longue exercer contre l'auteur de ses ipaq^ une vengeance qui le dédommagera du moins de sa soumissiqp temporaire ; et il agit l)ien simplement comme homme , biep spttement comme Écossais , celui qui endure ces injustices avec l'iase^^ibilité d'un i4iot , pu qui cherche à s'en venger avant le temps gl^trqué par le ciel..... Mais si je yqus parle ainsi, vous aile?, cqmme l'ont déj^ fait plusieurs de VQS cpmpatrjptes , reftiser d'accepter une l)Plichée 4e p^in et un Ipgçq^iept pour la ni^it d^ns une maison où vous pourrie? ne vous éveiller au matin que pour vjder avec du sang une querelle nationale. — Non , non t répliqua Bertram ; il y a long-temps qqe nous nous connaissons, et je ne redoute pas plus de rencontrer de la haine dans votre maison que vous ne m^ supposez l'inteptipi^ 4'a^sraver encore les maux dont vous vQus plaignez.— §Qi( ! c'est pourquoi vous (îtes , mon vieil ami , le bienvenu dans ma 4emeure , tout comme au temps où nu) hôte n'y entrait sans mon invitation. . .Quant à vous, mon jeupe ami, maître Augustin, nous prendrons autant soin de vous ^e si vous arriviez avec un front
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mt réveiller le lendemain. Le voilà qui vient cependant » » ajouta Anthony en baissant le ton , « et je veux être excommunié s'il n'a<^ mène pas avec lui cet animal furieux, son fils Charles, avec deux autres étrangers dont la fôim, j'en répondrais, sera assez grande poiur avaler tout le souper, s'ils ne nous font pas d^autre mal. — Fi, ft donc y Anthony I murmura son camarade ; jamais archer meilleur que toi ne porta Tuniforme vert, et cependant tu^dfectes d'av(rir peur de deux voyageurs fittigués , et tu t'alarmes de l'invasion que leur appétit pourra fttire sur le r^as du soir. Nous sommes quatre ou cmq ici ; nous avons nos arcs et nos flèches ' à notre portée , et nous ne craignons pas que notre souper nous soit ravi , ou que notre part nous soit disputée par une douzaine d'Écossais établis ou vagabonds... Comment? » aJouta*t-il en se tournant vers Dickson, c que nous dlrez-vous donc, quartier-mattreîVous savez bien que, d'après les m'dres précis qui nous ont été donnés, nous devons nouis enquérir du genre d'occupations des hdtes que vou^ pouvez recevoir; vous êtes aussi prêt pour le soupar, je parie, que le souper l'est pour vous , et je vous retarderai seulement vous et mon ami Anthony , qui commence terriblement à s'impatienter , jusqu'à ce que vous ayez répondu aux deux ou trois questions d'usage. — Behd4he-Bow ^ , répondit Dickson, tu es un honnête garijon ; et, •quoiqu'il soit un peu dur d'avoir à conter l'histoire de ses, amis, parce qu'ils viennent par hasard passer une nuit ou deux dans notre maison , cependant je me soumettrai aux circonstances, et je ne forai pas une opposition inutile. Vous noterez donc sur votre journal que , le quatorzième jour avant le dimanche des Rameaux, Thomas Dickson a amené dan» sa maison d'Hazelside, Où vous tenez garnison par Tordre du gouverneur anglais sir John de Watton, deux étrangers auxquels ledit Thomas Dickson a promis des rafraîchissements et un lit jusqu'au lendemain. — • Mais que sont-ils ces étrangers? ^ d^nanda Anthony un peu vivement.
. « Il ferait beau voir, murmura Thomas Dickson , qu'un honnête homme fût forcé de répondre aux questions de tout méchant vaurien !... » Mais il changea de ton et continua, c Le plus âgé de mes h6tes se nomme Bertram , ancien ménestrel anglais : il a mission particulière de se rendre aii château de Douglas , et il communiquera les nouvelles dont il est porteur à sir de Walton lui-même. Je l'ai connu pendant vingt ans, et je n'ai jamais rien entendu dire
i. Bills, dit le texte ; anciennes armes anglaises , peut-être des espèce* de haches. ^ M. — 2. Littéralement, Bande-rare.