CHAPITRE XVII
tons en ce moment; le lieu du combat, cette dairière qu'on nomme Bloody-Sykes ; le temps , ce moment même ; et les combattants , comme de vrais chevaliers , renonceront de part et d'autre à tous les avantages qu'ils peuvent avoir. — Soit, au nom du ciel! » dit le chevalier anglais , qui, quoique surpris d'être inopinément défié jen duel par un guerrier aussi formidable que le jeune Douglas, était trop fier pour songer à éviter le combat. Faisant signe à la dame de se retirer derrière lui , afin de ne point perdre ce qu'il avait obtenu , en l'arrachant aux mains du chasseur, il tira son épée, et, prenant l'attitude grave et résolue de Fattaqpie, s'avança lentement vers son adversaire. La rencontre ftit terrible, car le courage et l'adresse tantfdu lord de Douglas-Dale que du sire de Walton étai^t cités parmi les plus célèbres de l'époque, et le monde de la chevalerie ne peut guère se vanter d'avoir produit deux guerriers plus femeux. Leurs coups tombaient rapides et pesants comme les traits lancés par quelque formidable machine ; ils étaient parés et rendus avec autant de force que de dextérité , et il ne paraissait pas vraisemblable, même après dix minutes de combat , que l'un des deux combattants pût remporter l'avantage sur l'autre. Ils s'arrêtèrent un instant, comme d'un commun accord, pour reprendre haleine, et pendant cet intervalle Douglas dit >« Je prie cette noble dame de bien comprendre que sa propre liberté ne dépend en aucune manière de l'issue de cette lutte. Le combat n'a rapport qu'à l'affront fait par ce sir John de Walton et par la nation anglaise à la mémoire de mon père et à mes droits naturels. — Vous êtes généreux , sire chevalier, répliqua la dame ; mais en que&e position me placez^vous si vous me privez de mon protecteur par la mort ou la captivité, et que je reste seule dans un pays étranger? -^ Si tel devait être l'événement du combat, répondit sir James, Douglas lui-^même, madame, vous rendrait à votre terre natale , car jamais son épée ne causa de maux qull ne VA prêt à réparer avec cette même épée , et si le noble de Walton veut indiquer le moins du monde [qu'il renonce à ce combat, ne fùtMse qu'en détachant une plume du panache de son casque, Douglas renoncera pour sa part à tout projet pouvant porter atteinte à l'honneur ou à la sûreté d'une illustre dame. Cette lutte demeurera suspendue jusqu'à ce que la querelle nationale nous ramène en fece l'un de l'autre. »
Sir John de Walton réfléchit un moment, et Augusta de Berkdy, quoiqu'elle ne parlât point , lui jeta un regard qui indiquait
Ll CHATBÀU DAKttlEBirx. fli
elairement combien elle désirait qu'il choisit Taltemative la noins hasardeuse ; mais les propres scrupules du chevalier rempèchèrant d'accepter un arraDgement aussi favorable.
« Il ne sera jamais dit de sîr John de Walton « répliqua-t-il, qu'il a compromis au moindre degré son prc^re honneur ou celui de son pays. Ce combat peut se terminer par ma défeito ou plutôt par ma mort , et , dans ce cas , je n'ai plus rien à espérer d^ns ce monde : alors, en rendant le dernier soupir, je confie à Douglas le soin de lady Augusta, espérant qu'il ia défendra au péril de ses jouns et trouvera jiMf en de la replacer saine et sauve dans le qiiâte^u àt ses aïeux. Mais , tant que je vivrai , elle n'aura pas besom d'un autre protecteur que criui qu'elle a honoré en le choisissant pour tel; et je ne céderai rien, ne fût-ce qu'une plume d^ mon casque, pour donner à eptendre que j'ai soutenu une querelle injuste, défendant la cause soit de l'Angleterre , soit de la plus belle 4c ses filles. Tout ce que je puis accorder i Dquglaf , c'est une trêve immédiate, à condition que ma dame pourra sans obstacle se retirer en Angleterre, et que nous continuerons ce combat un soitre jour. Le château et le territoire de ÎQouglas appartiennent à Edouard d'Angleterre; le gouverneur qui commande en son nom est la gouverneur légitime; et ce, je le soutiendrai, ia }ance ap poin^r, tant que mei yeux seront ouverts. <— Le temps fuit, répliqua Douglas, sans attendre notre décision t jamais instants ne àirent précieux comme ceux qui s'écoulent avec chaque souflle d'air vital que nous respirons actuellement. Pourquoi donc ajourner i demain ce qui peut tout aussi bien se faire aujourd'hui? nos épées sm^mt-elles plus tranchantes, ou nos bras plus vigoureux à les manier? Douglas fera tout ce qu'un chevalier peut feire pour secourir une dame malheureuse, mais il n'accordera point pu chevalier de cette dame la moindre marque de déférence : c'est en vatai que sir lohn de Walton le croit capable d'en extorquer une par la force des armes. •
A ces mots , les chevaliers recommencèrent leur lutte k mort , et la dame resta hidécise si elle tenterait de s'évader à travers les sentiers tortueux du bois , ou si elle attendrait l'issue du combat. Ce fut le seul désir de voir quel serait le sort de (sir John do Walton qui la fit demeurer comme retenue par un charme smr la place où l'une des plus terribles querelles qui se vidèrent jamais était vidée par les deux plus braves champions qui tirèrent jamais l'épée. Enfin la dame s'efforça de mettre un tmne au cMnbat m
GHAMTilE XVII. m
iUiait fêÊÊxnpM te tioteneat des 6locb6ê qui commençaient à umm Ip Mnrio« du Jonr, ear épatait le dimandie des Rameaux. . > Au nom da oiel) dit-elle, au nom de T0u8-4nèm'es , an nom dé Tamour des dam«s et des devoirs de la chevalerie , suspendez vos ooopt seiilement pour une heure i puisque les forcer Sont si égales , cherehops quelque moyen de convertir la trêve en une paix soHde. Songes que e' est pujourd'bui la ftte des Rameaux : souillerez-vous pur du liiig une si grande solennité du christianisme? Interrompez do moins votre Intte de manière k vous rendre à la plus proche église , portant avec voqs des rameaux , non pas à la manière ni avec Tostentation dc^ conquérants de ce monde, mais comme rendant rbommage dû aux règles de TEglise et aux institutions de notre sainte religion. ***Ene£fet, belle dame, j'étais m chemin pour me rendre dans la sainte église de Douglas, dit l'Anglais , lorsque j'ai eu le bonheur de vous rencontrer ici ; et je ne refuse pas de continuer ma route en ce moment même , concluant une trêve d'une heure , attendu que j'y trouverai bien certainement des amis au):quels je tous çonfiers^i ea toute assurance , si je venais à sucçûa4)er dans to combat qua nous allons interrompre pour le reprendre après le service divin. -^ Je consens aussi, répliqua Douglas, k cette courte trêve, et je trouverai de même, assurément, assej( d^ bom cbr4(ifUM dans l'égUse qui ne sou Ariraient pas que leur i99ttr€| Ait ayoabli^ wus le nombre. Marchons donc, et que ehacun de noua CQure la ^m^ 4q ce qu'il j^aira au ciel de lui en*
wyer. *
: P'aprte un tel langage» iir Jolm de Weltôn douta peu que Doo^ Çlas ne se f^t assuré un parti parmi ceux qui serai^t rassemblés dans le temple; m^ H n'hésitait pas k penser que les soldais de la (garnison 7 seraient asse^ nombreui^ pour comprimer toute ten« tativç de soulàTemept ; au r^te c'était un risque qui valait bien la peine qu'il \p courût , puisque \k U trouvait l'occasion de plaeer lady Augusta de Berkely en lieu sûr, ou du moins de lUre dépén<* dre sa liberté de l'issue d'une bataille générale , pu lieu du résultat précaire d'un combat seul à seul avec Douglas.
ï Ces deux illustres ehevalien pensaient intérieurement que la propositloii de la dame, quoiqu'elle suspendit le combat pour le moment , ne les obligeait en aucune manière à se priver des avantages ^Hme aagmentati<Hi de forces pourrait leur donner de part et diantre; et chacun d'eux, d'après. ses dispositions intérieures, se etoyait sûr de la supériorité. Sir J<din de Walton était presque
i«s leighatëau dangereux.
certain de rencontrer quelques unes de ses bandes de soldats qui battaient Ifi pays et trayersaient les bois par son ordre ; et Douglas, on peut le supposer, ne s'était pas aventuré en persmine dans un lieu où sa tète était mise à prix, sans être accompagné d*un nombre suffisant de partisans dévoués , placés plus ou moins près les uns des autres, mais toujours de manière à s'appuyer mutuellement. Chacun donc entretenait Fespérance bien fondée que, en acceptant la trêve proposée , il s'assurait un avantage sur son antagoniste , quoiqu'il ne sût exactement ni de quelle manière ce succès serait oIh tenu, ni jusqn'à quel point on pourrait le pousser.