CHAPITRE XVIIL ICO
Augusta de Berkely, lorsque vrattsemblablement il devait bien coii- Daître tous les motift et toutes les ciFconstances du voyage de cette dame en Ecosse. Il était donc politique de se concilier sa bienveillance , et de Walton avait engagé son fidèle arcber Gilbert à mettre de eôté tout^upçw contre Bertram, mais en même temps à ne pas le perdre de vue ; et , s'il était possible , à le tenir en bonne disposition à Tégard du gouverneur et de la garnison. En conséquence, Greenleal ne doutait point à part lui que le seul moyen de plaire au ménestrel ne Ait d'écouter avec patience et admiration les airs quil lui plairait le plus de chanter, ou les histoires qu'il aimait le mieux à conter ; et afin d'assurer l'exécution des ordres de son maître, il jugea nécessaire de demander au sommelier telle provision de bonne liqueur qui ne pouvait manquer de rendre sa société
encore plus agréable.
Après s'être de la sorte muni des moyens de supporter une longue entrevue avec le ménestrel , Gilbert lui proposa d'ouvrfr le tête-à-tête par un bon et copieux déjeuner qu'ils pourraient arroser d'un verre de vin d'Espagne; et comme son maître lui avait recommandé de montrer au ménestrel tout ce qu'il pourrait désirer voir dans le château , il ajouta qu'il leur serait posisible , pour se délasser Fesprit, d'accompagner une partie de la garnison de Douglas au service du jour, qui, comme nous l'avons déjà dît, était célébré avec une grande pompe. Le ménestrel ne trouva rien à objecter à une telle proposition , car it était bon chrétien par principes , et bon vivant comme professeur de la gaie science ; et en conséquence, lui et son camarade, qui précédemment ne se portaient pas beaucoup de bienveillance l'un l'autre 3, commencèrent leur repas du matin, ce fatal dimanche des Rameaux, avec une grande cordialité et une confiance réciproque.
« Ne croyez pas , digne ménestrel , dit l'archer, que mon maître ravale le moins du monde de votre mérite ou de votre rang, parce qu'il vous renvoie à la société et à la conversation d'un pauvre homme tel que moi. Il est vrai, je ne* suis pas officier dans cette garnison ; cependant , comme vieil archer qui manie voilà trente ans Tare et la flèche, je n'ai pas moins de part, et j'en remercie' Notre-Dame. •• dans la faveur de sir John de Walton, du comte de Pembroke, et d'autres guerriers, que la plupart de ces jeunes gens à têtes folles , auxquels on confie des brevets et qu'on charge de missions importantes , non à cause de ce qu'ils ont feit , mais de ce qu'ont fiiit leurs ancêtres avant eux. Je vous prie de remarquer
f 70 LE CHATEAU DAlfGBREUX.
eirtre antret m jeûna hcfmme qui nous oommanâe eii Tibietieis de sir Wtlton, et qui porte r^onorable nom de sir Ajmer de VaMiiee; nom cpii est aussi eelui du eomte de Pembroke dont Je fdus ai parlé; œ ohevalier a en outre vat jeune égrillard de page, qu'on appelle Fabian Harbotbel/ -^ Est^ee à eet gentHshditlfficfl <{(ie s'appliquent yos censures? dit le ménestrel. J'en aurais Jugé autre* . ment ; ew, dans le cours de ma longue expérience , je n'ai jttiats ▼u un jeune homme pkis courtois et plus aimable que ce jeune • cheyalier que mis nommei. — Je ne ptétends pas qu'il ne puisse ; le devenir, » répliqua l'arcber en se hâtant de réparer la bévue qu'il avait feile } < mais pour qu'il le devint H feuÂ^ail qu'il se réglât sur l'eKeoq^le de son oncle ; qu'il voulût bien ^ dans les cas dif* ficiles» prendre conseil des vieux soldats expérimentés^ et qu'il ne crût pas que des connaissances, fruit de longues années d'cèser-» vations, peuvent être soudain conférées par un coup de plat d'épée et par les mots magiques : « Levez vous i sir Arthur ! • oo tout autre nom suivant les circonstances. — M'en douter pas, sire archer, fé* pliqua Bertram ; j'estime hautement l'avantage qu'on peut tirer de la conversation d'hommes aussi expérimentés que vom : les gens de tous les états trouvent à y gagner. Je sdis dioî-ntéme souvent réduit à regretter de ne pas eonnattre suiBsaBHttent les irmoiriesy^ les devkes» Le blason enfoi^ et je serais ravi qm vous vinssiez à>: mon aide pour certaines choses qui me sont étrangères, telles que les noms de lieux , de personnes ^ la description des baaQiires on des emblèmes par lesquels de grsyiàdes iiMHîUes se distitiguent les unes des autres, toutes choses qu'il m'est si indi^ensablemenl né« cessaire de connaître pour remplir la tâche que j'ai entrq^ise. -^ Quant aux bannières et aux étendards , répondit l'arehery i'en ai vu un bon nombre , et je puis , comme tout soldat ^ dire le nom du chef qui les déploie pour réunir ses vassaux ^ néanmoins , digne ménestrel, je ne puis avoir la présomption de comprendre ee que TOUS appelez des prophéties , avec on sur l'autorité do vienne livres peints, explications de songes ^ oracles^ révélations y invoettîoMi d'esprits damnés^ astrologie judiciaire, et autres oiiNi&es graves et palpables par lesquelles des hommes qui se diseirt aidés du diable en imposent au vulgaire^ en dépit des avertissements Al conseil privé f non, pourtant, que je voi» soupqonno, iigù» mé-^ nestrel, de vous occuper de ces tentatives pour expliqua l'afenir^ tentatives qui sont dangereuse et peuvent être aveo raison- iq^p^ lées puhissables ^ et rangées parmi les ^tes d# trahîtOQ» -t tt 7 n
qtael(|iie ehote de Joéte dans ee que ym$ dites ) Biaii tos pàroleii né peuTèiit s'appUqfiier àtm livres ni mx manuscrits q|ue j'ai eotisattés« CkHtHBe une partie 4es cHoses i|oi y éont éeriiés se sont déjà réalisées ^ nmis somitiei ewiplétenieiit autorisés à nous attendre k ee que le reste s'aeeotoplisse dé méitie ; et je n'aurais pas beaucoup de ptrine à tous flauntrer dans ee Yillunie dés prédietms dont uit estez grand nombre se sont déjà TériSées, pour que noni ayons te A*olt d'attendre avee certitude la Térifieation des autres. -^ Je tou^ drals bien ?oir celà^ t répondit Tareher <tui n'avait guère qu'une ftrt de soldat quant aUs prophéties et mt augures y mais qui cependant ne voulait pâi c^treSire trop directement le ménestrel sur de pareils sujets^ attendu qu'il avait été endoctriné par sir John^ de manière à se prêter auî caprices du barde. En eonséqueneè celui-ci se mit à réciter des vers dont le plus habfle int^prète de nos jours ne pourrait pas troiiver le sebèi
Alors que le coq chante , obserTei bien la crête , Car Avec le foret le fin renard le guette.
La corneille an corbeau ya-t-elle unir ses cris; Les chèyres aux rochers suspendre leurs petits ? Qu^ils soient ensemble alors : la bataille s'apprô!e ; Le yautour affamé s^abat sur chaque tête , Et du Uid-Lothian les guerriers sont partis... Le peuple est dépouillé « Tabbaye est brûlée , Le carnage est le fruit d^one horrible mêlée. Le pauTre no dit plus quel est son bienfaiteur , Le pays est sans loi , et Tamour sans honneur ; ^ Le mensonge est assis sur le char des années , La Térlté n^est plus , les Ter tùs sont fanées ; Plm dé M : lé èousin dérobé crori eouslii > ne ton père le fils nse pereer le sein , Bt le {lére k son fils f etc., etc., etc.
L'arCber éadtità Ces prottostîès mystérieux, dont W lecture n'était pas m<tins éiiflUyetièe qti'inintelllgiblfei en feisant tôU» èes ef- Mrtê potir né pais lai^er éclater soii éniïur ; polir Ce faire , il allait demandef de fféquéiite» éoàsolàtions au flacM , afin dé stippoirter de s(te lAiétK ce qu'il Ué pdûtâlt nicdxnpî'eYiIdre tri troiùter intérêt simt. Gèpeùdaùt le tiiéAestrél tftébàit â'eipliqb(» lès prédietîcfàs dottteasé!^ et iitipa^ilteé doiit ùouë avoiUs doÉifté un éelâintOlcU sUftflsaut.
* fourrieJS-fmMsoriliàitei*, * dit- il » GreèMléàf, c tine descri|)- Um plus élàeié dès [malheurs (pu i^ soUt appeéaiitls mt l'Eeossè danèeèidèfliiérètetti^tl/e cofUeau et là éÔnièQIè, leftmlî'dèf W
ftiret ne tes annonceoit-ils pas d'une manière indubitable? Ces oiseaux et ees quadrupèdes ne sont-^iis pas identiquement semblables à ceux que les dievaliers déploient sur leurs bannières , ou portât représentés sur leurs écus ? et ne descendent-ils pas au grand jour dans la plaine pour ravager et détruire ? La désunion complète entre les hommes n'est-elle pas clairement indiquée par ces mots que les liens du sang seront brisés , que les parents ne se lieront plus les uns aux autres, et que le père et le fils, au lieu d'avoir foi en leur parenté naturelle , chercheront à se donner mutuellement la mort pour jouir des biens l'un de l'autre ? Les braves du Lothian sont expressément désignés comme prenant les armes, et nous voyons encore ici d'évidentes allusions aux derniers événements de ces guerres écossaises. La mort de ce dernier William est obscurément annoncée sous l'emblème d'un chien de chasse, qui fut parfois ranimai dont était orné le cimier de ce bon seigneur.
On redoutait le chien , il sera muielé , Et pourtant de sa perte on sera désolé.
Un jeune chien naîtra d^nne semblable race Dont lellord gardera la mémoire et la trace ; En léte , il n^aura pins les combats d'autrefois , Bien qoMl entende encor de glapissantes Yoix. Thomas nous Pa conté dans un matin d^automne , En un temps orageux , sur les coteaux d^Eldonne.
« Ces vers ont un sens, sire archer, continua le ménestrel, et qui va aussi directement au but qu'aucune de vos flèches , quoiqu'il « puisse y avoir quelque imprudence à en donner l'explication directe. Néanmoins , comme j'ai entière confiance en vous , je n'hésite pas à vous dire que , dans mon opinion, ce jeune chien qui n'attend que le moment de paraître n'est autre que le célèbre prince écossais Robert Bruce , qui, malgré ses débites réitérées , n'a point cessé, tandis qu'il est poursuivi par des limiers avides de sang, et entouré par des ennemis de toute sorte , de soutenir ses prétentions à la couronne d'Ecosse, en dépit du roi Edouard, aujourd'hui régnant. — Ménestrel, répliqua le soldat, vous êtes mon h6te, et nous sommes assis tous deux en amis pour partager en bonne iptel* ligencece modeste repas; je suis forcé de vous dire cependant, quoiqu'il m'en coûte pour troubler notre harmonie , que vous êtes le premier qui ayez jamais osé prononcer en présence* de Gilbert Greenleaf un seul mot en faveur de ce traître proscrit , de ce Robert Bruce y qui a , par ses rébellions , troublé si long-temps la paix de