CHAPITRE IL
musait ici à pècber et à chercher des nids d'oiseaux il y a sept ou huit ans; cela ne peut pas être; Francis n'était qu'un marmouset. — Mais ajoutez sept ou huit ans à la i^ie de ce jeune garçon» Meg^ > dit gravement Tétranger, c et vous aurez Thomme fait qui est maintenant devant vos yeux. —C'est bien vrai! • dit Meg jetant un coup d'oeil sur sa propre figure réfléchie par la surlace d'une ca* fetière de cuivre qui , nettoyée avec soin , lui foisait l'office d'un miroir. • C'est tout-à-feit vrai , il iaut que les gens se résignent à vieillir ou à mourir... Mais, Tyrl , car je ne dois plus vous appeler Francis maintenant, je pense... — Appelez -moi comme vous l'en* tendrez, bonne Meg, dit l'étranger, ii y asi long-temps que je n'ai entendu personne me donner un nom qui eût l'air d'une ancienne amitié : cela me semblera plus doux qu'un titre de lord. — Bien donc, M. Francis... si cela ne vous offense pas... : j'espère que vous n'êtes pas nabab '? — Non pas, je puis vous l'assurer, ma vieille amie; mais quand je le serais, qu'en résulterait-il? •— Rien... seulement je pourrais vous prier d'aller plus loin, où vous seriez plus mal servi. Des nababs , en vérité ! le pays en est infesté. Us ont fait augmenter le prix des œuft et de la volaille à vingt milles à la ronde... Mais qu'est-ce que cela me fait?... Ils vont presque tous boire de l'eau là*bas. . . et il n'en faut pas mal , vous le savez , pour ëclaircir leur teint cuivré : leur visage a besoin d'être écuré autant que mes casseroles , que personne ne peut nettoyer si ce n'est moi. — - Bien, ma chère Meg, dit Tyrrel; la conclusion de tout cela est que je reste ici et que j'aurai à dtner. — Pourquoi non? répliqua mistress Dods. — Et que j'aurai la chambre bleue pour une nuit ou deux , peut-être plus? --Je n'en sais rien , dit Meg... La chambre bleue est la meilleure , et ceux qui sont près de ce qu'il y a de mieux ne sont pas mal en ce monde. ^ Arrangez cela comme vous voudrez, dit l'étranger; je m'en remets à vous, mistress Dods. En attendant, j'irai voir mon cheval. — L'homme charitable, » dit Meg lorsque sou hôte eut quitté la cuisine , « a de la charité pour son cheval... Ce garçon-là a toujours eu en lui quelque chose qui n'est pas ordinaire... mais , hélas ! il y a un triste changement dans l'embonpoint de sa figure depuis que je ne l'ai vu... Il ne manquera pas d'un bon diner , alors , en raison de l'ancienneté de la connaissance : pour cela, j'en réponds. »
Meg se mit, avec toute son activité naturelle, à fai^e les prépa-
1. Nabah onnabod , titre de prince iadoa ; on rapplique aux Anglais qui reyiennent de Flnde vrtc une grande fortune. ▲. m.
fffttifli eontéQàM^ , el elle était tellement absorbée par les soins de sa euisine que ses deux seryantes , à leur retour à la maison, échappèrent à la réprimande sévère qu'elle leur arait préparée. Bien pins , elle poussa si loin la complaisance que , lorsque Tyrrel ira^* ▼ersa la euisine pour reprendre sa valise , elle gronda séyèrement Bpf^ et sa paresse pour n'avoir pas pérté les effets de leur nouv^ hôte dans sa chambre.
Je vous remercie, mistress Meg, interrompit Tyrrel, mais j'ai quelques dessins et des couleurs dans cette valise, et je préfère ton* jours la porter moi-même. -* Oui ; et ftiites- vous encore votre métier de la peteture? dit Meg ; vous ftiisiez de fameux barbouillages aneiennement. — * Je ne puis vivre sans cela, répHqua Tyrrel ; » et prenant la valise, il ftit introduit sdon les règles par la servante dans une petite ehambre assez propre. Là il eut bientôt la satisfiic-* tion de voir arriver un bon plat de tranehcs de veau en ragoût avec des légumes , et un pot d'excellente aie , que la main attentive de Meg plaça elle-même sur la table. Il ne put fisiire moins , pour témoigner sa reconnaissance de tant d-honneur , que de lui deman<^ der une bouteille du cachet jaune, c s'il restait encore de cet ex* eriient vm. -^ S'il en reste? Oui , il y en a et en quantité, dit Meg; je ne le donne pas à tout le monde... Ah! mmsieur Tyrrel, vous ne vous êtes pas défliit de vos vieilles habitudes ! Ma ibi , si vous ftiites des peintures pour gagner votre vie , comme vous le dites , un peu de rhum et de l'eau vous reviendraient à meilleur marché et TOUS feraient autant de bien. Mais il i^ut que vous Dissiez à to* tre ftintatsie aujourd'hui , cela va sans dire , quand même ce devrait être pour la dernière fois. >
Meg s'empressa de sortir : ses défis résonnaient à chacun de ses pas. Après s'être donné beaucoup de mouvement, elle revint enfin ayee une bouteille de vin de Bordeaux , tel qu'on n'aurait pu s'en procurer dans aucune taverne en renom , eùt-il été demandé par un duc , et quelque prix qu'il y voulût mettre. Elle ne parut pas peu satisfiiite lorsque son hôte lui assura qu'il n'avait pas encore oublié l'excelient bouquet de ee bordeaux. Enfin, ces actes d'hospitalité tmis accomplis , elle laissa l'étranger savourer tranqmliement les xnrts délicieux qu'elle avait placés devant lui.
Mais Tyrrel était dans une disposition d'esprit qui défiait la puissaœe joyeuse de la bonne chère et du vin : pour que le cœur ^e l'homme cède h leur séduction , il faut qu'une secrète oppressioi^ n'en contrecarre pas l'influence. Tyrr^ se troi|vait dans un lieu
ÊiMAMf A» If.
^'il afait éPMt é«t 1^ hmtwx fià )ii jeufii^ee el lu TNddttë àê i'itBagiiialkm se forgent mitle ittttsioiis ^ui disparrisse&t s{ cruelldr BM»t d«D» Fà0ô mûr. I) plaça sa ebalie dans rembrasiire de la fe^- Dètfe afttique ^ et , relevant le ehâsëb poor jouir de la fratelieiir de 1 -air , Il permit à sa pensée de resnonter vers des Jours depiris kmsh temps ëvaniHiis. £t «^pendant , ses yeux parcouraient des ob^ qu'ils n'ayaieiit pas revus depuis plusieurs années bien remplies é'é* Ténements. Il pouvait voir en foce de |ui la pM*tie la moins élevée du village déebu, dont les ruines se monU*alent à travers les om«brages épais. Plus bas , sur la petite butte qui lui servait de eime*' iièrcf, a^araissait f église de Saint-^Ronan $ et en portant ses regards plus loin eneore^ vêts l'endroit où le ruisseau de Samt-Honai se jetait dans la rivière qui traversait la prine^ale vallée, tl pouvait voir blanehir , aux rayons du soleil çouobant , les nouvelles mai*^ sons qui venaient d'être achevées ou étaient encore w construotton ùsju le voisinage des eaux.
« Le temps dia&ge toutes cbeses autour d^ nous , » peftsait Tyr^ ret x réflexion bien usée peuHtre , mais du moins naturelle ^ans sa potion. « Et pourri Tamow et Tamitié dureraient-ils plus que nos babitationa et nos monuments? » Gomme il était plongé dans eoft sombres méditations, son oiifeieuse bétesse en tcouMa le cours.
« Je pensais à voua offrir ime tasse de thé , monsieur Francis, en raison de notre vieille connaissanee $ j'aurais dit à cette princesse deBeenie de Ti^pcn'ter , et je vous t'aurais arrangée moi-même», maiê vous n'avez pas eneoro fini, votre vin... — J'ai fini , mistress Dods, répondit Tyrrel , et je vous prierai d'élever ma bouteille» ^ Enlever la bouteUle ! et te vin n'est pas à moitié bu , » s'écria Meg , dont te méowtentement rembrunissait les traits ; ^i j'espère qu'il n'y a rien à redire ^u vin , monsieur Tyrrel ) »
A cette interp^UatioA , Ssûte d*un toa qui ressemblait à un défi » Tyrrel répliqua avec déférence, déclarant que : « le vin était noit seulement à Tabri de tout reproche , mais excellent. — Et poiurqu<H ne l'avez-vous donc pas bu? » dit Meg, d un ton t^ref; « ks gens ne doivent pas demander plus de liqueur qu'ils u'm (»kt besoin. Peut-être pensez-veus que nous avons les habitudes de la taUe d'bôte , comme iia appeltent leur ordmaiee de nouvi^Ue invention là-bas y eu Ton m^ dit tpie toutes leurs boufeiU^, vraies eru(dies i vinaigre , étaient mises de côté dans une armoire , après te repas . avec les restes de roulures qu'elles eontenairat, et un pafkit autour du cou , pour montrer à quel habitué eUcs ai^pvtcnaiciit, £11^ sont
là étalées comme des fioles de pharmacien; et aucmie, qael<pie pleine qu'elle soit, ne contiendrait un honnête mutchkin * . — Peut-être , » ajouta Tyrrel, désirant parler dans le sens de la colère et des préjugés de sa vieille connaissance, « peut-être le vin n'est-il pas assez bon pour qu'on puisse désirer d'avoir bonne mesure. -* Vous pouvez le dire, mon garçon.... et cependant ceux qui le ven« dent pourraient le donner à bon compte , car il ne leur coûte que la £»con , et la plus grande partie n'a jamais vu la France ni le Portugal. Mais, comme je le disais, ce n'est pas ici une de leurs auberges à la mode , où l'on met le vin de côté pour ceux qui ne peuvent pas le boire... Quand la bouteille est entamée, il faut qu'on la vide... et poiu*quoi pas? à moins qu'elle ne sente le bouchon. — Je suis entièrement de votre avis , Meg , dit le voyageur , mais la route m'a un peu échauffé aujourd'hui... et je pense que la tasse de thé que vous me promettez me fera plus de bien que si je finissais ma bouteille. — Alors ce que je puis £siire de mieux pour vous, c'est de la mettre de côté pour servir de sauce au canard sauvage demain ; car je crois que vous avez dit que vous resteriez ici un jour ou deux. — C'est mon intention sans aucun doute , Meg, répondit Tf rrel. — Soit , dit mistress Bods ; et ainsi la liqueur n'est pas perdue... On n'a pas vu souvent de pareil vin bouillir dans une casse* rôle , permettez-moi de vous le dire, voisin^., et je me rappelle le temps où, pris ou nom du mal de tête , vous auriez vu la fin de cette bouteille, et peut-être d'une autre, si vous aviez pu me per^ suader de vous la donner , mais alors vous aviez votre cousin pour vous aider... Ah! c'était un bon garçon, ce Yalentin Bulmer! Vous étiez un joyeux gaillard aussi, monsieur Francis, et j'avais de la peine à vous tenir en bride tous deux lorsque vous étiez lancés ; mais vous étiez plus raisonnable que Yalentin. Cependant c'était un beau gargon : des yeux qui brillaient comme des diamants , des joues fraîches comtne une rose , une chevelure touffue .comme la bruyère !... C'est le premier que j'aie vu porter des favoris, comme ils disent ; mais tout le monde fait la queue au barbier, maintenant. Il riait d'un cœur à réveiller un mort! A force de crier après lui et de rire de ses folies, il n'y avait pas moyen de s'occuper d'au« cune autre personne quand ce Yalentin était dans la maison... Et comment se porte-t-il votre cousin Yalentin Bulmer, monsieur Francis?»
Tyrrel baissa la tête et ne répondit que par un soupir.
t. M^iehkinf meiure écosiaîse. a. m.