‹ OEUVRES DE WALTER SCOTT (volume 2)Chapitre 71 sur 161 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

« £b<}uoi! serait-il possible , ditMeg, le pauvre garçon a-t-il été sitôt retiré de ce monde?... Hélas! il nous faut tous passer par la même porte... Pauvres pintes fêlées ou barils mal joints que nous sommes ! cruches feiidues qui laissent échapper la liqueur de la vie... Âh ! mon Dieu! Et ce pauvre Bulmer n'étail-il pas de la baie de Bulmer, où on débarque le genièvre de Hollande? Qu'en pensez-vous , monsieur Francis ? On y apporte aussi un peu de thé quelquefois^ J'espère que celui que je vous ai fait est bon , mon^ sieur Francis? — Excellent, ma chère Meg, » dit Francis Tyrrel, mais son ton de voix indiquait qu'elle avait touché une corde qui réveillait en lui des réflexions pénibles.

^ € Et quand est-ce que ce pauvre garçon est mort? » continua Meg , car elle n'était pas sans sa part des qualités de notre mère Eve, et elle brûlait d'envié d'apprendre quelque chose sur ce qui paraissait affecter si particulièrement son hôte. Mais celui-ci dérouta son projet, et éveilla en même temps en elle une autre nature de sentiments, en se retournant du côté de la fenêtre et considé* rant les bâtiments éloignés des Eaux de Saint<*Ronan. Gomme s'il eût observé ces nouveaux objets pour la première fois , il dit à mistress Dods d'un air indifférent : c Vous avez gagné de nouveaux voisins là-bas, mistress Meg. — Des voisins ! » dit Meg, la colère commençant à lui monter comme il arrivait toujours lorsqu'on disait allusion à ce pénible sujet... « vous pouvez les appeler voisins si vous voulez... mais le diable emporte le voisinage ! Meg Dogs le laissera faire ! — Je suppose , » dit Tyrrel , sans avoir l'air de s'apercevoir de sa colère , « que voilà Fhôtel du Renard dont on m'a parlé. — Du Renard! dit Meg; sûrement c'est le renard qui m'a enlevé toutes mes oies... Je pourrais fermer la maison, monsieur Francis, si je n'avais qu'elle pour me faire vivre; moi qui ai vu naître nos gens du beau monde , et qui leur ai donné, à la plu-: part, de ma propre main, des gâteaux de pain d'épice et des biscuits. Us auraient vu le toit de la maison de mon père tomber rt m'écraser avant de me donner chacun un sou pour le foire étayer..^ Mais ils n'ont pas feit difficulté de donner tous leur cinquante livres chacun pour élever un hôtel auprès des eaux là-bas ; et ils f ont feit un beau bénéfice : le banqueroutier Sandie Lawson ne leur a pas encore payé un liard de quatre termes de loyer. — Certainement , mistress Dods , les eaux étant devenues si femeuses par leurs cures y je pense que ces messieurs ne pouvaient moins faire que de vous en établir la prêtresse. •— Moi prêtresse.^ je ne suis pas qua^

LES EAT7X M «iI9i¥-R0NAN.

keroMtf , j6 ¥006 jure ^ momieur Francis $ «t je a'at jamM entendu fHirler d'aucune maitreMe d'auberge %ui se soit feite prédicateur i «mepU Luekie Riebacd', de Touest; et si je de?aîs pèelftN*, j# lieuse que j*ai trop de bon sens , en ma ^atité dX^KMsaise , pour prèeber dans une salle où Ton aurait dansé tous les soirs de la i^naine « sans en excepter même le samedi » et eela jusqu'à mtnoît% lion ) non , monsieur Francis , j'abandonne cela i monsieur Sknoii Chatterif» comme ils appellent cette espèce de prélat en berbe de ]a ville , qui joue aux cartes et danse six jours de la semaine « et i|«i I la aepUème jour , lit le livre des prières dans la salle de bal avec Tam SimsOD, notre ivrogne de barbier, devenu son très digne <^e. ^ Je crois avoir entendu parler de monsieur Chatteriy , dit Tyrrd.-^Peut-ètre avez-vous vu le sermon qu'il a fiiit imprkner , • 4it notre héroïne en colère, « dans lequel ii compare la mare et leur puits là-bas à la piscine de Bethséda^i comme un bla^béma- 4wr et un imbécile flagomem* qu'il est I II devrait «avoir que cet endroit a acquis toute sa eélân^ité du temps des ténèbres du pa* fl^im ; et^ quoiqu'il le baptise du nom de Saint-Bonan , je ne eroî- Mi jmsais que cet honnête homme de saint ait été pour rien dans tMt cela ; ear j'ai entendu dire par quelqu'un qui Âeyait le savoir 1^11 n'était pas romain , mais seulement cu4die ou caldee ^ , ou quelque chose comme cela... Mais ne prendrez- vous paa une autre tasse de thé» monsieur Francis ? et un de ces biscuits &its avec mon ^^eurre frais et nonpas avec des restes de graisse de la cuisine, comme 4es gâteaux que vend le pâtissier là-bas , et qui contiement autant de itaouchesmortesquedegrainsdeCorintbeîUnbeaupâtissierh, Avds deux sousde farine deaeigle» et autant de méiasae, et deux ou trois .graimes d'anis , je ferais de meilleure pâtisserie qu'il n'en est jami^îs jsoitide aoh four.— Je n'en fois aucun doute^ mistress Dods, ditaon hdte^ et je désire seulement connaître comment ces nottveaw arenus ont pu soutenir la concurrence contre une maison aussi Uen fymée et fussi ancienne que la vôtre... Ce sont les vertus des eaux jQinérales , je parierais y qui en sont cause $ mais comment ces eaux <m(relles obtenu tou^à-coup leur réputation?— Je ne sais psa» fnon$ieur. ... on avait coutume de les regarder comme n'étant bu»-

1. Foo^trice d'ane secte dont les membres prennent Je nom de Bnchanites ; c'é.tMt ù copie de cette loanna Soulbcole , qui deVait reyenir long-temps après sa moit et marcher k la tête àh ses disciples s«r la route de férasahm.

2. Ueii«àl.4:»«nTo^«a {NvMrUfvesê ^ptoaf«»,«lids«S fillÉ^ à.H« •. |^n^pè«aspieiM^Mta tete]aps4'0ffiMiiik»ai«

mAsvna n.

fies h ftoi» «î«6 Q'^è ffiérir é$ loi» en 1^ l'tnfebtite fmliptt paufi^ qui «v«<t i«B ^eroaieH«s » ^ ne pouvait se procura poar hb •W é0 $k^. Mm milftdy Pé^lepe Penfealfaer a été alUmtB td'uM maladie que penora^ » à ^ qu'il parait , n^vail «w avast ^la » at aJBfti il &liait qu'elle fiât guérie eeeiaaa panmuie w TavMt jauiail 4té : rien de plus juste l (^ loiladf ^ emnma vous savea » a de Tes^ prit à N^mtà $ elle a tous les savauts d'Eâtrabiatirg k sa maiseu de ;Wûiây way là-bas , que le bon plaisir de œtiadf est d'appder Air^ Gastle S et. ils <mt tous leurs différentes lua&ières : les unsaatMt faire des yen et des coûtes aussi bien que Bobert fioms ou Allau BaoïsaT ' $ les autres courent sur les montagnes ou dans les viriiées» réduisant les pierres eu éclats avec des marteaux ^ eonuue les ^am qui sont occupés à arrauga* les routes.. ^ On dit que c'est pour v^ eonuoent le inaiMte a été MU Quelques uns jouent de toute espèee d'instruments à plusieurs cordes. ^v II j en jt d'autres qui dessinent, ^ que ?auf pouvez voir perchés coaMue des eomeiito sur la eieiè de cbaque rocber du pays ^ travaillai au aaène niétier cpie veus^ jBonsieur Francis : de plus ^ dès hoaHnes qui ont éfeé dais les pays étrangers^ ou disent qu'ils y ont été, ee qui est tout Un, FOifes aavez; et peut-être deux ou troi$ deamseUes avec le bas de leurs robes crotté^ qui s'emparent de ses folies lorsqu'elle n'en a pltts que faire, comme ses femmes de cbambre des bardes qu'ette à portées. Ainsi, après son betareuse guérison » coauneils TappeU^^ toute cette bande d'oies sauvages vint s'abattre et s'étiMr près dhai eaux pour y dlper sur la (erre , comme des cbaudronniers de eantpai^ ; et là ils chantèrent et fb^ut de la musique, et piortèrent des santés ^ sans doute en rheuneur de la fouftaine , comme ils aiff^klent cette vUaine mare, et de lady Pénélope Peuleattert et ^tfin ils terminerai sokeipellemoBt eA buvaut tous Me 4waée d'ea» de ia source, spécifique qui, comme je l'ai appris^ fit uu Aer.raHfage parmi eux durant la route pour ^retourner chez milady. Ils appe^ îaient cela un pique-nique ^ la peste soit d'eux ! £t ainsi la dîmse commença au son du violon de lady Pén^ope^ et phis d'un faus j)as a été fait depuis lors ; car bientèt arrivèrent des ma^OBs et d^ farceurs., des prédicateurs, des comédiens, des ép»eopaux^ des méthodistes, des fous, des joueurs de violon, des papMes, des pâtissière , des doct^rs et des droguistes^ sans compter tes lioutiquiers

t. Windifwa^ ée«i^ime> «ifpianl étHnewn wmim f m Àilr^ei^^, ehâhan ^air^ c^ett-à-dire aéré. a. m.

a« Psox poètes ScoiMin» A. M»

qui vendent des rebuts et de vieilles friperies à trois prix différents... Et c'est ainsi que s'est ^ievé ce beau village des Eaux et qu'est tombé rhonnète vieux bourg de Saint-Ronan, où de braves gens avaient vécu joyeUx bien des années avant qu'aucun de ces fous fût né ou que dd pareilles billevesées fussent écloses dans leurs cerveaux fêlés. — Et qu'a dit de tout cela votre propriétaire, le laird de Saint-Ronan? reprit Tyrrel. — Est-ce de mon propriétaire que vous vous informez, monsieur Francis? Le laird de Saint- Ronan n*est pas mon propriétaire , et je pense que vous auriez pu vous en souvenir... Non, non , Dieu merci! Meg Dods est seule le propriétaire et la maîtresse. J'ai bien assez de mal à tenir la maison ouverte sur ce pied-là , sans craindre encore la Pentecôte et la Saint-Martin. Il y a certain vieux sac de cuir, monsieur Francis, dans un des trous du colombier ^ du digne M. Bindloose' , le greffier du sbériff là-bas dans^ te bourg : là se trouvent à la fois les titres et Tacte de prise de possession , et les droits de corvées paff dessus le marché; et vous n'avez qu'à parler, on vous fiera tout voir I par chapitres et par versets , quand la fentaisie vous en pren* dra. — J'avais entièrement oublié que l'auberge vous appartenait, quoique je me rappelle que vous étiez riche en propriétés. -^Peutêtre oui, peut-être non ; et si je le suis, pourquoi non?.... Mais pour en revenir à ce que le laird, dont le grand-^ère était propriétaire de mon père, a dit de leur nouvelle besogne là-bas... il s'est jeté sur l'argent qu'on lui offrait , comme un coq sur sa pâture , et leur a livré le bon morceau de terre de Saint-Wdholm , près de la source , qui était ce qu'il y avait de meilleur dans ses propriétés » pour être coupé, bouleversé et gaspillé au bon plaisir de Jock Ashler, le tailleur de pierre, qui se donne le titre d'architecte : il n'y a pas moyen de s'y reconnaître au milieu des nouveaux mots qu'ils inventent dans ce nouveau monde, et c'est une vexation de plus pour de vieilles gens comme moi... Bref, c'est une honte pour le jeune laird de laisser son ancien patrimoine s'en aller comme il est probable qu'il s'en ira , et mon cœur souffire de le voir, quoique j'aie peu de raison de m'inquiéter de ce que lui ou les siens deviendront. — Est-ce encore le même M. Mowbray, qui possède ce domaine, le vieux laird avec qui vous savez que j'ai eu quelques différends 7. . . — Pour avoir été chasser dans ses marais de Spring-

i. Pigeon hoUt, trou de pigeon ^ on donne ce nom en anglaii anx eomptrlimentf d^nn casier. A. ■• a. Bind Tont dire terré , et tooie , libre , lani lies*

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