CHAPITRE^ÎX. m
des ftcteim, tous I« savez , et le monde n'est qn'im théâtre. ^ Et notre drame a été bira triste et bien tragique, * dit Tyrrel dans l'amertume de sa douleur , incapable de se cmtenfr plus lohg-^ temps.
c II ra été en efltiet... mais, Tyrrel, en fot-il jamais autrement des engagements formés dans un âge d'imprévoyance et de folie? Vous et moi, vous lé savez , nous voulions faire Thomme et la fomme lorsque nous n'étions guère que des eniants... Nous nous sommes lancés avant le temps dans le tourbillon des passions et des aven« tures de la jeunesse, et en conséquence nous sommes maintenant vieux avant Tàge , et Thiver de la vie est arrivé pour nous avant que Tété enfbt bien commencé.. < Tyrrel ! j*ai pensé bien souvent à tout cela... bien souvent : hélas! quand viendra le temps où Je serai en état de penser à autre chose? »
La pauvre jeune personne sanglottait amèrement , et ses larmes commencèrent à couler plus abondamment qu'elles ne TaTaient pro* bablement i^it depuis long-temps. Tyrrel continuait de marcher en silence k côté du cheval qui suivait maintenant sa route vers la mai-^ son. Quelque chose qu'il eût résolu de lui dire, il était détourné de lui parler par les indices évidents de quelques teintes de folie qui obscurcissaient ses facultés mentales, si elles ne pouvaient les dé« truire.
EnSn il lui demanda axec tout le calme dont il fût capable... si elle était satisraite... si on ne pouvait rien foire pour rendre sa si« tuation plus agréable... si elle avait è se plaindre de quelque chose à quoi il pût remédier. Elle répondit av^c douceur qu'elle était calmé et résignée lorsque son ft*ère lui permettait de rester à la maison , mais que, forcée trop souvent de paraître en société» elle éprouvait un trouble et une impatience extraordinaires. Ainsi , l'eau du ruisseau qui dort paisiblement dans son lit, semble se troubler tout^ à-coup lorsqu'elle va se mêler avec fracas aux flots agités de la cataracte. ^
f Mais mon frère Mowbray, ajouta-t-elle, pense qu'il a raison. . .? et peut*ètre en est-il ainsi. Il y a des choses sur lesquelles on a tort de s'appesantir trop long-temps.... et quand même il se tromperait, pourquoi ne me contraindraisr;îe pas pour lui faire plaisir ?. . . Il reste si peu de personnes auxquelles je puisse maintenant causer de la peine ou de la joie!... Et puis , je suis encore gaie dans la conversation , Tyrrel.... encore aussi gaie à certains moments que je l'étais quand vous me grondiez de mes folies. Maintenant que je vous ai
tout dit,... j'ai une question à vous faire de mon c6té.... une seule question.... n'eussé-je qu'assez de vie pour la prononcer : Vit-Z/eneore ? — Il vit , répondit Tyrrel , » mais d'un ton de voix si bas que l'oreille délicate et attentive de miss Mowbray était seule en état de saisir des sons sifeibles. — Il vit! s'écria-t-elle.... Il vit! et la tache de sang qui couvre vos mains n'est donc pas empreinte d'une manière ineffai2able... Tyrrel! si vous saviez la joie que cette assurance me donne! — De la joie, répliqua Tyrrel.... de la joie parce que le misérable qui a empoisonné notre bonheur vit encore?... parce qu'il vit peut-être pour vous réclamer comme son bien. — Jamais! jamais!... il ne l'oserait, » répliqua Clara d'un air égaré, « tant que l'eau, le fer, le poison pourront donner la mort; tant qu'il y aura un précipice sur la montagne ou un gouffre dans la rivière... Non jamais ! jamais ! — Calmez-vous, ma chère Clara, dit Tyrrel; je ne sais ce que je disais... Il vit en effet.... mais loin d'ici; et, je l'espère, pour ne revoir jamais l'Ecosse. »
Il en eût dit davantage si, agitëe par la crainte ou par la rapidite de ses sensations , elle n'eût frappé son cheval avec son fouet. L'animal, plein de vivacité, se sentant ainsi excité, et en même temps retenu par la bride , devint tout-à-fait intraitable : il se cabra tellement , que Tyrrel craignant les conséquences , et s'en rapportant à l'adresse de Clara , pensa que pour sa sûreté il devait lâcher les rênes. L'animal s'élança aussitôt en avant , parcourant d'un pas rapide le sentier escarpé et raboteux , et se perdit en peu de temps aux yeux inquiets de Tyrrel. Celui-ci se disposait à suivre son amie pour s'assurer qu'il ne lui serait pas arrivé d'accident , lorsqu'il entendit les pas d'un autre cheval; et, s'étant mis à l'écart, il vit passer rapidement M. Mowbray et son domestique. Leur présence le rassura sur le compte de miss Mowbray. Plongé dans de profondes et tristes réflexions, sentant qu'un séjour prolongé dans le voisinage de Clara ne pourrait qu'ajouter à leur commune misère, et cependant incapable de s'arracher à ces lieux et de briser des sentiments trop étroitement liés à toutes les fibres de son cœur, il retourna vers son logement dans une situation d'esprit peu digne d'envie.