CHAPITRE V
Lamcxlot Gobbo: — Soit attentif! je vais conjurer rOcean, SHAKftpxARi. Le Marchand de Venise,
L'oirvERTURB du théâtre de Faii!port avait en lieu» mais Lovel n'avait pas encore paru sur les planches , et ni son ton ni ses manières ne justifiaient la conjecture faite parM. Oldbuck qu'il avait dessein de prétendre aux applaudissemens du public. .
n existait à Fairport un vieux barbier chargé du soin des trois seules perruques de la paroisse qui» en dépit de. la taxe sur la poudre ^ et. de la dureté des temps , subissaient encore l'opération
1. La pondre à poudrer payait des droîu exorbitans dans là Grande-Bretagne, et ceux qui Toulaient en porter payaient de plus une taie annuelle, en t'inscriTant aur nnreçiatre tenu ad hoc. Un pair de l'opposition joua au gonvememént lé mauvais tour de ftùre poudrer non seulement ses laquais , mais ses cheyaux et ses chiens. Les/«iA»0Ra6/ef abandonnèrent cette mode par ton , les bons bourgeois par économie.
journalière d'être frisées et poudrées. Jaa^^GaxoH partageait donc son temps entre lés trois pratiques que la mode lui a\ak laissées 9 et M. CHdbuck ne manquait pas de lui demander régulier rement ton» les jours des nouyeïies du petit théâtre de Fairporty s!attendant. chaque fois à l'entendre annoncer le prochain début de M. Lovel, notre antiquaire ayant résolu de se mettre en frais dans cette occasion , pour prouver à son jeune ami Vintétèt qn*il prenait à lui, et non^-seulemient d'aller lui-même à la comédie , mais d'y conduire aussi sa gent femelle. Cependant le vieux barbier ne lui disait rien qui pût justifier une démarche aussi impoF* tante que celle de retienir une loge.
Jaeob Caxon lui apprit au contraire qu'il était arrivé à Fair^ port un jeune homme dont tonte la ville ne savait que faire. ( Par ce mot il entendait les commères , qui diàrment leur oisiveté en s'occupant des antres. ) Il ne recherchait pas la société ; il semblait même l'éviter y conduite qui> inspirant la curiosité» contribuait autant que son air doux et aimable aie faire rechercher des antres. Rien n'était plus régulier, rien ne sentait moins l'aveli* tnrier que sa manière de vivre , qui était simple et si bien réglée, que tous ceux qui avaient quelques rdations avec lui en frdsaieut réloge.
Ce ne sont point là les qualités d^un héros de théâtre, pensa Oldback. Et quoique pour l'ordinaire il tînt opiniâtrement à ses opinions , il aurait été forcé de renoncer à celle qu'il s'était fidte de M. Lovel, si le vieux Caxon n'eût ajouté qu'on entendait sou- » vent ce jeune homme se parler* à lui-même, et déclamer tout haut dans sa chambre comme s'il était sur un théâtre.
Cette circonstance était la seule qui parût confirmer la suppo* siiion de M. Oldback, et c'était une question difficile ^r^udre qae de savoir quel motif pouvait retenir à Fairport un jeune homme qui n'y avait ni amis, ni connaissances, ni occupation d'aucune espèce. Ni le vin ni les cartes ne paraissaient avoir de charmes pour lui. H avait refusé de dîner avec les officiers du corps de volontaires qui avait été formé depuis peu, et il ne paraissait à aucune des fêtes que donnaient les deux partis qui divisaient alors Fairport conmie des villes plus importantes. Il n'était pas assez aristocrate pour se joindre au club des vrais Bleus Royaux ' ,
I . Ttu^Sûjral hluêi , clob da minitlériels. La natios anglaise, à cette époque, était agitée ^ moaTemens révoitttioonaire» comme la odtre ; mai» le spectacle de nos excès contribua ■niant que te cbarlatanitme de set minîttrrs à retarder l'explosion.
U)^ L'ANTIQUAIUS.
ol;îl était tr^p peu 4éaAexiM pour b^ttroiier wrec une Bùdéié affiliée ^ iôi-diHiM Anus dil p^pk , qœ cette viUe aurait msù le b^nbeor de posséder. U entrait rarement dbw mi café» etdKjm» oaît 8olitai]:emeiit dans sa chambre.
l^&fia depuis que oe nom était deyenu à la mode dans les romans^ qe q«i remontait dé|à assez loin , jamais en n'ayaitTa lin M. Lovel d^nt 09 ne pAt parler positiTement» et auquel, on' ne pût attribuer qu^des qosJités négatÎTes. '
. Parmi ces qnalilés négaÛTes^ il en existait pourtant nne importante ; personne ne tronTait à mordre sur sa conduite. S'il avait en quelque défaut y il aurait bientôt été roidn public , car personne n'aurait eu compassion d'un être si peu sociable ^ et chacun se serait Uvré au plaisir «i naturel de médire du prochain. Une senkr circonstance fit nakrë quelque soupçon contre lui. Comme, dana aes promenades soUtâ ves^ il ayait sonyeiit le orajron à la main , et qn'il avait tiré du port différentes ynesdans lesquelles il avait fiwt entrer la tour des*»gnaux et même la battetie de quatre |Mèi».es de canon i quelques amis aélés du bien .public firent secrètement cir4 culer le bruit que cet étranger mystérieux était un espion des Français. Le shéfiff , en conséquence , alla rendre vîsito à Af. Lo* yel; mais il paraît que celui-ci , dan» cette entrevue , dissipa entier rement les sodpçons du magistrat, car non seulement ki griffue le troubla point dans son goût pour la retraite» mais on assura même qu'il l'invita deux fois à dîner /invitation que Lovel refiisa .avec politesse. Ai^ surplus le magistral garda un profond secrtt sur la nature de l'explication qu'il avait eue avec M. Lovel. Non seulement il n'en informa pas le public » mais il n'en fit pas même part au conseil privé qu'il consultait sur toutes les questions qui se préseniaiyit dans l'exercice de ses fonctions » et qui était composé de son substifiit . de son clere » de sa femme et de ses deux filles.
Ces détail y ayant été fidèlement rapportés par le vieuK barbier il M» Oldbuck , firent concevoir à cqlui-ci une idée encore plus élcn vée de son ancien compagnon de voyage. — C'estun jeune homme sage et sensé^ pensa-t-il» puisqu'il dédaigne de partager les folies de ces imbéciUes habitans de Fairport. Il faut que je lasse quelque chose pour lui ; il faut que je lui donne à dîner I J'inviterai aussi sir Arthur à Monkbarns : — U faut que j'en confère avec ma gent femelle.
Cette conférence ayant eu lieu, un exprès reçut l'ordre de se •préparer à partir avec une lettre adressée à l'honorable sir Arthur 'Wârdour, chevalier baronnet» au château de Knockwînnock » et
I/ANTIQUAll^. if*
cet ùpTès 0e fot atttre q«e Cuxon lai*mémt. Votki éé ^ Mrtfé^ nait cette lettré : ■
Mon GiiBii sut Arthur,
a Le mardi 17 courant , stylo n&vo , je tiétis an symposium cénobitique à MonckbarnS; et je vous invite à f assister, à quatre heures précises. Si ma belle ennemie , miss Isabelle , peut nous honorer de sa présence et veut bien vous accompagner, ma gënt femelle sera fière d'avoir un tel renfort dans la cause de la résistance à l'autorité et à la suprématie légitime. Dans le cas contraire, je les enverrai passer la soirée au presbytère, je désire vous présenter un jeune homme de ma connaissance qui sembla avoir plus de raison qu'il n'en appartient à ces temps de folie , qii^ 41 du respect pour ses anciens , et qui connaît passablement les clasisiques. Et comme un tel jeune honime doit avoir un mépris naturel pour les gens'de Fairport, je désire lui faire voir une société' raisonnable et respectable.
« Je àuis , mon cher sir Arthur , etc., etc. » * *
— Pars avec cette lettré , Caxou , dît l'antiquaire eh lui remeir tant cette missive. Elle est signata alque sigiUatà, Yôlé à Knockwlnnock , et tapporte-moi une réponse. Pais autant de diligence que si le conseil de la ville assemblé attendait le prévôt , et qiié ïè prev6t attendît une perruque bien poudrée.
— Ah ! Monsieur , répondit le barbier en poussant un ^ôfond soupir, ces heureux jours sont passés depuis long-temps. Le vîéiix prévôt jervie est le dernier des prévôts de Fairport qiiî ait porté une perruque, encpre avait-il une impertinente servante qui làtiîi ârrahgeait sur là tête avec un bout de chandelle , et qui là sàupôuèrait d'un peu de farine. Mais j'ai vu le temps, Itfonkbarhs, ou lés membres du Conseil de la ville se seraient passés de leur clerc ^ et même de leur coup d'eau-de-vie en se levant , plutôt que d'une perruque décente, bien frisée et bien poudrée. Faut-il s'étonner que le peuple soit mécontent et demande une réforme dans les tois, quand on voit les magistrats, les baillis, les diacres, et même le prévôt, sans plus de poils sur la nuque qu'il n'y en a sûr mes têtes à perruques?
Et leurs têtes et les vôtres , Caxon , sont aussi bien garnies
intérieurement les unes que les autres. Au surplus, vousav^ une manière de voir les affaires publiques infiniment juste, et j'oçe di>e
hi L'ANTIQUAIKE.
que tous ayez touché da doigt lacanse du nkéeonteatemeiitgéiiéraL Le preyot lui-même n'aurait pas mieux parlé. Mais iaites diligence , Gaxon.
Et Caxon partit pour son voyage de trois milles.
S'il boittît d'oM jambe, il aTâit da courage; U fit tout ce qu'à pat-, on ne peut deTanu^^e.
Tandis que le barbier se rend à Knokwinnock et en revient , il ne sera pas hors de propos de faire connaître à nos lecteurs celui à qui il portait son message.
Nous avons dit qu'à une seide exception près, M. 01di>uck ne voyait guère la noblesse des environs : ce voisin excepté était sir Arthur Wardour y chevalier baronnet , issu d'une ancienne famille» et possédant une fortune considérable, mais embarrassée. Sou père, sir- Anthony , avait été un chaud partisan du roi Jacques y et iL.avait montré tout l'enthousiasme possible pour sajcause, tant qu'il ne s'était agi que de la servir en paroles/ Personne ne pressait une orange.^ avec un geste plus expressif ; personne ne savait proposer une santé séditieose plus adroitement , et sans se mettre en contravention directe avec les lois ; enfin personne ne buvait plus souvent et à plus longs traits au succès de son parti. Mais lorsque les Ifighlanders se mirent en campagne en 1745 , il paraît que le zèle du digne baronnet.se refroidit précisément à l'instant où il aurait été le plus important qu'il s'échauffât. A la vérité, il parlait beaucoup de prendre les armes pour soutenir les droits de l'Ecosse et de Charles Stuart , mais sa selle ne pouvait aller qu'à un seul de ses chevaux, et ce cheval n'était pas habitué au feu. Peut-être le maître du noble quadrupède approuvait-il les scrupules de son coursier, et commençai t-il à croire que ce qui ne convenait pas au chevaine pouvait être plus convenable au cavalier.
Quoi qu'il en soit, tandis que sir Anthony Wardour parlait , buvait et hésitait, l'intrépide prévôt de Fairport (qui, comme nous l'avons vu, était le père de mon antiquaire) fit une sortie de la ville à la tête d'uijie troupe de bourgeois, et saisit, au nom de George II, le château de Knockwinnock ainsi que les quatre chevaux de carrosse et la personne-du propriétaire. Sir Anthony fut ensiiite envoyé à la tour de Londres, en vertu d'un mandat délivré
t . Let ennemis da roi Jacquet étaient dësignéf par le nom d'Orangisles, à cause du prince ' d'Oranfe.
par un des secrétaires d'état , et son fils Arthur, encore bien jeane, l'y- suivit. Mais comme ils n'avaiei^t commis aucun acte ostensible de trahison , ie père et le fils furent bientôt remis eu liberté , et retournèrent à leur château de Knockwinnock pour y boire plus que jamais à la santé du Prétendant > et parler de ce qu'ils ayaient souffert pour la cause royalfs. Sir Arthur s'y habitua tellement » que 9 inénie après la mort de son père , son chapelain non conformiste avait coutume de prier régulièvement pour la restauration du souverain légitime , pour la chute de Tusurpateur, et pour Fanéantissement de leurs ennemis cruels et sanguinaires » quoique toute idée d'opposition sérieuse à la maison d'Hanovre se fiCkt évanouie depuis long-temps ; cette liturgie séditieuse était donc conservée plutôt comme matière de forme que par intention bien marquée ;.si bien qu'en 1760, lors d'une élection contestéedans le comté y ie digne sir Arthur , pour pouvoir voter en faveur d'un candidat auquel il s'intéressait y prêta serment de fidélité et d'obéissance au monarque qu'il traitait d'usurpateur, et pour l'expulsion duquel il priait tous les jours, renonçant par là au Prétendant, dont il demandait journellement au ciel la restauration. Enfin» pour ajouter encore à cette triste preuve de l'inconséquence humaine, sir Arthur continua de prier pour la maison deStuart, même après l'extinction de cette famille , et lorsque par le fait, et en dépit de son loyalisme théorique ^ qui la considérait toujours comme existante , il se montrait dans toutes ses actions fidèle et zélé serviteur de George UI.
Sous tout autre rapport , sir Arthur Wardour vivait eomllie la plupart des gentilshommes campagnards écossais. Il s'occupait de la chasse et de là pêche, donnait et recevait des àîners, suivait les courses de chevaux , assistait aux assemblées du comté , était lieutenant en second du canton, et inspecteur des routes. En avançant en âge, il devint trop paresseux ou tro|) pesant pour goûter les plaisirs de la chasse , et il chercha à s'en dédommager en lisant de temps en temps^ l'histoire d'Ecosse. Peu à peu il prit du goût pour les antiquités, et quoique ses vues sur ce sujet ne fussent ni bien profondes, ni bien correctes , il devint confrère de M. Oldbuck de Monkbarns , et partagea ses nobles travaux.
Il existait cependant quelques points sur lesquels nos deux anti-
I. Nous «vont expliqua dan» Wuv9rUj là oéoessitê d'adopter le mot de lojulitme poar exprimer la fideliU; au roi légitime en .Angleterre.
éi X'ANTIQUAIRB.
^uitiiiiM i^'éfaieat pa$ toujours d'accord , ce qu^ quelquefois meUait la discorde entre eux. La foi de sir Arthur était ardente et sans bornes ; M. OUbuck (malgré l'affaire in pfveianum et du Kaim de Kinprunes) était beaucoup plus scrupuleux , et n'acceptait pas sau^ e^^amen une monnaie douteuse comme frappée au bon coin. ,S}r Arthur s^ serait cru coupable du crime de lèse-majesté s'il eût .vé^oqué en doute Fexistence d'un seul des cent quatre rois d'Éoosse, admis par Boëce, rendus classiques par Buchanan , aoxipels Jacques YI prétendait faire remonter son droit de gonvemar son royaume y et dont les portraits décorent enc<»^ les murailles do la galerie d'Holyrood *. Oldbuck, homme réfléchi et soupçonneux, sans égard' pour le droit divin héréditaire , se permettait quelquefois des plaisanteries sur cette liste, et prétendait que toute la série des descendans de Fei^us , dans les pages de l'histoire d'Ecosse r n'avait pas un fondement mieux assuré que la marche triomphale de ceux de Banquo dans la caverne d'Hécate^.
Un autre sujet délicat était la réputation de la reine Marie^. .Sôur Arthur en était le champion déclaré, et Ôldbuck s'en mon- . irait Tantagoniste , malgré sa beauté et ses infortunes. Mais quand ih tombaient malheureusement sur des temps encore plus récen^, .d'antres causes de discorde naissaient à chaque page de l'histoire. Oldbuck était fermé' presbytérien, un des Anciens de l'Église^, ami des principes de la révolution anglaise , et attaché à la succes- .sîon protestante , tandis que sur tous ces points sir Arthur professait des opinions diamétralement opposées. Us avaient, il est vrai, le mÂrae amour respectueux pour le souverain qui occupe aujourd'hui le tr&ne ^ , mais . c'était la seule conformité qu'il y avait entre eux. Il arrivait donc souvent que des querelles très chaudes éclataient entre les deux voisins. Oldbuck alors ne pouvait pas toujours réprimer son humeur caustique, et le baronnet songeait qnel^efoif que le d^cendant d'un imprimeur allemand , dont les
I . Suivant oétt^ fafcoleuM chroniqae , Ferg;a» 1er aurait régae 33o an» arant l'^re eliré-
ÙWU*- Le» EcoMaif , ua pea plut ^eptique» qw sir Arthur , ne commencent à compter que
JÙ régne â'Àchaïus ( 796 ) ^ qu'on prétend avoir fait un traite d'alliance avec Charlemagne.
• Viia l'IÛatoirv Afc doiuit defe détail» un pfiu croya^l«i sut !«• roia d'Ecos»* qu9 4epai*
l'ëpoque de Macbeth (194^}.
a. Allttftion à ané ftcéné nintaimaçorique àe Macbeth, ^
9. C«lted)SGU»aiqii aor U raine Marid s 'ni rmouveléç souvent çn Bcoase depuîf .Vhiitoire deRobertson.
4. Voyea dans WàferUjlti note sur la hiérarchie de l'Eglise d'Ecosse. h*ast€mbUB |«nèrale est une espèce de concile annuel.
'I. lie lecteur eémprendffa que je fais ici allusion à nétre très gracieux s«uv«raiu George III. (Note de l'ameur).
Ii'ANTIQUAIRB. M
ançétrto s'étaient fiât on honnear d'être admis dan» la «hâte des irik bourgeois y s'oubliait et se permettait dahs la disoussicui me licence inexcusable, yu le rang et l'aneieiiiie Bobl^sse de son aà^ tagoaiste. Joignes à cela le souYemr de l-iajnre faite à sa lunâik par le père dç notre antiquaire 9 lorsqu'il, ayait saisi la pevsoil^ lit k manoir de sir Anthony, et jusqu'à se^ chevaux de carrosse , et TOUS jugerez si la colère ne deirait pa^ quelquefois enflammer wm yeux et ses argumens. Enfin M. Qldbuck , regatdant soa digne amd et son confrère comme infiniment fusible d'esprit sous oertains rapports 9 était porté à lui laisser entreyoiriîette opinion peu fatdrable on pea plus clairemeiU que les règles, de la pidîlèsse tm le peianettaieot. En pareil cas y ils se s^arjsdent souvent fort init^ fHk fonâant unesorte.de résolution de ne plus se revoira l'avenix^;
Httift la réflexion, fiUe du l&d«iMÙi,
faisait sentir ^ chacun d'eux que la société de l'autre çtait de^nue, par suite d'une longue habitude» presque nécessaire à ç(^ existence , ce qui facilitait la réconciliation. C^pendai^t il ai:;]çiva une on dçux fois que l' orgueil arisljpcratique du' chevalier comptant une longue suite d'ancêtres » prit un essor trop mortifi^i^t poar la susceptibilité du descendant du typograplie» e|; il ^rait pu en résulter une ruptmre éternelle çntre ces deux originaux > sauus les efforts et la médiation, de miss, Isabelle Wardour, fille du ]|a|ronnet^ qui» avec son frère , alors au service chez l'étranger, formait toute sa£amiile. Elle savait combien la société d'Oldbuçk était nécessaire pour amuser et distraire son père/ et son interv^tifiç manquait rarement de réussir, qus^nd les sarçaspcies de l'un et le ton de supériorité de l'antre faisaient ^^tîr le besoin d'un mé^^teur. Grâce à sa douce influence , sofi père par^pnnait tqq^ le$ oi^trag^ faits à la reipelUarie, et M. Oldbuçk qxcusai^ les i|plasphèmes qui insultaient à la méinpire di| roi Guillaume. Cependant, pomm|s elle ayait coi|tmûe de prendre, tout en riant ^ le pqrtj desîonpçr^, M. Oldbuckla nommait sa belle enn^n^^Q, qypiqyie d^n§ le i^ il Qt d'elle fdi:^ de cas que de toute autr^ personne de $99 sexe, dont nous ayons vu qu'il n'était pas grand admirateur.
Il existi^t encore entre pps deux personnages un autre rapport ^ exf^rf^it ^ur teur ^t^é une influçnqçi \m^ ^ tofliy rép\ilsiy^ |t attractive. Sir Arthur dé^ir^t touj/^^i;^ wprqntçr, çtl^I. OJldJbu^ n'hait pi||» t9«iWï^ disposé à prét^jf. M. QI^WH 4^Fait que les
S« L'AMTI^UAIRE.
acmmies qa'il prétait lai fassent rendaes avec exactitude, ab terme oonvena /et sir ÀFthur n'était pas souvent en état de satisfaire ce 4ésir raisonnable. Dés volontés si opposées ne pouvaient se concilier stixiê que depetited altercations eussent lieu de temps en temps. Cqiendant il régnait entre eux , en dernier résultat, un esprit de ooQdesoendanfee mutuelle , et ils étaient comme deux dogues attelés à. la même charrette, qui grondent quelquefois l'un contre l'antre, mais qui n'en viennent janlais à se prendre à la gorge.
Une de ces petites querelles ûccasionées par une discussion d'affaires d*intérêt ou de politique avait divisé les familles de Knockwinnock et de Monkbams, quand l'ambassadeur de notre antiquaire arriva a^ château de sir Arthur. Le baronnet était a^is dans un grand salon gothique dpnt les fenêtres donnaient d'un côté sur l'Océan , et de l'autre sur une longue avenue qui conduisait à la grande route ; tantôt tournant une page d'un in-folio ouvert devant lui sur la table , tantôt jetant.un regard d'ennui sur les tilleuls qui bordaient l'avenue, et dont les rayons du soleil pouvaient à peine pénétrer l'épais feuillage. Enfin, spectacle délicieux^ il voit une créature humaine s'avancer dans l'avenue solitaire. — Qui est cet homme? que peut-il me vouloir? La première de ces questions n'eut pas besoin de réponse , car à sa vieille redingotte grise, à son chapeau pommadé et couvert de pondre, et surtout à sa démarche, il eut bientôt reconnu' le barbier boiteux ; mais il répétait la seconde quand un domestique entra dans le salon.
— Une lettre de Monkbarns pour sir Arthur.
Le baronnet reçut la missive avec un air d'importance et de dignité. '
•— Faites entrer ce vieillard dans la cuisine, et donnez-lui de quoi se rafraîchir, dit Isabelle , dont l'œil compatissant avait remarqué ses cheveux gris et son air fatigué.
— M. Oldbuck , ma chère, £t sir Arthur, nous invite à dîner pour le mardi 17 ; et après une pause, il ajouta : Il paraît réellement qu'il a oublié qu'il ne s'est paâ conduit envers moi avec les égards que j'avais droit d'attendre.
< — Vous avez tant d'avantages sur le pauvre M. Oldbuck, mon père , qu'il n'est pas étoniiant qu'il en ait quelquefois un peu d'humeur ; mais je sais qu'il a beaucoup de respect pour vous, qu'il aime votre conversation , et qu'il serait véritablement fâché de manquer aux attentions qui vous sont dues.
— C'est vrai ^ c'est vrai , Isabelle , et il faut lui passer quelque
L'ANTIQUAmK. &7
ohose attendu son origine : il y a encore dans'son sang qnel^ae mdesse germanique ; il a sucé avec le laitles principes pervers des Whigs et dé l'opposition contre le rang et la naissance. Vous poave^ observer qn'il n'a jamais l'avantage snr moi dans une discussion, si ce n'est quand il se prévaut d'une connaissance minutieuse de dates , de noms et de faits , pures bagatelles dont il n'est redevable qu'à une exactitude frivole de mémoire , qualité qui n'indique que d'autant mieux l'état qu'exerçaient ses ancêtres.
— Je croirais cette faculté utile pour les rëcberches historiques, mon père.
— Elle conduit à un ton de discussion tranchant et incivil. Quoi de plus déraisonnable que de l'entendre attaquer la traduction d'Hector Boëce par Bellenden, ouvrage très rare, dont j'ai la satisfiiction de posséder un exemplaire in-folio , imprimé en lettres gothiques, et cela sur la foi de je ne sais quel vieux chiffon de parchemin qu'il a sauvé des ciseaux d'un tailleur qui allait le couper pour en faire une mesure ? D'ailleurs, cette habitude d'exactitude minutieuse et fatigante sent le calcul mercantile, et est au-dessous d'un propriétaire dont la famille compte deux Ou trois générations. Je parierais qu'il n'existe pas dans tout Fairport un commis marchand qui sache faire un compte d'intérêts mieux 'qn'Oldbuck.
— Cependant vous accepterez son invitation , mon père ?
— ^Mais... oui. Je ne crois pas que nous' ayons d'autre engagement. Quel est donc le jeune homme dont il parle? il ne fait guère de nonvelles connaissances, et je ne lui connais aucun parent.
— C'est peut-être quelqu'un de la famille du capitaine Mac- Intyre."
— Cela est possible. Eh bien ! nous accepterons. Les Mac-Intyre sont d'une très ancienne famille des Highiands. Répondez-lui que nous irons, Isabelle; quant à moi,, je n'ai pas le loisir de donner aujourd'hui du €rA«ri;ton^{>ar à quelqu'un ^.
Cette importante affaire étant ainsi réglée. Te billet ci-après fut écrit sur-le-champ :
« Miss Wàrdour présente à M. Oldbnck ses complimens et ceux de sir Arthur : ils ont l'honneur d'accepter son invitatioUé Miss Wardour saisit cette occasion pour renouveler ses hostilités contre
I . La formule ordinaire en An^teiarre pour comatneer diM lettre , cd i Cher Monitiettr* Dmr tir.
«9 L'ANTIQUAiaS.
H • CHtfHMk» à etvse du temps beaueoap trop long qafû a ÏMiMêé .^oooler depuis sa dernière visite k Knedkwiniioel^y où on le voit t«iyo«rs ayec tant de plaisir. »
Ayant (erminë sa missive par oette phrase coBciliatrice, die la denne an vieux Ca^on, qui, s'étantbien reposé, bien rafiralchi, se mit en rOQi;e peur retourner chez notre antiquaire.