‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 16 sur 91 · SynoByiM familier de Marie · texte numérisé non relu

SynoByiM familier de Marie

a. Non» aTont déjà tq une allusion à ce'tle pièce de Sliakspeare au sujet de Fergua e( de Flora, dans Waverlty,

^b L'ANTIQUAIRE.

édifiante pendant laquelle — le benediciu darait pendant une lienre , et le repas n'étfdt qu'un plat de vendredi ^ ; — et la nièce, par une révérence moderne , dont la durée , comme celle du bene* diciie d'un ministre de nos jours, était beaucoup plus courte.

Pendant cet échange de politesses, sir Arthur ayant renvoyé sa voitnre/et donnant le bras à'sa charmante fille, offrit ses hommages aux dames avec tout le céréftaonial d*usage.

— Sir Arthur, dit notre antiquaire, et vous, ma belle ennemie, permettez-moi de vous présenter mon jeune ami M. Lovel , jeune homme qui , pendant la fièvre écarlate ^ qui est en ce moment épidémique dans cette île, a le courage de se montrer en habit d'une couleur décente : mais si là couleur à la mode ne paraît pas sur ses vétemens, vous la voyez du moins, et avec une nuance très foncée , sur ses joues. Je vous présente en lui , sir Arthur, un jeune homme que votre science vous fera reconnaître comme grave, sage, poli, instruit, ayant beaucoup lu, beaucoup observé, et profondément versé dans tous les mystères du théâtre et du foyer depuis le temps de David Lindsay ^ jusqu'à celui de Dibdin ^. Et, tenez , le voilà qui rougit encore , ce qui est un signe de grâce.

— Mon frère , dit miss Griselda en s' adressant à Lovel, a toujours une manière bizarre de s'exprimer. Monsieur; mais personne ne fait attention à ce qu'il dit; il ne faut pas que ses extravagances vous occasîonent le moindre embarras. Mais la promenade que vous avez faite sous un soleil' si brûlant a dû vous échauffer; voudrîez-vôtis prendre quelque chose? un verre de vin balsamique?

— Fi donc ! sorcièfe» s'écria Oldbuck avant que Lovel eût pu répondre ; veux-tu empoisonner mes hôtes avec tes infernales dé* coctions ? As-tu oublié comment s'en tk'ouva le ministre quand ta le déterminas à goûter ce perfide breuvage?

— Pouvez- vous bien parler ainsi^ mon frère? Sir Arthur, avez- vous jamais rien entendu de semblable? U tant que tout aille à sa fantaisie, on il vous invente des histoires...... Mais j'a-

1 . AllutiOfi à l*époqiie où un décret de Charlet II défendit aux traiteorft de préparer a dîBer le vendredi comme avant la réformalion.

1. Le laird appelle fièvre écarlate ou scarlatine la manie des cottames militaires, qoi avait saisi les Anglais de cette époque, où la politique de Piit dénonçait sans cesse les projets d'invasion de la France.

3. Anteur de la pièce de théâtre la pins ancienne d'Ecoise. C*esl le fuMvx I^yon, roi d'armes de Marmion.

Anteur dramatique et chansonnier moderne.

L'ANTIQUAUIE. «t

perçois Jeimy qui vi^ sonner la cloche pour nous avenir que le dîner est servi.

Rigide dans ses principes d'économie» M. CHdbiick n'avait pas de domestiques mates, mais il en donnait pour prétexte que le sexe masculin était trop noble pour être employé à ces actes de servitude personndtle qui» d^ns les teipps primitifs» étaient partout le partage des fenunés. — Pourqum» disait*!^ le petit Tarn Rinlhe* rout y qu'à l'instigation de ma prudente sœur j'avais avec la même prudence pris à l'épraive» mangeait-il mes pommes» dénicfaait-^il les oiseaux» cassait-^il les verres » et finit>il enfin par me dérober mes lunettes ? c'est parce qu'il sentait cette noUe émulation qui remplit le cœur de l'homme » qui le fit aUer en Flandre un mous* quet sur Tépaule» et qui le conduira à la gloire ou à la potence. £t pourquoi cette fille» Jenny Rintherout sa sœur» s'acquitte-ttelle des mêmes fonetioiis. sans rien briser, sans bruit » soit qu'dle ait des souliers» soit qu'elle marche nu-pieds »^ prudente comme mi chat 9 docile comme un épagneul ? c'est parce qu'elle est à la place qdhii convient. C'est aux femmes à nous servir; elles ne sont bonnes qu'à cela. Tous les ancieps législateurs » depuis Lycurgue jusqu'à Mohammed» mal à propos nommé Mahomet» s'acoocdent aies placer dans le rang sdbordonné qui leur convient; et ce ne sont que les cerveaux exaltés de nos ancêtres» avec leurs idées che» valeresqnes» qui ont f^t de leurs Dulcinées des princesses», de véri* tables despotes.

Miss Wardour protestait hautement contre cette doctrine peu galante quand le son de la cloche annonça le dîner.

— Permettez que je m'acquittedesdevoirs de la politesse envers une si belle antagoniste» dit M. Oidbuck en lui présentant le bras. Je me souviens^ miss Wardour » que Mohammed» vulgairement Mahomet» hésitait sur le mode qu'il emploierait poilr ajqadbr les musulmans à la prière. Il rejeta les cloches parce que les chrétiens s'en servaient» les trompettes parce qu'elles avaient été adoptées par.lesGuèbres» et enfin il adopta la voix humaine. J'ai en aussi mes doutes sur la manière dontje ferais amioncernfon dîner. Les gongs ^ » dont on se sert aujourd'hui » me parurent une mode trop nouvelle» une invention païenne; la voix femelle était

I. Le gong ou loo ett tin instrument chinois t c'est une pièce de me'taï compoiée de cittTre et dVuin , qu'on laisse refroidir à l'air après la fonte , pour la rendre élastique et dttrt. On frappe dessus avec une baguette revêtue de peau s le son est d'abord faible , nais , communiqué par la vibration à toute la massïî métallique , il se prolonge en un broil effrayant.

6f L'AMTIQUAmË;

êigre^, oiiarde et^dBeoïdaAte; j^eu ireTi<«ié^ à k tiloAe > li'eti de* plaise à Mohammed. Elle a ici une propriété locale , eat elle sernôt à» «Ifnal peur servir le dîner dans le réfectoire : elle a d^àilknfs lin ^and aTaqtàge sur la langue du premier mitiistré de tàk MSâr , de Jemiy , fuoiqa'elle fa98e un peu moins de brait^ car elle dfetîeiit WiHd;te dè& l'instant que vous cesses de tirer le cordon ; au Keti qti'me' triste espériende nous a appris que totete tentatiyé pMT îra|>o9sr silence à J^ny ne fait que produire un carillon ail* ^èl se joignent eà chorus miss Griselda Oldbuck et miss Marid MbîB«'intyTe* •

Comme il finissait de patler , ils entrèrent dans la salle k raan^ ger, que.Lovel n'avait pas encore vue ^ et qui était oméè dé ta* bleanï cterieifx. Jemiy serrità table, aidée par Uiie vieille fëmmë, eqièèe d'intendant en jupon qui seniblait n'être près du buffet qu^ peur endurer les reproches que M. Oldbnck Itd adressait de temps eu temps, et les remarques moins directes^ niais encore pltls'fH* «puÉrtes , de sa sœur.

Le dincr convenait à la table d'un antiquaire dé profession/ et Van y voyait figurer d'anciens mets écossais qiie tons ceux qui se t^iqhent d'élégance ont bannis de leurs festins. Il s'y trouvait là âéiteieusedie de Solan ^ , dont le fumet est si fort , qu'on là fait toujours cuire* en plein air. Mais ce morceau délicat n'était pas à udoitié ottft , et Oldbuék pensa jeter l'oiseau de mer et le plat à & tête de la négligente, prêtresse qui venait de présenter cette of- ^linde odcriféraute. Par bonheur elle avait été plus heurelise pour le HoUh'potch ^ , qui fut dédaré inithitaUe à runanimité.

^ Je savais qu'ici nous réussirions\, dit Oldbuck d'un air de

.triotnphé.- Dayîl' Dibble, mon jardinier, vieux garçon comme

'mof , ,a toujours soin que ces misérables femelle» ne déshonorent

pas lios légumes, et Toiei im ragoût de merluche à la farine

é'âvoine. Inavoué que i^ plat est le triomphe de ma gent femelle.

Il leur procure deux fois par semaine, pendant uiie demi-heure

' aà mrâns , le plaisir de se quereller avec la vieille Maggie Mucklé-

'I. Le 'êêkmd-ffe^se.mx le l^a deBuMAii, pélitMus hassanut dé-Baffoti. Cet «itefta

mériterait une longue note , car il s'en vend chaque année plus de deu't mille en £c pst^ , où ils sont la ressource de la classe pauvre dej>ui8 que leur chair elt moins estimée pair la clasie riche. Ces grands paliilipédes , de la taille d'une oie , habitent f|uatre îles , et surtout le rooher de Basa, dans Ja partie orieutale du Friih de Forlb. sur îa.^le de l'£«sl |<oi|iian. Leur plumage «st eniièremeAt blauc , excepté le noir du bout de» ailes, et une nuance jataye fur la tête et le cou. Les attbejrge.s d'Ecosse sont fré<îueaijiient garnies de cet oiaeftia , peiKÏû aux solives de la cuisine , fumé et aécbé.

a. Espèce de soupe écossai&e que l'on sert avec la viande au milieu àa bouillon. ^

L'AIYTHIUAIRB. «1^

baddt , Aotre màrthandede poisson. Ce pâle de pouleté, momif ui^ L^ely a été ftut d'après une reeette qsi m'a été tfansiiiifie^ |MHr 4éîp ma gnoA'iùim d'hëutease mémoire; et si yoiis TOiilcc prendre ud Yérre* de TÎn , tous ne le trouveree pas iddigne d'im bomin^ qui a ad^é la maxjme du roi Alphonse de Gas^Ue t BrMes dé irièv» bois, lisez de yieux livres, buvez de vieux vin, et ayez deiâeu avis , sir hT^kfxt'9 ^*- etd^ jeanesaossi , mOnsiear Lovel.

Loraqu'<ni eot fiaile dîher » et -qa^oii eut plaoé snr la UaUe lea carafes pleines de vin» M. Qlttudk {u-oposa de boti^ rasack à ki santé du roi, ce qui fut accepté sur-le-champ par M» Lov«l etpaf* 1^ barontietdont le jaeôbttisine n'était plus qu'tatteeépèoé distiiëoriey l'oBiiNPe d'ane ombifi. . . t

— £t quelles nouvelles nous tapportaz'^tiaittr d^ÉdtfnlKititg^ Monkbaraa? dit sir.Âîrthnr: conaneutTà le monde daiia jIiiM AukH i ?

— On y est fou, sir Arthur , mais fou d'utie folie inmmblêt qai résislèrait anx bains de mer et ii la tisane d^ellâïRare. Là pire de toutes leé Cnénésies , une fioénésie nnililaire , s^y est emparée 0ëi homniea, 4es femmes et deà enfats*

— JEt îL «A est bien temps^ je crois ^ dit miss Wordonr ;) qwMiil aoQs sommes menaoés an ddiors d'ane invasiooa > et d'une lnëtiifî> reetiott aa dedans. ■

-*- Oh! j^étais bi»Q sâr que vous pi^enériez pslrtî conth*d«ioi poor la horde éearlate. Les femmes sont comme les dindons i; il ne &at qu'un badUoQ rpage pour leur tourner la tète^ Mais que dit dr Anbër, dont la. tête est pleine d'armées snr pied, qui neréVe qa'opprciB^on germanique ^ P

•«-«Jedis^, monsieur Olilbuck, qu'autant qiie jettiisenétatd^en juger» xiehs devrions résisftepr'^ui^i ioto corporeregm, commeledittm auteur apciên , si je n'ai pas toot-à-*fait oublié mon ktin , à tm ()ttneni ^ vient pour nous imposer un fowemement de Whîgs, et qui trouve des faulsurs et edhérens dans les pins détestables « innâtiqne$ sortis de nos propres entrailles. Mais je vous assiureqaej'ai ptisqudqoes mesures convenables au rang que j'oocnqpe danfc la Sotsiété; car j'ai déjà donné ordre mux bomtables d'arrêté àe vieux coquin de mendiant Édie Ochiltrie , qui répand dans toute

I. Wbm donné à Edimbourg , et signifiant probablement fa Vieille en/umee , h oau>e de Il coiileur un peu noire de la ville vieille.

1. O))pressioû de la part du gouvernemetit actuel, c'est-à-dire, delà œai»on régnante issue

«4 L'ANTIQUAIIB.

k pttTOMe le mécontentement contre Téglke et Tétat. D a 00e

dire en propres termes an vienx Gazon ipi'il se treowt plus de

bon sens sons le capuchon de WiUieHowîe Kihoamockqne sons

les trois permqnesde la paroisse. Je crois qu'il est aisé de voir

où tend un pareil propos. Mais le drôle apprendra à se mieux

conduire^

— Ah! s'écria miss Wardoor, grâce pour le vieux Edie, que nous connaissons depuis si long-temps* Je vous préviens qœ tout constable qui mettra à exécution un mandat d'arrêt contre lui sera privé de mes bonnes grâces.

— Fort bien ! dit l'antiquaire : vous qui êtes un Tory si' pnn nonçéy vous avez laissé pousser sous vos yeux un joli rejeton des Wliîgs. Savez-vous que miss Wardour est en état d'en imposer seule à une session de trimestre^? que dis-je y aune session de tri« mestre! à une assràiUée générale^; c'est une Boadicée» une amszme, uneZénobiel

— Quoi ^e vous pensiez de mon courage, monsienr Oldbndci j'ai^prends avec plaisir que nos concitoyens prennent les armes.

— Prennent les armes! que le del vous protège , nûss War« dovrl Avez-voosjanuùs lu l'histoire de la sœur Maiguerite? elle est sortied'unetétequi, quoique couverte de cheveux gris y avait plus debonsens et déraison en politique quevousn'en trouveriez maintenant dans tout un synode. Vous souvenez-vous du rêve que la nourrice raconte en tremblant à Hnbble-Bubble dans cet excdlent ouvrage? Dans ce songe , quand elle voulait prendre un morceau de drap, pan! ilenpartait comme un grand coup de canon. Sicile avançait la main pour prendre son fuseau , elle ne trouvait plus qu'un pistolet i>raqué contre elle. J'ai eu a peu près la même vi« sion à Edimbourg* Allant consulter mon procureur, je le trouvai en oniforme de dragon, portant le casque et le baudrier, et prêt à monter son cheval de bataille , que son clerc, vêtu en chasseur, tenait par la bride à la porte. Je me rendis chez inon agent pour lui reprocher de m'avoir adressé à un fou de cette espèce : il portait un plumet sur la tête, an lieu d'avoir une plume entre les doigts , comme dans le temps où il était plus sage , et il allait

Page 1