‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 17 sur 91 · I. Du clergé. Yojei Wai^trlij · texte numérisé non relu

I. Du clergé. Yojei Wai^trlij

9. Il 7 a quelque ilifféreace oitre les attriliotiaiis de« jofe» de paix d*£cosM et celle» de* juges de peix d'ÂDgleterre ; mais il n*est ici queslion que des qmmrUr-sessions , qui sonl les assemblées eztnordiiiaires de tous les juges de p«ix d'un comte , tenues quatre fois par an. Les sessions ordinaires se tiennent irrégulièrement, suivant le besoin des localitéi. Ce tri» banal ne coimait en général que des dâiis sccoadaires , etc.

jouer le ro}e d'officier d'artillerie. Mon mercier tenait à la main un esppliton , comme s'il eût voulu se servir de cette arme, au^ lieade son aune. Le. commis de mon banquier , charge de faire la balance de mon compte, fut obligé de le recommencer trois fois, parce qu'il venait de faire l'exercice , et qn'il en avait encore la tête pleine. Je me trouvai . indisposé ; j'envoyai chercher

un chirurgien :

Il vint^ Mar» dans ses yeux avait ifiis son coûra{]r . H semblait re^pirep la guerre et le carnage^ \}n sabre menaçant lui battait le t^lon ; Doux pistolets chargés armaient son ceinlurim. ' .le YÎs avec effroi cet appareil sînistre, ••

Comme si de la mort uri|^ait un ministre.

Je le renvoyai , et j'^eus recours à iin médecin ; mais celuirci commençait aussi à pratiquer un mode de tuer beaucoup plus expéditif que celui! que sa pi^ofession lui offrait. Enfin, je revins ici, et je vois que nos sages voisins de Fairport ont pris aussi la même humeur belliqueuse. Je déteste un fusil comme un canard sauvage blessç ; je hais le tambour autant qu'uii quaker ; et quand ils font chaque jour leur maudit, exercice hors de la ville^ l'artillerie parci, le roulement du tambour par-là , viennent me frapper jusques an fond du cœur. .

— Mon frère , ne parlez pas ainsi de messieurs les volontaires. Je proteste qu'ils ont l'uniforme le plus gafaut qu'il soit possible.^ Ils ont été deux fois trempés jusqu'aux os ki semaine dernière : je les ai vus rentrer dans la ville terriblement mouillés , et plus d'un y a sûrement gagné un bon rhume. On doit leur savpir gré des peines qu'ils se donnent. .

— Et je sais , ajouta miss Mac-Intyre , que mon oncle a envoyé vingt guinées pour contribuer à leur équipement.

— C'était pour encourager le commerce de la ville, dit monsieur Oldbuck, et acheter de la réglisse et du sucre candi pour rafraîchir le gosier des officiers qui s'étaient enroués en hurlant pour le service de leur pays.

— Prenez-y garde, Monkbams, vous finirez par vous, faire ranger parmi les mécontens, , v

— 'Non, sir Arthur > je ne fais que gronder tout bas. Je ne réclame que le droit de coasser daus mon coin , sans unir ma voix ad grand chorus des grenouilles du marais. Ni qmto rey ^ ni pongo nîy , je ne fais ni ne défais de roi, comme dit Sancho ; mais je prie

66 L'ANTIOUAUIE.

de bon cœur pour notre souyer^n^ et je paie les taxes.et les eontribstîons tout en murmurant contre celui qui est chargé de les receroir. Mais toîcî le fromage de kit 'de brebis qui arrive fort a propos ; il est plus favorable à la digestion que la politique.

Lorsque. les dames se furent retirées , Oldbnck et sir Arthiff commencèrent une discussion savante à la<{uelte M, Loveï ne prit ancune part , soit. que leur entretien roulât sur des objets trop ab« straits pour lui , soit que sou attention fût occupée différemment ; elil ne fut retiré de la rêverie à laquelle il $e livrait^ que par un appel inattendu à son j ugement .

— Je m'en rapporte à M. Lovel , dit Oldbuck ; il est né dans le nord de rAnglcten:e , et il peutcconnaitre Fendrbit dont il

s'agit.

Sir Arthur pensa qu'il n'était pas probable qti'.un si jeune homme eût donné quelque attention à de pareilles matières. ' — Je suis certain du contraire , dit Oldbuck* Qu'en ditesvous y monsieur Lovel? Allons y jeune homme y parliez pour Totre honneur. ' .

Lovel fut forcé d'avouer qu'il se trouvait dans la situation ridicule d'un homme qui n'avait^rien entendu de la conversation depuis une heure.

— Et à quoi diable sa tête était-^Ue donc occupée? Au surplus, je n'en suis pas snqyris. Voilà ce que c'est que la compagnie de la gent femelle ; six heures après qu'on en est débarrassé, on ne pleut tirer d'un jeune homme une parole de bon sens. Eh bien ! monsieur Lovel , vous saurez donc qu'il exista autrefois un peuple nommé les Pipks

— Plus convenablement nommé les Pietés , interrompit le ba« ronnet.

— Je dis les Picks , i?épéta Oldbuck , Pikaty Pihar, Piochtar, PiaghCeron Ptughtar; ils parlaient un dialecte gothique.

— Le vrai celtique , dit sir Arthur.

— Gothique, gothique I j'en réponds sur ma vie, reprit Oldbuck.

— ^ Messieurs , dit Lovel , c'est une question sur laquelle les philologues peuvent aisément prononcer > s'il reste quelque chose de leurjangue.

— il n'en reste qu'un seul mot, dit le baronnet; mais en dépit dé l'opiniâtreté de M. Oldbuck y ce mot décida la question.

r— En ma faveur, reprit Oldbuck. Monsieur Lovel, ^ous allez en juger ; j'ai de mon côté le savant Pinkerton.

L'ÀNTIQUAJfcE. 67

— Et j'ai du mien l'infalîgable et éradit CliAlmerft.

— Gordon est de mon opinion. , . •

— Sir Robert Sibbald est dé la mienne. ' . * —r J'ai pour moi In njes. #

— RitsOn ne laisse aucun dôttte. ^ ' '

— MeFsieut*s, dit Lovel, avant dé passer tos forces en févtt* , et de m'accabler soûs le poids de tant d'autoritéëi né potttriea^TOus XDê dire quel est le mot dont il s'agit? '

— Senval , dîretit en même temps les detkx antageiiistés.

— Cequisignifie ra/ia^t;â/&', ditCMdbucké - * » — Le haut de la palissade , di t sir Arthur.

Il y eut un moment de silence. — C'est iin tennin bien étrbiï ^oar y établir une hypothèse^ dît l'arbitre*

— Nullement, nullement, s'écria Oldbuck: on ne^e bat que mieiix sur un espace resserré : 6n n'a pas besoin d'un mille d'é* tendue pour terrasser son adversaire , un pouce suflk.

— Ce mot est décidément celtique. Le nom de tottj^es left i»bn. Ugnes d*Ecosse commence par ben *. .

-=-Mais que dîtes- vous de'i^r/, sir Arthur ? n*est-c6 pas bien clai« rement le mot saxon wall? -

— Cest le mot latin »allàm. Les Pietés ont empmnlé c^tte portion du mot.

—Point du tout ! S'ils ont emprunté quelque chose, c'est vôtre ten, qu'ite «nt pu prendre de leurs voisins les Bretons dé Strâitih- Cluyd. . / ,

— n faut, ditLôvel, que lesPicks ou Pietés aient eu un dia« lecte bien pauvre , puisque sur deux syllabes formant, te seul ihot ^ni nous reste de tout leur vocabulaire ils ont été obligés , ainsi que ^oos en convenez tous deux, den emprunter une k une autre langue. Avec toute la déférence gue je vous dois , Messieurs, il mè semble que votre querelle ressemble à celle qu'eurent autrefois deui chevaliers relativement à un bouclier :qui était noii' d*ufi côté et blanc de l'autre. Chacun de vous réclame une syllabe <le ce mot, et semble renoncer à l'autre. Mais ce qui me frappe le pluSi c'eftt 1& pauvreté d'iiue lan^^ue qui a laissé si peu de vestiges.

*^Votts êtes dans Terreur, dit sir Arthur, c^étak une langue très riche, un peuple grand et puissant. Il construisit deux églises, IW à Brechin^ l'autre à Abérnethy^. tes filles pictet du sang

*< Ben-Lomottd, B«n-NetU , Beii*Lilwer», «te. a. Villet du comte d'Angu»* ^

t« L'ANTIQUAIRE.

roynl habitaient le dbiteaa d'Edimbourg « qu'on nomma-pour cette T;ùson Castram/meUarum^.

— Conte de vieille femme, ditOldback, inventé ponr donner de l'importance à la race trompeuse des femelles. On l'appela le château des filled , quasi tmns à ncnùicefuio^f parce qu'il résistait à toutes les attaques , ce que les femmes ne font jamais.

— :I1 existe une liste des rois pietés , une liste bien authentique, depuis Crenthemj^achcry me, dont le lègne remonte à une époque un peu incertaine, jusqu'à Drusterstone , en qui s'étei^it leur dynastie. La pi npart d'eh ire eux portent le prénom patronymique et . celtiqne Mac , c'est-à-direyîZc'ir j. Qu'avez- vous à répondre à cela , monsieur Oldbuck? Il y a Dmst-Macmorachin , Trynel-Macla* chlin ; le premier de cet ancien clan , comme on peut bien le juger> Gormach-Macdonald , Alpin-Macmetcgus , Dmst-Mactallargam. Ici le baronnet fut interrompu par une qninte de toux. Hum I hnm! hum ! GolarsreMaccltan... hnm! hum! Macchan... hnm ! hum i Macchar.an... hum ! Macchaoanail, — Keuneth, hum ! hum ! Mac-Feredith , hum ! hum ! Eachàn Macfuugus , et vingt autres dont je vous citerais tous les noms véritablement celtiques, hum! hum! si cette maudite toux Voulait me le permettre.

— Prenez un verre de vin, sir Arthur , pour faire passer cette liste des rois païens , que le diable ne pourrait avaler sans s'étrangler, n n'y a qne le dernier de ces drôles qui jporte un nom qu^On puisse comprendre; ils sont tous de la tribu Blac-Fungns , monarques champignons depuis le premier jusqu'au dernier, nés sur le fumier du mensonge ei de la folie dans le cerveau exalté de quelque Sennaebie ^ des Highlànds.

— Je suis surpris de vous entendre parler ainsi f monsieur Oldbuck^ vous qui savez ou qui devez savoir que la listé de ces potentats fut copiée par Henry Maule de Melgum sur les chroniques de Lochlevenet de Saint-André, et insérée dans son abrégé très satisfaisant de l'histoire des Pietés, imprimé par Robert Freebairn d'Edimbourg , et vendu dans sa boutique près de Parliament-Close en l'an de grâce 1705 on 1706 , car je ne sais trop lequel des deux, mais j'en ai un exemplaire qui figure à merveille à c6té des Actes écossais , format in-12 , et qui va fort bien sur la même tablette. Que dites- vous à cela , monsieur Oldbuck ?

I. Camp des filles. Noos avons en France le Mons mullarum, le Mont des filks . (Montpellier). *

9. Comme an bois ëtait appelé' luctu . parce qn*il manque de loraicre (iu*% /mis ). 3. Poète el chroniqueur.

— Qoe je me moque d'Henry Maule et de .sou histoûre, et que par là yaccèdc à la prière qu'il fait à ses lecteurs d'aceueillir sou ouvrai^ comme il le mérite*

— Ne vous moquez pas d'an homme qui valait mieu^ que vous, dit sir Arthur d'un ton un peu méprisant. -'

— Je crois qu'il m'est très permis, sir Arthur, de nie moquer de loi et de son histoire.

— Henry Maule de Melgum était gentilhomme, monsieur Oldbuck. .

r-Qnel avantage cette qualité lui donnè-tpélle sur moi? demanda l'antiquaire un peu sèchement.

— Permettez-moi de vous faire observer , monsieur Oldbucky qu'il était gentilhomme de haute naissance, d^une famille ancienne, et que par conséquent ^ . . .

— Et que par conséquent le' descendant d'un imprimeur dé Westphalie ne doit parler de lui qu*avec respect? Si telle, est votre opiiiion, sir Arthur, ce n'est pas là mienne. Je crois que l'opgine que je tire de cet industrieux et infatigable typographe Wolfbrand Oldeobuck, qui, en décembre 1493, sous les auspices, comme il nousle ditlui-même,deSebaldus Scheyter et de Sébastien Kammermaister^ termina l'impression de la grande chronique de Nurem* berg; je crois, dis-je, que l'origine que je tire de ce grand restaurateur des sciencesest plus honorable pour moi , comme homme de lettres, que si je comptais dails ma généalogie tous les vieux barons gothiques , batailleurs , et couverts de fer des pieds à la tête , qui ont vécu depuis le temps de Crenthemynachcryme^ et dont aucun probablement ne savait écrire son nom.

— Si cette observation est un trait dirigé contre mes ancêtres, dit le baronnet en prenant un air dé sujlériorité , j'ai le plaisir de vous annoncer que le nom d'un de mes aïeux , Gamelyn de Guar* dover Miles , est fort bien écrit dé sa propre main dans la jAvis ancienne copie de la déclaration de Ragman.

T-Ce qui ne sert qu'à prouver qu'il fut un des premiers à donner l'exemple de la bassesse en se soumettant à Edouard!^. Après uu tel faux pas, sir Arthur, nous parlerez-vousenoore de-la loyauté sans tache de votre famille?

I. Nous 4YODS entendu en i8a6 un professeur., dan» une réunion litléraire (Société des Bamiêt Lêttns)^ réclamer l'attention de ses auditeurs en faveur de Scaliger, parce qu'il fat non seulement un savant critiquje , mais encore un gentilhomme. Ce trait du caractère ée sir Arthur e»t>il donc eiagérê?

--«• Cea <ht t896^i Moi:sieiir, dit sir Arthur en se levwt ayec fiffrté» et^ii repoQssant sa chaise en arrière; j'aurai soin désormais de ne pas honorer de ma compagnie un homme qui mpntre $i fBÙ de fraûtfide p<mr ma condescendance. -

— Vous ferez en cela ce qui vous sera le plus agréable, sir Arthur; comme j'ignorais toute l'étendue (îe l'honneur que tous ave^ daigné me faire en venant me visiter dans ma pauvre maison /j'espère qui} je purs être tueuse de n'avoir pas poussé U reconnaissance jusqn'^ la servilité.

'•^.Fort biêtil trèshien! monsieur Oldbuck, je vous souhaite le

bonsoir. — Monsieur... monsieur qui?... Sliovel, jepense^j'ai llii^iiçiir de vous saluer.

Sir Arthur sortit de ia salie à manger aussi coarroucé que s'il eût été animé de la fureur, de tous les chevaliers de la Table Rondey et traversa à grands pas le labyrinUie de passages qui conduisaient

au salon., ; • ^

•^ Ave^^voos jams^is vu un vieil âne si entêté? dit Oldbuck à Lovel : mais je ne yeux pas qu'il parte ainsi comme un ^rceué. ' ' -

A ces mots r il poursuivit le baronnet qui faisait retraite , se. guidaolsor le bruit des portes qne sir Arthur ouvrait et fermait avec fbrcé eu chercba.ut l'appartement où le thé devait être servi. — r Viins vous blesserez, criait Tantiquaire, qui ambulat in tenthrU

Sir Arthur se trouvait alors effectivement dans, une obscurité empiète y véritable calmant dont les bonnes etjes enfaus connaissent l'efficacité.. Si,elien*apaisa pas le courroux de l'irritable barounet , du moins: elle retarda sa marche, et Ml Oldbuck, qui OPWiTaijSsait mieu?L le local , le rejoignit à l'instant oit il allai teutrer 4aiis le salon.

. -^ iin moment, sir Atthur , dit Oldbuck en se mettant entre la porte et lui ; pas tant de vivacité , mon bon et ancien ami. Je confesse que je me suis laissé emporter trop loin en vous parlant de ffar Gamelyu» Parbleu, c'est une de mes anciennes connaissances, U% de piils favoris , un des compagnons de .Bruçê et de Wallaçe* Je le jurerais sur une Bible edùio princep^j il ne signa la déclaration de Ragman que dans l'intention légiLime et justifiable dé tromper oes coquins d'Anglais. C'était une ruse de. vétitable Ecos-

I • Qui marche dans les tënibret ^ ne sait où il ▼«•

msp mon braTe chevalier ; mille autrçs en ont fait autant. Allons, allons, oublr et pardon. Avouons que nou$ avons donné à ce jeune honime le droit de nous regarder comme deux vieux fous eatêlés.

— Parlez pour vous-même, monsieur Jonathan Oldbuck, dit sir Arthur d'un ton mi^estueux.

— Fort bien ! fort bien ! le moyen de faire entendre raison a un homme opiniâtre ! -,

La porte s'ouvrit,, et l'on vit' entrer dans le salon sir Arthur suivi de Lovel et de M, Oldbuek, tous trois avant évidemment l'air un peu «mibarrassé.

— Je vous attendais, mon père, dit miss Wàrdour , pour vous proposer d'aljer à pied à la rencontre de notre voiture. La soirée est SI belle! ' '

Sir Arthur accepta sur-le-chattip'une proposition qui convenait si bien à l'humeur à laquelle il s'était lîvré^ et ^yant refusé thé et eafé, comme c'est l'usage quand on est'mécontent, il prit sa fille sous le bras , et partit après avoir salué les dames en grande cérémonie, et dit adieu très sèchement, à M. Oldbuck.

—Je crois que quelque mouche a encore pique M. Arthur, dit miss Oldbuck^ . .

—Quelque mouche ! quelque diable plutôt I il est4)îùs al)surde qu'aucune femelle dans> tout l'univers. Qu'en dites-vous, Lovel? Eh bien ! il est aussi parti !

; — Mon oncle, il a pris congé de nous pendant que miss Wardonr mettait son schall $ itiais je crois que vous n*y ayez pas fait attention,

— Ils ont tous le diable au corps. Voilà ce qu'on gagne à sortir de ses habitudes , et à se mettre en frais pour donner à dîner. — Seged , empereur d'Ethiopie, ajouta-t-il en prenant une tasse de thé d'une main, tandis qu^il tenait de l'autre un volume du Ram? bler\ car pendant tous les repas qu'il faisait en présence de sa sœur, son usage constant était de faire une lecture ,' afin de prouver en même temps son mépris pour la société des femmes , et sa résolution de consacrer tous ses instans à s'instruire ; — ô Seged ^ dit-il, tu avais, bien raison; personne ne peut dire': ce jour sera nnjour de bonheur!

Oldbiick continua sa lecture pendant près d'une heure, sans

!• U lUdeur, estai de morale dans le ^nre du Spettateur d'Additon , par S. Jolmioa.

être interrompa par sa sœur ni par sa nièce , qui s'occupaient en silence de quelque ouvrage à l'aiguille. Tout à coup ou entendit frapper modestement à la porte du salon, et eUe s'entr'ouvrit presque an même instant.

— C'est TOUS y Caxon ? dit Oldbuck; entrez.

Le Vieux barbier avança sa tête couverte de quelques cheveux gris, et une manche de son habit blanchi par la poudre» et dit d'un ton mystérieux : -r— Je voudrais vous parler. Monsieur.

— Entrez donc', vieux fou; yoyons ce que vous avez à me dire.

— C'est que je crains d'effrayer ces dames.

— Effrayer! que voulez-vous dire? N'importe, ne vous inquié- Xet pas d'elles. Avez-yous encore vu un esprit sm' le Humlock- Knowe?

— Il ne s'agit pas d'esprit , Monsieur ; mais je n'en suis pas pins tranquille. * '

— Avez-vous jamais entendu parler de quelqu'un qui le fût? Pourquoi un vieux coquin tout poudreux comme vous jouiràit-il de plus de tranquillité que le reste des hommes?

— Ce n'est pas pour moi que je suis inquiet , Monsieur ; mais la nuit menacp d'être, terrible; et sir Arthur et miss Wardour, pauvre fille!...

— Patuvre idiot ! ils ont dû trouver leur voitureau bout de l'ave* nue ou aux environs, et ils sont chez eux depuis long-temps.

-r Non, Monsieur, non. Ils n'ont pas pris la grande route, ils ont tourné par les sables.

Ce mot fut une étincelle électrique qui frappa M. Oldbuck. — Par les sàbles.l impossible !

— C'est ce que j'ai dit au jardinier; mais il prétend qu'il les a vus monter MusseUCraig. En vérité , Davie, lui dis-je , si cela est, je crains bien...

*-^Un almanachl unalmanach ! s'écria l'antiquaire en se levant d'un air alarmé. Fi donc ! s'écria-t-il en jetant par terre un petit almanach de'pocHé que sa nièce lui présenta , c'est l'almanach de Fairport qu'il nie faut. — L'almanach fut apporté , consulté , et augmenta son agitation. — J'irai moi-même. Appelez le jardinier et son garçon, qu'ils se munissent de cordes et d'échelles, qu'ils amènent avec eux le plus de monde qu'ils pourront , qu'ils gagnent le haut des rochers, et qu'ils poussent de grands cris pour les avertir du danger.

— t)e quel danger ? demandèrent en même temps sa sœur et sa nièce. ' /

— La ^larée, la plus forte marée de Tannée! répondit Pauliquaire hors de lui.

— Je vais envoyer Jenny..., mais non', j'irai moi-même, dit miss Mac-Intyre partageant la terreur de son oncle. Je yais courir chez S^unders Mucklebackit, etlui dire de mettre sa barque en mer.

— Bien dit ! ma chère, je vous i'emercie, Cest ce qu'on a encore dit de plus sensé à ce sujet. S'en 'aller par les sables! s'écria*^ t-iL en prenant sa canne et sou chapeau, vit-on jamais pareil trait de^folie?

CHAPIiaE VIL

Ils viennent d'admirer les yaguet mugissantes Qui franchissent sdudain leurs digues impuissantes. Déjà de toutes paris ils sont entourés d'eau ; L'onde avance , re^Ie, avance de nouveau t Chaque nouvelle vague approchant davantag^e, Menace de couvrir entièrement la plage.

CaABà£.

L'alarme que le rapport de Davie Dibble avait cau^ç à Monkbarns n'était que trop bien fondée. L'intention de sir Arthur et de sa fille en partant avait été de retourner à Knockwinnock par la grande route, sur laquelle ils auraient trouvé leur voiture ; mais en arrivant au bout de l'avenue qui conduisait au châteai'i deMonkbarns, ils aperçurent à peu de distance devant e^Ji^ Lovel, qui marchait à petits pas, comme pour se procurer une occasion de les joindre. Aussitôt miss Wardoor proposa à son père de prendre un autre chemin > ct^ comme le temps était ])eau,' de s'en retourner à pied parles sables qui^ s'étendant sous une. chaîne de ro^cbers escarpés, offraient presque toujoiu:s une promenade agréable de Monk* barns à Knockwinnock.

Sir Arthur y consentit volontiers: — 11 serait très déplaisant, dit-il, de se trouver accostés par ce jeune inconnu, que M. Oldbuck a pris la liberté de- nous présenter. Le baronnet était de la vieille roche; il n'avait point acquis cette aisance moderne avec laquiîlle on coupe ^ l'honimedans la société duquel on a vécu toute

I. To eut a man. Cquper un homme , dans le jargon /a**K>na6/e moderne , c'est ne pat

une semaine, da moment qu'où trouve incommode de le reconnaître. Sir Artliur chargea seulement un enfant, très charmé d'avoir

l'occasion de gagner un penny sterling , de courir au-devant de sa voiUire y et de dire à son cocher de larecondùire à Knockwinnock.

Cette affaire étant réglée, et le petit émissaire. étant parti, le chevalier et sa fille quittèrent la grande routé , et , suivant un sentier qui circulait entre des monticules de sable ^ couverts eu partie de genêts épineux et d'une espèce de jpnc appelée bent-grass *, ils ^rrivèreat bientôt aiu bord de TOcéàn. La marée n'était pas aussi éloignée qu!ils l'avaient pensé , mais cette circonstance ne leur donna aucune inquiétude , car il n'arrivait pas dix fuis par an qu'elle approchât assez des rochers pour ne pas y laisser un passage à pied sec. Cependant , à l'époque des marées de printemps , et même dans les temps ordinaires , quand le flux était accéléré par un grand vent, cette route était entièrement inondée par la mer, et la tradition conservait le Sonvenir de plusieurs a'ccidens qui étaient arrivés en pareilles occasions. Mais ce& histoires, comme tant d'autres , lie seWaient qu'a charmer les loisirs du coin du feu. On, ne regardait le danger que comme éloigné et invraisemblable^ et les sables servaient tonjpiirs de communication ordinaire entre Knockwinnock et Monckbarns.

Sir Arthur et sa fille jouirent , chemin faisant , de l'agrément de marcher sur uïi sable frais et humide ; Isabelle ne put s'empêcher de remarquer que la marée précédente s'était avancée beaucoup plus' loin que de coutume. Le baronnet ht la même observation, mais ni l'un ni l'autre ne fut alarmé de cette circonstance. Le disque du soleil étatt alors de niveau avec l'Océan , et dorait d'épais nuages que le vent avait dispersés pendant toute la journée, et qui se rassemblaient alors de toutes parts, comme les infortunes se multiplient autour d'un monarque qui succombe. Cependant sa splendeur mourante prêtait une sombre magnificence à l'amas de vapeurs dont les masses figuraient des tours et des pyramides nuan» cées d'or, de pourpre, et quelques-unes d'un rouge fonce. La mer s'étendait au loin, avec lin calme imposant sous ce dais pompeux et

le reconnaître. Eef Anglais poussent cet art très loint ils ont le eue direct, le eut indirect, le eut sublime , le cul infiemalf e\c. Le eut dii'ect , ç'e&t pa»ser du cdlé. opposé d» la ru«î pour ne pas rencontrer l*homme qu'on veut couper } le cd( indirect , c'est affecter de regafder attentivement d'un autre côté pour ne pas le veiri'le eut sabUme , c'est regarder Je ci«l , ou un clocher , ou une tour , elc^ ; le eut infernal , . c W regarder son sov^ter ou totti autre objet par terre , avec inquie'tude , etc.

Page 1