‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 29 sur 91 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Si mon longe n'est pêê un prestige impotteor , L« sommeil celle nuit m'& promis le bonheur : ., ■ Je pense k mon amant et me sens plus légère ;

T9ttt me sourit , mes pieds ne touchent pas la terre.

SiASsrtAAB. Bornéo oi Juiioite,

"Las détails de la malheureuse entreprise de sir Arthur avaient bit perdre de vue à Oldbuck l'interrogatoire qu'il se proposait de flaire «ubir à Lovel sur la cause de sa résidence à Fairport. Il ré< selttt pourtant alors d'entamer ce sujet.

'"r^'Miss Wardonr m'a dit qu*elle vous connaissait avant de vous avoir: vu chez moi» monsieur Lovel ?

' — J^ai en le plaisir de la voir chez mistress Wilmot, dans le coBAéd'Yock.

- . . j— Vraiment ! vous ne m'en aviez jamais parlé. Et pourquoi ne V^UftÊr'wus pas abordée comme une ancienne connaissance ?

'^ Je... je ne comptais pas la trouver chez vous, et... j'ai cru qu'il éiàif de mon devoir d'attendre qu'elle me reconnût la pre-

' -^' Je conçois votre délicatesse. Le baronnet est un vieux fou P^iÀtilteux.; mais 'je vous garantis que sa fiUe est au-dessus de ces cérémonies qui tiennent à des préjugés ridicules. Et maintenant que vous avez trouvé ici de nouveaux amis, puis-je vous demander si vous avez toujours dessein de quitter Fairpixrt aussitôt que voasi Vous le proposiez ?

— Si je répondais à votre qaestion par ane autre ? si je vous demandais qaelle est votre opinion des rêves ?

-7- Mon opinion des rêves ? Et que voulez-vous que j*en pense , jenne fou, si ce n'est que ce sont des illusions produites par Fimagination , lorsque la raison abandonne les rênes? Je ne vois aucune différence entre les rêves et les divagations de la folie. Dans les deux cas, les chevaux sans guide entraînfent la voiture : dans le dernier, }e cocher est ivre; dans l'autre, il ne fait que sommeiller. Que dit à ce sujet notre ami lUarcus TuUius Cicero ? Si insanofum visisfides non (idhibenda , carcredatwt somnieniium visis, qaœ muUd eliam perlurbaUora sunty non inUlUgo ^

— Fort bien, Monsieur; mais Gicéron nous dit aussi que celui qui passe toute la journée à lancer des javelines doit quelquefois atteindre le but. De même , parmi la foule des songes que nous ftd« sonsy il peut s'en trouver quelques-uns qui aient rapport à des évènemens futurs.

— Ah! ah ! c'est-à-dire que dans votre sagesse vous vous imaginez que votre javeline a touché le but 1 Ah! mon Dieu I comme les hommes sont toujours prêts à se laisser égarer par lar folie 1 Mais, voyons, je veux bien admettre pour luie fois l'existence de la science onéirocritique ; j'ajouterai foi à l'explication des songes, et je dirai qu'un nouveau Daniel a paru au milieu de noas , si vous pouvez me prouver qu'un rêve vous a tracé une ligne de conduite sage et prudente.

— Dites-moi donc pourquoi , tandis que j'hésitais si j'abandonnerais une entreprise que j'avais tentée, peut-être inconsidérément, j'ai rêvé la nuit dernière que je voyais Aldobrand Oldenbnck me montrer sa devise que vous m'avez expliquée, et m'encourager ainsi à la persévérance? Pourquoi un songe m'aura\ti-il pré^nté ces trois mots que je ne me souviens pas d'avoir jamais ouïs, trois mots qui appartiennent à une langue qui m'est inconnue , et dont cependant l'explication m'a paru contenir une leçon par&itement applicable aux circonstances dans lesquelles je me trouve ?

L'antiquaire partit d'un grand éclat de rire.

— Pardonnez-moi, mon jeune ami, mais c'est ainsi que nous nous trompons nous-mêmes, faibles mortels que nous sommes, et que nous cherchons à trouver hors de nous des inotiCs qui n'ont

1 . « Si on n'ajoute aucune foi aux visions de» fou» , pourquoi en ajouter aux Tision % de« pèrvoimtt endormief , ^ui lont eocor« plut obicuretf C'ett ce que je n» comprend* pas. $

d'autre sonrcef que notre propre yolonté. Jd croia poayôir yoas expliquer les causes de yotre vision» Vous étiez si absorbé 4aQs Yos réflexions, hier après le dîner, que youa fîtes peu d'attention à l'entretien que nous levions, sir Arthur et moi, jusqu'au moment où nous tombâmes sur la controverse relative aux Pietés, qui se termina si brusquement; mais je me souviens d'avoir montré au baronnet un livre imprimé par Aldobrand, et de loi eo avoir fait remarquer la devise. Votre esprit était ailleurs, mais tos oreilles et vos yeux en ont été machinalement frappés, et en ont conservé le souvenir. Votre imagination, échauffée par la légende que Grizzy vous avait contée^ s'est mise en travail^ et vous a représenté ces trois mots allemands pendant votre sommeil. Hais une fois éveillé, se faire d'une circonstance si frivole un prétexte pour persister dans quelque projet qu'on ne saurait appuyer sur de meilleurs motifs, c'est un de ces subterfuges auxquels le plus sage de nous a quelquefois recours pour céder à son incUaatioa en dépit de son jugement.

— J'en conviens, monsieur Oldbuck, dit Lovel, je crois que vous avez raison, et je dois perdre daps votre estime pour avoir attaché un mqment quelque importance à pne circonstance sipaé* rile. Mais j'étais agité par des désirs et des projets qui se contrariaient, et vous savez que la moindre corde suffit pour faire mar« cher une barque quand elle est à flot, tandis que le câble le plus fort n^ pourrait la faire changer de place quand elle est à ^sec sur le rivage.

— Très juste 1 on ne peut pas plus juste. Perdre dans mon estime ! pas Un pouce, pas une ligne. Je ne vous en aime que mieux. Nous sommes maintei^ant à jeu égal ; nous ayons histoire pour histoire. Je si^s moins honteux de penser que je me suis peut-être un peu trop avancé relativement à ce maudit prœtoriuni. Et cependant .je suis encore convaincu que le camp d'Agricola a du être dan^ ces environs. Mais à présent , Lovel , parlez-moi franchement : que faites-vous dans ce voisinage? pourquoi avezvous quitté votre pays et votre profession? Quel aimant peut vou$ retenir dans une ville comme Fairport? Faites-vous Vécole buissonnière?

— Exactement. Je tiens à si peu de chose dans ^e monde, u existe si peu de personnes qui prennent intérêt à moi ou à qui j'^n doive prendre, que cet état d'isolement assure mon indépendance. Celui dont la bonne ou la mauvaise fortune ne cotticernè qu^ ^

senU A droit de ne consnltet* que son caprice sur le chemin qn'il doit suivre.

— Pardonnez-tnoi , jeune homme , dit Oldbùck en lui frappant SOT l'épaule d'un air d'amitié^ et eu faisant une halte ; mais suf/lu* mina y enrayez, je vous prie. Je veux bien supposer que vous n'ayei pas d'amis pour prendre part à vos succès dans le monde et s'en réjouir avec vous ; qu'il n'existe personne à qui voiis deviez reconnaissance ou protection ; vous n'en devez pas moins tnarcfaër constamment dans le sentier du devoir. Vous devez compte de tos talens , non-seulement à la société , mais encore à l'Etre suprême > qui vous les a accordés pour que vous les employiez d'une manière utile à vous-même et aux autres.

— Mais je ne sache pas que je possède de tels talens, répondit Lovel avec un mouvement d'impatience. Je ne demande à la S07 ciété que la permission de paï'courir tranquillement les sentiers de

. h vie, sans coudoyer les antres et sans me laisser coudoyer motmême. Je ne dois rien à personne: j'ai les moyens de me maintenir dans une indépendance complété, et mes désirs sont si modérés, que cet moyens, quoique limités, von t au-delà de ce qiie je puis souhaiter.

— Ëhbien, dit l'antiquaire en se remettant en marche, si vous êtes assez philosophe pour vous croire assez riche, jeu' ai plus rien à dire, je ne prétends pas avoir le droit de vous donner des ^nseils. Vous avez atieint VAcfne, le plus haut point de la perfection. Mais comment se fait-il que vous ayez choisi Fairport pour 7 pratiquer cette philosophie désintéressée? C'est comme si un adorateur du vrai Dieu allait planter sa tente au milieu des idolâtres de la terre d'Egypte. Il ne se trouve pas un seul être dans Fairport qui ne soit prosterné devant le veau d'or, le Mammon d'iniquité. Moi-même je suis tellement infecté par la /contagion de <% mauvais air, que je me sens quelquefois tenté de partager cette idolâtrie.

^ La littérature étant la principale source où je puise mes ftmosemens, et des circonstances que je ne puis expliquer m'ayant déterminé à renoncer^ au moins pour quelque temps, au service militaire, j'ai choisi Fairport comme un endroit où je pouvais me livrer à mes goûts sans être exposé à ces tentations qu'une société plus choisie m'aurait présentées.

— Ah I ah I je commence à comprendre l'application que vous *»tous êtes faite de la dèyise d' Aldobrand. Vous prétendez aux faveurs •À^l public, quoique d'une autre manière que je ne l'avais pensé j

140 L'ANTIQUAIPE.

d'abord. Vous voulez briller comme littératemr; et-voiis^spérezy rëussir à force de travail et de persévérance.

Lovel y qui se trouvait serré de très près par les questions de l'antiquaire , conclut que ce qu'il pouvait faire de mi^ix était de le laisser dans l'erreur à laquelle il se livrait volontairement.

— J'ai quelquefois été assez fou , lui répondit«il, .pour nourrir de pareilles idées.

— Pauvre garçon ! c'est un cas vraiment fâcheux. Et peut^tre, comme bien des jeunes geps, vous vous imaginez amoureux de quelque brin de femelle trompeuse, ce qui est , comme Sbakspeare le dit avec vérité, employer le fouet et l'éperon pour courir plus vile à sa perte.

Ilcontinua alorsàlni&ire des questions auxquelles ilavaitsouvent la bonté de répondre lui-même^ car les études habituelles du bon antiquaire lui avaient fait contracter l'habitude de bâtir des théories sur des données qui étaient fort loin de pouvoir y conduire ; et comme il tenait assez fortement à ses opinions^ ainsi que nos lecteurs peuvent l'amr remarqué, il n'aimait à être contredit ni sur les faits ni sur les conclusions qu'il en tirait^, même par ceux qui étaient personnellement intéressés au sujet qu'il discutait. U continua donc à tracer la carrière littéraire de Lovel.

— Et par quel ouvrage comptez -vous marquer votre début comme homme de lettres ? Oh 1 je le devine. La poésie , la poésie, cette douce séductrice de la jeunesse. Oui , oui , là confiision modeste que je vois dans vos yeux en bit l'aveu positif. Et quel sujet anime votre verve ? Aspirez-vous à prendre votre essor jusqu'aux plus hautes régions du Parnasse, ou vous bornea>vous à quelques excursions au pied de la docte colline ?

— Je ne ij^e suis encore essayé que dans le genre lyrique.

— Je m'en doutais. Sautant de branche en branche pour essayer vos ailes. Mais je présume que vous avez dessein de prendre un vol plus hardi? Faites bien attention que je ne vous engage nullement à persister dans un métier si peu profitable. Mais vons dites que vous ne dépendez nullement du caprice du public?

— Pas le moins du monde.

— Et que vous êtes décidé à ne pas embrasser un genre de vie plus actif ?

— Quant à présent , telle est ma résolution.

— Eh bien donc , il ne me reste qu'à vousilonner mes avis sur ee que vons devez faire en ce genre, et à vous aider de tout moayÊlf^

L'ANTIQUAIRE. Ul

voir. Je sois moi-même auteur ^ j'ai publié deidt essais dans VAneifoarian reposilory ' , et par conséquent je ne suis pas sans expérience. L'un 9 intitulé : Remarques sur l'édition de Robert de Glocester , de Heames, est signé Scrutator; l'autre, sig^né Indagalor, est ane dissertation sur un passage de Tacite. Je pourrais y ajouter un écrit qui fit beaucoup de bruit dans le temps , et qui fut inséré dans le Gentleman' s Magazine ^ : c'était une discussion sur l'inscription d'OElia Leiia, et je la signai Œdipe, Vous Toyez donc qoe je ne laisse pas d'être initié dans les mystères de la littérature , et que je dois nécessairement connaître le goût et le caractère du temps. Or maintenant , je vous le demande , par où comptez-vous commencer?

— Je n'ai pas en ce moment l'intention de rien publier de si tôt.

— Ahl ce n'est pas cela; dans tout ce qu'on entreprend il faut toujours avoir devant les yeux la crainte du public. Voyons. Un recueil de poésies fugitives ? Non. Les poésies fugitives restent ordinairement stationnaires dans la boutique du libraire. Il faut que vous fessiez quelque chose qui soit en même temps solide et attrayant. Point de romans , point de nouveautés anomales, n faut vous établir de prime abord sur un terrain solide. Attendez. Que penseriez-vous de Tépopée ? l'ancien et grand poëme historique, continué pendant douze ou vingt-quatre chants. Oiii , c'est cela. Il ne vous faut qu'un sujet; je vous le fournirai. La bataille entre les Calédoniens et les Romains. Vous l'intitulerez la Calédoniade , ou P Invasion repoussée. Ce titre conviendra au goût du jour, et vous pourrez y placer quelques allusions au temps actuel.

— Mais l'invasion d'Agricola ne fut pas repoussée.

— Qu'importe? vous êtes poète; libre de toute dépendance. Vous n'êtes pas plus obligé que Virgile de vous assujettir au vrai et au probable. Vous pouvez battre les Romains y en dépit de Tacite.

— Et faire camper Agricola au Kaim de comment l'appelez-

vous? en dépit d'Ëdie Ochiltree.

— Ne parlons plus de cela , si vous avez quelque amitié pour moi. D'ailleurs , j'ose dire qu'il est possible que vous disiez la vérité dans les deux cas , en dépit de la toge de l'historien et du manteau bleu du mendiant.

I. Le iUpêrtoin on Beeupil éTÀmiquitet , esp^e de publication périodique. 9. Feuille périod2<pte mentuelle, et qui n'ett pai U plus MTante, c'est ««-dire U p!a« Mientifiqne,. '

143 L'ANTIQUAIRB.

— Le conseil est fort bon. Eh bien I je ferai de mon mieiix. Hdais vous anrez la bonté de me donner tontes les infonoatioiis locales.

« — Si je vous les donnerai I je ferai bien plus, j'écrirai des not^ critiques et historiques sur chaque chant , et je tous tracerai moimême le plan de tout le poëme. Je ne suis pas sans quelque génif poétique, monsieur Lovel; seulement je n'ai jamais so fair^ un vers.

— C'est bien dommage , Monsieur , qu'il tous manque une des qualités les plus essentielles de l'art.

— Les plus essentielles ? point du tout. Les vers sont ^ partie mécanique. Un homme peut être poète sans mesurer des spondées et des dactyles comme les anciens, et sans faire rimer le bout de ses lignes comme les modernes ; de même qu'on peut être architecte sans saToir assembler des pierres comme un maçon. Croyez-Tous que VitruTO ou Palladio aient manié la truelle ?

— Dans ce cas, il faudrait deux auteurs pour chaque poème, l'un pour inTenter et tracer , l'autre pour exécuter.

— Cela ne serait pas plus mauTais : mais, quoi qu'il en soit^ nous en ferons TépreuTe. Ce n^est pas que je désire que le public soit informé de la part que j'y aurai eue. On peut , dans la préface , reconnaître d'une manière gracieuse qu'on a reçu quelques secours d'un saTant ami : mais je suis inaccessible à la petite Ta-

'nité dont tant d'auteurs sont gonflés.

LoTel s'amusait en entendant une déclaration qui ne s'accordait guère aTcc l'empressement que son Tieil ami semblait mettre à saisir l'occasion de se montrer au public , quoique ce fut en quelque sorte monter derrière une Toiture , au lieu de se placer dans l'intérieur. Quant à l'antiquaire, il était raTi. Dé ïnême que bien des auteurs qui s'occupent dans l'obscurité de recherches littéraires , il nourrissait secrètement l'ambition de se faire imprimer , mais cette ambition était réprimée par des accès de défiance , la crainte de la critique , une indolence naturelle , et l'habitude de remettre au lendemain. -;- Maintenant , pensait-il, je puis , comme un autre Teucer, lancer mes traits à l'abri du bouclier de mon allié. En supposant qu'il ne soit pas un poète du premier ordre , je ne suis nullement responsable de ses fautes, et de bonnes notes peuTcnt faire passer un texte médiocre. Mais il est , il doit être bon poète. Il a la Téritable distraction poétique. Raitement il répond à une question aTant qu'on la lui ait faitç deux fois ; il se ^CUe en ou-

bliant dé laisser refroidir sod thé y il mangje sans savoir ce qa'il met dans sa bouche. C'est bien là VasCus pœticus, Vatven des bardas welches » le divinus a/jfilatus qui transporte le poète au-delà de ce monde sublunaire. Ses visions sont encore un symptôme de foreur poétique. Il faudra que je 3onge ce soir à envoyer Caxon voir s'il a eu soin d'éteindre sa chandelle : les poètes et les visionnaires sont souvent très négligens à cet égard. Se tournant alors vers son compagnon , il reprit à voix haute le fil de son discours.

— Oui y mon cher Lovel , vous aurez des notes en abondance » et eu vérité je crois que nous pourrons joindre à votre poëme mon traité sur la castramétation , par formed'appendix. Cela donnera beaucoup dç valeur à l'ouvrage. Nous aurons soin de faire revivre les anciennes formes , si honteusement négligées dans les temps modernes. Vous invoquerez les Muses , et certainement elles doivent sourire à un poète qui , dans un siècle d'apostasie, se' conforme avec la foi d'Abdid ^ aux anciennes formules d'adoration. Ensuite nous aurons une vision dans laquelle le génie de la Calédoide apparaîtra à Galgacus , et fera passer en revue devant lui toute la suite des vrais monarques d'Ecosse. Là j'aurai soin , dans une note 9 de ne pas manquer Boethius. Maïs non, il ne laut pas toucher à cette corde, les vibrations en seraient trop sensibles pour sir Arthur^ et il est vraisemblable qu'il aura assez de tribulations sans cela. Mais j'anéantirai Qssian , Mac-Pherson et Mac-Crib.

— Mais il faut songer aux frais d'impression , dit Lovel , voulant essayer si cette idée serait l'eau froide capable d'éteindre l'ardeur d'un collaborateur si zélé à s'offrir^

— Les frais d'impression ? dit Oldbuck en s'arrêtant et çn mettant machinalement la main dans sa poche. Sans doute , je pourrai? y contribuer. Mais n'aimeriez-vous pas mieux publier cet ouvrage par souscription ?

— Non certainement , répondit Lovel.

— Non, non, répéta l'antiquaire, ce n'est pas là une manière honorable de publier un ouvrage. Mais écoutez-moi ; je crois connaître mi libraire qui a quelques égards pour moji opinion ; il risquera le papier et l'impression, et je ferai vendre pour^votre Compte autant d'exemplaires qu^il me sera possible.

I . Abdiel , l'ange fidèle, qui refusa de déserter la cause des bons anges dans le Paradis perdu. *

i 44 L'ANTIQUAIRE.

— Oh I je ne suis pas nn autenr mercenaire. Tont ce qae je désire 9 c'est de ne courir aucun risque.

'— Bien , bien. Nous y Teillerons, nous le rejetterons tout entier sur Féditeur. Je voudrais que votre poëme fftt déjà commencé. Tous l'écrirez en vers blancs sans doute ?>C!e genre de poésie est plus grand, plus majestueux , et convient mieux à un sujet historique. D'ailleurs 9 et cela vous regarde , mon jeune ami, je le^rois

plus facile.

Cette conversation les conduisit jusqu'à Monkbamsyoti Fantiquairç eut à recevoir une mercuriale de sa sœur ^ qui , quoiqu'eQe ne fût pas philosophe , l'attendait sous le portique pour la lui ad* ministrer. .

— Mon Dieu! mon firère, lui dit-elle, les denrées ne sont-elles pas assez^ chères? Faut-il que vous fassiez vous-même hausser le prix du poisson en donnant à la mère MucUebackit tout ce qa'il lui plaît de vous demander ?

— Comment ^ Grizzy, je croyais avoir fait un excellent marché. — Un excellent marché I en donnant à cette effrontée la moitié

de ce qu'elle vous a demandé ! Si vous étiez une vieille femme et que vous achetassiez vous-même votre poisson, vous sauriez qu'il ne faut jamais offrir plus du quart. Et cette impudente 1 avoir l'assurance de venir demander un verre d'eau-de-vie ! mais Jenny et moi nous lui avons bien dit son fait , je m'en flatte.

— En vérité, dit Oldbuck en adressant un coup d'oeil malin à Lovel , je crois que nous devons bénir notre étoile qui nous a préservés d'entendre cette contestation. Eh bien, eh bien, Grizzy, j'ai eu tort une fois en ma vie ; ne ultra crepidam^ ; j'en conviens. Mais ne songeons pas à la dépensç ; les soucis tueraient un chat ^ Nou3 mangerons le poisson, coûte que coûte. Maintenant, Lovel, il faut que je vous dise que si je vous ai pressé de rester, c'est parce que je sais que nous ferons meilleure chère que de coutume, attendu qu'hier était un jour de gala. Je préfère le lendemain d*une fête à la fête même. J'aime les analecta, les coUectanea, comme je puis appeler les restes du dîner qui a paru la veille en semblable occasion. Mais voyez, voilà Jenny qui va sonner la cloche du dîner.

I, Qq* le cordonnier ne sorte pas de ses soulitrt, ». Proverbe anglais, Care killtd a Cat,

Page 1