CHAPITRE XIX
. . . • ' Mon cher coutin le liray« capitaine
A fièrement reçn notre jeune «oldat 1
Et pourquoi cependant ce funeste débat ?
Poor une bagatelle , on riep , une vétille ^
Sur an nom , sur on grade on s'est cherché castiUe.
La Quênlle.
L'auditoire ayait écouté cette légende ayec attention, et remo^ cia miss Wardour, comme la politesse l'exigeait. Oidbuckseal secoua la tète , et dit que la science de miss Wardour pouvait se comparer à celle des alchimistes, .attendu qu'elle avait su tirer une saine morale d'une légende ridicule et absurde. ^-> On prétend que c'est la mode d'admirer ces fictions extravagantes, ajouta-^il; quant à moi , j'ai le cœur d'un Anglais ,
£1 pour m'épouvanter l^s esprits et les ombre» * , Ne sortiront jamais de leurs demeures sombres.
— Atec fotre permission, mon pon monsieur OMenback, ditl' Allemand > miss Wardour afoit pien certainement tiré de pon or de cette histoire comme de tout ce qu'elle touche. Mais l'histoire da démon de Hartz ayant un grand arpre pour canne, et portant des feuilles sur la tête et à la ceinture, être pârbitement fraie, aussi fraie que moi honnête homme.
— On ne peut plus en douter avec une telle garantie, dit sèchement l'antiquaire.. Mais en ce, moment l'arrivée d'un étranger inter* rompit la conversation.
Cet étranger était un beau jeune homme d'envii*on vingt«cinq ans , en petit tmiforme , et martial dans son air et dans sa tournure, n tut reconnu sur-fe-champ par la plus grande partie de la compa* gnie.
— Mon cher Hector 1 s'écri» miss Mac*Intjre en se levant et en lui prenantia main.
— Heclor, fils de Priam, s'écria rantiqodre. Etd'où Tenez-vous, monaeveu? • '
--Dacomtë'de Fife, inan oncle , répondit le jeune homme. Et ayant salué avec politesse tonte la compagnie» et particulièrement sir Anbor et ^a fille : — En n^e rendant à Monkbams ponr tous voir y ajoata»t»il, f ai^nppris d'un domestique que je yoos troure^ rais ici avec sir Arthur y et je me suis bâté d^y venir pour avoir le plaisir de saluer en même temps d'anciens amis. ,
— Et de foire connaissance avec unnonveau, mon brave Trbyen; ditOldbdck. Monsieur Lovel y voici m6n neveu , le capitaine Machtyre. Hector , je vous présente mon ami , M. Lovel > qui^ j'espère, sera aussi le vâtre.
Le jeune militaire 'fixa ses yeux pénétrans sur M« Lovel , et le salua avec plus de réserve que dé cordialité. Celui-ci lui trouvant on air de froideur qui allait presque jusqu'au dédain » lui rendît son salut ayec autant d'indifférence que de hauteur; et ce fut ainsi qae, dès le premier instant de leur connaissance , chacun d'eux conçut contre l'autre un préjugé défavorable.
Les observations que fit Lovel pendant le reste du temps que àxm encore cette partie déplaisir ne furent pas de nature à lui faire goûter davantage ce nouveau compagnon. Le capitaine Mac-Intyre se dévoua au service de iiiiss Wardour avec toute la galanterie qu'on pouvait attendre de son âge et de sa profession , et saisit tontes les occaisions possibles d'avoir pour elle ces petites attentions que Lovel aurait donné le mon^é entier pour lui prodiguer , ce qn'il n'osait de peur de lui déplaire. Ce fut donc tantôt avec une espèce de désespoir^ tantôt avec dépit> qu'il vit le jeune et beau capitaine se mettre en possession jetons les privilèges de chevalier servant. Il présenta à miss Wardoiir ses gants , l'aida à mettre son schall , et ne la quitta pas de toute lai promenade ; touj ours prêt & écarter du sentier les petits obstacles iqni pouvaieiït s'y rencon* trer, et à lui offrir le bras quand le chemin était escarpé ou difficile : sa conversation était toujoursradressée à elle^ et quelquefois même do manière à n'être entendue que d'elle. Lovel savait que cette conduite pouvait n'être que le résultat de cette galanterie inspirée par l'égoïsme, qui porte certains jeunes gens de nos jours à s'emparer de i'attentiou de la plus jolie fçmme d'une société^ comme si les antres personnes qui la composent n'étaient pas dignes de ses regards. Mais il croyait remarquer dans les soins du capitaine Mac- Intyve quelque chose qui annonçait une prédilection pai'ticnlière
190 L'ANTIQUMRE.
capable d'éveiller la jalousie d'^n amant. Miss Wardour recevait ses soins, et quoiqu'il fût assez ju^te pour convenir qu'ils étaient (le nature à ne pouvoir étire refusés sans affectation, les iaiyoir accepter n'en était pas moins une blessure cruelle pour sou cœur.
L'humeur que lui causaient ces réflexions n'était pas propre à lui faire goûter la sécheresse des discussions de l'antiquaire, qui ne le quittait pas un instant ; et il entendit , ■ avec des mo'uveipeDft d'impatience qu'il avait peine à dissimuler, nne longue dissertation sur tous les genres d'architecture claustrale depuis, le style saxon si massif; jusqu'au gothique fleuri, et depuis le gothiqoe proprement dit jusqu'à ce style d'architecture mixte, adapté soos le règne de Jacques V", époque à laquelle, dit M. Oldbuck, tous les ordres furent confondus. Alors des colonnes de toute espèce s'élevèrent parallèles ou furent empilées les unes sur le& autres, comme si toute idpe de. symétrie avait été oubliée et les vrais principes de Tart perdus dans, une confusion nouvelle de toutes les règles. ■ — Quoi de plus cruel , s'écria-t-il avec enthousiasme, que le spectacle de maux dont on est le témoin forcé sans avoir le pouvoir d'y remédier I — Lovel répondit à cette exclama^on par oa sou;ir iavolontaire. — Je Vois, ïnon jeune et cher ami, reprit Tafitiquaire^ que votre cœur ^épÔQd au mieu, et que )a vue dépareilles choses vous fait souffrir autant, que moi. Lps avez -vous jamais vues sans être tenté d'accélérer la fin de procédés si désko' norans ? ,
— Déshonorans ! répéta Lovel, tout entier à l'idée qui l'occupait 5 et en quoi?
— Je veux dire honteux pour leurs auteurs, et pour ceux qui en pont témoins. < .
— Oii? comment? ' ,
— Par exemple, à Oxford, où un architecte ignorant et barbare s'est avisé de réunir à grands frai^ les cinq ordres d'architecture sur la façade d'un seul édiiice.
. C'était ainsi qu'Oldbuçk, sans se douter qu'il mettait Lovel à la torture , le forçait à lui ax^order quelque attention , comme uo pêcheur habile gouverne , par le moyen de la li^ne , les mouvemens les plus désespérés de sa pi oie expirante.
1^ retournaient alors à l'endroit où ils avaient laissé leà voitures y^i nous ne saurions dire combien de fois , pendant ce court trajet, Loyel, fatigué du babil infatigable de son digne compa*
gnon, donoa intérlearement au diable de bon cœur, ou à quiconque aurait voulu le délivrer de Tennuî d'en entendre parler plus longtemps y tous les ordres et désordres de rarchitecture inventés et combinés depuis ja construction du temple de Salomon jusqu'à no3 jours. Cependant un léger accident lui fit prendre patience , et calma un peu soA déplaisir. '
MissWardoiur et le jeune militaire qui s'était constitué son chevalier marchaient un peu en avant du reste de la société dans l'étroit sentier qu'ils suivaient. Isabelle , voulant . probablement se réunir à ses autres amis, et peut-être rompre son téte-à*téte avec le capitaine 9 s'arrêta tout à coup et attendit M. Oldbuck. — Je désirerais > lui dit-elle , voua depiander à quelle date remontent ces mines intéressantes. " . '. .,
Ou ferait injure au jugement de miss Wardour si l'on supposait qu'elle ignorait qu'une pareille question amènerait une réponse d'uue certaine longueur. L'antiquaire, tressaillant comme un cheval de bataille au spn de la trompette, se lança tout à coup au milieu des argumens pour et contre la date de 1272, qu'un ouvrage récent sur les antiquités architecturales d'Ecosse assignait comme celle de la construction du prieuré de Sainte-Ruih. Il lui débita les noms de tous lés prieurs qui dirigèrent successivement cpt établis* sèment religieux , des nobles qui l'avaient enrichi par des donations, et des rois qui avaient reçu les honneurs funèbres dans cette église aujourd'hui détruite. Gomme une allumette qui prend feu ne manque pas de le communiquer à celle qui la touche; le baronnet, entendant le nom d'un de ses ancêtres prononcé par Oldbuck, entra sur-le-champ dans le détail des guerres qu'il avait soutenues, des victoires qu'il avait remportées ,^ des lauriers dont il s'étaii; couvert; tandis que le docteur Blattergowl, à propos d'une concessjion de terres, cum decimis inclus is tàm vicariU quàm gaéalibus et nunquàm anteà sepçLratis , entra dans une longue explication sur l'interprétation donnée à cette clause par la cour des dîmes, lors d'un procès qu'il avait soutenu réceihment poUr. ^ug^menter les revenus de sa cure. . Lés trois orateurs, semblables s des chevaux de course, se pressaient d'arriver chacun à son but, sans s'inquiéter s'ils gênaient la marchcL de leurs Compétiteurs. M. Oldbuck haranguait, sir Arthur déclamait, le ministre •|)rè- <^t, et le tout offrait un mélange bizarre du latin barbare des concessions féodales avec le jargon de l'art héraldique et le bà-
t9i L^ANTIQUAIRB.
ragottiu p)tts barbare encore qu'employait la cour <les dîmes
d'Ecosse ^
— C'était 9 s'écriait Oldbuck en parlant du prieur Adhemar, un prélat yraiment exemplaire , et d'après la rigidité de ses mœurs, la séyérité des pénitences qu'il s'imposait , la charité dontil bisait preuTe en tonte occasion , et les infirmités de son grand âçe et de sa vie ascétique...
Un accès de toux qui l'interrompit en ce moment permit d'entendre plus distinctement ce que sir Arthur disait d'un de ses an* cétres. — On lui avait donné le surnom de V Enfer en armes. Son écu était fond de gueules » traversé par une bande noire que nous avons quittée depuis long-temps. Il périt à la bataille deVemeail, en France , après av«ir tué six Anglais de sa prop^re. . .
— Décret de certification , dit le ministre de ce ton lent , solennel et soutenu, qui, quoique étouffé d'abord par les cris d'orateurs plus véhémensy promet à la longue d'obtenir l'ascendant sur eax; — décret de certification'ayant en lieu, les parties étant regardées comme convaincues par leurs propres aveux , la preuve semblait être complètement claire , lorsque leur avocat demanda à faire entendre des témoins qui prouveraient que les champs dans lesquels ils avaient coutume de conduire leurs troupçaux étaient exempts de dîmes , ce qui n'était qu'une évasion; car...
Mais ici l'accès de toux de M. Oldbuck étant passé , et le baronnet ayant repris haleine , ils se remirent à parler tous ensemble; et les trois fils de la conversation , pour parler le langage d'an tisserand 9 sef mêlèrent ensemble au point de ne pouvoir plus être distingués.
Cependant y quelque peu intéressant que fût ce jargon > il était évident que miçsWs^rdour aimait mieux l'écouter que de donner au capitaine Mac-Intyre l'occasion d'entainer de nouveau avec elle une conversation particulière. Après avoir attendu quelque temps avec un mécontentement que sa hauteur ne déguisait qu'en partie, celui-ci la laissa libre de se livreur à son mauvais goût ; et prenant sa sœur par le bras, il la retint un peu en arrière du reste de la compagnie.
I . The têinds court, La cour de» dîmes , quoique formée des juge» de la cour des Mttioos, a toujours eiercë une juridiction ditliocte. Elle se réunit deiu fois par màu; ses atiriba* tions sont de déterminer le «transfert des dîmes , les revenu» des nûlûttres , la difisioa à. lUM paroisse en deux , la cônitruciion des églises , etc.
L'ÂNTlQÛAIRË. 193
— Je trouve y Marie > que votre voisinage n'est devenu ni plus animé m moius savant depuis que je vous ai quittés.
— Il nous Sstlkit votre patience et vôtre sagesse pour nous in* striure^ Hector.
— Grand merci, ma chère sœur. Mais il me semble que l'addition faite à votre société lui a fait gagner,' sinon plus de vivacités aa moins plus de sagesse qu'elle n*en avait perdu par l'absence de TOtre frère indigne. Qui est donc ce M. Lovel, si bien ancré dans les bonnes grâces de notre vieil oncle, qui n'est pourtant pas dans Tbabitude de faire tant d'accueil à des' étrangers? -
— M. Lovél , mon frère , est un jeûne homme comme il faut ^ . —Sans doute ; c'est-à-dire qu'il salue en entrant dans un salon, et qu'il porte lin habit dont les coudes ne sont pas troués.
— Je veux dire, mon frère', que ses manières et ses discours prouvent qu'il a reçu une excellente éducation , et qu'il appartient à une classe distinguée de la société.
— Mais je désire savoir quel est le rang qu'il y occupe , quelle est sa naissance , quels sont ses droits pour paraîtrédans la société où je le trouve? , ^
-- Si vous voulez savoir pourquoi il vient à Monkbarns j. il faut le demander à mon oncle ^ qui vous répondra probablement qu'il est le maître d'inviter à venir che^ lui qui bon lui semble» Et si vous vous adressez à sir Arthur, il vous apprendra que M. Lovel lui aïendu , ainsi qu'à sa fille , le service le plus signalé. *
— ^uoi ! cette histoire romanesque est donc vi^ie? Et , je vous prie, ce valeureux chevalier aspire*t*il, comme c'est l'usage eii pareil cas, à la main de la belle dont il a été le libérateur ? Cela va de droit dans un roman, je le sais, et j'ai trouvé la conversation deuùssWardour extraordinairement sèche tandis que je l'accompagnais. Elle se retournait même de temps en temps comme si elle eût craint de donner de l'ombrage à son galant chevalier.
--Mon cher Hector, si vous continuez vérita))lement à nourrir votre attachement pour miss Wardour...
— Si ? pourquoi ce si , Marie ?
— J'avoue que je regarde votre persévérance comme sans espoir. ^
— Et pourquoi sans espoir, ma prudente sœur? Miss Wardour, dans la situation oii se trouvent les affaires de son père , ne peut