‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 38 sur 91 · I. Gentleman- like · texte numérisé non relu

I. Gentleman- like

194 L'ANTIQUAISE.

prét«idre àtme gnmde fortane; et quant à la famiU^i ja 19a flatte que celle des Mac>-Intyre n'est pas inférieure à la siernie.

— Mabj Hector 9 songez donc que sir Artfant noua considère comme appartenant à celle de Monkbams.

— Sir Arthur peut penser ce qne bon lui semble; mais quiconque a un peu de sens commun contiendra que le rang de la femme se règle par celui du mari , et que ma généalogie paternelle, comptant quinze degrés sans la moindre taphe , doit ayoir anobli ma mère, quand il n'aurait coulé dans ses veines ^e de l'encre d'imprimeur.

— Pour l'amour du ciel! Hector > prenez garde à ce qiie tous dites; bne seule expression semblable rapportée à mon onde par un indiscret ou par quelqu'un intéressé à vous nuire , vous ferait perdre ^s .bonnes grâces et tout espoir de succéder jamais à ses biens.

— Qne m'importe! j'exerce une profession dont le monde n'a jamais pu se passer^ et qui lui sera encore plus néceiisaire que jamais pendant un demi-siècle. Mon cher oncle peut donC| si bon loi semble , Marie , attacher son domaine et son nom plébéien aux cordons de votre tablier , et vou3 pouvez épouser son nouveau &vori'si vous voulez, et mener ensemble une vie douce , tr^^iqaille et régulière , s'il plaît à Dieu. Quant à mioi, mon p$trU ^tbien pris , et je ne ferai jamais la cour à personne pour obClpuif* m l^^* ritage qui doit m'appartenir par droit de naisçfuic^.

Miss Mac-Intyre. appuya la main sur le br^ de aon frèrf f et le supplia ie parler avec moins de véhémence. — Qi)i vous ni^t^qui cherche avons nuire j lui dit-ePe, si c^ n'est votre caractère impétueux ? Quels dangers avez-vous à braver, si ce ne sont ceni que vous attirez voustméme sur votre tête ? Notre oncle a agi envers nous jusqu'ici avec une bonté vraiment pa(^rue}le; poMT* quoi supposer qu'il se conduira à notre égard af^trement qu'il ne l'a fait depuis que la perte de nos pareus nous a laissés à ses soins? ' ^

— ^^ C'est un excellent vieillard, j'en dois convenir» répliqua Mac-lntyre , et je suis enragé contre moi quand il m'arrive de Volfenser : mais ses harangues éternelles sur des sujets qui ne valent pas l'étincelle d'une pierre à fusil , ses dissertations interminables sur de vieux pots et d^anciennes casseroles hors de service^ me font quelquefois perdre patience^ Il faut que je l'avoue, il y a en moi quelque chose d'Hotspur.

L'ANTIQUiliOL m

— Que trop , mon frère , beaucoup trop I Combien de risques ce caractère violent ne vous a-t-il pas déjà fait courir, et c[uelquefois, permettez-moi de vous 1^ dire, dans des occasions qui ne voQs étaient pa$ trop honorables I Faites en sorte iiue de tels nuages ne yieonent pas rembrunir le temps que tous avez à passer près de nouSi et uM)ntrez-Yous à notre bienfaiteur tel que vous éteSi bon> généreux^ yif , mais non fougueux et opiniâtre.

— Fprt bien I yùilk m^ leçon, faite. De bonnes manières, ce seri^ mon mot d'ordre ; et pour commencer , je serai civil avec votre nouvel.ami , je dirai quelques mots à ce-M. Lovel.

Dans cette, résolution , qui était sincère en ee moment, il rejoignit la compagnie. La dissertation était ajiors terminée , et sir Arthur paillait de nouvelles étrangères et de la situation politique et militaire du pays, sujets sur lesquels chacun se croit en état d'émettre une opinion. Une bataille de l'année précédente ayant été mise sur le tapis > Lovel, se mêlant à la conversation, en donna quelques détails dont l'exactitude parut douteuse au capituine Maolatyrç , qui en lit l'observation, quoique avec politesse.

'- Vous devez convenir ici: que vous avez tort, Hector, dit M. Oldbuck, quoique je ne connaisse personne qui fasse plus difficilement un pareil aveu. .Vous étiez alors en Angleterre , et M. Lovel était probablement à l'affaire dont il s'agit.

-- Je parle donc à un n^Utaire ? dit 91a4>Intyre : puis-je savoir à quel régiment appartient M. Lovel ?

Lovel lui donna le numéro du régiment.

— Qest bien étrange que nous ne nous soyons jamais rencontrés, monsieur Lovel. Je connais parfaitement votre régiment, car il était de la même division que le mien.

Une légère rougeur couvrit un instant le visage de Lovel. — Il y a long-temps que je n'ai été à mon régiment, répondit-il ; j'ai servi, la campagne dernière , d^ns l'état-major du général sir.. •

-Oui, cela est encore plus étrange. Je n'ai pas servi sous le général sir... , mais j'ai connu tou^ les noms des officiers de sou état-major ^ et je me souviens pas d'y avoir vu celui de Lovel.

Celte observation fit rougir de nouveau Lovel , et cette fois sa rongeur fut assez marquée pour attirer l'attention de toute la compagnie, tandis qu'un sourire méprisant sejnblai t. indiquer le ^omphe du capitaine Mac-lhtyre.

— Il y a quelque chose d'étrange dans tout cela , se dit Oldbuck a lui-même, mais je n'abandoniierai pas si facilement le phénix des

compagnons jde voyage. Ses actions, ses discours > ses manières , tout annonce en loi on homme bien né.

Cependant Lovel I ouvrant son portefeuille, y prit une lettre qu il retira de son enveloppe , et la présentant à Mac4ntyre : — Vous connaissez probaUemtsnt, lui dit-il, l'écriture du général ^^^; peut-être ne devrais-je pas montrer des expressions exagérées de son estime et de son amitié pour moi. — Cette lettre contenait des remerciemens et des éloges poi^r uo service militaire récemm^it rendu. Le capitaine , après y avoir jeté les yeux, ne put nier que ce ne fût l'écriture du général. — Mais, ajouta-t-il d'un ton sec en la\rendant , l'adresse y manque. \

— L'adresse^ capitaine, répondit Lovel sur le même ton:, sera à votre service quand vous voudrez venir me la demander.

— C'est ce que je ne manquerai pas de faire, répliqua Mac- Intyre.

— Eh bien ! eh bien ! s'écria Oldbuck , que signifie tout ceci? C'est bieti le diable 1 Nous ne voulons pas de bravadesici. Revenezvous de faire la guerre à l'étranger pour rapporter la discorde dans . notre pays paisible ? Ltes-vous^ comme de jeunes bouledogues qni , lorsqu'on a arraché le pauvre taureau: à leur forear, s'attaquent les uns les autres , et mordent les jambes des honnêtes gens? ,

Sir Arthur dit qu'il se. flattait que ces Messieurs ne s'oublieraient pas au point de s'échauffer pour une vétille telle que l'adresse d'une lettre.

Tous les deux assurèrent que rien n'était plus éloigné de leurs in* tentions , et protestèrent , les joues enflammées et leà yeux édncelans> que jamais ils n'avaient été plus calmes. Cependant un nuage sombre sembla couvrir toute la société , et chacun paria tour à tour avec trop de régularité pour que la gaieté pût y régnen Lovel vit aux regards qu'on jetait sur lui à la dérobée, et à l'air froid qu'on lui témoignait, qu'il était devenu suspect à une partie de la compagnie; et sentant que la manière dont il avait répondu aux questions du capitaine avait dû le placer sous un jour peu favorable, il prit Irrésolution héroïque de sacrifier le plaisir qu'il avait espéré de goûter en passant la journée à Knockwiunock.

II aSecta donc de se plaindre d'un violent mal de tête occasioné par la chaleur du soleil , auquel il venait de s'exposer pour la pre« mière fois depuis son indisposition^ et pria sir Arthur de vouloir bien l'excuser s'il se trouvait dans l'impossibilité de tenir son en*

gagement. Le baronnet, plus, occupé de ses soupçons que du service qu'il avait reçu , n'insista qu^autai^t que la politesse l'exigeait.

Lorsqu'il prit congé des dîames, il remarqua en miss Wardour plus d'agitation qu'elle n'«i avait encore montré. Elle laissa voir par un coup d'oeil qu'elle jeta sur le capitaine , et dont Lovel fat le seul qui s'aperçut, quel était le motif de ses alatmes , et dit à Lovd, d'un ton ému , qu'elle espérait que ce n'était pas un engagement moins agréable qui les privait du plaisir de sa société. Il répondit quMl n'en avait contracté aucun, et que ce n'était que le retour du mal dont il avait déjà été atUqué qui Ppbligeait à se retirer.

- Le meilleur remède en pareil cas est la prudence, et je... et tous les amis de M. Lovel doivent espérer qu'il y aura recours* Lovel la salua en rougissant, et miss Wardour , .comme si elle eût senti qu'èîle eu avait trop dit , se détourna et monta en voiture . Il ncTestàit à Lovel qu'à faire ses adieux à l'antiquaire, dont C«|ton, peidant ce temps> avait arrangé laperruque en désordre et brossé l'habit, que la poussière n'avait pas respecté au milieu des ruines. -Quoi ! s'écria Gldbuck , n'allèz-TOus pas nous quitter^ cause de la curiosité indiscrète et de la violence de ce fou d'Hector? C'est un. étourdi , un enfant gâté ; il était encore entre les bras de sa nourrice , quand il me jeta son hochet à la tête parce que je lui refusais ttn morceau de siwre. Vous avez trop de bon sens pour faire attention à ce que dit un semblable écervelé. Souvenez^vous de notre ami Horace : ^quain servare ineniem K J'aurai soin de faire une bonne mercuriale à Hector et de lé rappeler à Tordre.

Lovel persisunt dans son dessein de retourner à Fairport , l'an- %aire prit un ton plus grave. —Jeune homme, lui dit-il, pren ez garde de vous abandonner à la fougue du moment ; la vie \m& a été donnée pour un but utile et louable et vous devez la conserver pour &ire honneur à la littérature de votre patrie , quand vous n'êtes pas appelé à l'exposer pour sa défense ou pour celle de l'opprimé. La guerre d'homme à homme était une pratique inconnue aux anciens peuples civilisés , et c'est de toute» les absurdités introduite» par les tribus gothiques , la plus grossière, la plus barbare et la pins impie. Ne pensez plus, à cette querelle absurde , et je vous «montrerai le traité que je composai sur le duel quand le clerc et le

*• Conserver ion égalité d'ame.

* prévôt àe la ville , voulant se doAner des airs de gentilshommes) se défièrent en combat singulier. J'avais dessein de Caire imprimer cet essai, que j'ai signé Pacljicator^ mais cela devint inutile parce le conseil de la Ville se chargea d'arranger l'affaire.

— Je vous assure^ mon cher Monsieur, qu'il ne s'est rien passé entre' le capitaine Mac-lntyre et moi qui puisse nécessiter une intervention si respectable.

— Soit ; je le désire , parce que autrement je vous servirais de second à tous deux.

En parlant ainsi, le vieillard monta dans la chaise de poste ^ près de laquelle miss Ma'c-Intyre retenait son fi^ère , comme le maître d'un chien hargneux le tient en laisse pour empêcher qu'il h'attaque personne. Mais Hector parvint à déjouer cette manœuvre prudente. Comme il était à cheval , il resta derrière les voitures jusqu'à un coude que faisait la route pour conduire à Knockwinnock , et se détournant alors il prit an grand galop le chemin qui conduisait à Fairport.

Il ne lui fallut que quelques minutes pour rejoindre Lovel, qui» prévoyant; peut-être les projets du capitaine, ne mariéhliît qu'au petit pas. Le bruit des pieds d'un cheval qui galopait à toute bridé lui annonça bientôt l'arrivée de Mac-IntyTe^ Ce jeune militaire , naturellement fougueux , et échauffé par la rapidité de sa course, s'arrêta brusquement à côté de LbVel, et touchant légèremei)t son chapeau de la main, lui demanda avec hauteur: — Quelle était votre intention,. Monsieur, eii me disant que votre adressé était à mon service?

— Uniquement, Monsieur, tjè vous faire savoir que je me nomme Lovel , et que je loge en ce moment à Fairport, comme vous pouvez le voir par cet!;é carte.

— Et ce sont là tous les renseignèmens que vous avez à me donner?

— Je ne vois pas quel droit vous avez de m'en demander d'autres.

— Vous trouvant dans la compagnie de ma sœur. Monsieur, j ai droit de savoir qui y est admis.

— Je prendrai la liberté de vous conteste^ ce droit. Vous me trouvez dans une société qui s'est contentée des informatious que j'ai cru convenable de donner sur mes' affaires , et un homme qui n'est pour moi qu'un étranger ne peut m'en demander davantage.

^L'ANTIQUAIRE. 19f

- — Monsieur Lovei, si yoti& avez servi , comme tous le dites;..*.

— Siî Monsîem*, si j'ai servi , comme je le dis?

•^ Oaiy Monsieur, telle est mon expression. Si vous avez servie comme votas le dites, vous devez savoir <^ue vous me devez satisbetion d'une manière ou d'une autre.

— Si telle est votre opinion , capitaine, je vous la donnerai très volontiers de la manière que Tentendent les gens d'honneur.

— Fort bien. Monsieur, dit Hector .> Et tournant bride,' il se hâta d'aller rejoindre sa société.

Son absence avait déjà' jeté Falarme. Sa sœur avait fait arrêter la voiture , et regardait par la portière pour tâcher de Tapercevoir..

^ Eh bien , qu'avez-vons donc ? lui demanda l'antiquaire : pourquoi galoper ainsi de cà et de là, comme s'il s'agissait d'une gageure ? que ne restez-vous près de la voiture?

^—J'avais oublié un gant. Monsieur, répondit Hector.

—-Oublié! je croirais plut&t tjue vous êtes allé le jeter. Mais j'aurai les yeux sur vous, tête sans cervelle, et vous reviendrez ce soir avec moi à Monkbarns. A ces mots, il ordonna au postilIoA ée partir.

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