CHAPITRE XX
A l*hoB|Aeur aujourd'hui »i voua n'êtes fidèle , Gaf-âez-Vbas dés«ft'maift de soupirer pour elle ; De» arai«s renonces k rbonocable état ; Perdez en un instant jusqu'au nom de soldat.
Tel le triste laurier, frappé par le tonnerre . Voit son noblo feniUage épar.s sur la poussif.
LaQuertlU.
Le lendemain matin, de bonne heure, un militaire se présenta chez M. Lovel, qui était déjà levé et qui le reçut sur-le-champ. C'était mi ami de Mac-Intyre, un officier chargé de recruter à Pairport : Lovel et lui se connaissaient légèrement.
— Je présume , Monsieur, lui dit le capitaine Leslej, que vous demez le motif d'une visite qui m'oblige, à vous déranger d6 si ^rand matin?
— Un message du capitaine Mac-Intyre, sans doute.
' — Précisément. Il 3e dit offensé du refus que tous atez fait hier de répondte à certaines questions qu'il croyait avoir le droit de faire à un homme admis dans la société de sa &miUe.
— Oserai-je vous demander si vous, monsieur Lesley, vousseriez disposé à répondre à un interrogatoire fait avjec si peu de cé«
rémonie et d'un ton de hauteur?
— Peut-être que non.. Et c'est pourquoi» connaissant le caractère ardent de mon ami Mac-Intyre en de telles occasions, je désire infiniment jouer le rôle de pacificateur. D'après les manière distinguées de monsieur Lavel, chacun doit souhaiter ardemment de le voir dissiper les doutes calomnieux qui s'attachent à celai dont la situation dans le monde n'est pas suffisamment connae. S'il veut^ par vbie.de conciliation, me mettre en état d'apprendre au capitaine Mac-Intyre son véritable nom , car nous sommes portés à croire que cehii d^Lovel en est un emprunté....
— Pardon, Monsieur, maisjenepuisadmet;tre cette supposition.
— Ou du moins ^ continua Lesley, que ce n'est pas celui sons lequel. monsieur Lovel a toujours été connu. Si monsieur Lorel veut avoir la bonté d'expliquer cette circonstance.^ ce qu'il doit faire, à mon avis, par égard pour lui-^néme, je garantis que cette affaire désagréable s'arrangera à l'amiable.
— C'est-à-dire, monsieur Lesley, que si je me soumets à répondre à des questions que personne n'a le droit de mê faire, et auxquelles on me somme dé repondre sous pe^ne d'être exposé à tout le courroux du capitaine Mac-Intyre> le capitaine aura la bonté de se trouver satisfait? Je n'ai qu'un mot à vous dire à ce sojet, monsieur Lesley. Je n'ai nul doute que mon secret, si j'en avais un, ne pût être confié sans aucun risque à votre honneur; mais je ne me sens disposé à satisfaire la curiosité de personne. Le capitaine m'a trouvé dans une société qui devait suffire pour lae laisser dafis l'esprit de qui que ce soit, et surtout dans le sien , aucnn doute sur mon caractère. A mon avis^ il n'a aucun droit de de-
mander quels sont le rang > l'état et la naissance d'un étranger qai) sans cherchera %voir aucune liaison avec lui, se trouve par basard à dîner avec son oncle, ou qui se promène dans la compaf m^' de sa sœur.
— En ce cas, monsieur Lovel, le capitaine Mac-Intyre demande que vous renonciez à toutes visites àMonkbarns et à toute liaison avec sa sœur, votre présence dans sa famille lui étant desagréable.
— Bien certainement y monsieur Lesley^ j'irai voir M* Oldback^ toutes les fois que je le trouverai bon» sans m'inquiéter des menaces de son neyeu ni de ce qu'il en pourra penser. Quant à-miss Mao-Intyre, quelque légère que soit ma (Connaissance avec elle, je larespecte trop pour souf&ir que son nom se trouye mêlé dans cette qaerelle.
— Telle étant votre réponse , le capitaine Mac-Intyre requiert monsieur Lovel , s'il ne veut passer pour un homme d'une réputation douteuse, de lui accorder un rendez-vous, ce soir à sept heures, à l'aubépine qu\)a trouve dans la petite vallée, près des ruines de Sainte-Ru th.
— Je ne manquerai pas de m'y trouver. Il n'y a qu'une difficulté : il faut que je me fasse accompagner par un ami > et ne connaissant personne à Fairport, je ne sais où en trouver un dans un si court délai. Quoi qu'il en soit, vous pouvez assurer le capitaine que je me trouverai au rendez-vous.
Lesley avait pris son chapeau^ et était déjà à la porte de l'appartement , quand , frappé de l'embarras où Lovel disait être., il revint tout à coup sur sei^ pas. — Monsieur Lovel , lui dit-il, il y a dans tout ceci quelque chose de si singulier, que je ne puis me dis» penser de vous faire encore quelques observations. Vous devez sentir vous-même les incon venions qui résultent en ce moment de rincognito que vous prétendez garder,. et dont je suis convaincu qu'il n'existe aucune raison qui puisse vous faire rougir. Ce mystère augmente pourtant la difficulté que vous éprouverez à trouver un ami dans une crise aussi délicate. Vous me permettrez même d'ajouter que bien des gens regarderont Mac-Intyre comme une espèce de Don Quichotte, et le blâmeront d'avoir une affaire d'honneur avec un homme dont le nom et le rang sont enveloppés d'obscuritéi
-—Je vous comprends, monsieur Lesley; votre observation est sévère, mais je ne m'en offense point, parce que je ^ens qu'une l)onne intention vous l'a dictée ; toutefois, permettez-moi de vous répondre qu'on a droit, selon moi, à tous les privilèges d'un homme d'honneiu*, d'un homme bien né, quand on n'a pas mérité le plus léger reproche pendant tout le. temps qu'on a été connu dans une société. Quant au second qu'il me faut, j'ose espérer que je trouverai quelqu'un qui voudra bien m'en servir, et, s'il n'a pas autant d'expérience que je pourrais le désirer, je suis con-
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vainca que je n'ai rien à appréhender de cette citconstaik^, piiisqae c'est vous qui accompagnerez mon adversaire. -
—^ J'ose m'en flatter, monsieur Lovél; mais je dois désirer, pour moi-même , de partager le fardeau de cette responsabilité avec un homme entendu dans ce genre d'affaires. Permettez-moi de vous dire que le brick du lieutenant Taffiril est en rade, et qu'il loge lui-même chez le vieux Gaxon, oii vous le trouverez. Je crois que vous le connaissez à peu près autant que nous nous connaissons ; et, comme je n'aurais fait aucune difiiculté de vous servir de second, si vous me l'aviez demandé et que je n'eusse pas d&éD servir à votre antagoniste, je suis persuadé qu'il ne refusera pas de vous accompagner.
— Eh bien donc, monsieur Lesley, à ce soir à sept heures, dans la vallée de Sainte-Ruth. Je présume que nos armes seront des pistolets?
— Si cela vous convient. Mac-Intyre a choisi l'heure où il lui ^era le plus facile de s'échapper de Monkbarns. Il est venu chez moi ce matin, à cinq heures , afin de pouvoir être de retour avant que son oncle fût levé. Je vous salue , monsieur Lovel. Et Lesley se retira.'
Lovel était aussi brave que- qui que ce soit ; mais personne ne peut voir sans quelque inquiétude approcher le moment d'une telle crise. Dans quelques heures il pouvait être dans un autre monde ^ où il aurait à rendre compte d'une action que sa religion lui représentait comme criminelle , ou se voir obligé à errer comme Gain dans celui-ci , la main teinte du sang de son frère. Et un seul mot pouvait lui épargner cette fâcheuse alternative ; mais l'orgueil lui représentaitque prononcer ce mot à présent, ce serait donner lieu à des soupçons encore plus humilians quêtons, ceux que son silence avait pu faire concevoir. — Chacun alors, pensait-il , et miss Wardour elle-même, le regarderait comme un lâche, qui aurait accordé à la peur d'un duel ce qu'il avait refusé aux représentations calmes et honnêtes de M. Lesley. La manière insolente dont Mac-Intyre s'était conduit envers lui , l'injustice, l'arrogance et l'incivilité qu'il avait montrées en faisant subir un interrogatoire à un homme qui lui était étranger ; enfin l'air de prétention qu'il affichait auprès de miss Wardour, tout ne lui défendait-il pas de repondre à des question? faites d'un ton grossier? Il prit donc la résolution qu'on devait attendre d'un jeune homme , celle de
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fermer rbreîlle aux conseils de la raison, et de suivre ceu3^ de For- ^il offensé. Ce fut dans ce dessein qu'il se rendit chez le lienteinantTaffril.
Le lieutenant le reçut avec la politesse d'un homme du monde et la franchise d'un marin ; il écouta, non sans surprise, le détail qui précéda la prière que lui fit Lovel dé vouloir bien l'accompagner à son rendez- vous avec le capitaine Mac-Intyre* Se levant alors, il fit une ou deux fois le tour de sa chambre.
— C'est une circonstance bien singulière, dit-il, et réellement...
— Je sais , monsieur Taffril , que je n'ai guSre le droit de vous faire une pareille demande ; mais l'urgence est telle que je n'ai pas d'autre alternative.
— Permettez-moi de vous faire une question. I*armi les motifs qui vous déterminent à cacher votre nom , y a-t-il quelque chose qui paisse vous faire rougir?
— Pas la moindre chose ; et îe me flatte qu'avant peu ce mystère cessera d'en être un.
—J'espère qu'il n'a pas pour cause la fausse honte que pourrait vous occasioher une naissance humble ou obscur^
— Non , sur mon honneur.
— Je n'aurais guère d'indulgence pour cette faiblesse ; on ne doit pas même m'en supposer; car, s'il s'agit de famille, je puis dire que je suis né sous le mât de mon vaisseau, et je compte incessamment, eii dépit du qu'en dira-t^n, épouser une jeune fille d'une naissance obscure, mais aussi. aimable que vertueuse, et à laquelle je me suis attaché quand nous demeurions porte à porte , dans un temps où je ne comptais guère sur la bonne fortune qui m'a ^alu de l'avancement dans le service.
•— Je vous assure, monsieur Taffril> que, quel que fût le rang de mes parens , jamais un faux orgueil ne me le ferait cacher ; mais je me trouve ei^ ce moment au milieu de circonstances qui me défendent d'entrer dans aucun détail sui; ma famille.
— C'en est assez^ dit l'honnête marin. Donnez-moi la main ; je vous aiderai de mon mieux dans cette affaire , quoiqu'elle ne soit pas agréable au fond ; mais qu'importe ? après nptre pays , notre honneur a les premiers droits sur nous. Vous êtes un brave garçon, et j'avoue que je regarde Hector Mac-Intyre , avec sa longue généalogie et son orgueil de famille, comme un insolent i son père était un soldat , comme je suis un marin de fortune. Lui-même
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ne Tant gnère mieux » si ce n'est que son oncle Paide on pea ; et qu'on fasse son chemin dans l'armée de terre ou dans la marine, je n'y vois pas grande différence,
— Pas la moindre, certainement.
— Eh bien! nous dînerons ensemble , et nous irons ensuite au rendez-vous. Je me flatte que tous savez manier le pistolet?
^~7 Je ne me pique pas d'y être très habile.
— J'en suis fâché. On dit que Mac-Intyre manque rarement soq coup.
'— J'en suis fâché aussi , tant pour lui que pour moi. Au sorplus, comme je suis foroé de me défendre , je viserai de mon miem.
— J'amènerai le chirurgien de mon bricks brave jeune homme. Personne ne s'entend mieux à boucher une boutonnière au pourpoint. Je ferai savoir à Lesley , qui est un brave garçon pour on officier de terre, que je le prends pour donner ses soins, n'importe à qui. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous en cas d'accident?
— Je ne vous donnerai pas beaucoup d'embarras ; répondit Lovel ; ce papier contient la clef de mon portefeuille. Vous y troa* verez mon secrit^ et une lettre , ajouta-t-il en étouffant un soupir, que je vous prie de vouloir bien remettre vous-même à son adresse.
— J'entends , dit le marin ; mais il n'y a pas de quoi rougir. Un sentiment tendre peut mouiller un instant les yeux, quand on prépare le vaisseau pour l'action. Au surplus, comptez sur moi; Taffril se conformera à toutes vos instructions , comme si c'était la dernière prière d'un frère mouratit. Mais c'est nous occuper de bagatelles ; il faut vous disposer an combat , et vous viendrez dîner avec mon petit cliirurgien et moi à quatre, heures, aax Armes de Grœme, de Taulre côté de la rue.
' — Cela est convenu, dit Lovel. •
— Convenu , répéta Taffril. Et l'affaire fut arrangée ainsi. C'était une belle soirée d'été , et l'ombre de l'aubépine solitaire
commençait à. grandir sur le tapis de verdure de la petite vallée bordée par les bois au milieu desquels sont les ruines de Sainte- Ruth.
Lovel , le lieutenant Taffril et le jeune chirurgien arrivaient en cet endroit dans un dessein qui n'était guère enharmonie avec l'aspect do^x et calme de la nature. Les moutons, qui^ pendant la grande chaleur du jour, s'ëtaient retirés dans les creux et les cavernes des rochers, ou entre les racines des vieux arbres , étaient
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alors iispaudtts sur la montagne * il y avait dans leajrs bèlemens répétés ce son mélancolique et monotone qui fait ressortir la solitude d'au paysage plutôt qu'Une l'anime. Taffril et Lovel causaient d'un air animé en marchant, ayant chargé le domestique du lieutenant de reconduire leurs chevaux à la ville, de crainte d'être découverts. Mac-Intyre et son second n'étaient pas encore arrivés; màis^ en approchant du lieu désigné, ils virent assis sur les racines du vieux chêne un homme dont la vieillesse était aussi verte que celle de Tarbre dont les branches lui servaient d'abri : c'était Ëdie Ochîltree.
—Cela est assez embarrassant, djtLovel ; comment nous défaire de ce vieux mendiant?
— Père Edie , lui dit Taffril qui le cottnaissait'depuislong-temps, Toilà une demi-couronne pour vous; mais il faut que vous alliez snr-le-chainp djaoL Quatre-Fers y la petite auberge sur la route: vous la connaissez ? Vous demanderez un domestique en livrée jaune et bleue ; et > s'il n'y est pas , vous l'attendrez. Vous lui direz que nous y serons avec son maître dans une heure; 'mais, dans tous les cas, restez-y Jusqu'à ce que nous soyons arrivés, car nous pourrons bien avoir encore besoin de vous. Dépêche- vous ; allons, partez, levez l'ancre..
— Je vous remercie de votre aumône, monsieur Taffril ^ répondit Edie en mettant la pièce d'argent daùs sa poche; mais je vous demande pardon > je ne puis faire votre commission tout dé suite.
— Et pourquoi ? Qui vous en enipêche ? .
— B faut que je dise un. mot en particulier à M. Lovel.
— Amoil Et qu*avez-vous à me dire? Allons, venez, et soyez bref. Le mendiant le Conduisit à quelques- pas.
—Devez- vous quelque chose au laird de Monkbarns?
— Moi? non. Mais qu'importe? Pourquoi me faites- vous cette demande?
--Vous salirez que j'étais aujourd'hui chez le shériff; car. Dieu înerci, on me trouve partout comme un esprit eu peine ; et qui y vis-je arriver à grand train dans une chaise de poste, si ce n'est M. Monkbarns lui-même , tout effarouche ? Or ce n'est pas pour rien que Son Honneur prends une chaise de poste deux jotu^ de suite.
— Eh bien ! en quoi tout cela me concerne-t-il?
— Un moment de patience , vous allez le savoir : Monkbarns s'enferma avec le shériff^ quoiqu'il y eût bien du monde arrivé avant lui ; mais vous savez que les pauvres gens sont faits pour at-
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tendre , el que les gens d'importance sont toajoim çivik entre eux.
— Pour l'amour du toiel , mou yie/\ ami...
— Que ne m'euvoyez-vous tout d'mi coup au diable, monsienr Loyel ? cela vaudrait mieux que de parler du ciel avec ce tond'im* patience.
— IMais j'ai une affaire pressante avec le lieutenant Taffril.
— Eh bien chaque chose en son temps,^. Je puis me donner an peu de liberté avec le lieutenant Taffril ; je lui ai fait autrefois plus d'une toupie et plus d'un cerceau ; cai* je travaillais en bois comme en cuivre.
— Ou vous êtes fou , Edie , ou vous voulez que je le devifenne.
— Ni l'un ni l'autre , répondit Ochiltrèe en quitUnt l'acceot traînant et prolongé d'un mendiant pour prendre un ton vif et décidé. — : Le shérifl a. fait venir son clerc ; et comme le jeune gars est ^n peu léger de la langue , j'ai appris de lui qu'il avait rédigé un mandat pour vous faire arrêter. J'ai pensé sur-le-ehanip qu'il s'agissait d'une dette ; car tout le monde sait que le laird de Monkbarns tient sa poche bien fermée. Mais jevoi^ à présent que je pais Retenir ma langue , car j'aperçois ce forcené de Mac-Intyre et M. Lesley , et je me doute que Monkbams avait de bonnes inten* tions^ tandis que eelles qui vous amènent ici auraient besoin d'être jnstiiiées.
Les antagonistes s'abordèrent avec cette froide civilité qui convenait à l'occasion. ,
— Que fait ici ce vieux drôle ? dit Mac-Intyre en jetant un regard sur Ochiltrèe. *
— Je suis un vieux drôle y dit Edie ; mais je suis aussi un vieax soldat , car j'ai servi sous votre père dans le 42*" régiment.
— Serves encore où il vous plaira, reprit Mac-Intyre > mais retirez-vous à l'instant > ou... Et en même temps il leva sa hoossine pour l'intimider, car il n'avait pas l'intention de frapper le vieillard. Mais la menace suffit pour ranimer l'an eien courage d'Ocbiltree. «— Prenez garde à' vous , s'écria-t-il ; je puis passer quelqae chose au tils de votre père ; mais , comme je vous l'ai dit , je suis un vieux soldat, et jamais houssine ne me touchera impunément tant que je porterai ce bâi*on ferré.
— Bien , bien , dit Mac-Intyre , j'ai été trop prompt , j'ai eu tort, je l'avoue. Prenez cette couronne , et retirez-vous. Eh bien ! qu'attendez- vous encore ?
Le vieillard se redressant déploya avec avantage sa haute taille,
et en dépit de ses yétemens^ qui cependant ressemblaient davantage à ceux d'un pèlerin qu'à ceux d'au mendiant ordinaire, lia stature, ses manières , son ton et ses gelâtes l'auraient ikit prendre pour uu yieil ermite^ saint conseiller des jeunes gens qui l'entoaraient, plutôt que l'objet de leur charité. Ses discours étaient aqs^ simples que ses habits ; mais il y avait dans ses paroles autant de hardiesse et de franchise <|ue de dignité dans son main lien.
— Que venez- vous faire ici , jeunes gens? dit-il en s' adressant à son auditoire étonné ; êtes-vous venus au milieu des plus beapx ouvrages de Dieu pour contrevenir à ses Lois ? Avez* vous quitté les ouvrages des hommes , les maisons et les villes , qui ne sont que boue et poussière comme ceux qui les ont construites, pour venir^ au milieu de ces montagnes paisibles, près de ces ea^ux tranquilles qui dureront autant que la terre, attaquer réciproquement votre vie, à laquelle la nature à fixé une si courte durée > et dont vous aurez un compte à rendre eu la finissant? N'avez-yous ni frères ni sœurs ? N'avez-vous pas un père qui vous a élevés , unç mère qui vous a portés dans son sein , des amis qui vous aiment comme si vous faisiez partie de leur propre cœur? Est-ce ainsi que vous voulez lès priver d'un frère, d'un fils, d'un ami? C'est un mauvais combat quç celui ou le vainqueur est le plus ^ plaindre. Songez-y ^ien, mes enfans, je ne suis qu'un pauvre homme, mais je suis vieux, et mes cheveux gris et mon cœur honnête doivent donner à mes conseils vingt fois le poids que ma pauvreté peut leur ôter* AUez-voùs-en , retou^ne^ chez vous, comme de bons jeunes gens; les Français peuvent arriver un de ces jours , vous aurez alors une belle occasion pour vous battre , cçt le mendiant s'en mêlera peutêtre lui-m.ême , s'il peut trouver quelque embrasure pour y appuyer son fusil. Il vivra peut-é^re assez pour vous dire lequel de vous se bat le mieux pour une bonne cause.
Sou ton d'indépendance , la manière hardie dont il s'exprimait, son éloquence mâle et sans art, ses yeuit animés, firept quelque impression sur ceux qui l'en^ndaient ^ surtout sur les deux secondsi dont l'amour-propre n'était pas intéressé à voir cette affaire se terminer d'une manière sanglante , et qui au contraire désiraient sincèrement amener les deux rivaux à se réconcilier.
— Sur mon honneur, monsieur Lesley, dit Taffril , le yieil Edie parle comme uu oracle. Nos deux amis étaient hier fort irrités , et par conséquent de véritables fous. Aujourd'hui ils doivent être de sang-froid, ou du moins nous devons l'être pour eux. Je crois que
le mot d'ordre des deux côtés devrait être oubli et pardou. Il faut qu'ils se donnent la main , qu^Is déchargent en l'air ces sottes armes 9 et que nous allions souper tous ensemble aux Armes de twtvtniê,
— C'est entièrement mon avis , répondit Lesley , car , malgré la chaleur et l'irritation qui règne de chaque coté > j'avoue qu^il m'est impossible de trouver ici une cause raisonnable de querelle.
— .Messieurs, dit Mac-Intyre avec le plus grand sang;-b'oid, tont cela eût été fort bon un peu plus tôt. Quand on en est venu aa point oJï nous en sommes ', ne pas porter les choses plus loin, et aller souper gaiement aux Armes de Gneme y c'est vouloir se lever le lendemain avec une réputation aussi en guenOIes que les habits de notre vieil ami , qui vient de faire si inutilement des frais d'éloquence. Je parle pour moi, et je me trouve obligé de vous prier de nous mettre en état de procéder, sans* plus de délai» à l'affaire qui nous rassemble.
— Et comme je n'en ai jamais désiré aucun, dit Lovel, jeyoos prie aussi > Messieurs, de régler tous les préliminaires le pios promptement possible.
— Enfans ! enfans I s'écria Ochiltree. Et s'apercevanC qu'on ne récoutait plus: insensés! devrais-je dire, ajouta-t-il; mais que votre sang retombe sur votre tête I A ces ntots, il s'éloigna da terrain que les seconds commençaient à mesurer; mais il s'arrêta à peu de distance, continuant à se parler à lui-même d'un aird'indi* gnation , et montrant une inquiétude pénible^ mêlée d'un peu de curiosité. Sans faire plus d'attention à sa présence qu'à ses remon* trances, UM. Lesley et Taffril firent les arratigemens nécessaires pour le combat, et l'ou' convint que les deux adversaires tireraient en même temps quand M. Lesley laisserait tomber son mouchoir.
Le fatal signal fut donné, et les deux coups partirent presque au même instant. La balle du capitaine perça l'habit de son antagoniste et lui effleura le côté , mais sans lui tirer de sang. Le coup de Lovel fut mieux ajusté, car on vit Mac-Intyre chanceler et tomber. Il tenta de se relever et s'écria : — Ce n'est rien , ce n'est rien, donnez-nous d'autres pistolets. — Mais lès forces lui manquèrent, et il ajouta d'une voix plus faible : -^ Je crois cependant qne j'en ai assez, et, ce qui est encore pire, que je l'ai méri^. Monsieur Lovel , ou quel qne soit votre nopi , fuyez, sauvez- vous. Je vous prends tous à témoin ^ Messieurs, que j^ai été l'agresseur. Se sou-
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lerant alors sur le coade : Lovel, ajoata-t-il, donnez^moi la ntaini je vous crois homme d'honliemr^ pardonneir-moi ma gtossièrelé comme je tous pardonne ma mort. — Ma paavre soeur I
Le chimr^en anÎTa pour jouer son rôle dans cette tragédie ; et LoveU les yeux égares et hagards , contemplait le mal dont il avait été la cause presque involontaire. Le mendiant le tira de cette eispèce de léthai^ie en le saisissant par le bras. — Pourquoi restez-yous à contempler votre ouvKige ? Ce qui est fait est fait. Songez à vous > si vous voulez éviter une niort honteuse'; je vois la-bas les gens qui vous cherchent. Ils viennent trop tard pour vous séparer , mais ils arriveront assez tôt pour vous conduire eu prison. -
— Il a raison /il a raison , s'écria Taffril. Il ne faut pas vous > exposer sur la grande route. Gagnez le bois, et restez-y jusqu'à )a nuit. Mon brick sera alors sous voile, et à trois heures du matin , quand la marée nous favorisera » je vous enverrai une chaloupe au Hussel-Craig. Allons, partez » partez, pour l'amour du ciell
^ Oui 9 partez, partez ! répéta le blessé d'une voix entrecoupée par des convulsions.
~ Suivez-moi, dit le mendiant; le plan du lieutenant est I0 meilleur. Je vais vous conduire dans un endroit où vous pourrez rester caché quand on aurait les plus fins limiers pour vous cher* cher. Et tout en parlant ainsi, il cherchait à l'entraîner.
-- Mais )>artezdonc I répéta Taffril; Rester plus bng-temps ici est one véritable folie.
— J'ai fait une pire folie en y venant, répondit Lovel en lui serrant la main ; mais adieu. Et il entra dans le bois avec Ochiltree .