MANTEAUX BLEUS
Dans la compte de sir Robert Melvill de Murdocamy» vice-trésorier du roi Jacques Yl , on trouve les paiemens qui suivent :
junr iSqo >. -
îiem, k M. Peter Itoung, administrateur de charité, vingtquatre manteaux d^étoffe bleue pour être donnés à vÎQgit-qutttre vieillards conformément aux années de Sa Majesté; prix de Tanne : a 4 shill. ci a C. t U. lè 1.
/lêfli. Pl>ur six aunes d'étofiés de doublure pour lesdîfs
manteaux, au prix de zo sbill. l'aune. ci 8 li.
Item. Vingt-quatre bourses et a 4 sh. dans chaque. ci a8 li. 16 s.
Item. iPour façon desdits manteaux. ci 8 li.
Dans le compte de John , comte de Mar^ trésorier d'ÉcofeSé, ti désir Gedeon Murray, d'Elibank^ vice-trésorier, on rencontrt aussi les manteaux bleus.
Juin 1617.
item, A Jaoques Murray, marchand, pour -cinquante-six aunes et demie d'étoffe bleue, destinées à fiiire des manteaux pour cinquante-un vieillards, d'après le nombre des années de Sa Majesté. / ci 10 G. z3 li.
liefn. Aux gens qui ont porté les manteaux bleus à la maison
de Jacques Aikman , tailleur. ci x 3 s. 4 d.
Item. Pour six aunes et demie de doublure , à raison de 6 sh.
8 d. Taune. ci 4^ s. 4 d.
Item. Auxdiies gens qui ont porté les susdits manteaux chei
Jacques Aikman , au palais de Halytadehous. ci 1 8 s.
Item. Pour façon desdits cinquante-un mauteaux, à 12 sh. la
pièce. ci 3o li. Z2 s.
Item. Pour cinquante-une bourses destinées à ces pauvres
vieillards, et pour mettre dans les Htes bourses. ci i C. 3o li. x s.
Item, Au susdit sir Peler Young , pour alimens et boissons .
pour lesdites pauvres gens. ci 6 lî. 1 3 s. 4 dl.
/'em. Audit sir Peter, pour distribuer à d'autres indigens. ci i G. a li.
Item. Le dernier jour de juin au docteur Young , doyen de Winchester, administrateur des charités du roi, aS liv. sterl. pour être données aux pauvres sur le chemin pendant le voyage de Sa Majesté. ci 3 0.
Bien que Finstitution des mendians du roi subsiste encore , oÀ ne les rencontre plus que rarement dans les rues d'Edimbourg^ où leur costume particulier les fait remarquer de tout le monde.
I. c. liiez cent ssz li; livres 5= f ; «billings ss df penceé Les nommes Indiquées M, tout en monnaie écossaise.
Après avoir fait connaître la classe et le genre d'hommes à laquelle appartient Édie Ochiltree, l'auteur peut ajouter que l'original du portrait qu'il a voulu tracer était un certain André Gemmells , personnage bien connu il y a longues années , et dont ou doit encore se souvenir dans les vallées de Gala , de Tweed , d'Etrick , de Yarrow, et dans les cantons voisins.
Dans sa jeunesse, l'auteur a beaucoup vu et entretenu André , mais il ne peut se souvenir s'il avait le rang de bedesman. C'était un grand et beau vieillard, d'une haute taille^ ayant conservé quelque chose de soldatesque ou de martial dans les manières; ses traits indiquaient de l'intelligence , avec une vive expression d'ironie. Il avait tant de grâce dans ses mouvemens qu'on aurait pu les croire étudiés , et un artiste se serait félicité d'un tel modèle , tant ses attitudes étaient caractéristiques. André Gemmells s'exprimait autrement qu'il n'est d'usage dans sa profession ; du pain et un abri étaient tout ce qu'il lui fallait, ou bien encore une légère pièce de monnaie qu'il réclamait toujours , et semblait recevoir comme un droit. Il chantait une bonne chanson > racontait une bonne histoire , et pouvait mettre dans une saillie autant de malice que les bouffons de Shakspeare , avec cette différence que chez lui la malice ne revêtait point le manteau de la folie. C'était la peur des traits de satire d'André , autant que la charité à son égard, qui lui assurait en tout lieu une bonne réception. Dans le fait, un trait piquant d'André Gemmells , surtout aux dépens d'une personne considérable , courait le cercle qu'il fréquentait , comme court dans le monde fashionable le bon mot de l'homme d'esprit eu vogue. Plusieurs des bons mots de ce mendiant ont été conservés dans les souvenirs du pays , mais ils sont généralement d'un intérêt trop local et trop personnel pour être rapportés ici.
André avait un caractère particulier qui le distinguait de ceux de sa classe , autant que je puis m'en souvenir. Il était toujours disposé à jouer aux cartes ou aux dés avec toutes les personnes à qui cet amusement pouvait plaire. Ceci est plutôt dans le caractère du vagabond irlandais appelé dans le pays Carrow que dans celui du mendiant écossais; mais le révérend docteur Robert Douglas , qui est mort ministre de Galashiel , a assuré à l'auteur que la dernière fois qu'il vit André Gemmells, il était engagé dans une partie d*échecs avec un gentilhomme riche et considéré. Afin de garder l'étiquette convenable , la partie se faisait à une fenêtre du château^ ouverte à cet effet. Le laird était en dedans, assis dans
son fauteuil , et le mendiant sur un tabouret dans la cour. L'appui
de la fenêtre leur servait de table de jeunet ils jouaient une somme d'argent considérable. Gomme je témoignais quelque surprise de ce récit , le docteur Douglas me fit observer qu'à la vérité le laird étai original et bizarre , mais qu'à cette époque beaucoup de personnes auraient pensé comme lui qu'il n'y avait rien d'extraordinaire à consacrer une heure à jouer aux cartes on à s'entretenir avec André Gemmells.
Ce singulier mendiant avait généralement sur lui ou passait pour avoir assez d'argent pour exciter la cupidité d'un voleur. Une fois un gentilliomnie campagnard, réputé très avnre, trouvant André sur son chemin , témoigna beaucoup de regret de n'avoir pas de monnaie sur lui, disant qu'il lui aurait volontiers donné six pennys. — «Je puis , répliqua André , vous changer nu billet de banque. »
Imitant en cela tous ceux qui sont parvenus au premier rang dans leur profession , André se plaignait amèrement de la dégradation moderne dans laquelle était tombée la mendicité. Ce métier, disait-il , depuis que j'ai commencé à l'exercer, m*a toujours rapporté an moins quarante livres par année. Une autre fois il observait que dans ces derniers temps la mendicité n'était plus une profession digne d'un homme comme il faut, et que, s'il avait vingt fils, il ne serait pas disposé à en faire entrer un seul dans cette carrière. Quand et où ce landator iemporis acU termina sa vie errante, c'est ce quo l'auteur n'a pu savoir avec certitude ; mais très probablement , suivant l'expression de Burns ,
il mourut de la mort du pauvre qui mendie, Dana quelque fossé du chemin.
Je vais ajouter ici un autre portrait du même genre que celui d'Édie Ochiltree et d'André Gemmels, considérant ces détails préliminaires comme une sorte de galerie destinée à jeter du jour sur d'anciens usages , ou à amuser le lecteur.
Les contemporains de l'auteur à l'université d'Edimbourg se rappellent sans doute la figure décharnée d'un pauvre vieux bedesman, qui se tenait près de la porte actuellement démolie dePotter' roWy et, sans prononcer une syllabe , sans rien demander, inclinait honnêtement la tête , et présentait son chapeau à chaque passant ; cet homme obtenait par son silence, et par l'apparence d'un pèlerin revenu exténué d'une contrée lointaine , le même tribut
10 AVBRTiSSBMBNT.
foe rapportaient à André Gemmells son caractère sardoniipie et son imposant maintien.
II fut 9 dit-on 9 en état de soutenir son fils dans les cours de théologie de l'université à la porte de laquelle le père mendiait. Le jeune homme était modeste, et tellement appliqué à l'étude, qu'un étudiant du même âge et dont les parens n'étaient pas d'un ordre fort élevé , touché de le voir exclu de la société Se ses camarade parce qu'on soupçonnait le secret de sa naissance, essaya de le consoler en loi faisant quelques prévenances , suivant les occasions. Le vieux mendiant fut sensible à ce procédé , et un jour que le généreux étudiant passait, il s'inclina plus que de coutume, dé manière à intercepter le passage. L'écolier tira un demi-penny , pensant que c'était le but des saints du mendiant ; mais quelle fut sa surprise de recevoir des remerciemens pour la bonté qu'il avait témoignée à Jemmie , et en même temps une cordiale invitation à dîner, pour le samedi suivant , avec une épaule de mouton aux pommes de terre ; le mendiant ajouta : « Mettez votre chemise blanche, parce que j'aurai du monde* » L'étudiant fut fortement tenté d'accepter cette proposition hospitalière, comme plusieurs à sa place l'eussent probablement fait; mais considérant le caractère et la conduite du vieillard , il craignit une mauvaise interprétation, et jugea plus prudent de refuser.
Telles sont les anecdotes que j'ai cm devoir reproduire sur les mcndians écossais , à l'occairion d'un roman dans lequel un personnage de cette classe occupe le premier plan. Je crois avoir justifié le rôle important que j'attribue dans F Antiquaire à Édie Ochiltrie^ en rappelant le souvenir de deux mendians dont l'un faisait une partie de cartes avec un gentilhomme , et l'autre adressait des invitations à dîner.
Je ne sais s'il est à propos de faire observer que V-Antiquaire ne fut pas , au premier abord , aussi bien reçu que ses devanciers, bien que plus tard cet ouvrage ait obtenu la même popularité.
L'ÀNTIQUAIRÉ.
Je connàiuais Anselme f il éttJlt hâmme nge , Très ioatroit , et plus fin , certes , qu'aacnn de nops. Mais on ëtait surpris de son enfantillage , Et de le voir encor rechercher les jot^oux , Tels que petits bouquins ornés d'enluminum^ Médailles dont la rouille eCTaça les figures , Et même l'air noté de quelque vieux refrain Dont peut* être on berça jadis le roi Pépin.