Empo». — a. Cherchez
— n but pourtant que j'entende son histoire jusqu'au bout» pensa-t*il , et ce sera bien Je (liable si je n'en tire pas un meilleur pro* fit que ce mendiant ne se l'imagine.
Descendant du haut degré de professeur Ùfis sciences occultes pour deyinér un humble, élève ^ l'adepte suivit donc Ochiltreeea sileuce sous le chêne du prieuTy à peu de distance des Toitfes, comme noë lecteurs peuyent.se le rappeler; s'y étant assis toas deux sur le gazon « le mendiant prit Iti parole en ces termes t
— Il y a bien long-temps 9 monsieur Dustandoivel , que je n'ai entendu parler de cette affaire > car c'est un sujet qui ne plaitgoère aux lairds de Knockwiunock. Il ne|)Iaisait ni au pèie dé sir Âfthar ni à son granârpère y car je me souviens de l'un et de l'autre , et sir Arthur lui-même encore aujourd'biii ne s'en soucié guère. Mais qu'importe; quoique ce fût pain défendu dans lé salon, on n'en mangeait pas moins dans la C^nisii^e, comme c'est l'ordinaire daiis les grandes maisons ; de sorte que j'ai tout appris iles anciens do* mestiques de la famille; 'et au jour d'aujourd'hui où l'on ne, s'assemble plus l'hÎTer autour du feu pour jaser des affaires da temps passé, comme c'était l'osage autrefois , je doute que dans tputle pays il ^ait une seule personne qui puisse vous raconter cette histoire , si ce n'est moi ; oui , à l'exception du laird; car il doitavoir dans sa bibliothèque, à ce qu'on m'a assuré, un gros livre en parchemin où elle est écrite. .
— C'eét pel et pien ,. mon pon ami ; inais fous pas avancer fite dans fotre Instoire.
-^ Un moment, et vous allez voir. Je vous parle d'uh temps bien ancien > d'un temj>s où tout était sens dessus dessous dans le pays, où chacun était pour soi et Dieu pour, tçus, où personne ne manquait de ce qu'il était assez fort pour prendre, et où personne ne conservait que ce qu'il avait les moyens dé défendre. lËa nn mot, dans' toute la contrée, à l'est, ici aux environs, les pins forts fai3aient la Ipi, et je crois qu^il en était de même dans tout le reste de l'Ecosse. \
Si bien donc que dans ce temps-là sir Richard Wardoùr arriva dans le pays, et c'était le premier de ce ;io^i qui y fût jamais vena. II y en a eu plus d'un depuis ce temps,. et la plupart d^entre eux, comme celui qu'on surnommait V Enfer en armes ^ dorment là-bas sous ces ruines. C'était i^ne r^çe fière et intraitable , mais brave à toute épreuve, et toujours «prête à soutenir les intérêts du pays. Que Dieu fas&epaix à*leurs âmes ! j^éspère qu'on peut faire ce son-
hait sans .être, papiste. On le3 appelait Normâniis/ parce qu'ils étaient Tenus fhx coté du^sud. Ainsi donc sir Richard , surnommé Main-Sahgl£inte> s'associa avec le laird de Knockwîntiock de ce temps , car alors il y avait dés Knockwianocks seigneurs de la ba« ronniedè/ce nom^ et voulut épouser sa fille unique, qui devait hériter de son château et de ses domaines. Sibylle Knockwiiinock, ç^ c'est le nom q|ie lui ont donné ceux qui m'ont conté eètje histoire 9 ne se souciait pas de ce mariage > parce qu'elle avait vu d'un peu trop près un de ses cousins que 6on père n'aimait pas. Si bien qu'il arriva I quatre mois après soii niariage avecsirRichard^ car bongré malgré il fallut bien l'épouser, qu'elle lui fit présent d'un beau garçon. Ce. fut alors un tapage comme on n'^n avait jamais vu : il fallait labrûler, il faiUaitle massacrer.' il ne s'agissait de rien moins que cela; et cependant de manière ou d'autre tout iiiiit pafr s'apaiser. On envoya Tenfant dans les montagnes^ où il fut élevé , et il' devint un beau grand garçon comme tant d'autres qui sont arrivés dans ce monde sans permission légale. Sir Richard Main-Sanglante eut ensuite un fils légitime ^ et tout fut ti'anquille jusqu'à sa mort; mais Malcolm Baltard (sir Arthur soutient qu^on doit. le nommer Malcolm-le-Bâtard, ^ique le premier nom lui ait iété donné de tout temps) ; Malcolm , dis-je» le fils de l'amour, arriva amenant sur ses talons une troupe nombreuse de Montagnards à longuîes jambes^ toujours disposés à mal faire. Il prétendit que ce château et les terres lui appartenaient du chef de sa mère , comme son fils aîné , eten chassa les Wardours. Tout cela ne se passa pas à l'amiable, et il y eut du sang répaindu , car la noblesse du pays prit parti d'un côté pu de l'autre; mais Malcolm eut l'avantage, se maintint dans le châteaude Knocàwinnock; le fortifia, c|t fit construire la tour qu'on appelle encore aujourd'hui 'Tbwrcfe Safran/. /
— Mon pdn ami> mou pou fieil ami » dit Dousterswivel^'fotre histoire être aussi longue que celle d'un paron à seize quartiers dé mon pays. Moi être pien charmé si fous passer un peu plus fite à l'or et. à l'argent.
— J'y vais venir. Ce Malcolm était protégé par'uii oncle, un frère de son père , qui était prieur de Sainte-Rpth , et ils amassèrent des trésors immenses pour^ assurer à leur famille Ja possession des domaines de Knockwinuock. On dit que-dans ce temps les moines connaissaient l'art de la multiplication des métaux. Quoi qu'il en soit, ils avaient, comme je vous l'aï dit, de grandeisri-
35% L'ANTIQUAIAE.
eheoseê. Mais il arriva que le jeune Wardoifri le fils légitime de Main-SiaDgltiilte , dé|ia Malcoim à le combattre en champ clos, c'esi^ à-dire sur lin terrain entouré de pieux et dé palissades, ou it fallait «e Wttre comme des i;oqs, bon jeu bon argent. Tantil'yàqoe Qaitard fut battu çtt se trouva à la merci de son frère. Mais celui-ci ne voulnt pas lui &ter la vie, par respect pour le sang de Kiiockwinnock qui coulait également dans leurs veines ; et il exigea seulement que Malcoim se* fit moine dans le prieuré de Sainte-Rath, où il mourut bientôt de dépit et de chagrin. Personne ne sut jamais où sou oûcle le prieur le fit enterrer, ni ce qu'il fit de son or et de son argent ; car il lit valoir les droits de la sainte Eglise, et ne voulut jamais «njrenclre compte à personne* Mais il y a une prophétie bien connue dans le pays, qui dit que lorsqu^on trouvera le tombeau de Malcoim Baltard, la seigneurie de Knockwinnock sera perdue et regagnée.
— Âh ! mon tieil ami , mon pon moqsieur Edie , cela n'être pas infràisembiable si sir Arthur ^e querelle afec ses meilleurs amis pour plaire à M. Oldenbuck. Et ainsi fous penser que tout cet atgent appartenir autrefois au pon M. Pastard ? ' , '
— Je le pense, en vérité,' monsieur Doustersdiable^^
— Et fous croira qu'y en afoir' encore dafantage ?.
— Oui, par ma foi, commeïit cela serait-il autremeiit?,SouTenez-vous de ce que nous avons \vLy seàrcA, rC 1. C'eât comme qui dlirait : Cherchez , et vou^ trouverez le n"* 2. D'ailleurs il n*y avait que de l'argent dans cette çalissc^ et l'on assure que Baltard avait beaucoup d'or. .
— Eh pien, mon pon ami, dit l'adepte en se levant avec vivacité , pourquoi ne pas lions mettre sur-le-champ à noti*e petite pesogne?
— Pour deux bonnes raisons , répondit le mendiantrestant assis bien tranquillement. D^'abord parce que , comme je vous l'ai déjà dit^ nous n'avons pas d'outils pour travailler, car on n'a laissé ici ni pelle ni pioche ; et ensuite parce qu'il va venir ici une foule de fainéans poi^* voir cette fosse ; que peut-être le laird enverra des ouvriers pour la combler, et que dans tous les cas nous coiurrioDS risque d'être surpris. Mais ^i vous voulez venir me rejoindre ici àihinuit avec une lanterne sourde, j'apporterai dès outils, et nous ferons notre ouvrage à nous deux, sans craindre que personne vienne nous déranger.
— Soit ! soit ! mais pourtant , mon pon ami , dit Dousterswi vel,
L'ANTIQUAIRE. 25ô
à ftt ks espérancçs q[>lendides qa'Ochiltree luiolErait ne faisaient p9^ toet4i-àdt onblier 90a aventure nocturne dans le même lieu , e^e iilie entreprise un peu téméraire que de trafàiller à oufrir le tompeau chipoQ M. IPastard à une tôHe heure de lai nuit. Moi pou<^ fdr foos assurer qu'y afoir ici dés esprits ; moi en être positifement certain. * *
— K vous àtez peur des esprits, répondit le mendiant très, firoidemeàty je ferai l'afiairé tout settl> et je vous apportersâ votre part à l'éndrpit que vous m'indiquerez.
-n^NonJ.nonl non 1 moîa ppn fieiL ami monsieur Edie, c'ètre trop^de peine pour fous; nkoi pas fouloir« Moi fenir,* e'êti'e beaucoup mieyut. C^r e'étre moi» mon pon ami, moi- Herman Dons* terswivel, qui afoir déconfert la tompe du pOn M. Pastard , en cherchant un end^roit pour cacher, quelques fieilléâ pièces de monnaie pour chouer un tour à mon pou ami sir Arthur* par pure plaisanterie. C'être moi qpi afoir emporté tous les déCompres, et mis au jopr le fieux monument. Être donc propapïe que le pon M. Pastard mr'afpir choisi pour héritier, et moi defoir^^ par politesse , fénir moi-même recueillir son héritagOé
-^ Ainsi donc no.us nous retrouverons a minuit sous cet arbre. Je vais veiller ici quelque temps pour empêcher qup personne ne tofnche à la fosse : je h'aui*ai be$6in que de dire que le la'ird l'a défendu. A^ors j'irai souper chez le fermier Ringan , je lui demanderai a coucher dans sa grange , et j*en sortirai quand il iera nuit , sans que personne s'en doute.
-7-' Pieif dit , mon pon monsieur Edie ; et moi me rendre prafement ici à .l'heure confenue , quand tous les esprits^dû monde defoir gémir a se fendre le' cœur, et éiemuer à se détraquer le cerveau. '
Lés deux associés se serrèrent la niiâin , et se' séparèrent après s'être donné ce gage muet d'être exacts à leur rendez-Vous.
ŒAPITRE XXV.
Va.f6C(Mier ]«» saci^ft cet aiorae» ■.▼»«» , . , n Délivre de pri»oa cet ange» > malheol'eax.
On fondrait vaineiiieat n'éloigner de œt HmOm Au nom de tout let ta.mtt ; quand c'ett l'or qui m'eppelle, . Certet , je braverai clocbe, livre et chandelle '*.
. \ , ' SvACtruii. LeRoiJtgn,
. La nait fut oragease, et le vent et k plaie se succédaieiitàlter' Hâtivement. ^- Eh, mon Dieu ! ditle vieux mendiant en s'approchàilt da vieox chêne dont les branches tooffues. le mettaient à couvert; de la plniè^ et dont le large tronc lui offrait un abri contre le vent y comme la nature humaine est étrange et inexplicable ! Ne faut-il pas que ce Doustrediable soit bien affamé d'argent pour venir pendant une pareille nuit dans un lieu si triste et si solitaire ? Et moi donc, ne sûi^-je pas encore pluâ fôu que lui de. m'amuser à l'attendre ici?
Après avoir fait ce^ isages réflexions, il ^'enveloppa dans son manteau bleu ^ et filia tes yeux sur la lune> qui paraissait de temps en temps entre les nuages quele veiit chassait devant lui: La lamièrepale et mélancpliquç que l'astre envoyait à travers^ les ombresdes nnages > tombant à plein sur les arches cintrées et les fenêtres en ogive dix vieil édifice, eu reddaiit un instant visibles ieà vieilles ruines quibiéntôt né ibrmaientplus qu'une masse noire et confuse* Le petit lac avait aussi sa part de 'ces éclairs passa* gers de lumière > qui en faisaient, voir les eaux écumeases tour* mentées^ par l'ouragan ; et quand un nua^ yoilait le disque de la lune, on ne distinguait plus que la voix sourde des vagues expirant sur le sable du rivage. L'étroityalîon retentissait dû craquement des arbres i et lorsque la fureur des vents se calmsàt un peu, ce bruit n'était plus c[u*un léger murmure semblable aux soupirs d'un- criminel épuisé par les souffrances de la torture. Cette ré-
I • Aii|etr, pièce de.monnaie du tempt , appeliSe en France in^lot ou angelot.
t. Bellflrookf and candie. Allntion au( anciennei cërëmoniet d'excommunicalion contre teuxqui avaient offentë l'Eglite. Maudire quel^'un avec U clocfae, le livre et la ekandcHe ( le cierge) , ettretié en Angleterre une phirate proverbiale.
L'ANTIQUAIRE. ni
union de circonfitaiices aurait procuré à la supei^slition cette jouissance de terreur mystérieuse qu'elle aime et redoute ; mais Tesprit d'Ochiltree était inaccessible à de pareilles idées > et son imagination se reporta sur les scènes de sa jeunesse.
— Plus d'une fois> se dit-il à lui-même^ j'ai monté la garde aux avant-postés en Allemagne et en Amérique par de plus mauvaises nuits que celle-ci, et quand je savais qu'il pouvait y avoir à peu (le distance dans le bois une douzaine de tirailleurs. Mais j'ai toujours été actif et ferme à mon poste, et personne ne peut se vanter d'y avoir jamais trouvé Edie endormi.
Tout en parlant ainsi , il appuya, comme par instinct, son fidèle bâton ferré contre son épaule, dans la posture d'une sentinelle en faction, et entendant quelqu'un avancer vers lui, il s'écria d'un ton mieux assorti à ses réminiscences militaires qu'à sa situation actuelle : — Halte !* qui va là?
— Diaple! pon Edie, répondit Dousterswivel, pourquoi parler aussi haut que si vous être un factionnaire?
— Parce que je m'imaginais être une sentinelle en faction. Quelle nuit épouvantable ! Avezrvous apporté une lanterne et un grand sac pour l'argent?
— Oui, oui , mon pon ami- Voici ce que fous appeler une pesacc ; un côté être pour fous, et l'autre pour moi. Quand elle être pleine, moi la mettre sur mon chefal pour fous épargner la peine de la porter.
— Vous avez donc amené un cheval?
— Oui y mon fieil ami , et moi l'afoir lié ici près à un arpre.
-— Je n'ai tpi'un mot à dire à cela. Votre cheval ne portera pas mon argent.
— Non ; de quoi fous afoir peur ?
■ — Seulement de perdre de vue le cheval , le cavalier et l'argent.
— Diaple! fous traiter tin gentilhomme comme si lui être un grand coquin.
— A quoi bon se quereller? Voulez- vous que notre marché tienne? Si vous ne vous en souciez pas, je retournerai sur la bonne paille d'avoine du fermier Ringan, que je n'ai pas quittée sans regret , et je reporterai la pelle et la pioche où je les ai prises.
Dousterswivel d^*libéra un instant. En laissant partir Edie , il pourrait s'attribuer la totalité du trésor qu'il espérait trouver. Mais il réfléchit qu'en ce cas il n'aurait pas d'outils pour creuser la terre, et que quand il en aurait, il ne pourrait peut-être lui seul
358 L'ANTlQUAtRE.
l'ouvrir à une profoiidear suffisante. Ce qui lé dëtournait surtoat de prendre ce parti , c'était le souvenir de la terreur qu'il avait éprouvée en ce lieu la nuit qu'il y était venu avec sir Arthur, et il ne se souciait nullement de troubler lui seul le repos de la tombe de Malcolm Baltard. îl chercha donc à reprendre son ton de cajolerie ordinaire, quoiqu'il fût intérieurement courroucé ; il pria son pon ami M. Edie de lui montrer le chemin , et l'assura qu'il (tait disposé à faire tout ce qui lui serait agréable.
— Eh bien ! marchons donc , dit Ochiltree ; mais prenez garde à vos pieds parmi ced grandes herbes et au milieu de toutes ces pierres. Je ne sais si nous pourrons garder la chandelle aliumce par le vent qu'il fait. Heureusement la lune éclaire de temps en temps.
Tout en payant ainsi, Ochiltree, que l'adepte suivait pas à pas, s'avançait vers les ruines. Tout à coup il s'arrêta , et se tournant vers son compagnon : — Monsieur Dousterdiable , hii dit^il, vous qu? êtes un savant et qui connaissez toutes les merveilles de la nature , me direz-vous une chose? Croyez-vous aux esprits et au revenans , oui ou non ?
— Ah ! pon monsieur Edie , n'être pas le temps et le lieu pour faire une telle question.
— Si vraiment, car je dois vous dire franchement qu'on prétend que l'esprit de Battard s'est souvent montré ici. Or il serait désagréable de le voir paraître pendant une pareille niHt. D'ailleurs il ne serait peut-être pas plus content qu'il ne faut de la visite que nous allons rendre à sa tombe.
— Aile gâter geisUr, marmotta l'adepte entre ses dents , et le tremblement de sa voix fit perdre le reste de la conjurai ion. Fous afoir grand tort de parler ainsi , monsieur Edie ; après ce que moi afoir fu et entendu en cette place, moi croire féritablement...
— Quant à moi, dit Ochiltree en entrant dans le chœur, et avec un geste de bravade, je ne me donnerai pas la peine de faire craquer mon pouce pour l'empêcher de paraître en ce moment. Après tout, ce n'est qu'un esprit sans corps, et nous avons un corps et an esprit.
— Paix , pour l'amour du ciel I s'écria Dousterswivel : quel pesoin de parler ainsi de quelqu'un ou de personne ?
-^Eh bien î dit le mendiant en ouvrant la lanterne, nous voici arrivés, et, esprit ou non esprit, je creuserai un peu plus avant dans ce tombeau. — Il descendit dans la fosse d'où Ton avait tiré
la veillé là pt*éciettse caisse , et se mit à travailler avec ta pioche. Mais au bout de quelques instans, se trouvant fatigué, ou feignant àè Véiïe : — Mes vieux bras ne sont plus accoutumés au travail, dit-il à son compagnon, il faut que je me repose. Prenez ma place à votre tour^ jetez d'abord la terre hors de la fosse, et contintièz eusoite à creusef . Je vous relèverai de garde.
Ochiltree sortit de la fosse , et Donsterswivel, y étant entré, se mit à l'ouvrage avec toute Tardeur que la cupidité et le désir de quitter ce lieu le plus promptement possible pouvaient inspirer à une ame intéressée, soupçonneuse et timide.
Le mendiant , fort à l'aise sur le bord du tombeau , se bornait à exhorter son associé à travailler avec courage : — Sur ma foi, ditil, peu de gens ont jamais travaillé pour de si bons gages. Quand nous ne trouverions qu'une caisse dix fois moins grande que celle n*" 1, elle vaudrait plus du double, puisqu'elle sera pleine d'or au lieu d'argent. Vous travaillez vraiment comme si vous n'aviez fait toute votre vie que manier la pelle et la pioche. Vous seriez en état de gagner une demi-couronne par jour. Prenez garde à cette pierre I — Et feignant d'aider l'adepte à faire sortir du trou une grosse pierre, il la lui fit retomber sur les jambes.
Pendant ce temps, Donsterswivel travaillait sans relâche à défoncer un sol mêlé d'argile et de pierres , et jurait au fond du cœur ; mais si une syllabe de blasphème échappait à ses lèvres, Ëdie changeait de batterie.
— Ne jurez pas! gardez- vous en bien! Savons-nous qui peut nous écouter ? Eh ! mon Dieu ! que vois-je là-bas ? Rien, rien. Ce n'est qu'une branche de lierre qui tombe sur ce mur ; mais , quand la lune y donnait^ on aurait cru que c'était le bi*as d'un mort tenant un cierge. J'ai pensé un moment que c'était Baltard lui-même. Allons , bien , courage, déblayez la terre que vous avez détachée, jetez-la hors du trou. Vous seriez un aussi bon fossoyeur que Will Winnet , et ce n'est pas peu dire. Eh bien ! voilà le bon moment ; pourquoi vous arrêtez-vous ?
— Pourquoi ? répliqua l'adepte d'un ton de colère et de mécontentement; — parce que moi afoir troufé le roc sur lequel ces maudites ruines afoir été construites.
— Vous perdez courage au moment de réussir. C'est sans doute la pierre qui couvre le trésor. Prenez la pioche , et frappez fort. Quelques bons coups suffiront pour la briser. Plus fort ! A la bonne heure ! il y va avec la force de Wallace.
Dousterswivel , excité par Tespoir qu'Edie faisait loire à se» yeux , frappa quelques coups de toutes ses forces , en IcTant ses bras jusqu'à la hauteur des épaules, et réussit à briser, non la pierre, qui était véritablement le roc vif^ mais l'outil dont il se servait.
— Là I s'écria Edie , voilà la pioche de Ringan brisée. N'est-ce pas une honte qu'on vende à Fairport d'aussi mauvais outils? Mais n'importe, continuez; essayez avec la pelle.
L'adepte, sans lui répondre, sortit de la fosse, qui pouvait alors avoir au moins six pieds de profondeur, et s'adreâsant à son associé d'une voix tremblante de colère : — Monsieur Edie , s'écria-l-il, moi fous apprendre à fouloîr rire à mes dépens ; moi fous faire connaître Herman Dousterswivel.
— Je vous connais bien , monsieur Dousterdiable ; je vous con« nais depuis long-temps. Mais il ne s'agit pas ici de rire ; je n'ai pas moins d'envie que vous de trouver notre trésor. Notre besace devrait déjà être remplie. J'espère qu'elle sera assez ^ande pour le contenir.
— Miséraple niendiant, si fous lâcher enc4)re un quolipet, moi fous fendre le crâne avec cette pelle.
— Et où seraient mes mains et mon bâton ferré pendant ce temps? Allez, allez, monsieur Dousterdiable, je n'ai pas vécu si long- temps dans le monde pour ro*en laisser renvoyer de celte manière. Pourquoi vous emporter ainsi contre vos amis ? Allons, je vais travailler à mon tour, et je parie que je trouve un trésor dans une minute. A ces mots, il descendit dans la fosse. — Donnezmoi la pelle, dit-il à l'adepte.
— Moi fous jurer, monsieur Edie, s'écria Dousterswivel, dont les soupçons étaient alors pleinement éveillés, que si fousafoir foulu prendre fotre difertisseinent à mes dépens , moi prendre pientot le mien aux foires , en vous prisant les os.
— Kcoutez-Ie ! s'écria Ochillree ; il sait la manière dont il fauts*y prendre pour forcer les gens à trouver des trésors. Je serais tenté de croire qu'il a reçu lui-même quelque leçon à ce sujet.
A ces mots , qui contenaient une allusion directe à ce qui s'était passé entre sir Arthur et lui lors de la découverte de la corne, l'adepte perdit le peu de patience qui lui restait ; et , ramassant le manche de la pioche biisée , il allait en décharger un grand coup sur la tête du mendiant, si celui-ci ne se fût écrié d'une voix ferme et imposante : — Fi J fi ! croyez- vous que le ciel et la terre
souffrent que vous assassiniez un vieillard sans défense? Regardez
derrière vous I
Douslerswivel se retourna, et, à sa grande consternation, vit sur ses talons une grande figure noire. Cette apparition ne lui donna le temps ni de se mettre en défense ni de proférer un exorcisnae, car son ennemi inconnu , venant sur-le-champ aux voies de fait , lui fit pleuvoir sur les épaules une grêle de coups si bien appliqués , qu'il en fut renversé et resta quelques minutes sans connaissance.
Quand il revint à lui , il était seul dans le chœur, étendu sur la terre humide tirée de la tombe de Malcolm Baltard. U se releva avec une sensation confuse de douleur physique , de colère et de terreur , et ce ne fut qu'au bout de quelques inslans que ses idées devinrent assez nettes pour qu'il se rappelât le motif qui l'avait amené en ce lieu, et ce qui lui était arrivé. En y réfléchissant, il ne douta nuUement que l'appât que lui avait présenté Ochiltree, pour l'attirer en ce lieu solitaire , les sarcasmes qui l'avaient excité à mie querelle, le secours que le mendiant avait reçu si à propos, et les coups dont ses épaules conservaient encore la sensation , ne fussent les diverses parties d'un complot tramé contre Herman Dousterswivel. Il ne put s'imaginer qu'il ne devait qu'à la malice d'Edie la fatigue , la terreur et les coups qu il avait suppportés tour à tour , et il en conclut que le mendiant n'avait fait q ne jouer le i-ôle qui lui avait été assigné par quelque personnage plus important. SessoupçonsflottaiententreOldbucket sir Arthur , Le premier n'avait jamais cherché à lui déguiser son mépris et son aversion ; mais il avait fait au second un tort irréparable ; et , quoiqu'il crût bien que le baronnet n'en connaissait pas toute l'étendue , il était présumable qu'il avait assez entrevu la vérité pour former des projeU de vengeance. Ochiltree d'ailleurs avait fait allusion à une circonstance dont l'adepte devait croire que sir Arthur et lui avaient seuls connaissance'; il fallait donc qu'il l'eût apprise du baronnet. D'une autre part, sir Arthur n'avait pris sa défense que bien faiblement quand Oldbuck l'avait si vertement attaqué. Enfin la manière dont il supposait que le baronnet avait voulu se venger, s'accordait assez avec ce qu'il avait vu pratiquer dans les pays qu'il connaissait mieux que le nord de l'Angleterre. Pour lui, comme pour la plupart des méchans , soupçonner una-injure et faire serment de s'en venger ce n'était qu'une seule opération de l'esprit. Aussi ne fut-il pas long-temps à jurer la ruine de son bien-
faiteur, et malheureusement il n'avait que trop de moyçns poar l'accélérer.
Mais, quoique des projets de vengeance roulassent déjà dausson imagination , ce n'était pas l'instant de s'y livrer : l'heure , le liea, la crainte que ses ennemis ne fussent près de lui ou dans le voisinage , ne permirent alors à l'adepte que de songer au soin de sa conservation. Dans le premier moment de saisissement, il avait laissé tomber sa lanterne , et la chandelle s'était éteinte. Le vent, qui naguère soufflait si violemment dans les ruines, avait cédé à une grosse pluie ; la lune avait toul-à-fait disparu; et quoique Donsterswivel connût assez bien le local , et sût qu'il devait sortir du chœur par une porte située du coté de l'orient , cependant la confusion de ses idées était telle qu'il se passa quelque temps avant qu'il pût juger de quel côté il devait la chercher. Dans cet embarras , ses craintes superstitieuses, grâce à l'obscurité et à sa mauvaise conscience , se représentèrent à son imagina,tion troublée ; mais il chercha vaillamment à les écarter.
— Fadaises î sottises ! se dit-il à lui-même, le pras qui m'afoir frappé être trop lourd pour appartenir à un esprit. Diaple ! nu pa« ronnet écossais à crâne épais, que moi afoir mené par le nez pendant cinq ans , afoir joué un pareil tour à Herxnan Dousterswivel î
- Comme il eu était venu à cette Conclusion, un nouvel incident le replongea tout à coup dans le doute et l'incertitude. Au milieu du murmure mourant des vents et du bruit que faisaient de grosses gouttes de pluie en tombant sur les pierres et sur les feuilles des arbres , il entendit, à ce qu'il paraissait, a peu de distance de lui, une musique vocale dont les sons étaient si lugubres et si solennels, qu'on aurait cru que les esprits de tous les moines qui avaient autrefois habité ce prieuré étaient rassemblés pour déplorer la solitude et la désolation dont leur sainte demeure était alors le théâtre. Ce nouveau phénomène sembla faire prendre racine a Dousterswivel , qui marchait à tâtons le long des murs du chœur* Toutes les facultés de son ame semblaient en ce moment concentrées dans le sens de l'ouïe , et il reconnut un des chants lugubres que l'Eglise romaine consacre au culte des morts. Quels étaient ces chantres inconnus et invisibles ? Pourquoi leurs voix se faisaientelles entendre dans cette solitude ? C'étaient des questions que son imagination effrayée, et livrée.à toutes les chimères superstitieuses des Allemands sur les fées , les. sorciers, les loups-garoun: , les es*
t'ANTIQUAIRlÇ. 263
prits blancs , gris , noirs et de toutes les conlénrs , osait à peine se (aire^ et ne pouvait résoudre.
Un autre de ses sens ne tarda pas à être également occupé. A l'une des extrémités du chœur était un escalier conduisant s^us des voûtes souterraines, et fermé par une grille en fer : tout à coup il vit une lueur rougeâtre sortir à travers les barreaux ^ et se réfléchir sur les marches de l'escalier. Donsterswivel hésita un instant ; puis, prenant subitement une résolution désespérée, il s'avança vers Tendroit d'où partait la lumière .
Prononçant tous les exorcisroes que sa mémoire put lui fournir , et s'armânt par là d'un nouveau courage , il s'approcha de ^a grille, d'où il pouvait voir sans être vu tout ce qui se passait dans le souterrain. Tandis qu'il s'y rendait d'un pas timide et incertain^ les chants cessèrent, et un profond silence y succéda. Quand il arriva à la grille , un spectacle auquel il ne s'attendait guère s'offrit à ses yeux sous la voûte. Une fosse ouverte , quatre torches , d'environ six pieds de hauteur , placées à chaque coin ; une bière découverte , dans laquelle était déposé un cadavre les bras croisés^ et soutenue sur des tréteaux à c&té de la fosse ; un prêtre portant une chasuble et tenant en main le livre de l'office divin ; un autre ecclésiastique couvert d'un surplis et portant un bénitier et un goupillon ; deux enfans en aube agitant des encensoirs ; un homme d'une taille jadis avantageuse et imposante, mais à présent courbé par l'âge ou les infirmités , debout près du cercueil , en vêtement de deuil ; tels étaient les principaux personnages du groupe. A quelque distance , et le long des murs du souterrain , étaient rangées plusieurs personnes des deux sexes , toutes en deuil , immobiles , et tenant en main un cierge de cire noire. Le prêtre lut alors d'une voix haute et sonore les prières solennelles que le rituel de l'Eglise catholique a consacrées pour rendre la poussière à la poussière.
Cependant Donsterswivel ne savait s'il rêvait ou s'il était éveillé, s'il voyait des hommes rendre les devoirs funèbres à un homme , ou si des esprits se jouaient de son imagination , en lui offrant la représentation des céréhionies religieuses autrefois célébrées si souvent dans ces lieux, mais qui le sont rarement aujourd'hui dans les pays protestans , et plus rarement encore en Ecosse. Il hésitait s'il attendrait la fin delà cérémonie, ou s'il se retirerait pour continuer à chercher dans les ténèbres la porte de sortie du chœur , quand un changement dans sa position le fit apercevoir
par nn des assistans. Celui-ci alla faire part de sa découverte au personnage principal, qui était séparé des autres » et qui se trouvait le plus près du cercueil ; ayant reçu ses ordres , il se détacha Ofec un de ses voisins, et tous deux, marchant sans brujt, pour ne pas troubler le service divin , ouvrirent la grille qui les séparait de notre adepte ; chacun d'eux le saisit par un bras avec une force qui aurait rendu toute résistance inutile , si sa terreur lai eût permis d'y songer. Ils le firent asseoir sur les carreaux du chœur, et restèrent à ses côtés., comme pour veiller sur lui. Convaincu alors qu'il était entre les mains d'hommes semblables à lui , Donsterswivel ouvrait la bouche pour faire quelques questions ; mais l'un de ses gardiens lui montra du doigt le souterrain où l'on entendait la voix du prètrè qui lisait l'oflice des morts , tandis que l'autre, se plaçant un doigt sur la bouche, semblait lui ordonner le silence, injonction à laquelle l'adepte jugea prudent d'obéir. Ils le retinrent ainsi jusqu'à ce qu'un aSeluia, qui retentit sous les voûtes solitaires de Sainte-Ruth, eût terminé la singulière cérémonie dont le hasard Tavait rendu témoin.
Lorsqu3 tout fut rentré dans le silence et robscurité, la voix d'un de ses deux gardiens se fit entendre, et dit d'un ton familier: — Eh mou Dieu! est-ce bien vçus, monsieur Dousterswivel? Pourquoi ne nous avez- vous pas dit que vous désiriez assister à la cérémonie? Milord ne pouvait trouver bon qu'on semblât venir l'espionner de la sorte.
— Au nom de toutes les puissances du ciel et de la terre, dit l'adepte, moi fous conjurer de me dire qui fous être;
-^ Qui je suis? Qui voulez- vous que je sois, sinon Ringan Aikwood, fermier à Knockwinnock?Et que faites-vous ici à une pareille heure de la nuit, si vous n'y êtes pas venu pour voir l'enterrement?
— Moi fous déclarer, mon pon Ringan Aikwood, que moi avoir été cette nuit volé , assassiné, et mis en crainte pour ma vie.
— Volé! qui oserait voler dans un tel lieu? Assassiné I vous parlez encore assez bien pour un homme assassiné. Mis en crainte pour votre vie! et qui a pu vous mettre en crainte, monsieur Dousterswivel ?
— Qui? mon pon monsieur Aikwood; ce fieux chien de mécréant à manteau pieu, Edie Ocliiltree.
— C'est ce que je ne croirai jamais. Je connais Edie , conuue mon père l'a connu avant moi^ c'est-à-dire pour un homme franc,
L'ANTIQUAIRE. Ub
loyal et tranquille. D'ailleurs il est en ce moment à dormir paisi- ManeiH dans ma grange , et il n'en a pas bougé depuis dix heurea du soin Ainsiy quoi que vous ayez fait ou.qu'on ait pu vous faire^ je réponds qu'Edie en est innocent.
— Et moi fous répondre , monsieur Ringan Aikwood , que fotre innocent ami Edie Ochiltree m'afoir folé cette nuit cinquante KfreSy et que lui n'être pas plus en ce moment dans fotre grange que moi dans le royaume tles cieùx.
— Eh bien I monsieur Dousterswivel , à présent que le service funèbre est terminé > si tous voulez venir à la maison on vous y
" fera un lit , et l'on verra si Edie est dans la grange. Il est certain que, tandis que nous apportions le corps » on a vu rôder deux garnemens dans les ruines ; et le prêtre , qui n'aime pas que des hérétiques assistent aux cérémonies de notre église , a mis à leur poursuite quelques-uns de nos gens , de sorte que nous en aurons des nouvelles.
Tout en parlant ainsi , le fermier se débarrassait de son manteau de deuil; son fils, qui était le personnage muet, en fit autant, et ils se mirent en marche pour le toit hospitalier sous lequel Donsterswivel devait trouver le repos dont il avait grand besoin.
— Moi na'adresser demain aux magistrats , disait l'adepte ; moi faire mettre temain la loi à exécution contre tous les coupaples.
Tandis qu'il formait ainsi des projets de vengeance 9 il sortait des ruines appuyé sur Ringan et sur son fils, car son état de faiblesse lui rendait ce secours fort nécessaire.
Quand ils furent sur la hauteur qui domine la petite prairie dans laquelle le prienré avait été construit, Dousterhwivel aperçut les torches et les cierges qui lui avaient causé tant d'alarmes sortir des ruines d'un autre côté , et leur lumière se réfléchir sur les eaux du lac. Il suivit quelque temps des. yeux cette procession qui s'avançsdt en ordre irrégulier ; mais elle disparut tout à coup y tontes les lumières s'étant éteintes en même temps.
— En pareilles occasions, dit le fermier, nous avons coutume d'éteindre les torches et les cierges au puits de la Sainte-Croix.
Il ne resta donc plus aucune trace de cette cérémonie lugubre, si ce n'est le bruit des chevaux que montaient ceux qui en avaient été les acteurs, bruit qui, diminuant à mesure qu'ils s'élrâgnaient, cessa bientôt de se faire entendre.