‹ Œuvres de Walter Scott (volume 3)Chapitre 6 sur 91 · Comte dont Edimbourf est la ville principale · texte numérisé non relu

Comte dont Edimbourf est la ville principale

SO L^\NTIOUAIRE.

qui veDaient de temps en temps chez lui ; c'est la Téiité, mais je . croyais que vous aviez quelque affaire en justice pour votre compte. J'en ai une, moi qui vous parle; un procès que mon père m'a laissé, et qui lui avait été laissé par le sien. C'est relativement 4 notre cour de derrière. Vous en avez peut-être entendu parler à Parliament-House ' : Hutchinson contre Mackitchinson ; c'est une aiïaire bien connue : elle a été quatre fob devant les quinze juge», mais du diable si le plus savant d*entre eux a pu rien y comprendre, et tout ce qu'ils ont pu faire a été de la renvoyer à la courext érieure ^. Ohl c'est une belle chose que de voir le temps et le soin qu'on met à rendre la justice en ce pays !

^ Retenez votre langue , fou que vous êtes , dit le voyageur d'un ton de bonne humeur, ou plutôt dites-nous ce que vous poo« yez nous donner pour dîner, à ce jeune homme et à moi.

— Oh ! nous ne manquons pas de poisson, c'est-à-dire nous avons de la truite de mer et de la merluche, dit Mackitchinson en tordant son tablier, et si vous voulez une côtelette de mouton , et une tarte de mûres sauvages. . . en un mot , vous n'ayez qu'à dire ce que vous désirez.

^ Ce qui veut dire qu'il n'y a pas autre chose. Fort bien! le poisson , les côtelettes et la tarte nous suffiront. Mais n'imitez pas les délais prudens que vous louez dans les cours de justice, et ne nous renvoyez pas de la cour intérieure à la cour extérieure : m'entendez-vons ?

— Non, non I repondit Mackitchinson, qui , ayant lu avec attention des volumes entiers de procédures de la cour des sessions , y avait appris quelques termes de la langue des lois; le dîner sera servi ^àm primant, et cela peremptoriê. Et avec le sourire flat-

1. L'ëdifice où soDt les princip&let cours de justice à Edimbourg.

s. 11 faudrait, pour bien comprendre ce dialogue, connûtre la composition de la cour des sessions avant 1808 , ëpoque où cette cour a subi une organisation nouvelle. Le greffier de cette cour s'elail bien garde alors de trahir son incognito par une longue note, dont pourtant on lui aurait su gré. Essayons d'y suppléer.

La cour d:s sessions est la cour suprême de judicature civile. Elle fut établie par le roi Jacques V en i533 , sur le modèle de nos anciens parlemens. Il y avait quinze juges ordi* naires, c*est-â dire sept ecclésiastiques et sept laïques, avec un président qui était originairement homme d'église. Depuis long temps les ecclésiastiques sont exclus de ces fonctions, auxquelles sont appelés les seuls hommes de loi. Les quinze juges réunis formaient le tribunal qui jugeait en dernier ressort dans la chambre ou cour intérieure (inner court') f mais chacun des juges à tour de rôle éiait détaché des autres, et , sous le titre de lord'Ordinarj^ il siégeait dans une salle à part (^an ouler Hall) y eaur •xtèriêurty pour y in«traire les procès en première instance . et décider s'ils devaient éire soumis à la cour assemblée. La cour des sessions, dans son organisation actuelle, est encore divisée en plusieurs chambres. Tous les juges sont traités de lord. C'est de cette cour suprtoe que sir Walter SeoU rftak greffier. Cette explication suffira pour le sens du dialogue qui a amené' U nol«.

L'ANTIQUAIRE. îl

teur d'un hôte qui fait une promesse^ il les fit entrer dans son parloir, décoré des gravures des quatre Saisons.

Comme, malgré la promesse que l'hôte venait de faire , les glorieux délais des cours de justice pouvaient trouver un parallèle dans la cuisine de Y Aubépine y notre jeune voyageur profita de cette occasion pour obtenir dans la maison quelques renseignemens sur l'état et la qualité de son compagnon de voyage. Il ne recueillit que des détails d'une nature générale et peu authentiques, mais suffisans pour lui faire connaître le nom et les principales circonstances de l'histoire de l'homme que nous allonstâcher de faire connaître en peu de mots à nos lecteurs.

Jonathan Oldenbuck, ou Oldinhuck, nommé généralement, par contraction^ OldbuckdeMonkbarns, était le second fils d'un gentilhommequi possédait un petit domaine dans le voisinage d'un port de mer du nord-est de l'Ecosse, que pour différentes raisons nous appellerons Fairport ^ Ses ancêtres y étaient établis depuis plusieurs générations, et, dans quelques comtés d'Angleterre, cette famille aurait pu passer pour avoir quelque importance. Mais dansle comte qu'elle habitait en Ecosse^ il s*en trouvait de beaucoup plus anciennes, et surtout de beaucoup plus riches. Pendant la dernière génération , toute la noblesse des environs avait été presque universellement jacobile, tandis que les lairds de Monkbarns avaient constamment pris parti pour la succession protestante, de même que les bourgeois de la ville dont ils étaient voisins. Les Monkbarns avaient pourtant un arbre généalogique, dont ils faisaient autant de cas que ceux par qui il était méprisé estimaient leur origine saxonne, normande ou celtique. Le premier Oldenbuck qui s'était établi dans le domaine de la famille descendait, disaient-ils, d'un des inventeurs de l'imprimerie en Allemagne, et il avait quitté son pays à cause des persécutions dirigées contre ceux qui faisaient profession de la religion réformée. Il avait trouvé un asile dans la ville près de laquelle sa postérité demeurait encore et il y avait été reçu d'autant plus volontiers, qu'il avait été persécuté comme protestant. Mais ce qui lui ménageait surtout ce bon accueil, c'est qu'il apportait assez d'argent pour acheter le petit domainede Monkbarns, mis en vente par un laird dissipateur, au père duquel

> . Ce mntif va^e de changer le nom de la ville en question rappelle le débat da Don Qnichotle: En un lugar de la Maneha de cujro nombre no quiero aeordarmê: — Dans un yillage de la Manche dont je ne veux pas me rappeler le nom, etc. — Le village de U Manche ëtait Ar^amasillad'Alba. LeFairport de l'antiquaire est Arbroath ou Aberbrotick, ^s le comté d'Angas , à quarante milles d'£dimbourg.

2? L'ANUQUAIRÇ.

Iç gouyerflÇBaçnt l'aysât octroyé avec d'autres bieu^ 4^ TEgU^çi , après la destruction du grand et riche monastère auquel il aystit appartenu. Les Oldenbucks se montraient donc sujets loyaux clique fois qu'il survenait une insurrection; et, comme ils vivaient en bonne intelligence avec la ville voisine, il arriva que l« laird de Monkbarns qui florissait en 1745, en était prévôt pendant çéttç malheureuse année. Il avait montré le plus grand zèle ejx fayei^r du roi George, et il avait méniç fait pour la cause de ce monarque des dépenses que , suivant sa coutume libérale envein^ ses. amis, le gouvernement ne lui avait jamais remboursées. Cependant, à force de sollicitations, et grâce à soiî in^uencè locale, il parvint à obtenir une place dans les douanes, et, cornue il était écpnpme et rangé, il s'était trouvé en état d^augmenter considérablement ss^ fortune patrimoniale. Il n'eut que deux fils, dont le laird actuel était lé plus jeune, comme nous l'avons dit; et deux filles, dont l'une jouissait encore des charmés du célibat : l'autre, beaucoup plus jeune , s'était mariée par inclination avec un capit£^ine di^ A2^ régiment, qui n'avait d'autre fortune que sa commission et sa généalogie highlandaise ^ L'indigence troubla une unio^ que l'aipoig' aurait rendue heureuse , et le ca,pitaine Mac-Intyre , pour soutenir sa femme et ses deux enfans, un garçon et une fiUe^ s'était trouvé dans la nécessité d'aller chercher fortune dans les Indes orientales. Ayant fait partie d'une expédition contre Hyder- AIî, son dé^chement fut coupé, et jamais sa malheureuse épouse n'avait pu savoir s'il avait succombé sur lechai;np de bataille, s'il avait été massacré. en prison, ou ç'îl vivait encore dans une captivité dont le caractère du tyran, des Indes ne laissait aucune espérance de, le voir sortir. Elle n,e put supporter le doublé fardeau du chagrin e^ de Pihcertllude, et légua en mourant ses enfans aux soins dé son frère, le laird actuel de Monkbarn^.

' L'histoire de celui-ci ne sera pas longue. Etant un fils puîné , comme nous l'avons déjà dit , son père se proposait de 1,'assoicier à une maison de commerce tenue par un parent de sa mère; mais jçjiathan se, révolta contre cette proposition. On le fit donc entrer eu qualité de clerç chez un writer * ou procureur, et il fit tant de progrès qu'il se mit parfaitemeut au fait de toutes les form^e^ dçs

i« La» Hjyhlindkiii «nt «s gënëral de graodet préteatioi» « 1« noblette.

2. A writer -(td the signet), un ëcrhrain (<£a sceau). On appelle «insi let procureurs, ^i o«t entre autre» pfhril^» exclusifs celai dr signer tes acte» ( »rits ) revêtu» du sceau reyai. C*nt une e<Mrporation très nombreuse à Edimbourg.

myes\\Xvr^ fçpd^les,. Il trQuvait fant de plaisir à concilier leurs inçobéreilQ^. > ^t à retnQi^ter à leur origine, que son maître avait grand espoir dç le voir un jour ^çvenir un habilç con^eyancer * . Mais il s'arrêta au seuil du temple de Thén(iis, et tjuoiqu'il eût déjàt s^cquis quelques connaissances sur Forigine et le système des lois dç son paysj jamais on ne put le déterminer à les diriger vers un but pratique et lucratif. S'il trqmpait ainsi les espérances de soi) chef, ce n'était point par ignorancç ou ps^r onlpli des avantages qui résultent de la possession des richesses. — S'il était étpurdi, dir sait 1^ procureur, s'il avait la tête légère , s'il était rei suas prodU gus, prodigue, de son avoir, jç saurais que faire de lui ; mais ja-, mais il ne change un shilling sans regarder à deux fois s'il a bien son compte 'y il va plus loin avec six pence ( six sous ) que tout autre jeune homme, de son âge £^vec une demi-couroixne ( deux shiffings et demi) ; il passera des journées entières enfoncé dans la lecture d'un, vieil acte du parlement en caractères gothi<|ue^ y plutôt que d*aller au cabaret ou au gclf^ y et cependant U nç donlE^ra pas un de ses jours à une pçtile affaire de rouUne, qui lui mettrait vingt shillings dans, la poche : mélange bien élrs^i^e. d'é-* çouomie et d'indolence, de négligence et d'industrie. Je ne sàî$ véritablement qi^'en faire.

Mais , avec le temps , son élève obtint les moyens de faire de lui-même ce que bon lui semblait. Son père niourut ^ et son frçrô adné ne Jui survécut pas long-temps. C'était un chasseur intrépide, et il mourut des suites d'uu catarrhe qu'il avait gagné en chassant des canards sauvagçs dans le ma]:ais appelé Kittlçfitting-mpss^ quoiqu'il eût bu, dans la matinée une bouteille d'eau-de-vie pour préserver son estomac du froid. Jonathan entra donc en possession du doniaine de la famille , et eut le moyen de subsister sans s'occuper des viles subtilités de la chicane. Ses désirs étaient bornés, et comme ses revenus augmentaient en proportion de l'amélioration générale du pays , ils excédèrent bientôt ses besoins et ses dépenses; pr, s'il était trop indolent pour gagner de l'argent, il n'était nullement insçnsiblç au plaisir de le voir s'accumuler

I. Faiseur de coDtrats% les writers exercent en même temp» le» fonclnmâde dtfÉwyrtHMj^

(notaire).

a. Le iplj est le- iei# d.a mail . Les joueur» sont armés d'uq mail ,, marteau, à deux têtes , avec On manche flexible 6t élastique : ih Trappent et enT^Tènt- une boute qu'il' s'agit de lo^çer en moins de coups possible dans une série de trous. U y-a4 BdilQboargunrcow^l^g^ie,^^ golf ers (joueurs de mail ) qui jadis n'avait guère moin* d'importance que la compagnie des archers.

dans ses coffres. Les bourgeois de la ville voisine le regardaient avec nnesorte d'envie, commeun homme qui affectaitde seséparer d'eux dans la société, et dont les goûts et les plaisirs leur paraissaient également incompréhensibles. Cependant il conservait parmi eux une sorte de prépondérance, grâce au respect héréditaire qu'ils avaient pour les lairds deMonkbams, respect qu'augmentait encore sa réputation d'homme à argent comptant. Lesgentilshommes campagnards étaient en général au-dessus de lui pour la fortune, etfortau<4essous du coté de l'intellicrence ; aussi les voyait-il fort peu, un seul excepté, avec lequel il était plus intimement lié. Il avait d'ailleurs les ressources locales ordinaires; le ministre et le docteur étaient à ses ordres quand il le désirait ; et ses goûts particuliers lui donnaient beaucoup d'occupation , étant en correspondance suivie avec la plupart des amateurs d'antiquités qui, comme lui, cherchaient à reconnaître des rètranchemens détruits , tiraient des plans de châteaux minés , déchiffraient des inscriplions illisibles, et écrivaient des essais sur des médailles , à raison de douze pages par chaque lettre de la légende. Il s'irritait facilement; c'était une habitude qu'il avait contractée depuis qu'il avait, disait-on, été trompé dans ses premiers et derniers amours à Fairport, ce qui l'avait rendu misogyne ^ , comme il se nommait lui-même, mais surtout parce qu'il était gâté par les soins et les attentions qu'avaient pour lui sa vieille sœur et sa jeune nièce. Il les avait habituées à le regarder comme le plus grand homme du monde, et il les citait comme les seules femmes qu'il eût jamais vues domptées et dressées à Pobéissance. Il faut pourtant ' convenir que miss Grizzy Oldbuck était quelquefois portée à regimber, lorsqu'il tenait lès rênes trop serrées. Le reste de son caractère se développera dans le cours de cette histoire, et nous renonçons avec plaisir à la tâche pénible d'en récapituler tous les traits.

Pendant le dîner. M. Oldbuck, pressé par la même curiosité que son compagnon de voyage avait éprouvée à son égard, profita des privilèges que lui donnaient son âge et sa situation dans le monde, pour s'informer d'une manière plus directe du nom, de la qualité et des projets du jeune homme.

Celui-ci lui apprit qu'il se nommait Lovel.

^ Quoi ! le chat, le m^ et notre chien Lovel? Descendez-vous du favori du roi Richard ^?

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