CHAPITRE XL
La TÎe à petit bruitjft'ëloigne du yieil âge, Comme on voit le reflux t'ëcarter du rivage.
Tel ce navire altier, qui det ondes gaiement Obéissait naguère au moindre mouvement, S'arrdie sur le sable, y demeure immobile.
Quand les eaux s*éloignant le rendent inutile.
Ancienne eomêdie.
CoMMK l'antiquaire mettait la main sur le loquet de la cabane ,
L'ANTIQUMRB. 389
il fat surpris d'entendre la voix aigre et tremblante d'Elspeth chanter une ancienne ballade sur un ton lent et mélancolique ie récitatif.
- Les harengs snivent la marëe ; Le turbot obéit ' au vent ; Au rocher l'huître est amarrée , Modèle de l'amour constant.
Amatenr prononcé de ces anciennes légendes 9 qu'il aimait à recueillir *, M. Oldbuck abandonna leloquet^ et saisit son portefeuille et son crayon. De temps en temps la vieille s'interrompait comme si elle eût parlé aux enfans. — Silence , dit-elle en ce moment, silence I mes enfans^ je Tais tous en chanter une bien plus belle.
Grands et petits, faites silence Pour prêter l'oreille à mes chants.
Je vais cél<9>rer la vaillance Du plut, fameux des Glenallans.
Quels flots de sang et quel carnage, Au champ d'Harlaw ^uand il périt 1 De nos deux mers jusqu'au rivage Le coronach en retentit.
— Je ne me souyienspas du couplet suivant, dit-elle; ma mémoire est si mauvaise, et il me passe de telles pensées dans la tête ! Dieu nous préserve de tentation ! — £t elle se mit à fredonner comme pour se rappeler la suite de la ballade.
-^ C'est une ballade historique , dit Oldbuck , un fragment incontestablement véritable, des poésies des anciens ménestrels. Percy en admirerait la simplicité ; Ritson ne pourrait en contester l'authenticité.
— Cela se peut, dit Ochiltree , mais c'est une chose bien triste que de voir la nature humaine dégradée au point de s'amuser à de vieilles chansons après une perte comme celle que cette femme vient de faire.
— Paixl silence! s'écria l'antiquaire , elle a retrouvé lé fil de son histoire. — Et Ton entendit Ëispeth continuer ainsi qu*il suit :
Chaque guerrier de haut parage Montait un superbe coursier.
Chaque coursier, plein de courage; Portait un beau chafron d'acier.
t . L'antiquaire Walter Scott a débuté dans les lettres par une traduction allemande et un recueil de ballades écossaises.
390 L'ANTIQUAIRB.
* — Chafron ! s'écria l'antiquaire; c'est bien certaineBieiitâiQ ce mot qu'est dérivé celui de chanfrein. Ce mot-là yajat un do^ar^ -r Et il fit une note sur ses tablettes.
Devant eux marchait l'^pouftale, Toat cédait à leurs étendards.
Quand Donald enfin «e présente Avec vin^ mille Montagnards»
Pour voir cette troupe ennemie. Se leya^t sur ses étrteM, Le comte cralga it pour la vie be tant de braves cheyaliers.
Combattre semble une folie ; Reculer, c'est s'humilier.
Entr^ la mort et l'infamie, n s'adresse k son écuyer.
Dis- moi , si j'étais Roland Cheyne, Et que tu fasses Glenallan, Leur disputerais- tti la plaine?
Fuirais -tu? Quel serait ton plan?
— Il faut que yous sachiez » mes ênfans , dit Elspeth y que, toute vieille et toute pauvre que vous me voyez assise au coin du feu , ce Roland Cheyne était un de mes ancêtres^ et il fit des prouesses sans nombre dans cette bataille , surtout après que le 4ïomte eut été tué , car il se reprocha de lui avoir conseillé de combattre avant l'arrivée de Mar , de Mearns, d'Aberdeen et d'Angqs.
Sa voix s'anima et devint plus ferme en chantant la réponse ie son ancêtre
Si vous n'éties que Roland Cheynô-i -
Et que je fusse Glenallan ,
ie m'élancerais dkns la plaine
Et je m'écrierais I en avant I ^
Us sont cent contre on, mais qu importe f .Ib daagor double la valeur.
Croit-on ine le nombre l'emporte Sur le courage et sur l'honneur t
En rangs serrés chargeons les traîtres, Noua les mettrons en désarroi»
Les Monta^^wrds à ùo* ancêtres N'inspirèrent jamais d'effroi.
— En tendez- vous cela , mon neveu? dit Oldbuck; vous voyez que les Montagnards, vos ailcêtres, ne paraissaient pas fort redoutables aux guerriers qui se préparaient à les combattre.
—J'entends un@ sotte chanson > chantée par rnsm sotte fetnme ,
répondit Hector; et je suis surpris que vous, Monsieur^ qui ne dai-'^ gnez pas écouter le chant de Selnia d'Ossian , puissiez entendre avec plaisir de telles balivernes. Sur mon honneur, jamais je n'ai TU ni entendu une plus mauvaise ballade à un soù ; et je ne crois pas qu'aucun colporteur du pays pût vous eu fournir le pendant* Dieu merci , l'honneur de nos montagnes ne dépend pas d'un misérable rimailleur. — £t il secoua la tête d'un air de mépris et d'inr dignatioa.
La vieUle femme avait sûrement entendu leurs voix^ «ar elle ne continua pas sa ballade, et s'écria: — Entrez^ entrez! des amis ne restent pas à la porte.
Us entrèrent, et trouvèrent EIspeth seule, assise sur sonfau" teuil , et présentant l'image de la Vieillesse personnifiée ,, telle qu'elle est peinte dans le Chant du hibou S
. Cquverte de haillons, ridëe « sale, aux yeox teraes. Au teinl flétri, et â l'air languissant.
— Ils sont sortis, leur dit-elle, mais si vous voulez vous asseoir im moment^ quelqu'un va venir bientôt. Si vous avez besoin de parler à ma bru ou à mon fils , ils ne tarderont pas à rentrer. Ponr moi, je ne parle jamais d'affairés'. Enfans, donnez des chaîseâ. Eh bien, où sont-ils donc? ajouta-t-elle en regardant autour d*elle; je. leur chantais une ballade pour les faire tenir tranquilles; il faut qu'ils soient partis san^ que je m'en aperçusse. Mais asseyez- vous , Messieurs, asseyez-vous ; quelqu'un rentrera bientôt.
Et faisant tourner son fuseau, elle se remit à filer, sans faire
I. Voy«z loayrage de jnistress Graat , sur les Superstitions des Highiands , tome U, pag. 160, où Ton trouve cette belle traduction gaélique. (^Note dt Pauteur'.)
*Le poëme cité par sir Wîilter Scott est ainsi appelé parce qu'il est adresse k un hibou que des circonstances particulières associent aux souvenirs de l'auteur. Celui-ci «si un poète i;^coDDu qui n'a laissé que cette œuvre , où Ton trouve l'expression d'un grand amour de la nature. C'était^ dit>on, un chasseur qui vivait solitaire sur le bord du Loch La^^gam Voici l'apostrophe à La Vieillesse, qui ne manque pas de poésiet le lecteur doit se contenter d'uno simple traduction lillérale pour avoir une idée de ce fragment gaélique:
t Tu es bien cruelle, Vieillesse 1 nous ne pouvoos éviter rétrcfnie delà mam* tu courfats < l'homme doDt la stature droite s'élève ei superbe et martiale |
t Tu abrèges ses jours, tu raccourcis ses membres, lu dégarnis sa tètède dents, tu défit gttre» sou visage nvec de» ridés.
t O spectre en haillons^ saie, ridé, aux yeux ternes, au teint livide, àl air insouciant ( • lépreux! pourquoi me laisserais-je enlever mon arc par'violenceî Je suis plus dif^ne db « mon cxceilMit w de boifd'if que toi, ViejUe^se chauve et sourdib^ qui es wsise, liideuse, I auprès du foyery«tc. >
La Vieillesse lui répond qu'un bâton convient i^eux à ses maux qu'un al%, et qu'elle a ëe son propre. «Yen. désarmé main; héros supérieur à lui ^ etc*
plas d'attention à ces étrangers, et sans s'inqniéter de leur rang,
ni de ce qni pouvait les amener.
— Je voudrais bien , dit Oldbnck , qu'elle continuât sa ballade, on plutôt sa légende. J'ai toujours soupçonné qu'il y avait eu une escarmoucbe de cavalerie avant la grande bataille de Harlaw (b).
— S'il plaît à Votre Honneur, dit Edie , ne vaudrait-il pas mienx songer à l'affaire pour laquelle nous sommes venus ? Quant à h ballade , je me cbarge de vous la donner quand vous le voudrez.
— Je crois que vous avez raison , Edie. Do manas , j'y consens. Mais comment nous y prendre? Elle semble être le radotage en personne. Parlez-luî, Edie; voyez si elle se souviendra devons avoir envoyé à Glenallan.
Edie se leva , traversa la cbambre , et vint se placer devant elle dans la même position" qu'il avait occupée pendant leur dernière conversation. — Je suis bien aise de vous voir si bonne mine , conunère , lui dit-il , d'autant plus que le taureau noir vous a foulée aux pieds depuis que j'ai été sous la poutre de votre toit.
— Oui, répondit Elspeth plutôt par une idée vague de quelque calamité que par un souvenir bien distinct du malheur qu'avait essuyé sa famille ; oui , il y a eu du chagrin parmi nous depuis peu. Je ne sais comment les jeunes gens peuvent le supporter, mais je n'en puis faire autant. Quand j'entends le vent siffler et la mer mugir , il me semble que je vois une barque qui coule à fond et quelqu'un qui lutte contre les vagues. Ce sont des songes fatigans comme ceux qu'on fait quelquefois sans être ni bien endormi ni bien éveillé. Il y a des momens oii je m'imagine que mon fils Saunders ou mon petit-fils Steenie est mort, et que j'ai vu son enterrement. N'est-il pas singulier qu'une vieille femme sourde fasse un pareil rêve? Pourquoi mourrait-il avant moi ? Cela n'est pas dans le cours de la nature.
— Vous ne tirerez rien de cette stupide vieille femme, dit Hector qui nourrissait peut-être quelque mécontentement contre elle à cause de la manière méprisante dont ses compatriotes étaient traités dans la ballade qu'elle avait chantée ; — je vous assure que vous n'en tirerez rien , et c'est perdre notre temps que de rester ici à écoutet son radotage.
— Hector , dit l'antiquaire , si vous ne respectez pas ses mallieurs , respectez son âge et ses cheveux blancs. Elle est dans ce dernier période de la vie si bi«n décrit par le poète latin :
Omni
Membronun damno major dementia qum nêc Tfomina servorum, née vultum agnascit amici ' Cum quo prœteritâ canavit nocte; nec illot Quos genuitj quos eduxit , .
— C'est dn latin y dit Elspeth en entendant Oldbuck déclamer ces vers d'un ton un peu ampoulé. C'est du latin, répéta-t-elle en jetant autour d'elle des yeux égarés. Est-ce qu'un prêtre m'aurait trouvée à la fin ?
— Vous voyez, mon neveu, qu'elle comprend ce beau passage presque aussi bien que vous.
— J'espère , mon oncle , que vous ne doutez pas que je n'aie reconnu aussi bien qu'elle que c'était du latin.
— Quant à cela. . . Mais , chut ! elle va parler.
— Je ne veux point de prêtre I s'écria la vieille avec autant de force qu'il lui en restait ; je n'en veux point. Je veux mourir comme j'ai vécu. Personne ne dira que j'aie trahi ma maîtresse, pas même pour sauver mon ame.
— Yuilà qui n'annonce pas une conscience bien nette, dit le mendiant. Je voudrais qu'elle consentît à la décharger , ne f&t-ce que pour elle-même. — Et il lui adressa de nouveau la parole : —Eh bien, bonne femme^ j'ai fait votre commission pour le comte.
— Pour quel comte? Je ne connais pas de comte. J'ai connu une comtesse autrefois , et plût au ciel que je ne l'eusse jamais connue, car c'est grâce à cette connaissance que j'ai vu venir chez moi... Voyons... Et elle se mit à compter sur ses doigts longs et décharnés. — D'abord l'orgueil , ensuite la méchanceté , puis la vengeance , enfin le faux témoignage ; et si le meurtre n'est pas entré, il était sur le seuil de la porte. N'étaient-ce pas des hôtes bien aimables pour s'établir dans le cœur d'une femme? Je crois que la compagnie était assez nombreuse.
— Mais, commère, je ne vous parle pas de la comtesse de Glenallan , je vous parle de son fils, du comte , de celui qu'on appelait lord Geraldin.
— Je m'en souviens à présent. Il n'y a pas long-temps que je l'ai vu, et nous avons eu une longue conversation. Ehl eh! le beau jeune lord est devenu aussi vieux et aussi débile que moi. On sait
I. Démence plas cruelle encore que la fciblesse ; elle a oubliV les noms de set tenriteurs lo v'sage de l'ami avec lequel elle a soupe la veille f elle ne reioanalt ni ceux qu'elle a e.igendréf ni ceux (qu'elle a élevés.
Zn L'ANTIQUAIKB.
combien de ravages les peines du cœur et on amour contrarié peuvent faire sur la jeutiesse. Pourquoi sa mère n'y a-t-elle pas fait attention ? Elle était ma maîtresse, j'étais faite pour exécuter ses ordres. N'est-ce pas la vérité ? Je suis sûre que personne ne pent me blâmer. Il n'était pas mon fils, et elle était sa mère. Youssayez la vieille chanson : je ne vous la chanterai pas, car m«i mémoire vieillie en a perdu l'air.
Je la respecterai toujours i Qu'ai -je de plus cher sur la terre?
Je puis avoir d'autre» aiaoan , Je n'aurai jamais d'autre mère.
Et puis il n'était qu'un demî-GlenalIan ; c'était en elle qne coulait le vrai sang de la famille. Non, non, je ne regretterai jamais d'avoir fait ce que j'ai fait , et d'avoir souffert ce que j'ai souffert pour la comtesse Joscelinde ; je ne le regretterai jamais.
Et elle se remit à filer avec Pair réservé d'une personne décidée à ne pas en dire davantage.
— J'ai entendu dire, reprit le mendiant, à qui Oldbuck soufflait tout bas ce qu'il devait dire, qu'il y avait une mauvaise langue qui avait fait bien du m.al au comte, c'est-à-dire à lord Geraldin et à sa jeune femme.
— Une mauvaise langue! répéta-t-elle d'un air alarmé; et qu'avait-elle a craindre d'une mauvaise langue? N'était-elle pas aussi bonne que belle? Du moins c'était ce que tout le monde disait. Si elle n'avait pas elle-même donné carrière à sa langue sur le compte des autres, qui sait si elle ne vivrait pas encore, si elle ne serait pas une grande dame aujourd'hui ?
— Mais j'ai entendu dire, commère, que lorsqu'ils s'étaient mariés , le bruit avait couru dans le pays qu'ils étaient trop proches parens pour que ce mariage fût permis.
— Qui ose parler ainsi ? s'écria la vieillç avec vivacité ; qui ose dire qu'ils étaient mariés? qui le savait? C^ n'était pas la comtesse; ce n'était pas moi. S'ils étaient mariés en secret , ce fut en secret qu'ils furent séparés. Ils ont bu à la source de leur propre imposture.
— Non, vieille misérable 1 s'écria Oldbuck, incapable de secontenir plus long-temps. Ils ont bu le poison que vous et votre coquine de maîtresse leur aviez préparé.
— Ah ! ah ! reprit la vieille , j'ai toujours pensé que les choses en viendraient là. Eh bien!- il n< s'agit que de garder le silence
L'AJNTXQUAIRB. 395
quand on m'interroge. H n'y a plus de tortnre aujoard'hui, mais s'il y en a, qu'on me déchire. — Malédiction sur la vassale dont la l)ouche trahit celui dont elle mange le pain !
— Parlez-lui , Edie ; elle connaît votre voix ; elle vous répondra plus volontiers , dit l'antiquaire.
— Nous n'en tirerons plus rien , répondit le mendiant. Quand elle prend cette posture, et qu'elle tient ses bras croisés^ on dit qu'elle est des semaines entières sans prononcer une parole. D'ailleurs^ à monavis, et d'après sa physionomie, elle a bien baissé depuis que nous sommes entrés. Cependant je vais encore essayer , pour satisfaire Votre Honneur. — Ainsi donc^ commère , vous ne pouvez vous mettre dans l'esprit que votre ancienne mattresse la comtesse Joscelinde a changé de demeure.
— Changé de demeure I s'écria-t-elle ; car le nom de la comtesse ne manquait jamais de produire un grand effet sur elle ; il faut donc que nous la suivions tous ? Quand elle est en selle, il faut que chacun monte à cheval. Qu'on dise à lord Geraldin que nous sommes en avant. Donnez-moi ma coiffe et mon fichu. Voulez- vous que je monte dans la voiture de milady avec mes cheveux en désordre comme ils le sont?
Elle leva ses bras décharnés avec les gestes d^une personne qui s'habille à la hâte, et la tête pleine de l'idée d'un voyage; die débitait en même temps quelques phrases sans suite et sans liaison.
— Appelez miss Neville ! Que voulez- vous dire , lady Geraldin? il n'y a pas de lady Geraldin. Je vous dis Eveline Neville. Dites-lui de changer de robe , la sienne est toute mouillée , et qu'elle tâche de ne point paraître si pâle. Son enfant 1 et que ferait-elle d'un enfant ? lui serait-il tombé du ciel ? Theresa ! Theresa I milady nous appelle. Apportez une lumière , je ne sais pourquoi le grand escar lier est aussi noir qu'à minuit. Nous voilà, milady I nous voilà l
En prononçant ces derniers mots, elle se laissa aller sur son fauteuil, et de là sur le plancher. Edie s'empressa de la relçver ; mais à peine la tenait-il dans ses bras qu'il s'écria : — C'en est fait , elle a passé avec ses dernières paroles (c).
— Impossible I s'écrièrent en même temps Oldbucket son neveu. — Mais rien n'était plus certain : elle avait expiré à l'instant même où elle avait cessé de parler, et il ne restait devant eux que les dépouilles mortelles de la créature qui avait lutté ^i long-temp^ contre te sentiment de son crime secret, joint aux infirmités de la vieillesse et aux rigueurs de l'indigence.
— Fasse le ciel qii*elle aiUe dans nn meUlenr monde 1 dit Edie eji regardant ce corps inanimé ; mais elle avait sur le cœur nu poids bien lourd. «Fai yn bien des fois la mort sur le champ de bataille et sur un lit de paille, mais il n'en est pas dont je ne préférasse le spectacle à celai des dernières angoisses de celle-ci.
— Il faut appeler les voisins, dit Oldbuck reyenant à peine de Fhorreur et de la surprise que lui avait causées cette mort subite ; il faut les avertir de cette nouvelle calamité. J'aurais voulu qu'elle nous eût fait quelques aveux , et , quoique cela soit de moindre importance . qu'elle eût pu me dicter sa ballade historique ; mais que la volonté du ciel s'accomplisse I
ils sortirent de la cabane , annoncèrent la nouvelle dans le hameau y et toutes les matrones d'un âge respectable s'assemblèrent sur-le-champ pour rendre les soins d'usage au corps de la défunte 9 qu'on pouvait regarder comme l'aïeule de cette colonie de pécheurs.
Ochiltree ayant demandé à M. Oldbuck si sa présence était encore nécessaire > et en ayant reçu une réponse négative , se retira en prenant le chemin qui conduisait à Knockwinnock, tandis qoe l'antiquaire promettait aux voisines rassemblées de pourvoir aux frais de l'enterrement.
— Votre Honneur devrait bien , dit Alison Breck que le décès d'Elspeth rendait la doyenne de la congrégation , nous envoyer quelque chose pour nous soutenir le cœur pendant la lyke-wake ^ , car tout le gin de Saunders, pauvre homme! a été bu aux funérailles de Steenie , et nous ne trouverons guère de gens disposés à rester près d'un corps mort, la bouche sèche. Elspeth ne manquait pas d'adresse dans sa jeunesse , comme je m'en souviens parfaitement, mais on a toujours dit qu'elle n'était pas née sous uue bonne étoile. Il ne faut pas mal parier des morts, et surtout d'une commère et d'une voisine ; mais il a couru des bruits bien étranges sur une jeune femme et un enfant, avant qu'elle quittât Graigbnrnsfoot. Ainsi donc la vérité est que ce sera une pauvre fyiewake , à moins que Votre Honneur ne nous envoie quelque chose qui puisse y amener du monde.
— Vous aurez du whiskey , répondit Oldbuck , d'autant plus que vous avez conservé le mot propre pour désigner cette ancienne coutume de veiller les morts. Vous remarquerez, Hedtor> que ce