Comme complices du crime de rébellion
chant à montrer, non da calme , mais de la gaieté y affectation qui était démentie par ses regards et par une émotion visible. Je sais charmé de vous voir , di3-je. Vous êtes venus à cheval*, à ce qoe je vois? J'espère.quedaiisla confusion qui règne ici on aura eu soin de vos inontures. J'ai toujours tenu à ce qu'on eût soin des chevaux de mes amis. Parbleu ! on en aura tout le temps désormais , car vous voyez qu*on se dispose à ne pas me laisser un des miens. Hé ! hé I hé I
Cette tentative de plaisanterie fut suivie d'un rire forcé que le pauvre sir Arthur aurait voulu donner pour un sourire naturel.
— Vous savez y sir Arthur , que jamais je ne monte à cheval, dit Oldbuck.
— C'est vrai , je vous demande pardon. Mais je suis sûr d'avoir vu le capitaine arriver à cheval il n'y a pas long-temps. Un superbe cheval gris. Un vrai cheval de bataille. Il faut que je sache si on en a eu soin.
n allait tirer le cordon de la sonnette, quand Tan tiquaire lui dit: '^ Mon neveu est venu sur votre cheval gris, sir Arthur.
— En vérité ! s'écria le pauvre baropnet. Le soleil me donnait donc dans les yeux ? £h bien ! je né mérite plus d'avoir un cheval, puisque je ne reconnais pas le mien quand je le vois.
— Juste ciel ! pensa Oldbuck , comme cet homme est changé ! qu'est devenue sa gravité cérémonieuse? L'adversité lui inspire des plaisanteries! Sedpereunti mille Jlgurœ ^ Sir Arthur, il faut pourtant que nous parlions un peu d'affaires.
— Sans doute , sans doute ; mais c'est qu'il est si plaisant que je n'aie pas reconnu le cheval qui me sert depuis plus de cinq ans I ahlahlah!
— Ne perdons pas un temps précieux , sir Arthur. J'espère que neus trouverons des momens plus convenables pour plaisanter. Desipere in loco ^ est une maxime d'Horace. Je soupçonne , je fais plus que soupçonner que toute cette affaire est occasionée par la scélératesse de Dousterswivel.
— Ne prononcez pas ce nom , Monsieur I s'écria sir Arthur, et il se fit une révolution subite dans toute sa physionomie. tJne fdreur bien franche succéda à l'affectation de la gaieté ; ses yeux étincelaient, sa bouche écumait, ses poings étaient serrés.— Ne prononcez pas ce liom , répéta-t-il avec violence , à moins que vous
I. Mille fantômet assiègent le moarant.-— a. Cesser parfois d'élre sage.
ne Tonliez me voir perdre la raiéon. Faut-il que j'aie été assez sot , assez crédule , assez idiot , assez bête , et trois fois doué de la stupidité d'une bête , pour me laisser brider, bâter , sangler, par un jtel coquin , et sous des prétextes si ridicules! Monsieur Oldbuck, je me déchirerais de mes propres mains , quand j'y pense !
— Je voulais seulement tous dire , sir Arthur , que le misérable sera probablement récompensé comme il le mérite ; et je me flatte que la crainte tirera de lui des aveux qui pourront vous êtes utiles, n me paraît certain qu'il a eu des correspondances illégales de l'autre côté de l'eau.
-^'Bien vrai 1 bien sûr I En ce cas , au diable mon mobilier, mes chevaux, tous mes biens ; j'irai en prison sans regret, monsieur Oldbuck. J'espère qu'il y aura dé quoi le faire pendre.
— Je le pense ainsi , dit Oldbuck voulant encourager cette diversion , dans l'espoir de distraire le malheureux baronnet des sensations qui semblaient menacer de causer le naufrage total de sa raison ; — de plus honnêtes gens que lui ont figuré au bout d'une corde. Mais parlons donc de votre malheureuse affaire : ne peut-on rien faire pour vous ? Montrez-moi la sommation qiii vous a été faite.
Sir Arthur lui remit cette pièce. L'antiquaire en commença la lecture , et de plus en plus son front devenait soucieux , et annonçait la consternation. Miss Wardour entra en ce moment, et fixant les yeux sur M. Oldbuck comme si elle se fut attendue à lire sur son visage l'arrêt du destin , elle y aperçut aisément qu'elle n'avait rien à espérer.
— Nous sommes donc ruinés sans ressource , monsieur Oldbuck ? lui dit-elle.
— Sans ressource , miss Wardour ? j'espère le contraire , mais la demande est considérable, et je crains que d'autres ne la suivent.
— N'en doutez pas, dit sir Arthur ; partout où il se trouve une proie , les vautours se rassemblent : je suis comme un de ces moutons que j'ai vus tomber dans un précipice ou se laisser aller de maladie ; pas un corbeau n'aurait paru en cet endroit depuis quinze jours ; au bout de dix minutes il y en a déjà une douzaine qui lui arrachent les yeux et qui lui déchirent les entrailles , avant qu'il ait le temps de mourir : mais quant au maudit vautour qui m'a rongé si long-temps , vous lui avez procuré un bon logement , j'espère ?
— Je m'en flatta» répondit l'antiquaire en se frottant les mains ; il avait voulu prendre l'essor ce matin ^ et avait commencé par s'enfermer dans la Reine Charlotte; mais il aurait trouvé à Edimbourg de la glu qui ne lui aurait pas permis de déployer ses ailes. Il n'a pourtant pas été si loin , car la voiture a versé ; et comment aurait-elle pu arriver à bon port avec un oiseau de si mauvais augure? On dit qu'il a été blessé : est-ce grièvement, je l'ignore; mais le fait est qu^on l'a transporté dans une chaumière près de Kittlebrig, et, pour lui ôter toute possibilité d'évasion, j'ai fait partir votre ami Sweep-Clean , que j'ai chargé de le reconduire à Fairport in nomine regis^, ou de s'établir près de lui en garde-malade , suivant l'exigence du cas. Maintenant , sir Arthur, accordezmoi une conversation sérieuse sur l'état actuel de vos affaires > afin que je puisse voir ce qu'il est possible de faire pour les arranger. — Et à ces mots M. Oldbuck se leva , et prit le chemin de la bibliothèque , suivi de sir Arthur.
Ils y étaient en conférence depuis près de deux heures quand miss Wardour vint les interrompre ; elle avait mis son chapeau et son schall comme si elle se disposait à sortir. Elle élait pâle, mais elle avait cet air de calme et de résignation qui lui était naturel.
— Le messager d'armes est de retour , monsieur Oldbuck, ditelle en entrant.
— Gomment diable ! j'espère qu'il n'a pas laissé échapper le drôle ?
— On dit qu'il l'a conduit en prison , et maintenant il demande mon père, et dit qu'il ne peut attendre plus long-temps.
En ce moment , on c;ntendit sur l'escalier le bruit d'une altercatioB 9 et la voix d'Hector se faisait entendre par-drssus toutes les antres : — Vous , un officier ! s'écriait-il ; ces misérables , un détachement ! vous n'êtes qu'une bande de méprisables bandits ^.
On entendit le ministre de la justice murmurer indistinctement une réponse à laquelle Hector répliqua très intelligiblement : — Gela est inutile , Monsieur , faites sortir par la porte vos gens , comme vous les appelez , et dépéchez- vous de les suivre , on je vous ferai déguerpir ainsi qu'eux par les fenêtres.
— Au diable soit Hector I s'écria i'aniîquaire en courant vers le lieu où se passait cette scène ; voilà encore le sang montagnard qui bout dans ses veines : nous aurons un duel avec l'huissier. Allons, monsieur Sweep-CIean, allons, il faut avoir un peu de patience ;
I. An nom èa roi. — s. Le titr« d'officier que prennent les hnifttiert indigne le capitaine comme one usurpation. Voyez notre note sur le mot messager d'armes dans fFàptrlej',
je suis certain que vous avez dessein d'user d« bous procédés envers sir Arthur.
— Sans contredit , Monsieur, répondit l'huissier.en ôtant ^n chapeau, qu'il avait enfoncé sur ses yeux, pour, prouver que les menaces du capitaine ne l'intimidaient pas ; mais votre neveu , Monsieur , me'tient des propos fort incivils, et je les ai soufferts trop longtemps. D'ailleurs, d'après les instructions, qui m'ont été données, je dois emmener mon prisonnier à.Fatrport, à moins qu'il ne paie etatre mes mains les sommes meniionh^ au yiandat dont je suis porteur. — Et tenant d'une main la pièce fauie , il y fit v«ir avec son bâton d'office la redoutable armée de chifires en rangs alignés.
Hector garda le silence par respect pour son oncle , mais il répondit au geste de l'huissier en allongeant vers lui son poing fermé, et en fronçant le sourcil avec l'airvmenaçant d'un Blontagnard.
— Paix 1 Monsieur, lui dit Oldbuck; tenez-vous en repos, jeune insensé , et suivez-moi. — Et le faisant rentrer dans l'appartement : Cet homme ne fait que son métier , quelque vil qu'il soit , ajouta-t-il , et votre violence ne peut servir qu'à aggraver la situation des choses. Sir Arthur , je crois qu'il est indispensable que vous accompagjiiez cet homme à Fairport; je ne vois en ce mo-. ment aucun moyen de l'éviter : je vous y suivrai , afin de nous concerter sur ce qu'il peut y avoir à faire. Mon neveu con<|uira miss Wardour à Monkbarns , où j'espère qu'elle voudra .bien fixer sa résidence jusqu'à ce que cette affaire désagréable soit arrangée.
— Je ne quitterai pas mon père, monsieur OHbu^ , j'ai préparé tout ce qui notts est nécessaire. J'dspèi'e qu'il nous sera permis 4e nous servir de la voilure ?
— J'aurai pour vous, Madame, tous les égards convenable^, dit l'huissier ; j'ai fait mettre les chevaux, et le carrosse est à la porte. Je monterai sur le siège avec le cocher ; je sens que ma compagnie pourrait ne pas vous être agréable, et deux de mes record monteront à cheval pour nous suivre.
— Et j'en ferai autant, dit Hecton —Et il descendit «e faire préparer uq cheval.
-T- 11 faut donc partir , dit l'antiquaire.
— Pour la prison I ajouta le baronnet en laissant involontairement échapper un soupir. Et qu'iajporte ? ajouta-t-il avec un air de gaieté évidemment affecté ; qu'est-ce qu'une prison après tout ? une maison dont on ne peut sortir. Supposez un accès de goutte ,
41g L'ANTIQUAIRE,
je Serais en prisonà knockwinnoct. Oui, Oldbuek ; nous appelle^ rons cela un accès de goutte, et il sera exempt' dç^ dontenrs^i l'accompagnent ordinairement.
t>es larmes coulaient dé ses yeux tahdis qti'il parlait ainsi , et sa voix tremblante prouvait combien cette gaieté afTectée lui coûtait. L'antiquaire lui serra la main, et comme les banians indiens, qui> en paraissant causer de choses indifférentes,. règlent par des signes secrets les cpnditions d'un marché important, la main de âir Arthur ( par son étreinte; témoigna à son ami toute sa reconnaissance! et lui lit connaître le Téri table état de son ame. Us descendirent à pas lents le ^rand escalier^ aux yeux du père et de la fille, chaque objet semblait prendre un aspect plus distinct que de coutume , comme pour s'en faire remarquer pour la dernière fois. ^ Sir Arthur s'arrêta sur le premier palier , comme s'il n'eât pu se résoudre à quitter le séjour de ses ancêtres ; et icomroe il vit Fantiquaire le regarder avec une sorte d'inquiétude, il lui dit en prenant un air de dignité : -^ Oui , monsieur Oldbuck, le descendant d'une ancienne famille , le représentant de Richard Main- Sanglante et de jGamelyn de-Guardôver» mérite quelque indul* gence s'il ne peut s'empêcher de soupirer en quittant le château deses pères sons une semblable escorte. Quand je fus envoyé à là Tour de Londres avec fen mon père en 1745, monsieur Oldbuck, ce fut sur lïne accusation digne de notre naissance , une accusation ëe liante trahison. Le mandat d'arrêt était ^igné par un secrétaire d*état,etnous fûmes conduits à laTour parbne escottadedes gardesdu-corps ; et aujourd'hui , dans ma vieillesse i vous me voyez entraîné hors de chez moi par une créature comme cet homiâe ( m'oiitraut le messager d'armes ) , pour une misérable affiedre de livres, de sbillings et de pence.
^ Mais du moins , répômlît Oldbuck , vous avez aujourd'hui la compagnie d'une tendre liile et d'un ami sincère, si vous me permettez de prendre ce titre; et ce peut être une Consolation ; sans parler de ce qu'il ne petit y avoir dans cette affaire ni (>endaison , ni décapitation, ni écarteltement. Allons! j'entende encore mon enragé Montagnard ! il crie plus haut que jamais ! fasse le ciel qu'il ne se soit pas encore fait quelque nouvelle querelle I Maudit soit le hasard qui Pa amené ici I
Dans lé fait, on bruit sourd et 60nfu6,dan8i lequel la voixd'Hëctdr se fiaisait entendre par-deiteua toutes lés autres, interrompit là con- Téraatton. dnverrad^nsl^ofiapitrëproèhafhi eêqat i'oèèasionait.