ALLAH
— Non, ma chère Hélène, non ; ton père a voulu dire que, si quelque évènementimprévu retarde son retour , ce temple révéré sera le lieu où nous pourrons le rejoindre. Sois persuadé que Don* glas est en sûreté ; quant à Malcolm Grœme. • • ( que le ciel bénisse son nom glorieux I ): mon songe peut être vrai, sans prédire rien defnneste; mesrévélati<ms pr<q>hétiquesm'ont-elles jamais abusé? Souviens-tôi de l'étranger de l'ile solitaire et des accords mélancoliques de ma harpe, qui nous annoncèrent cette fatale guerre : mes présages de malheur se sont vérifiés ; dois-tu donten de ceux qui nous promettent une meilleure fortune ? Que n'avons-nous d^
384 LA DAME DU LAC. gh. ly.
qaïUé cette grotte sinistre I Le mallieur habite toujours les lieux qa'ont fréquentés les fées malfaisantes. ... • Je me rappelle nne histoire miracnlense qui en est la preuve. . . Chère Hélène, bannis cet air de tristesse I Ma harpe avait autrefois la vertu de charmer tes chagrins.
..— AUan y tu ^le veux ; je t'écoute : mais puis«je arrêter mes larmes involontaires?
' Le ménestrel préluda sur sa harpe, et commença sa ballade ; mais le cœur d'Hélène était distrait par d'autres pensées.
xn.
ALIG£*BRAND.
Quoi de plus doux que d'errer dans la verte forêt, quand la grive et le merle font entendre leur ramage ; quand l'agile chevreuil fuit comme un trait pour échapper aux limiers; quand le cor des chasseurs retentit au loin sous le feuillage?
— O Alixl y si abandonné pour toi ma terre natale; nous sommes forcés d'habiter les coteaux et les bois, comme font les proscrits!
O Alix I si dans la nuit fatale de notre fuite j'ai tué ton vaillaiit frère, ce fut pour l'amour de ta brillante chevelure et de tes yeux bleus.
Il faut maintenant que cette main , habituée à saisir le glaive, abatte le hêtre des bois , compose notre humble couche de son feuillage, et forme de ses branches une barrière pour la grotte qui nous sert d'asile I
Il faut que ta douce main , qui ne touchait que les cordes de la harpe, dépouille la bête fauve pour faire un manteau qui nous défende du froid !'
— 0 Richard ! si mon frère a péri, je né ptiis çn accuser qu'une destinée fatale. Le combat eut Ueu pendantUes ténèbres ; le hasard seul dirigea contre son sein le fer de ta lance. (
Si je ne puis plus me parer d'une riche robe, ni toi d'un manteau d'écarlate, nous préférerons la couleur fauve et le vert des forêts, dont le doux éclat flatte davantage la vue.
Cher Richard ! si notre sort est cruel, si tu as perdu ta terre natale, ah! du moins Alix conserve son Richard, et Richard sonAlui!
SUITE DK UL BàLLAin.
— Qa'il est doux , qu'il est doux d'habiter sons Fombrage des bdsl «hantait gaiement la jeune AUx. La hache du lord Ri* chard résonne sur les rameaux du hêtre et du chêne antique. — '
Le roi des Esprits éleya la Toix dans la grotte de la colline ; ses paroles sinistres ressemblaient au gémissement de la bise sons les portiques d'une église en ruines ^ •
— Quelle eist cettehachie qui ose abattre les hêtres et les chênes dont les troncs consacrés' forment Tenceinte où nous célébrons nos rites au clair de la lune I
Qui Tient ici chasser lé daim que chérit la reine des fées ( /) ? Qoi est assez audacieux pour porter la couleur des yerts royaumes delaféerie^
Pars, IJrgan, pars, cours vers ce mortel I car tu fus jadis ar^ rosé de Tonde baptismale : le signe de la croix ne peut té faire fiiir ; tu n'aB rien à craindre des mots mystérieux.
Appelle sur la tête du téméraire la malédtetion qui flétrit le cœur, et qui* défend aja sommeil de fermer les paupières de celui
t Dank un» loDfne dissertation sur las féas, publia* dans les Çkv*ts Bopi^ains de» JrantiiH* iBtout, et dont la portion la plus remarquable a été fournie par mon iniatigahle ami ledootenr John Leyden , on a recueilli un çrand nombre de faits qui peuvent )eter du jour sur la croyance populaire qui » encore aujourd'hui , existe à ce sujet en ficosse. Le doclenx Grabame*,. auteur d'un OQTnge intéressant Sur la Scenery du Perthsbire, a réuni avec beaucoup de soin les dogmes ré>
Fsodtts parmi les llighlanders des environs du lac Katrine : le savant écrivain est porté à attribuer origine de cette mythologie au système druidique, opinion qui rencontre plusieurs objections. ^ La Dtou'ut'Sài, ou'l\ommes de paix des Highlanders, sans être tout^à-fait inalveillans , sont consi^rés comme une race d'êtres bourrus et chagrins , qui , ne possédant qu'une dose médiocre de
Ils sont censés habiter autour de certains monticules de gazon, ou ils célèbrent leurs fêtes noc« tomes à la «larté.de l'a lune* .11 y a , environ un brille au dessus de la source du Forth, au>dessus ^ LoebconVun lieu appelé QrinkF^n , ou \'^%\\9 des homùoes de paix , qu'on'suppose être une de Inirs résidences favorites. On voit fà et là plusieurs éminences d'une forme conique , l'une d'dles **t placée au sommet du lac, et beaucoup dhiabitans n'oseraient en approcher après le coucher du 'oleil. Ils croient que si quelqu'un y vient seul la veille d'une fêle, et fait i\euf fois le tour d'un de CCS monticules, une porte s'ouvrira à sa main giinche ^Sivistio.sbvm), poiir l'admettre dans ces ^les souterrains. Plusieurs mortels , disent-ils, ont visUé ces secrètes demeures } iU ont été reçns dans de somptueux appartèmens, où on leur a offert des mets'excelleos et des Tins délicieux. Ils ont ^^des fiemmes surpassant en beauté les filles des hommeS' Les habitons de ces lieux* heureux en ap. parence, passent 1» temps au mib'eti des fêtes et dansent aux sons des plus doux accords. Mais malbenr an mortel qjui se mêle & leurs joies, et qui ose partager leur festin! par cette imprudence- il sst séparé pour toujours de la société des hommes, et il se trouve lié irrévocablement au sort' ^Shi'ich.
tlae tradition des Highlands rapporte qu'une femme conduite jadis dans les f etraites des hommes de paix» y fut reconnue par up être qui avait été un simple mortel, maïs qui était devenu, par malheur, l'associé desSbi'ichs. Conservant encore quelque bienveillance pour l'espèce humaine, il ^▼ertit la nonvelle arrivée du dapger Qu'elle couVait , et lui conseilla , si elle diérissait sa liberté , de ■'shstenir de boire' et démanger avec eux durant un certain temps, l^lle suWitcet avis, et lorsque le ^lai fixé fut écoulé , elle se retrouva sur la terre. On ajoute que lorsqu'elle examina les viandes ^'on lai avait présentées , et dont l'aspect loi avait paru si succulent, il se trouva, maintenant que le charme était dissipé , qn'riles se coniposaient-do resida le plus' vil de la terre.
2- Comme les hommts de paix ayaient des habits verts, ils- é* aient très irrités quand on mortel portait leur couleur favorite.
me LA DAHHË mj LMC. tv.
qui l'entend prononcer! qn'il soit réduit à inyoqpier la mort, e qae là ^lort soit sourde à ses fœtut 1 —
SUrrB DE LA BALLADB.
Qa'il eat doux , qu'il est doux d'habiter sons Vondirage des bois, quoique les- oiseaux gardent le sitencel Alix prépare le foyer da soir ; son amant apporte le bois de la foret.
Urgauiparaît : oe nain hideux se place devant lord Bi^diard. Lé chevalier fait le signe de lacroix, et seTeoommànde i La protection du ciel.
— Je ne crains point ce «ign^ redoutable^ lui dit le fantdme menaçant^ je ne le ci^ains point quand il est fait par une main fanglantel
Hais Alix 9 remplie.de courago^.lui répond sans hésitera — Si le sang' souilla sa maia» c'est le sang des bétes fauves 1
— Non j non , femme intrépide, dit l'esprit : le sang qui rougit eette main profane, c'est .k saiig de ta racel le saÂg ^d'Ethert-
Brandl>—
Alors Alix s'avance, et fait aussi le signe du salut : — Si le sang rougit la.maiud&Ricbard,.dit^eUe, ma^main est sansiachei
Je te conjure; &ntôme de Tenter, au nom de celui queiie- 'doutentle^démons, de nousaj^rendreâ'ôù tu viens, et.qnd'nfllif i'aaène ici.--*-
«HMtJPSiOW .mi tJLÂ UAIAAl».
—«Il est.donx, U est doux d'habiter le royaume de JaSteieS d'écouter les concerts des. oiseaux ..enchantés , d'assister ans^ jeux •hrillans xlesieqirits qui forment la cour de notre monarque et l'es- <eortent a dieval 1
Rien n'est resplendissant comme le pays des fées (m)^; mais ce uu'est qu'un.faox éclat semblable à l'impuissant rayon que le soleil ' de décembre laisse tomber sur les neiges et les glacjBS.
'Notre forme , capricieuse et inconstante comme cette lumière 'des jours d'hiver, fait de nous tour à tour un chevalier, une dame
let.un nain hideux.
z. Les sujets da foyanme dé fjéerle étaient recrutés dfns les régions terrestres, comme les familles . »dM' Boh UMiiim } wais les dbprhs Tolaient et les eofaos et lès adahef« Plus d'un cheraiier qu'on croyait dans su tombe était doYAou on citoyen du pays des fées.
LA PROPHÉrm* «7
Geint peiidant ime de ees iiiik8<)ù le iMii des f ée<joiut de 1a t^^ puissance, que je sacocubai dans m eombat orknmel. J'étak en* core entre la Tie et la mort ; je^ane sentis transporter an triste pays des enchautemend.
Msds si une femme conragense <^^i tracer trois fois le signe de la croix45ar mon froi^t, je ponnri|is reprendre ma première foi:me» et redevenir nn mortel comme tous. -^
Alix ose le fiiire nne première fois et pois nne seconde : Alix avait nne ame,remplie de courage. Le front dn nain se/embronit ;.la,ca- Terne devient de plus en plus obsore.
Alix répète ané troisième fois le signe mjstérieox , et voit apparaître aussitôt le plnsl)eau chevalier de l'Ecosse :.c'étaitson frère, c'était Ethert-Brand !
Il est doux d'habiter sous }e vert feuillage des bois «quand, la griv^ et le merle unissent leurs joyeux r^ages; mais il est plus doux encore d'entendre toutes les cloches de rantiipieJDttnfermljpe annoqcer la fête de l'hymen.
Le ménestrel cessait de chanter, Ioi«gu'un étranger se présenta dans la grottesauvage : sa démarche guerrière, son noble aspect, son habit dé chasseur en drap vert de Linepln , son oep^ard d'aigle, tout.en loi rappelle à Hélène le chevalin «de.Snowdonn. C'étuit Jamcâ Fitz-James lui-même !
Héièue parut livrée à l'illusion dfon soDjge > etdans m sorp^se ^lleput à peine retenir un m.
^^ O étranger! qi^l hasmrd fweate v<h|8 amènte ici dans ccstte heure de péril ?
— Hélène peut-elle appeler iunesté le hawtd qui m^jpr9cm:!a.le bonheur de la revoir ! Fidèle à sa promesse^ mon ancien.guide s'est trouvé ce matin au rendez-vous que je lui avais donné ; et il a conduit mes pas dans l'heureux sentier qui mène à cette grotte*
^^'HeoiTOX sentier J ditHélèiiel... Quoidonol il se vousarien 'Aîtde la guoH^ de la bataille qaà doit se littéit, des gardes qui <)c$(iipent toi^PI passages J
«^NoB^sur ntaidil etijen'airièaviiqiii'pûtmelefairesoQpçonner.
-^ Goiiie, Attan; va troaner eeguide. Je distqigaelà4ias «on /tartan. •« ATraèbe»kit >l^a«eii de aon desaein , et'Oonjiire-le>âe<ne point trahir l'étranger qui <setfiè à loi. Quelle eiit'donc la yemée ^ t'a.inspiré^)honmie.itnprttdei|t?> NiPamour m la evasateii'au-
388 LA DAME DU LAC. ch. iy.
raient jamais ^a engager le dernier des yassanx de Roderic à te conduire ici sans que son Chef en fiit d'abord informé I
— ^Aimable Hélène, dit le chevaliery ma yie doit m'être chère puisqu'elle mérite ta sollicitude : toutefois la yie ji'est pour moi qu'on yain soufiBe quand Famour ou l'honneur sont mis en balance avec elle. Que je profite donc dû hasard qui nous réunit pour te déclarer ayec franchise mon espoir et mes intentions. Je viens pour t'ar* racher d'un désert où jamais n'a brillé une fleur aussibelle^ je veux t'entraîner loin de ces lieux , théâtre de guerre et de carnage. Mes cheyaux m'attendent près de Bochastle; ils nous aurpnt bientôt conduits Jusqu'aux portes de Stirling. Je te déposerai dans un asile délicieux; je veillerai sur toi comme sur une fleur précieusel...
— Arrête , chevalier 1 interrompit Hélène ; ce serait un artifice coupable de dire que je ne devine pas ton espoir : ma vanité a écouté ui^e première fois tes louanges avec trop de complaisance; cet appât fatal t'a fait braver les périls et la mort. Gomment, hélas 1 réparer les malheurs que ma vanité a causés ! • . . Une seule ressource me reste ,... je veux tout avouer;. .. oui , je veux forcer mon cœur à se punir lui-même ; sa légèreté a failli me perdre l que la honte de cet aveu m'obtienne ton pardon !• . . Mais d'abord sache que mon père est proscrit , exilé , déclaré traître à son roi. Le prix du sang est sur sa tête ; ce serait s'exposer à l'infamie que de m'ac* ceptéir pour épouse. . • Tu ne te rends pas à ces motifs ?. . . Eh bien I apprends toute là vérité! Fitz-James, il est un noble jeune homme V** s'il vit encore ,..• qui s'est exposé à tout pour moi et pour les miens. . . Te voilà maître du secret de mon cœur ; pardonnelui : sois généreux, et pars.
xvin.
Fitz- James, connaissait .tontes les ruses qui séduisent le cœur volage d'une jeune beauté , mais il sentit bien^Éwn'ici toutes les ruses seraient inutiles : les yeux d'Hélène ne l^Prent échapper aucun de ces regards qui démentent un premier refus ; elle témoigna toute la confiance d'un cœur innocent, quoique le vermillon de la pudeur colorât ses joues , elle déclara son amour avec le douloureux soupir du désespoir, comme si, privée de son cher Malcolm , elle eàt gémi|siir sa tombe.
Fitz-James perdit tonte espéi^ance ; Hélène i^e lui inspira qae
Fintérêt f one douce sympattûe. Il offrit de Faceompagner comme un frère accompagne sa sœar.
— Oh I qne ta comiais peu , dit Hélène , le cœur de Roderic ! il est plo8 sûr ponr nous de nous éloigner séparément ! Hâte*toi de rqoindre AUan , et qn^il t'apprenne si ton guide n'est pas un tndtre.
Fitz-James porta la main .à son front pour cacher le trouble de son ame ; il fit deux pas pour partir, et puis ^ comme si une pensée noaTcUe àVait éclairé son esprit , il s'arrête , se retourne , et s'approche d'Hélène.
^ Un mot encore, loi dit-il , et je te dis adieu; daigne accepter on gage d'amitié. . . La fortune ^ youlù que ce glaive ait sauyé dans un combat la vie du roi d'Ecosse. Le monarque reconnaissant me remit cette bague , en n^e disant de la rapporter quand bon me semblerait y pour réclamer hardiment la récompense qne je voudrais exiger. Hélène , je ne suis point un chevalier courtisan^ mais nn de ces guerriers qui vivent de la lance et de l'épée , qui n'ont qne leur casque et leur bouclier pour tout château , et le champ de I>ataille pour domaine. Que puis*je demander à un prince » moi qui ne me sonde nides richesses ni des titres pompeux ? Hélène , prête* moi ta mitin ; accepte cette bague : tons les gardés et les officiers du prince la cpnnaissent. Va trouver lé roi sans plus tarder ; ce signe te fera sûrement parvenir jusqu'à lui. Expose-lui la faveur qne tu défliires ; quelle qu'elle soit , il te Taccordera pour racheter ^ gsige que j'ai reçu de lui.
Fitz-James mit cet anneau au doigt d'Hélène, s'arrêta , déposa nn baiser sur sa main , et partit.
Le vieux ménestrel resta immobile de surprime en le voyant s'é^ loigner avec tant de promptitude.
I^ chevalier retrouva son guide , il descendit avec lui le revef s escarpé de la montagne , et' traversa le ruisseau qui réunit les lacs de Katrine et d'Achray.
Tout était silencieux dans l'étroite vallée des Trosachs; les rayons du soleil étaient'immobiles sur les collines ; tout à coup le guide poussa un cri aigu.
— Murdoch , dit Fitz-James , serait-ce un signal ?
Murdoch répondit en balbutiant : — Je voulais effrayer par mes <^s ce corbeau qui dévore une proie.
39a LA DAMS DU JLÀlC^ ce. iv.
Le dieraHer regarde y etreoomiaîi qneo'osl aonnMsùomàiac qoi est deveno la pâtnre des corbeaux.
-^HélasImODGOiirsiercliériy dit-ily fleAumîeiixTakipoiCPtoi, et pour moi peat-élre^ qae nous n'enssion» jamais tu les Trosaohs... Miprdoohy passe le premier,..* mais en silence; an pre* mier cri, tn es mort.
Se méfiant l'on de Taotre , ils continuent lear nmte , mnets tous deOK et tons denjt snr leurs gïûrdes.
Le sentier serpente antonr d'an précipice. .. Sondain-nnefemme^ dont tons les traits sont altérés par les feux du soleil et les injures des tempéies, se montre sor un rooher aa-dessas du passage; elle est eoBYerte de haillons en désordre, die promène antonr d'elle des yenx égarés, considère tonr à tonr les bois , le rooher etléS'CÎeiix, semble ne rien remarquer, et tout obserrer cependant^
Son iront était couronné d'une guirlande de genêt ; sa main agitait ayec un montementbiEarre une touffe de ces plumes noires qae les aigles abandonnent sur la- cime des rochers* Elle awit été eUe-mâme chercha ces dépouilles du rm des airs suv les cime&esciui>pées où le^ chètres pou¥aient à peine panFemr.
Elle décou^t d'abord le plaid montagnard, et jeta un on aigu qpi rémlla tous les échos d'alentour; mais quand elle reconnut le costume des pbines, elle fit un rire insensé, se tordit les mains, pkmra ^ et puis se mit à ehantei". • .
Eîledianta... Sa voix peut-être dans des jonris plus heareux se serait mariée aux accords de la harpe et du luth ; maintenant,^ ^oiqae ses^ modiilations flissent moins pnres et plus rudes ,i ses accens ayaient encore une douceur et une mélodie étranges.
XA ROMANSE DE BLAMCH&
Invoque on ange tatélaire
Pour rendre le cahne à tes sens....
— Puis-je ici {ermer ma paupière
On prononcer une prière • ' -.
Dansla langne de wm tjraasl
Dans le ^Uon qai n>'a m naltfv le doux sommeil Tiendrait peot-étrir Yerser sar mon front ses psTots ; Anx lieux où le Deran murmure
Ma «ois, d» Diea dé la aM«rer Obtiendrait l'éternel repos.
Je me souTiens da jour de fête
Où ma no«rrice sur ostftéle' ^^
LA. PBÛPilÉrS. 3ftl
■h nn Toâe my%én»ax • .Si nm dit : ïetgi» ftanoée ,
▲lions au temple; rhymcQ^ ''
Va eomUcr enfin tons tes rœvet.
Hélas 1 fatale confiancel Un s*arire de reapérMioa M'a coûté des pleurs bien amers I Toiit m6n bonkeor n'éuit an'iu léf*: « « Un «ri de mort soudain s'élève; J» ■• réfiMtto dawtoa liri.
xxm.
— Quelle est cette fesime? demanda FitzpJames ; 'que signifie sa romance ? qae fait-elle sor ces hanteprs? Son manteau floitant res» semble aux ailes étendues du héron solitaire qoi plane à l'approche da crépnscnle sar nne source enchsfnlëe.
— C'est Blanche de Devan, répondit Murdoch; c'est une captive de la plaine dont la raison est égarée : eUe fut enlevée dans nne des excursions de Roderic, le jour même où elle allait recevoir la main, d'un époux. Son fiancé voulut opposer une vaine résistance, et tomba percé par le glaive de l'invincible Chef du clan d'Alpine sur les bords du Devan...
Je m'étonne de la yoir en liberté ; mais elle échappe souvent à sagardienne«». Allons , retire-toi , pauvre folle. — * Et il la menaçait du bois de son arc.
— Situ oses la toucher» s'écria Fitz-James, je te précipite du haut de ces rochers 1 '
— Je te remercie I chevalier généreux , dit la folle en Venantse placer auprès de Fitz» James*
Vois les. ailes que je prépare pour chercher mon bien-dimé à' travers lès airs. Je ne préterM point à ce barbftre vassal une seule: de ces plumes pour adoucir sa chute... Non I ses membres enlim^ beaux couvriront les roshers; les loups» viendront »'en repaître; son plaid odieux, arrêté par les ronces et les buissons^ flottera dans l'air, et sera le signal qui rassemblera ces animaux dévorans autour de leur proie.
^ XXIV
— * Assez, pauvre fille ; calme-toi*, lui dit le chevalier.
— Oh I que ton regard a de bienveillance ! répondit-^Ue ; je veux reconni^tre ta généreuse pitié. Mes yeux se sont flétris en versant des larmes ; mais ils aiment encare la eouleur verte de Lincoln ; mon oreille est devenue insensible, mais eUé râne encore le langage des basses-terres. Mon William était ainssi un chasseur : ITiHifliiB avoir su captiver mon amour ; son manteau étak,.obmmft
S92 LA DAQIE DU LAC. ch. iv.
le tieiii coolenr do yen fenillage. Les chants de ma patrie étaient si doux dans sa bouche I • , • Ce li'est point ee que je yeux dire ; mais tn peux bien me deviner.
Après ces mots, sa voix, fréquemment entrecoupée, toior à tour lente et rapide dans ses modidations , 'fit entendre un chant improvisé. Ses yeux fixaient avec effroi le vassal de Roderic, regardaient ensuite le chevalier, et plongeaient soudain dans la ravine ^
La diMM comiD«Beei Le cor a trois fois Sonné dans las bois , Et le cerf s'élance.
il lAre le front; Fier de son eonrage , Et, quittant l'ombrsfe , Descend an Talion.
Errant dans la plaine.
Dédaignant de fuir* Il entend gémir Pris d'une fontaine.
.11' a TU soudain CheTrette timide.
Dont on trait perfide ▲ percé le sein.
•^ Fu jex , lui dit*elle , Fnyes le trépas; ITe méprisez pas Un sTis fidèle.
T. Nons iTonons de bonne foi que nous aTona cm, impossible de traduire cette liallade de Blanebe^
2 ni exprime k la fois le délire de ses pensées et l'aTis qu'elle donne au cbeTalier de Snowdoun. 'espèce de petite fable que nous lui STons substituée est trop suiTÎe pour être mise dans la boucbs d'4ine folle. Noua allons donner la traduction littérale dn texte ; mais nous doutons qu'on puisse y deriner le charme et l'bnrmonie bizarre de l'original i du moins on jugera de la difficulté d'une tradaction fidèle en vers.
- Les fileta sont dressés , les plein sont 4isposét ;
Chantez toujours gaiment , gaiment 1 y^ ils tendent les arcs , et ài|;uiseiit les couteaux ; Les chasseurs TiTent si jojeusementl;..
C'était un cerf, un cerf dix oors ,
Portant ses rameaux fièrement ; Il descendit aTec majesté dans le Talion. Chantez toujours hardiment, hardiment.
Ce fut là qu'il rencontra une cherrette blessée;
Elle était blessée mortellement :
Elle l'aTertit que les filets étaient tendus
Obi si fidèlement 1 fidèlement 1 • . '
Il tfrait des .yeox, et il.pnt Toir.... Chantez toujours prudemment , prudemment; Il arait des pieds, 'et il put fuir....» Les chasseurs Teillent de si près I
An lien de ces lourdes consonnancet en m§/U, il n'y a dans le texte qnodtfltoilt gnieiraXi eoDOW
liit chaiMqn enieb
Préparent leur plése ; ( Le ciel tous protège Leurs dards sont mort
Ce discours l'éclairt , Il Toit le danger ; £t d*an pied léger Fuit daos la bruyère.
XXTI.
L'ame de Fitz-James n'était occupée que de sa passion , qnand il daigna à peine écouter l'avis qœ la crainte avait inspiré à Hé* lène; mais le cri qn'arait jeté Mnjrdoch éveilla ses soupçons , et U chan8<m de Blandie acheva de lui prouver qu'il était trahi. Ce n'est point un cerf qui découvre un pi^;e ; c'est un lion qui aperçoit le chasseur. ' .
Le chevalier tire son glaive du fourreau.
— Confesse*moi ta perfidie, ou meurs 1 crie*t-il à son guide.
Le montagnard fnit«avec vitesse ; mais, en fuyant» il bande son arc : la flèche vole, rase seulement le cimier de J*itz«James , et va percer le cœur flétri de Blanche.
Murdoch, il s'agit de prouver ton agilité; jamais fils d'Alpine n'en eut un tel besoin. La rage dans le cœur, rapide comme le Tent , le chevalier vengeur est sur tes pas 1 . . . Hâte-toi ; il y va de la mort on delà vie! Etendus dans la bmyèi^, tes compagnons, en embuscade, ne sont pas loin : si tu peux les atteindre , tu es sauvé. • • Mais non , tu ne dois plus les revoir ; le terrible Saxon te serré de près; le coup mortel te frappe sans résistance, comme la fondre qni renverse le pin sur la poussière I
FitZoJames eut besoin des effoi^s i*éunis de ses pieds et de ses mains pour retirer son épée de la blessure qu'elle avait faite. Penché snr'sa victime comme l'aigle sur sa proie, il sourit avec une joie &rouche en la voyant expirer ; il retourné ensuite au lieu où la pauvre Blanche était baignée dans son sang.
xxvn.
Elle était assise sous un bouleau , le coi^de appuyé sut les genoux ; elle avait arraché la flèche fatale , et la contemplait avec uh faible sourire. A ses pieds étaient sa guirlande de genêt et ses plumes noires , souillées par le sang de sa blessure. Le chevalier ▼oulnt l'étancher. . '
— Etranger , dit-elle, tu prends un soin superflu ; l'heure de ma mbrt m'a fait retrouver ma raison égarée depuis si longtemps :
^ mesure que nia vie s'éteint, mes Visions fantastiques s'éva-
3M: LL JmflB DU LAC. ce. iy.
nooissent. Je mears ^breoYée d'outriiges aide malhears; mais qaelqae chose dans tes regards me dit^que ta es né pour me yenger... Vois-tu cette tresse ?... J'ai tonjours conservé cette tr^se de chereiix blonds dans mes dangers, ma démence et mon déses» poir. Ces cheyeox eurent jadis la conteur d*or des tiens; mais le aang et mes larmes en ont terni tout l'éclat..;.. Je ne dirai point qnand ils me furent remiSy à quel front ils. appartinrent.. ... Ma raison m'abandonnerait enoita..*^. Maia qu'ikuecYOïf depanaohe à ton noble cimier yjnaqoîà ce que les rayons da soleiLetle sonfile des vents aient effacé la tache c|ii les soniUei; alofs ta me les rap» porteras*.. Hélas 1 je sens qae je sui&.enoore daosi le délire l..« O monDienl permets à ma rai8on.da.ni'éalairei]td& ses dernières clartés. .. Par ton titre glorieux de chevalier, par ta vie conser- Tée aux dépens de la mienne> pnometa^moi, quand to! yerraâ an guerrier cruel qni se dit avec engueil le Chef du clan d'Alpine , et tn le reconnaîtras à son noir.pfuiaefae^ à sa mainaangfamte, à son front farouche, promets*moi.de redoubler de courage et de forée ponr venger les outrages de la pauvre HtachedeBevan I«.. On a juré ta mort; tous le» passages sont gardés*... Hvite ce sentier.... O cid !«.,•. Adiea,
xxvui.
Le brave Fitz- James avait nn cœur sensible , et ses yeux r& pandaieijit facilement des larmes à l'aspect de l'înfertime : ee fut ayec une émotion confuse dé douleur et de rage quf il vît expirer la/ pauvre Blanche.
— .Que Diçu m'abandonne aux jours, de mes dangnrs , dit^l ^.si: j'onbUe de demander vengeance à oe Chef bârbiai«4
U réunit une tressedes cheveuxde Blàndieà eeos de son amant» les trempa daas'le sang, ^ lesplaçasur le oôté de se to«{ae :
"^J® jl?f<er a'écria^t41 , par le nom<de.Gfiltti dont.lsf parelé estla Tenté, de ne jamais porter d'autre mwrqnede k&veur des darnes^ jusqu'à ce que j'aie teint ce tristie gage dans le sang de Roderic I... Mais écoutons... Que veulent dire ces elame^vs lointaines? La chasse commmea; i&sîs ils appuenduoni que le^œtf .axa. abois est. encore im ennemi dangereux.
Le chemin) qn^il connaît lai est fermé pas les montag^urds^ le gardent ; il faut que Fitz- James erre à tràvese les. rodiers et les taiUis;.les lôcrens elles préaipicesqu'iltronife saPsonfMMsmge le forcent souvent de revenilr sur ses pas et. de ohange» de soulier.
AiafiuirdéGOuragéy, harassé de tsJÎfpA^ épniségAr lebesoîn» il
LA» PROf HÉTIB. 39»
s'étendit 8omà les Tiau arbreâd'un bocage, et secrat au terme de ses périls et de a.es trayaiuu
— De tontes mes impradcntes aventures, cet exploit sera la donûère s ai-je pu être assez insensé pour ne pas prévoir que çetle mohe ^ frelons montagiurdB réunirait tous ses essaims aussitôt qu'elle saurait que les troupes du. roi étaient rassemblées à. Données. .«*« Tons les vassaux de Roderic me poursuivent conune dMlimiers... Ecoutons lenr&cns etle.signal de leurs sifflets..* SL je m'avance plus loin dans ces déserts ,^ je me livre moi-même à meseunemift : restons couché. ici jusqu'au crépuscule;, alors je poursuivrai- ma route dans les ténèbres.
Les ombres du soir s'abaissent lentement sur les bois j dont elles enveloppent lé feuillage d^une teinte plus sombre ; le hibou s'éveille; le renard glapit dans la forêt ; la pâle lueur du crépuscule suffit pour guider les pas errans de Fitz- James , sans trahir de loin JKi marche aux yeux vigilans de ses ennemis.
9 s'éloigne avec prudence, et, prêtant une oreiRe attentive ,^ gravit les rochers et se glisse dans les broussailles.
L'impression glacée dé Tair de la nuit n'était point tempérée dans ces montagnes parle solstice d^été; chaque soufBfe de la Use engourdissait le» membres hnmides du cheTalier ;
Seul y courant à chaque pas un danger nouveau , mourant itt &ini et de froid, il marehà long-temps dans des sentiers inconnus, semés de précipices et embarrassés de ronces, jusqu'à ce qu'an détour tf un Taste rocher il sfe trouTaTis-à-vis d'un feu de garde.
Auprès jde la flamme, rouge des tisons se réchauffait un moatar^ Snard entouré desonplaid;. il sedeva tout à coup, répéeàlamain^, «a s'écriantî
— Saxon , quel est ton nom et ton dessein ? Arrête !
, ^ Je suis un étranger.
-^Que demandestu ?
-^ Quelques heures de sommeil et un* guide, du feu- et du pain ^ ^^ vie est en péril ; j^ai perdu ma route; la bise a glasé tout tee» corps.
— Es-tu ami de Roderic?
~Noft.
''"-'^OserrâMirttedéohBPeF sen maamt^
396 LA DAME DU LAC. ch. jr.
— Je l'o9e Oui y je sois l'ennemi de Roderio et de tons les
meurtriers qu'il appelle an secours de son perfide bras !
— Tu parles ayec arrogance I... Hais, quoique les bétes fauTes obtiennent un priyilége de chasse , quoique nous donnions au cerf via espace réglé par des lois , avant de. lancer nos meutes ou de bander uptrearc, qui trouva jamais à redire à la manière dont le perfide renard est attiré dans le piège ^ 7 C'est ainsi que de traîtres espions. •• Mais sans doute qu'ils en ont menti ceux qui prétendent que tu es un espion secret ?
— Ils en ont menti, je le jure. Que je puisse me reposer jusqu'à demain matin ; que Roderic se présente alors avec les deux plus braves guerriers de son clan : je graverai mon démenti sur leurs cimiers.
— Si la clarté du feu ne me trompe , tu portes le baudrier et les éperons de la chevalerie?.
— Que ces mêmes insignes t'annoncent toujours l'ennemi mortel de tout oppresseur orgueilleux t
— C'est assez ; assieds-toi , et partage la couche et le repas d'an soldat.
Le montagnard lui sorvit un xepas frugal , composé de la chair durcie du chevreuil ', selon ,Fusage de la contrée ; il garnit le fea de bois sec, invita le Saxon à partager soii manteau , le traita avec tous les égards dus à un hftte , et , reprenant BCfu entretien , lui dit : .
— Etranger, je suis du clan de Roderic et son fidèle parent ; toute parole outrageante pour son honneur exige de moi une prompte vengeance : de plus,... on assure que de ta destinée dépend un augure important. Il ne tient qu'à moi de sonner de naon ' oor ; tu serais accablé par de nombreux ennemis : il ne tient qu'à moi de te défier ici , le fer à la main , sans égard pour l'épuisement
X. Sir John employa précisément le même raisonnement lorsan*ilréfata la défense de l'infortiiaé «omte de StrafTord t i— Il est rrai qne nous accordons le bienfait de la loi aux lièvres et duxdniiAs, parce qne ce sont des bétes de cbasse : mais il n'a jamais paru crnel ni injuste de détraire !«»««• nards et les lonps , dans quelque lien qu'on en puisse tronrer , parce que ce sont des bétes de nroie. Bn un mot , la loi et l'homme «Uient d'aoord » l'nne éunt plus fallacieuse et l'autre pins barbare qu'aucun siècle ne pourrait en fournir l'exemple dans un poste si éleré. (Clarendon, MBs- Mn é» lu réàtlUum , Oxford , 170a , in-folio . p. 1 83 .)
qn
çutd*
fond du saupogwt,
▲près une grande partie de chasse , il TÎt ces smtpoget d'Ecosse deTorer leur gibier tontcra, sans antre préparation que de le presser fortement entre deux bAtons,-^e manière à en exprimer tout le •ang et à rendre u venaison extrêmement dora. Lé vidaoae tut <e rendre popoUâra enne se montrant pas pins difâdle qa'enz.
de tes forées ; mais m Tintérét de mon clan ni celui de mon Chet ne m& feront départir des lois de Fhonneor.T^attaqner dans Fétat où ta te troayes serait une honte : l'étranger porte on titre sacré ; il ne doit jamais solliciter en Tain nn guide et da repos , des alimens et une place, auprès du foyer. Repose-toi donc ici jusqu'à la pointe du jour : moi-même jeté guiderai à trayers les rochers , les bois et les guerriers qui te cherchent , jusqu'à la dernière limite du clan d'Alpine ; mais , arrivé au gué de Goilantpgle , tu n'auras plus d'autre défenseur que ton épée.
— J'apcepte ton offre généreuse ayec la noble franchise qui te l'inspire.
— Eh bien , dors I J'entends le cri du butor ; c|est le chant sau* yage qui appelle le sommeil sur le lac.
Il dit, répand près du feu la bruyère odorante , étend son manteau f et lès deux ennemis se couchent à côté l'un de l'autrecomme deux frères. Ils dormirent jusqu'à l'instant où le premier rayon de l'aurore teignit de pourpre la montagne et le lac.
F» DU CHAUT QUATHIfiHS.
finxB comme le iprcnÉwr rayon ide.ikidie maAinale lompe» aperça soudain par le vojaigimtégmté't ilbnUe-aiir Je£EO«tt«<àiKiir de la nuit , argenté les flots ëcameox du torrent , et éclaire le sen* Cier effrayant de la montagne ; belle comme ce rayon le pins beau de tons y 1 étoile étincelante de la franchise martiale et de la courtoisie chevaleresque prête de la grâce aux horreurs des batailles, ennoblit le péril , et resplendit au milieu des noirs orages qui accompagnent le géme^eltt-giieive.
Ce premier rayon si beau et si douxétincelait à trayters lerideaa des noisetiers, quand, réveillés par sa ronge clarté, les deux guerriers abandonnent leur couche rustique, lèvent les yeux vers la Yoftte du ciel, murmurent tout bas les prières du matin , et raniment le feu pour préparer un repas frugal.
Ce repas terminé , le Gaël ^ drapa autour de lui avec grice les plis de son.plaid bariolé , et , fidèle à sa promesse , servit de guide ^ Saxon dansles sentiers des bois et des montagnes.
La route était sauvage et embarrassée... Tantôt ils suivent on sentier tortueux sur les bords escarpés d-'un précipice qui domine les riches plaines où serpentent les flots du Forth et du Teith, et plus loin tons les vallons qui se succèdent ^squ'aux lieux où les tours de Stirling se confondent avec les nuages; tantôt ils se trouvent engagés dans le feuillage épais d'un taillis, et leur vae
X. Le montagnard écossais prend le nom de Gail ou Caul, et donne aux babitana des basses terres celui de S«4t»iuwh ou SawH,
LE COMBâT. 919
Vétend à peioe^ la longaenr d'one lantfs: Ici le sentisi' «gt dHm abord si diffieUe, que leurs pieds ont besoin da secours de hors mains ; là les ai'bnstesaont en^elacés si éti^itement, qne y se aé* parant tout à coup , les rameaux de Tëglantier font toaaber sur eux 'oneploiede rosée, de cette roséediamantée sipore etai brillante, qa-eile ne le cède qu'aux larmes d'une Tierge.
Enfin ib arrivèrent dans ce 'lieu sauvage où la montagne s'a* baisse tout à coup comme sur ui| vaste précipice. Ici c'est Yennachar qui déjiloie ses flotd d'argent ; là c'est le Benledi qui s'élève en amphithéâtre. Le sentier profbndse continue dans ses détones soas les saillies menaçantes des rochers; c'est uBe||psitioB'que eent §aerriers pouitaient long4emps défendre contre une année entière : quelques touffes rares de jeunes bouleaux et de cfaènes nains composent l'étroit manteau de la montagne. Entre des to« chers s'élèvent çà et là des troncs desséchés ; de distance en distanee brillent la verdure ^es genêts et la noire bruyère qui rivalise en hauteur avec les arbrisseaux du taillis.
Mais là oi^ le lac laisaait dormir ses vagues paisibles, l'osier bordait de son firaillage humide le sol fangeux de la rive et le ve- Ters du coteau ; souvent une partie du sentier et la montagne étaient dégradées fax le passage des torrens d'hiver, qui y aeeu* mnient leurs débnrii de gravier, de granit et de sàUe. La roule était si pénible, que le guide ralentit «on^ms dans'les gorges éa^* filé , et demanda à Fitz James quelinolil étrsbge avait pul'ùme» nier dans ces déserts , où peu d'étrangers osaient se haamrder smia ^ sanf^^onduit de'Roderic.
-^^firare Ga8l , répondit "FHz- James , mon sauf'cpnduit , dentela Terttifat éprouvée dan^ 'le péril, est toujours à cftté de moi,>aaa« pendu à mon -baudrier. Je l'avoue , àjouta4*il , je ne prévoyais pas que je dusse en faire usage quand je me suis é^aré dans ces lieux , il y a trois jours , ^en chassant le cerf; tout mepamt^aussi calme que le ^brouillard qui dort sûr cette coUine/Ton redenlàUe Chef étiùt loin , et ne devait pas de si tôt revenir de son expédition : tel fat du moins le rapportdu montagnard qui me servit de guide , et sans doute le lâche me trompait.
— Mab pourquoi te risquer une secondé fois dans nos montagnes?
— Tu es xm guerrier , et tu demandes pourquoi .1 -Notre volonté
400 LA. DAME DU LAC. ca. ▼.
indépendante est-elle soumise à ces lois machinales qui régbsent le ynlgaire 7 Je cherchais à channer Tennoi d'un temps de paix^ la plus légère cause suffit alors pour entraîner bien loin les pas libres d'un chevalier; un faucon qui a pris la fuite , un limier qu'il a ^ perdu f le doux regard d'une fille des montagnes , ou , si on passage est cité comme dangereux, le danger seul n',est>il pas un appât suffisant?
-^ Je ne te presserai pas dayantage sur tes secrets ; cependant je dois te deniander si , avant de revenir parmi nous, tu n'avais pas entendu parler des soldats que le comte de Mar levait contre le clan d'4}piA6.
— Non, sur mon honneur !••• Je savais seulement que des troupes aviadent pris les armes pour protéger la chasse du roi Jacques; mjais je ne doute pas que dès qu'elles apprendront les projets hostiles des montagnards , elles ne déploient aussitôt leurs bannières,, qui sans cette agression seraient restées paisiblement suspendues à Donne.
— Eh bien ! qu'on les déploie en liberté 1 nous aurions regret si leurs tissus de soie étaient rongés des vers. Qu'on les déploie I on verra flotter fièrement le pin qui orne la n<rible bannière d'Alpine I " ,
Mais, dis-moi^ puisque tu n'es parvenu dans ces montagnes que parce que tu t'es égaré en chassant; puisque tu ne songei^s qu'à la. paix , par quel motif as«tn osé te déclarer l'ennemi mortel du fils d'Alpine?
— Guerrier, hier matin encoreje né connaissais Roderic-Dha que comme un proscrit , et le C^f d'un clan rebelle qui, en présence, du régent et de sa cour , frappa jadis nn chevalier d'un poi* gnard perfide. Ce trait seul ne doit-il pas suffire poi;^ éloigner de lui tQut cœur fidèle et byal?
Courroucé de ce reproche outrageant, le montagnard fronça le sourcil, . s'arrièta nn moment, et répondit enfin avec on air farouche:
— Sàis-tu pourquoi Roderic tira sa dague contre ce chevalier? sais-tu quelle injure fit tomber sa vengeance sur son ennemi? Peu importait au Chef dcC clan d'Alpine de se trouver dans les bruyères de nos montagnes, ou au milieu du palais d'Holy-Rood; Roderic saurait se faire justice, même an milieu de la cour céleste I
— Son oatrage n'en était pas moins nn crime.. .11 est vrai de £re qa'alors le pouvoir ne savait pas se faire respecter, pendant ^[a'AIbany tenait d'anc main Êiible le sceptre qu'il ne devait, pas porter, et que le jeune roi, prisonnier dans la tour de Stirling, était privé de sa couronne et des égards dus à sa naissance ^ Mais conunçnt justifier la yie de bandit que mène ton Chef, arrachant nn vil butin dans des guerres sans motib, dépouillant le malheureux cultivateur de ses troupeaux et de la moisson arrosée de ses sueurs ?. . . Il nie semble qu^une ame noble comme la tienne devrieût dédaigner ces dépouilles indignes de la valeur.
Le Gaël l'écontait d'un air menaçant, et lui répondit avec le sonrire du dédain :
— Saxon, j'ai remarqué que du sommet de cette montagne tu promenais tes yeux ravis sur les riches moissons, les verts, pâturages, les coteaux et les. bois qui s'étendent du sud à l'est : ces plaines fertiles, ces gracieux vallons étaient jadis Tapanage des £Is de Gaul ; Tétrànger vint le fer à la main arracher à nos pères leur terre natale 1 En quels lieux est aujourd'hui notre demeure? Regarde ces rochers entassés sur d'autres rochers! regarde ces bois incultes I Si nous demandions aux montagnes que foulent nos pas, le bœuf laborieux ou l'épi doré des moissons, si nous demandions à ces roches arides des pâturages et des troupeaux, la montagne pourrait nous répondre :
Gomme vos aïeux , vous avez le bouclier et les claymores ; je vous donne un asile dans mon sein ; c'est de vos glaives qu'il faut obtenir le reste... Crois-tu donc qu'enfermés dans cette forteresse dn nord, nous ne ferons pas dès sorties pour reconquérir'no^ dépouilles sur nos ravisseurs, et arracher la proie qui nous fut dérobée! Ah ! sur mon ame, tant que le Saxon réunira dans la plaine une seule gerbe, tcMit que de ses dix mille troupeaux un seul errera sur les bords du fleuve, le Gaël, héritier de la plaine ^t du fleuve, ira réclamer sa part à main armée ! Quel est le Chef de nos montagnes quiaVocierait que nos excursions dans les basses terres ne sont pas dé justes représaille3?.«* Crois-moi, cherche d'autres torts à Roderic * ! —
'• Il n'est point dans l'histoire cPEeosse dVpoqae plus féconde en déscwrdret que cell^ qui suivit ^ bataille de Flodden-Field, pendant la minorité de Jacques V.
^'anciennes querelles se renouvelaient comme d'anciennes blessures, et la noblessse indépendante ne cessait de répandue son propre sane. (Voyez l'Histoire d^Ecosse , par Pitscottie.)
'• tes anciens montagnards vérifiaient dans leurs mœurs ce que ditGray dans sesten t
* I4» locben clet montagnes noarrÎMeat une nce de 1er, ennemie du génie plut doox de la
408 LA DAIVIE DU LAC. ch. v.
viir.
Fitz-James répondit :
— Si feu cherchais, penses-ta qu'irme serait difficile i^ea trooTer ? Comment excuser la perfidie qui a Tooln m'égarer et me faire tomber dans une embascade I
~ C'était le prix que méritait ton audacieuse imprévoyance? Si tu avais franchement déclaré ton dessein en disant : — «te viens chercher mon limier ou mon faucon ; on, je suis appelé par Famour d*une des filles de votre claii, — tu aurais pu librement parcourir nos montagnes ; mais tout étranger qui se cache est un ennemi secret 1... Toutefois, serais-tu un espion, tu n'aurais jamais été condamné sans être entendu, si un augure ne t'avait dévoué an
trépas.
• — J^y consens. Je m'abstiendrai de toute autre accusation pour ne point te courroucer ; je dirai seulement qu'un serment m'oblige de me mesurer un jour avec ton Chef orgueilleux. Deux fois j'ai visité le clan d'Alpine sans projet hostile ; ma^s si je reviens, ce ne sera plus qu'avec le glaive hors du fourreau et les bannières déployées, comme un, ennemi qui défie l'objet de sa haine i Non, jamais chevalier brûlant d'amour n'attendit l'heure du rendezvous avec autant d'impatience que j'attends le moment oà je me verrai en face de ton Chef rebelle à la tête de tous ses vassaux !
—Eh bien 1 que tes vœux soient satisfaits, dit le Gaël ;— et le son perçant dé son sifflet fut répété d'écho en écho comme le cri du courlis. Au même iiistant, au milieu des taillis et de la bruyère, à droite, à gauche, et de tous les côtés, apparaissent des toques, des lances, et des arcs tendus. Des fentes des rochers surgit le fer des piques ; les javelots sortent des broussailles; les joncs, les rameaux des saules semblent chaingés en haches et en'épées ; chaque touffs de genêt enfante un guerrier couvert de son ^aid et prêt à corn-
« plaine; car il faut des membres infatigables pour labourer ta terre pierreuse et détourner les flots « impétUMiX'iiatorrenl. Qu'y a-t-il d'extraordinaire ai, élevés par la patience et la. ▼•leur, ilt coa- « servent avec audace ce qu'ils ont conquis par l'a forcée Qn'y a-t-il d'extraordinaire si» en Toyaat « leurs remparts de- roehers rcuEermer dans leur enceinte la pattipreié et la liberté • ils attaquent « les habitans les plus riches des plaises ? » ^Gray, Fragment sur taiUattCê du gowêrnement t dt Féduealion.) , ' '
Un ereag , «a une excursion , était si loin d'être regardé comme une eiyiédition honteuse, que l'oa attendait toujours d'un jeune Chef qu'il débuterait dans le commandement par une entreprise heureuse de ce genre, soit «outre ses toisins , soit contre les habitans des basaea terres, appriés Sassenachs ou Saxens.
Les montagf^erds.tfte iwrséa dans l'histoire par tradition » n'oubliaient jamais qu lee Celles, leurs ancêtres, avaient jadis possédé tonte la contrée; et que tootes les captai^s qu'il» pooTaicntCure dans les plaioee «talent nn reèomnement légitime. Quant à loatt inTation» avrlu «l«ii» voiains» il 7 9enH%afi^9Ê9éÊ^faè^mKmwfaÊÊum p«iiv jntiAerl'alii^M*
JLBGOnffiAT. 403
hMi>e« Le signala soudain réani cin^ cents hommes» comme si la montagne s'était ràtr'oavertc^onr rejeter «de son sein une année SGoicfraîne.
Tons ces gnerricrsy atlmlant les ordres et le nonTean signal de leor Ghef , demenrent immobiles et silencienXb
SemUâbies à ces rediers ébranlés dont les masses pendantes menacent sans cesse de s'écronler, et que la main fiiible d'nn enfiuit saf&^aitponr précipiter dans les profondeurs dn défilé^^les vassaux de Roderie» le glaive à la main et un pied en avant , sont prêts à n'élancer du revers de la montagne.
Le guide de Fitz^James jette un regard plein de fierté sur les flancs deBenlediy couverts de ses compagnons ; et pub, s'adressant d'an air farouche au chevalier saxon, il lui dit : .
--Eh bien l qu'as-tu a rq^ondre ? Voilà les fidèles guerriers du clan d' AI{ttney et reciMmais en moi Roderic lui-^méme !
Fitz^ Jamea était bravé. . • Surpris de ce spectacle inattendu , il santit son cœur se glaccer soudain; mais retrouvant aussiiftt son conrage, et fixant à son tour sur le Chef des montagnes un regard plein de hauteur^ il s'adossa contre un rocher, et appuyant son lâed sur le sol :
«-Viens seul, s'écria-t-il, ou venez tous enseqiblè; vous verrez plniât fiiir ce rocher de sa base que vous ne me verrez reculer devant vous.
Roderic l'observe, et ses yeux expriment à la fois le respect, la surprise, et cette joie féroce, qu'éprouvent les guerriers à l'aspect d'mi enneHai '^gne de leur valeur. Bientôt il fait un geste de la main : tonte sa troupe s'est évanouie ; chaque soldat disparaît dans lès broussailles et les bois ; les épées, les lances et les arcs rmitrent dans les arbrisseaux du taillis : on eût dit que la terre avait englouti de nouveau dans son sein, tous ces soldats qu'elle venait d'en£ant^« Tout à l'heure la* brise agitait les bannières, les plaids flottans et lespanaefaes ; son souffle maintenant gUsse sur la colline, et ne baknce plus que. les^ fleurs dé la bruyère sauvage. Tout à l'heure les rayons dn soleil étaient réfléchis par les lances, lès glaives, les boucliers , les cottes de mailles, et ({éjà ils n'éclairent pl^s que la verte fougère et le noir granit des roeh^s.
XI
Fitz- James promène ses regards autour de lui , et en croit à peine ses yeux ; une telle apparition lui- semble appartenir à l'illn-
404 LA DAME DU LAC. gh. y.
«ion d'an songe. Il regarde Roderic avec an air d'incertitade ; mais le Chef des montagnes lai dit : ; #
— Ne crains rien. Ces mots sont inatileà, sans donte; mais je te déclare qae ta aurais tort de te méfier de mes Vassaux : tu es deyenu mon hôte; j'ai donné ma parole de te conduire jasqu'an gué de Coilantogle, et je ne souffrirais pas qu'un seul des miens me prétstt Taid^ de son épëe contre un adversaire aussi valeureux que toi, quand notre combat devrait décider de nos droits sur toutes les vallées, que les Saxons ravirent aux fils de Gaul ^
Poursuivons notre route. J'ai voulu seulement te montrer quelle était ta témérité de prétendre te passer, dans ces lieux, du aauf-cônduit de Roderic. —
Ils se remirent en marche. .. J'ai déjà dit que Fitz- James était -brave autant que, chevalier l'ait jamais été<; mais je n'oserais assurer que son cœur fût calme pendant qu'il suivait Roderic à travers ces solitudes qu'il vensdt de voir se peupler tout à conp d'une multitude armée de lances, qui n'attendait pour lui arracher la vie que lesignal d'un guide qu'il venait d'outrager et de défier tout à rheure.. .
Il ne pouvait s'empêcher de tourner à tous momens les jeux pour chercher les gardiens de ces montagnes, si jHrompts à se montrer et à disparaître. L'iinagination lui faisait voir encore les piques et les claymores étincelani dans le taillis; et le cri aigu du pluvier lui rappelait le signal tout-puissant de son guide. Fitz- James ne commença à respirer en liberté qu'après avoir laissé ce défilé bien loin derrière lui.
Les deux guerriers foulent une prairie dont la vaste étendue n'offrait ni arbres ni broussailles capables de receler un ennemi armé. .
Le Chef marche devant Fitz* James à grands pas et en silence. Ils arrivent au rivage sonore de 4% torrent, fils de trois pnissans lacs, qui s'échappe en flots argentés du sein du Yennachàr^ balaie la plaine du Bochastle, et mine sans cesse les débris .du camp où jadis Rome, reine du monde, fit planer ses aigles victorieuses ^.
I. Cette générosité de Roderic n'est pas un trait rare dans les annales de nosmontagnards; dis ii*ext pas imaginaire, et je pourrais citer plus d'une anecdote pour en prouver au noina la TraiscM' blance. Les Ecossais , comme la plupart des nations à demi sauvages , étaient en même temps ca* pables d'une grande magnanimité et d'une vengeance terrible et mf^me perfide.
a. Letorrent qni yort du lac de Vennachar traverse une vaste bruyère appelée Bochastle.
Sur une petite éminence appelée tke du» of Boehastttt çt dans la plaine aosaif on troure les trteci . d'un ancien camp qu'on regarde comme romain.
Cest là qne Roderic s'arrête ; et, se déponillaiit de son boacUer et de son plaid, il dit an gaerrier des plaines r
— Brave Saxon , fidèle à sa promesse , le fik d'Alpine ne te doit plasrien; ce menrtrier, cet homme implacable, ce Chef d'an clan rebelle^ t'a conduit sain et sauf, à trayers toiis ses postes, jusqu'aux limites de ses domaines ; maintenant c'est en croisant le fer ayec loi, seul à senl , qne tn Tas ëpronyer la Tengeance de Roderic. Me Toici sans aucun ayantage, arme comme toi d'une seule épée; ta n'as plus d'autre défenseur que la tienne. . • nous sommes parvenus an gué de Goilantogle ( n ).
Le Saxon répondit :
— Je n'ai pas l'habitude d'hésiter quand un ennemi me défie Pépée à la main, et d'ailleurs, Chef valeureux, j'ai juré ta mort. Cependant, je l'avoue, ta générosité, ta franchise, et la vie que je te dois, méritaient une autre Técompense... Le sang peut-il seul terminer notre querelle? n'est-il aucun mpyen... — Non 1 non, franger 1 interrompit le fils d'Alpine ; et pour te rendre toute ta Taleur, apprends que le sort des Saxons dépend de ton épée : ainsi l'a décidé le destin par la voix d'un prophète qui dut sa naissance à l'habitant des tombeaux :
— Celui qui le premier versera le sang assurera la victoire à son parti, -^
— -Eh. bien 1 répondit Fitz- James, crôis-en mon serment; le mot de cette énigme est déjà trouvé. Va chercher dans la bmyère de ces montagnes le cadavre sanglant de Murdoch : c'est par sa mort ^e le destin a accompli sa prophétie ; cède donc au destin plutôt qu'à moi. Allons ensemble à Stirling trouver le roi Jacques : là, si tu persistes à vouloir être son ennemi^ ou si le monarque refuse de t'accorder ta grâce et ses faveurs , j'engage ma parole que , rendu. ^ tes montagnes, tn seras libre d'y entreprendre la guerre avea tous les avantages que te donne ta position actuelle.
De sombres éclairs jaillissent des yeux menaçans de Roderic : — Es» tu donc si présomptueux , s'écrie-t-il , qne tu oses proposer à Roderic de rendre hommage à ton roi , parce que tu as immolé un nûsérable vassal ! Roderic ne cède ni au destin ni aux hommes ; ta ne fais qu'attiser le feu de ma haine! Le sang de mon vassal de» Uiande vengeance. . . Quoi donc I tu hésites encore !.. ; J'en atteste le ciel, je change d'opinion sur ton courage, et je reconnais en toi
406 LA DAME BU LAC. ce. y.
on de ces frÎTeles ehevaUers de cour, indigne de^na cèoitoine, et dont le plus beau laarierestonetressedescheveoxdeleur dame. — Roderic, je le remercie de ces derniers mots, ils rendent à mon cœur toute son énergie , et acèrentla pointe de mon glaive. J'ai juré de ttemper cette tresse de^cheyeux dans, le plus par de ton sang; maintenant je renonce à la trêve et j'abjure la pitié. Ne pense pas tootefois. Chef orgueilleux, qu'il n'est donné qu'à toi seul d'être généreux : quoique d'un coup de sifflet je ne puisse faire apparaître un clan tout entier sur la eime des xochers et dans les taillis, je n'aurais qu'à sonner de ce corpour rendre ta victoire plus que douteuse 1 .. . Mais n'aie aucune méfiancp^ c'est fer contre fer que nous allons vider notre querelle. . Us tirent en même temps leurs épées, et jettent le fourreau sur le sable; l'un et l'antre regardent le ciel, le fleuve et la plainei qu'ils n& reverront peut-être plus, et puis croisant leqrs glaives et se menaçant du regard, ils commencent un comba,t. douteux.
Roderic «entit alors de quel avantage aurait été pour lui son bouclier, dont les clous d'airain et la triple peîiti de buffle avaient souvent émoussé les coups du trépas *. Fit z- James avait appris dans les climats étrangers l'art de manier les, Armes , et son épée était au besoin un bouclier pour lui ; il n'ignorait aucune des ruses de l'escrime, tandis que le montagnard , plus robuste, mais moins habile, soutenait un combat inégal. Trois, fois le fer du Saxon atteignit son ennemi^ et trois fois son sang, s'échappant à grands flots,' rougit ses tartans *. Le farouche Roderic sent augmenter sa soif de vengeance, et ses coups tombent pressés .comme les grains de la grêle. Tel qu'un rocher ou une tour qui brave tous les orages de l'hiver, le Saxon, toujours invulnérable, oppose l'adresse à l'impétuosité de la fureur, et, profitant d'un avantage, il désarme Roderic, et fait voler au loin son épée. Le fils d'Alpine recule» chancelle, et tombe aux pieds de son ennemi..
— Rends-toi , ou, par le Dieu du ciel, je vais te plonger mon , glaive dans le cœur I
X. Un bouclier rond, recourert d'nn double cuir et çami de plaques d'aîraîn ou de fer. était une ifartie nécessaire de l'équipement des montagnards . quand ils chargeaient des troupes régulières; ttt recevaient sur le bouclier le cmip de la baïonnette, qui se tordait en le rencontraQ|. et ils employaient la clayraore contre le soWat culbuté. (Voyez les antiquités miiitalrts du capitaine Grose, teoie I , page 164J
a. Voyez» au sujet de l'usage de la rapière, le discours de Brantôme sur les duels, et cet onnage êtgiialmnt éeth *ur l« anème sujet, par le vénérable àmn-Hït^d» BfM9 (Ot^a).
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-^ Je dédaigne et tes menaoes et ta pitiél Bade de se rendie an lâche qui craint de mourir 1
Tel qae le serpent qui déroule soudain ses anneaux , tel que le loup qui brise les pièges qui le retiennent captif, tel que le chat^ pard qui combat pour ses petits , Roderic s'élance à la gorge de Pitz-JameS| reçoit une nouvelle blessure dont il s'aperçoit à peine, et enlace son ennemi dans ses bras nerveux. — C'est ici f vaillant S^on, que toute ta vigueur t'est nécessaire I Ce n'est pas une jeune fille qui te presse avec amour ; nue triple cuirasse de fer et d!airain ne t'empêcherait pas de sentir cette étreinte du désespoir 1
Ils luttent avec des efforts redoublés.. •»• Ils tombent; Fitz- James est sons Roderic.
La main du monugnard lui serre la gorge ; son genou est ap« pnyé sur son sein ; il écarte les boucles de ses cheveux , essuie son front et ses yeux souillés de sang et de poussière , et il fait briller e» l'air sa dague menaçante.
Mais la haine et la rage ne peuvent plus suppléer à Fépnisement des sources de sa vie ; il a obtenu trop tard l'avantage qui allait «are tourner pour lui les chances de ce combat à mort ; pendant qu'il brandit son glaive , un veftige s'empare de ses sens et de son ^e : il frappe ; mais le fer, mal cÈrigé , s'enfonce dans la bruyère ; EStz-James se débarrasse d'un ennemi^ trop affaibli ; il se relèvis ^^^ blessure , mais^respirant à peine ^ . ^
xvn.
Il murmpre en balbutiant des actions de grâces au eieU qui sauve sea jours dans un combat si hasardeux; et puis il fixe ses jeux sur son ennemi , qui semble près de rendre le dernier soupir.
Il trempe les cheveux de Rlanche dans le sang de Roderic , et s'écrie: • '<
--Pauvre Blanche y la vengeance de tes ovtîmges meooûte cher t Biais ton oppresseur a des droits aux titres de gloire que méritent la valeur et la loyauté.
A. ces mots il sonne de son cor, puis détache son coUi^ , se dé* ^^YTe la tête, et v^ laver dans Tonde son front et ses mains <^iUées de sang.
Il entttid retffiDttir dans le lointain les pas des chevaux qui ao*
. ** *^ n'ai point rendu ce combat singulier ànnî terrible que celui qui eut lien entre le fameux *^ &?an de Locbiel et un officier anglais de la garnison d'Ihverlocby, aHijoard'bni fort William» ^^'^ ^ grande goArre ctt ile. (VQy«i lei Mémoires du tempa^J -
408 LA DAME DU LAC- ch. v.
éoarent à toute bride : le bruit devient plus distinct , et Fitz- James reconnaît quatre ëcuyers en costume de chasseurs : les deux premiers portent une lance , et les deux antres conduisent par les rênes un coursier tout sellé. Tons quatre pressent le galop de leurs montures I s'avancent vers Fitz-James, et contemplent d'un oeil surpris cette arène sanglante :
— ^^ Point d'exdamations y leur dit le Saxon; ne me questionnez pas : vous y Herbert et Lnffness, mettez pied à terre , pansez les ' blessures de ce chevalier y déposez-le sur ce palefroi qui était destiné à porter un fardeau plus doux^ et conduisez«le à Stirling; je vais vous y devancer pour prendre un coursier plus frais et des vêtemens convenables. Le soleil est déjà an milieu de sa course; il faut que j'assiste ce soir aux jeuxderarcrrheureusement Bayard vole comme l'éclair. Devaux et Herries, suivez-moi.
xvni.
— Approche , Bayard , approche. — Le coursier obéit en arrondissant sa crinière avec grâce : le feu de son rq;ard et le mouvement de ses oreilles expriment la joie que lui cause la voix de son maître. Fitz-James ne met ni le pied sur l'étrier ni la main sur le pommeau de la selle ; mais, saisissait la crinière > il se détache légèrement, de la terre ^ et, appuyant son éperon sur les flânes de Bayard y aiguillonne son ardeur impétueuse.
Le coursier bondit sous son cavalier, et , rapide comme la flèchei s'élance avec lui dans la plaine. Ils traversèrent les flots du torrent et gravirent la hauteur de Carhonie. Le chevalier ne ralentit point le galop de son cheval , et ses écuyers le suivaient à toute bride. Ils côtoient les rivés du Teith , et défient la vitesse de ses vagues. Torry et Lendrick sont déjà dépassés; Deanstown reste bien loin derrière eux ; les tours de Donne s'élèvent , et disparaissent derrière un taillis lointain. Blair^Drummond voit jaillir l'étincelle sons les pieds des chevaux; ils volent comme le vent à travers Ochtertyre. Le sommet de l'antique Kier n'a brillé qu'un moment à leurs yeux. Us se précipitent au milieu de tes ondes bonrbeuseSi ô sombre Forth ! et atteignent le rivage opposé après bien des efforts. lis laissent à leur gauche les rochers de Graig-Forth, et bientôt le boulevard de la Calédonie, Stirling et ses noires tours i leur montrent le terme de leur voyage,
Au milieu du sentier pierreux qui conduit au château i Fit^*
James racconreit les renés de son coursier : il &it on geste à soa écnyer y qui aussitôt va saisir son étrier :
— Devanx, lai dit-il, Tois-ta ce TieiUard de hante statore , et dont l'aspect annonce l'indigence? remarque comme ses pas sont assures , avec quelle activité il presse sa marche et gravit la mon» tagnel Sais-ta d'où il vient et qui il est?
— ^Noui ma foi; c'est probablement quelque campagnard , qui figurerait très bien , il me semble, dans la suite d'un noble baron? ^
— Non, non , mon cher Devaux ! La crainte et la jalousie ne peuvent-elles te rendre plus clairvoyant? Avant qu'il eût atteint le bas de la montagne , j'avais déjà reconnu de loin sa démarche et son aspect imposant ; il n'est point en Ecosse de guerrier d'une pareille taille. Par saint Série! c'est Jacques de Douglas, l'oncle dû comte exilé. Hâtons-nous d'arriver à. la cour pour y annoncer l'approche d^an ennemi redouté. Le roi doit se tenir sur ses gardes ; il est bon qu'il ne rencontre pas Douglas sans être prévenu.
Ils dirigèrent leurs coursiers sur la droite, et arrivèrent à la poterne du château;
Douglas, qui venait de l'ayitique abbaye de Gambus-Kennetts,' s'entretenait tristement avec lui-même en suivant le sentier de la montagne. - %
— Oui : mes pressentimens et meé craintes ilk m'ont poiitt trompé ; le noble Graham est dans les fers , et le farouche Roderie sentira bientôt le glaive vengeur du roi d'Ecosse 1 Moi seul je puis
prévenir leur destin Dieu fasse que leur rançon n'arrive paa
troptardl...
L'abbessé m'a promis que ma fille vserait l'épouse du Christ !..• Que le ciel me p'ardonne une larme de regret I qui connaît mieux <pie son père combien Hélène a de vertu ?'mais oublions un bonheur qui a fui , il ne me reste plus qu'à mourir l... O vous , tours s^tiques dont les remparts virent un Douglas périr de la main de son roi ; et tm , éminence fatale ^ , qui entendis si souvent retentir Ift hache homicide, lorsque la main sanglante du bourreau immo>^
<• SnaÎDeiice $itiiée aa DorcI*eft du châteaa, où Ton exécataitles prisonniers d'Etat. Stirlingfat soQTent teint du sang le plus Aoble. Voici l'apostrophe que loi adresse J. Johnston i.
Diitwrdia trisHt Se» quoties proeerum sanguine tinxit humum ! /
Hoe WM inftiis , et felùc «mtera, muqudm TuUor out eœi!/rons gemuafe seO,
^ mH de William, huitième comte de Douglas, est conna de 'tous ceux qui ontltiVhtstoirr
ilO LA DAMS DU IiàC. gh. y.
lait les plus nobles eheyaliers de l'Eoosse , préparez ^vQAfnftmè^ réchataudy et une tombe ignorée! Douglas fient se livrer hùf même... Hais, écoutons : quelle fête annonce la docbe da monastère de Saint-François ?••• «quelle foule joyeuse se préc^iîte dans les rues de la vlUe ! je vois des danses mauresques, et on cer» tége précédé de bannières , de cornemuses et de tambours. Je deyine par ces apprêts bizarresque les |)ourgeois de Stirling célkbrent aujourd'hui leurs jeux (o), Jacques y assistera. . • ces spectacles où le bon métayer bande son arc , et où le robuste lutteur reny^rae eon rival sur l'arène , lui plaisent tout autant que ceux où les cheyaliers rompent des lances dans une noble joute. Je TÛsme mêler aux flots du peuple, et ibe rendre dans 1^ parc du châteaa, pour
y disputer moi-même une couronne Le roi Jacques vennafli
rage a énervé ces membres rd)ustes9 dont sa jeunesse aintaît, dans des jours plus heureux , à admirer la vigueur •—«
Les portes du château s'puvrent à deux battans; le pont-levi^i s'ébranle et s'abaisse avec bruit ; les paVés des rues reimtîssent sous les pas pressés des coursiers : c'est le. roi d'Ecosse qui s'a* vance avec toute sa cour, au milieu des acclamations du peuple qui l'entoure. Jacques montait une haqnenée^bltoche; il s'iaclinait sans cesse, ôtant sa toque au dames de la viUe, qnirsiNb riaient et roui^ssaient en éprouvant une vanité secrète: celle «pi ixait ses regatds avait .quelques dratM àfètre fière; c'était toujours la plas belle. Il félicile gravement les anciens de la. cité ^ il loue les costumes singuliers de chaque troupe, remercie tout haut les dafiseurs , sourit, et salue le peuple^ qui répèle «rec enlhoi* fiiasme : — Vive le roi des Communes I vive le roi Jacques I
Derrière le monarque sont rangés les pairs, les chevaliers et de nobles dames, dont les palefrois s'indignent duretardqtte la foule et la pente rapide do chemin^pposent à leur mardie. Au milieu de ce cortège on distinguait aisément des 'fronts . tristes, ^sévères «t chagrins; plus d'uanoble témoignait son dépit de la contraime imposée à son «Kgneil , -et méprisait les plaisirs vulgaires des bourgeois. Il y avait aussi de ces GheCs qai^ servant d-àtage i leun dans , étaient à la cour dans un véritable exil, rêvaient sans cesse
d'EeoRse ; il fat poif nardé dans te chlitna de Stirling, de U propre main de Jacqaee II , malgré le
Mvf-condait royal qu'il aYait obtenu.
Mardac , duc d'Albanie « Duncan . ceinte ide Leonox» mn bea«*père» et e«t denx ftls Walter et Alexandre Stuart, furent exécutés à Stirling en x4a5. On le» décapita aur nae éminenoe d'o& U* ponraient toir dans le lointain le chàteaa<fort de Donne et leurs vastes domaines.
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à leur yieiUe tour , à leurs sombres forêlSy à leur puissance féodale^ et croyaient hq pouvoir jouer qu'un râle honteux dans une fête que leur fierté maudissait en secret.
xxn.
Les divers cortèges se répandent dans le parc du château; lei dsnâenrs mauresques , portant des sonnettes aux talons et une épëe à la main j commencent leurs exercices : mais on applaudit surtout le vaillant Robin Hood et toute sa bande ; le moine Tuck, avec son bâton à deux bouts et son capuchon ; le vieux Scathe» l^cke, à l'air ref rogné; la belle Manon » blanche oomme Tivoire; Scarkt » IMutch et Petit* Jean ^ : leurs cors donnent le signal» et a]^ellent tous les archers qui veulent prouver leur adresse. . Douglas tend un arc pesant :, sa première flèche frappe droit an bot ; sa seconde atteint la première i et la partage en deux* Il faut que Douglas aille recevoir de la main du roi une ilèche d'argent y. prix destiné au plus habile. Son œiUiumide interroge celui 4u mo» narqne» et cherche à y lire unvregard de sympathie ; Jacques ne laisse voir aucune émotion ; indifférent comme s'il récompensait marcher -^mlgaire» il remet à Douglas la*^flèche d'argent.