LE CORPS-DE*GARDE
tendre, aux jonrsde fête, cet air de gloire qm rappeUe notre triomphe sur les fils de Dermid; répèteJe... et pois fais-moi la peinture da combat qui a été livré aux Saxons par mon brave dan : ce sera une chose facile pour toi, ménestrel inspiré. Je te prêterai une oreille attentive , jusqu'à ce que mon imagination me bsse entendre le choc des armes. Alors ces grilles, ces murs , s'éva* npuiront à mes yeux ; je croirai voir le glorieux champ de bataille^i^ et mon ame prendra librement son damier essor, comme si elle s'élevait triomphante du milieu de la mêlée ^ •
Le barde tremblant obéit avec respect, et laissa errer lentement sa main sut les cordes de la harpe ; mais bientôt le souvenir dé ce qu'il avait vu du haut de la montagne, mêlé au récit que Bertram lui avait fût pendant 1^ nuit, réveilla tout son génie poétique, et il s'abandonna au sublime élan de son enthousiasme. Td un navire mis à flot quitte d'abord la côte avec lenteur et timidité ; mais^ lorsqu'il sait l'impulsion des flots plus éloignés du rivage, il vole aussi rapide que l'éclair.
LA BATAILLE DE BEAL' AN DUINE.
— Le ménestrel vint saluer une dernière fois la cime occidentale du Ben^Venu ; car, ayant de partir, il voulait dire adieu à l'aimable lac Achray... Où trouvera- t-il sur la terre étrangère un lac aussi solitaire , un rivage plus doux?
X. Il 7 a pltuienrs exemples de penonnes tellement attachées ^ des ain particulien «qu'elles ont demandé à les entendre sor leér Ut de mort. C'est ce qu'on rapporte d'nn certain laird écossais, d'nn barde da pays de Galles » etc.
Mais l'exemple le plus curieux est celai que Brantôme nouh fournit au sujet d'une fille d'honneur de la cour de France, appelée mademoiselle de Limeuil.
c Durant sa maladie, dont elle trespassa, jamais elle ne cessa t ainsi causa toujours; car elle estoit « fort grande parlensOf brocardeuse» et tris bien et fort à propos, et tris belle avec cela.
« Quand l'heure de sa fin fut venue, elle fit venir à soy son valet (ainsi que les filles de la ^our en « ont channne un) , qai s'appeloit Julien , et sçavoit tris bien jouer du violon t — Julien, luy dit- « elle, prenez votre violon, et sonnex^moy toujoan, jusqu'il ce quev/ons me voyiez morte (car je c m'y en Tais), la défaite des Suisses, et le mieux qoe vous pourres; et, quand vous seres snr le mot V Tt ' ' ■
. compagnes ;
« coup , et à bon escient. — > Et ainsi décéda. Voilà une morte joyeuse et plaisante. Je tiens ce « conte de deax de ses compagnes, dignes de foy, qui virent jouer ce mystire. » (Œuvres de Bran> tdme, III, 507,)
L'air que cette dame choisit pour faire sa sortie de ce monde fut composé sur la défaite des Suisses il Marignan. Le refrain est cité par Padurge dans Rabelais , et se (Compose de ces mots» qui sont une imitation du jargon des Suisses, avec un mélange de français et d'allemand i
TontestTelwe,
La tintelore t . ^
Tout est velore, bi gotl
m UL DAiœ DU lac; gb. yi.
Ajacana-bme ne glisse sar la 'fougère et ne ride Tonde pai» libk; Taigle sommeille sur son aire; le daim À'est retiré dans le taillis; lea oiseaux n'élèvent plus leor voix mélodieuse; la tmite agile dort an fond dea eaux , tant est somère Ta^ot de ee anage préeurseur de la fondre , qni semble conTrir d'nn manteau de pewrpre le pie lomtain de Benledi I
£st-ee la toîx soleaneUe du tonnerre qni non» menace, on le pas mesuré du guerrier qni frappe la terre reienlissante ? Est-ce le feu brisé de Téclair qnjfkntsitf la forél, ou sei^aientHse 1^ de^ jiieM rayons dn soleil qni brillent sur les lanees ?
Je yoîs le cimier de Mar, je vois Féloîle'd'âTgeiitde Moray étineekr ; les gaerriers saxons s'avaneent vers le lae : poar le liéros amoureux des combats> peur le bardeinterprète de* la gloire, «a eoup à^aàl jeté sur cette armée i-^^andrait dix années d'une vie paisible.
Leurs archers, armés à la légère, .obBorvaieiit les taillis s leur centre présentait une épaisse forêt de lances, et les cairasaiers à cheval formaient l'avant-garde du corps de bataille.
On n'entendait résonner ni cymbale, ni clairon, ni cornemuse, ni tambour.. Les combattans. s'a vaacaienf dans un silence qa'interrompait seulement le bruit de leur marche et de leur armure. Ancun soufflé d'air ne balançait leurs cimiers, ou ne faisait flotter lea drapeaux ; à peine si Ton voyait trembler le feuillage da saule d(mt l'ombre frémissante s'étendait sur le chemin.
Les vedettes envoyées à la découverte n'apportent aacnnes nouvelles; elles n'ont surpris aucun ennemi en embuscade; elles n'ont apierçu aucune trace de créature vivante, excepté celle da daim que leur approche a fait fuir. L'armée poursuit sa roate, semblable à la mer quand elle ne rencontre- sur son< passage aucon rocher pour s'opposer au cours paisible de ses flots. Le lac est arrière les Saxons: ils sont parvenus: dans une vallée étroite et inégale vis-à-vis des gorgés de Trosaeh ; c'est là que. lès cavaliers fft, les Êintassins font une halte, pendant quelesarcbers s'engag^B^ dans le défilé pour en explorer les détours dangereux.
xvu.
Soudain un cri s'élève, si terriUe qu'on eût dit que tous les rebelles bannis du. cieLvenaient de répéter ledéfi de l'enfer.
Semblables à ces tourbillons de chaumer léger qu'emporte Is souffle des vents , les archers, reparaissent en désordre dans k
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vallon : ûb faient le trépas inévitable; leurs cris de terreur se nêlent aux menaces de ceux qni les ponrsaivent; derrière eu Jettent les panaches et les plaids des montagnards qni agitent leom larges claymoires et les serrent de près. Vainqueurs et ftrfards, tous se pressent pêle-mêle 1 Comment les lances des Saxons soutiendront-elles le choc de ce torrent ?
-* Baissez vos lances, s'écrie Mar, baissez vos lances f re» poissez amis et ennemis.
Telle que des roseaux courbés par le souffle de Forage, cettei fitfât de lances est soudain abaissée ; les soldats serrent leurs rangset attendent de pied ferme le choc qni les menace. — Nous réduinms ces sauvages moptagnards , dît le comte, comme leur tinchri ' dompte les bêtes fauves I Ils arrivent avec Fimpétuosité d^n trou* peau de daims ; comine eux, ils retoumerotit plus dociles dans lemra forétsi
xvm.
Le clan d'Alpine se précipite comme 1m torrent écam&ax, ^traînant devant lui les débris des archers. Les montagnards hrandissent sur leur tête leurs épées qui brillent comme des flots de lumière ; et, unissant leurs noirs boucliers, ils se pressent sur les fuyards avec l'aveugle fureur de FOcéan battu par Taile de 1» tempête.
J'entmidis les lances se rompre, comme les frênes que brise l'ouragan ; j'entendis le choc des claymores , semblable au bruit de mille enclomes. Mais Moray fait faire un détour aux cavaliers de son arrière-garde, et tombe sur||es flancs des guerriers d'Alpine,
»— Avance > mon porte*étendard , s'écrie-t-il; je vois leur cp« lonne qui se ron^t : allons, braves amis , pour l'amour de vo» dunes , fondez sur eux avec la knee I
Les cavaliers se précipitent parmi les montagnards comme le cerf s'élance à travers les touffes de genêt. Leurs coursiers sont unmés , leurs glaives sont tirés du fourreau ; ils ont dans un instant Clairet les phalanges ennemies : les meilleurs soldats du clan d'Al* pîne 8!mt hors de combat. Où était Roderio ? une fanfare de son cor eût valu mille guerriers.
Ces flots de combattans, qui étaient sortis de la gorge du d^é, y sont repoussés ; on a cessé de veir la Jiance des Saxons et
>» Sm ébaiMun ntowmt on* grande étende de-terrdi», et, rétrécissant pek i peu lecerde, xw •cmblent an miliea d'eux de nonibretix tronpeanx de dahna^.qiii foBi d'SuBlilesaffortspoiur niDyifi
•C tmekêl. ¥oTez les détails i» bbHm <>h*aMi Amn» WaiMw4hf.
•«■nient an miliea d eux de nonibretix tronpeanx de dah u tmtkêl, Tojes les détails de cetu chasse dans WufêrUgr^
428 LÀ DAIIIE DU LA€. cb. ti.
la claymore des montagnards* Comme (b gouffre de BrackKnn, si profond et ai obscur, reçoit les vagues qni a'y précipitent, de même ce fatal défilé dévore les rangs mêlés de la bataille ; il ne reste plus de combattans sur la plaine, que ceux qui ont cessé de vivre.
zix.
Le tumulte a'étend vers l'ouest le long du défilé. •• Fois, ménestrel ! le carnage continue : le destin va enfin décider de oette . jeurnée, au lien où la sombre gorge des Trosacbs s'ouvre sor le lac et rile Katrine! Je me hâte de repasser la cime de Ben-Yena... Le lac se déroule à mes pieds , le soleil a quitté rhorizon ; les nuages sont amoncelés ; le voile obscur qui cache les deux a donné aux ondes une teinte d'un bleu livide ; par inte.rvalles le vent s'échappait des sinuosités de la montagne, glissait sur le lac et expirait aussitôt. Je ne fis aucune attention au soulèvement des vagaes; le défilé des Trosacbs occupait seul ma vue; mon oreille n'écontait que ce tumulte confus, 'semblable à la sourde voix d'un tremblement de terre , et qui annonçait cette agonie du désespoir terminée par la seule mort. C'était pour l'oreille du ménestrel le glas fanebre qui résonnait sur la toinbe de plus d'un guerrier. Le tomolte approche : le défilé rejette encore une fois de son sein le torrent des combattans; mais les flots n'en sont plus mêlés. Les guerriers du nord se montrent comme la foudre sur les hauteurs, et se répandent sur les flancs de la montagne; les lances des Saxons paraissent plus bas sur les bords du. lac comme un épais nuage.
Epuisé de ùtigue , chaque baluUôn , privé de ses plus braves soldats , s'arrête avec un air farouche à l'aspect de l'ennemi : leurs bannières flottent comme une voile déchirée dont les lambeaox sont livrés aux caprices de l'aquilon; des armes brisées qu'on aperçoit çà et là attestent le carnage de cette terrible journée.
Les Saxons jetaient sur le revers de la montagne un regard eoucieùx et farouche, lorsque Moray, tournant le fer de sa lance du côté du lac , s'écria ; — Voyez cette île; il n'y a pour en défendre l'abord que de faibles femmes qui se tordent les mains : c'était là qu'autrefois ce clan de voleurs entassait son butin : j^ pronîets ma bourse remplie de pièces d'or à celui qui nagera jusqu'à une portée de trait, pour détacher une des chaloupes attachées au rivage. Nous aurons bientôt réduit ces loups, quand nous serons maîtres de leur tanière et de leur lignée.