LE MASSACRE DE GLENCOE
«^Ohl dis-moi, mënefllrel, pourquoi tes accords de douleur résonnent-ib dans la solitude de Glencoë, où personne ne peut entendre leur mélodie ? dis-moi si tu les adresses aux nuages rapides, au daim fugitif ou à l'aigle qui du haut de son aire te répond seul par ses cris ?
— Non , non ! tous ceux que tu me nommes ont un lieu de repos : le nuage s'arrête en paix sur la cime c^ monts , le cerf dans son repaire et l'aigle dans son nid, où ils sont en sûreté; mais ceux pour qui ma harpe résonne n'ont pu trouver de refuge contre la trahison dans l'ombre de cette vallée profonde, sur la montagne ni parmi les bois.
Leur étendard était ployé ; leur tambour avait cessé de se faire entendre; les chiens mêmes du logis étaient muets, n'aboyant plus à des hôtes qui recevaient un accueil généreux de leur maître. Le joueur de cornemuse choisissait ses airs les plus gais ; la jeune fille ornait ses cheveux de son plus beau ruban; la matrone abandonnait ses fuseaux pour présider aux soins du festin.
La main de celui qui s'assit à la table s'arma pendant la nuit d'un perfide acier, et en perça le sein de ses hôtes pour les récompenser de leur hospitalité. Le foyer où cette main s'était réchauffée l'arma du tison qui alluma la flamme dévorante d'un vaste incendie.
462 LE BiASSACRE DE GLENCOË.
Alors on entendit les cris de la mère an désespoir et de son faible enfant, qui n'excitèrent pas pins la pitié qne les derniers soupirs da guerrier. Le vent gUçé de rhiyer, la neige qui couvre la eoIUnei sont moins impUoj^abks qne les barbares assassins du sud.
Depuis long-temps ma harpe a perdu sa mélodie » ses cordes sont en petit nombre , leur son est affaibli et ne pent pins se distinguer que dans la solitude où le vieux barde traîne sa misère. Ah ! si mes cheveux blancs pouvaient devenir des cordes pbur ma harpe, chacun d'eux ferait retentir un son d'imprécation jusqu'à ce que l'Ecosse s'éeriftt : — Aux armes 1 vengeance I mort aux truitres!
. ^"îf.-
PROI^OGUE