LORD HOUE
— Que Dieu défende le droit I
Rives du Teyiot, conibienyos échos retentirent ^ lorsqu'au sob des cors et des trompettes , les deux ennemis pleins d'ardei|r s'élancèrent l'un contre l'autre 1 le bouclier leyé, l'œil attentif, et d^nn pas mesuré, les Toilà ^ se rencontrent au milieu de la lice !
Aimables dames qui m'écoutez, yos oreilles délicates frémiraient d'entendre comment les casques résonnèrent lousles coups de la hache pesante, comme le sang jaillit de mainte blessure, car le combat fut long et acharné, et chacun desi guerriers était an3si vigoureux que brave. Mais, si jWressais mes chants à des chevaliers, je pourrais entrer dans les détails du coiphal» car j'ai vn briller l'éclair de la guerre, j'ai vu la claymore se croisor avec la baïonnette, j'ai vu le fier coursier marcher dans des flots de sang , et refuser de faire un pas en arrière pour sauver sa vie.
C'en est fait ! c'en est fait ! ce coup fatal Ta étendu sur la terre ensanglantée. Il cherche à se relever. Non, brave Musgrave, tu ne te relèveras plus. Lfe sang l'étouffé; que la main d'un ami détache son casque, et desserre l'agrafe de son hausse-col, poqr qu'il puisse respirer plus librement. Soins inutiles ! Hâtez- vous, saint frère, hâtez-vous, et avant que le pécheur expire, venez l'absoudre de toutes ses fautes, et aplanissez à son ame le chemin de la terre au ciel.
Le saint frère accourut en diligence. Ses pieds nus se teignirent de sang en traversant l'arène. Sourd aux ciis de joie qui proclamaient le triomphe du vainqueur, il souleva la tête du guerrier mourant ; sa barbe et ses cheveux blancs flottaient sur sa poitrine et ses épaules , tandis qu'il priait à genoux près de lui , et qu'il présentait le crucifix à ses yeux déjà couverts d'un nuage. — Il prête une oreille attentive à Taveu de ses fautes, en soutenant sa tête ensanglantée ; au moment de la séparation de l'ame et du corps , il lui prodigue des consolations spirituelles et lui inspire la confiance en Dieu. Mais le chevaUer ne l'entend pas, l'agonie de la mort est passée ; Richard de Musgrave ne respire plus.
Gonune si le combat eût épuisé ses forces , ou qu'il eût réfléchi
72 ' tE LAI DU DERNIER MÉNESTREL.
sur ce triste spectacle, le Tainquenr reste immobile et silencieux. Il ne baisse pas la yisière de son casque , il n'entend pas'les cris de idctoire qni s'élèvent dans les rangs des Ecossais , il ne sent pas les mains qni s'empressent de Tenir serrer les siennes. Mais tout à coup des cris de surprise mêlée d'nne sorte de terrenr partent de tontes parts , et les rangs les plus serrés s'ouvrent à la hâte pour faire place à un honmie pâle et à demi nu y qui accourt du château. Il saute par-dessus les barrières d'un seul bond, il promène autour de lui ses yeux hagards, comme un malade en délire J Chacun reconnaît William Deloraine. Les dames se lèyent de leurs sièges en tressaillant » et les deux maréchaux sautent à bas de leurs coursiers.— Qai es*tu donc, s'écrient-ils, toi qui as combattu et remporté la victoire? — Le vainqueur détache son casque: — Je suis Henry Cranstoun^ répond-il, et voilà le prix pour lequel j'ai combattu. — A ces mots, prenant par la main le jeune Bac* cleuch, il le conduit à sa mère.
Elle couvrit de baisers -le fils qui lui était rendu , et le pressa longtemps sur son sein ; car malgré Tintrépidité qu'elle avait cherché à montrer, son cœur avait tremblé à chaque cbup porté à son champion. Cependant elle ne daigna pas remercier lord Cranstoun , qui fléchissait un genou devant elle. Il n'est pas besoin de rapporter tout ce que dirent Douglas, Home et Howard , car Howard était un ennemi généreux , ni les prières que tout le clan adressa à la châtelaine pour qu'elle oubliât la haine qui avait divisé les deux familles, et daignâtbénir l'hyménée du seigneur de Cranstoun avec la fleur du Teviot.
Elle jeta les yeux alternativement sur la rivière et sur la montagne , et se rappela les paroles prophétiques des deux esprits. Rompant enfin un silence jusqu'alors inflexible : — Ce n'est pas vous qui l'emportez, dit-elle , mais je cède à la destinée. Les astres peuvent verser une influence favorable sur les eaux du Teviot et sur la tour de Branksome , car l'orgueil est dompté et l'amour est libre ^. — Prenant alors la main de la belle Marguerite qui, éperdue et tremblante , pouvait à peine' respirer et se soutenir, elle la mit dans celle du lord Cranstoun : — Que ce nœud d'amour, ditëlle , attache nos deux maisons l'une à l'autre , et soit le gage d'une
z. Voyei chant I , stance xvii.
fidélité réciproque et inviolable ; c'est anjonrd'hni le j6or de yo» fiançailles 9 et ces nobles lords Tondront bien rester ponr les honorer de leor présence.
XXYU.
En retoomant an château, elle apprit de Cranstonn comment il ayait combattu Deloraine ; comment son page avait soustrait au ehevalier blessé le livre merveilleux ; comment il s'était introduit le matin dans le château , à Taide d'une illusion magique ; et comment le nain ayant dérobé l'armure du chevadier^ tandis que celuici dormait , il avait paru dans la lice sons son nom. Mais il ne lui fit que la moitié du récit , et passa sur son entrevue avec Marguerite. La dame ne voulut pas faire paraître au grand jour les secrets de son art mystérieux , mais elle se promit de punir avant minuit raudace de ce page étrange , de retirer le livre de ses mains impures, et de le rendre à la tombe de Michel.
Je ne parlerai pas des discours pleins de tendresse de Marguerite et de son amant. Elle lui conta combien son sein avait été agitée et quelles craintes elle avait épronvées pendant qu'il se mesnrait contre Musgrave. Je ne vous peindrai pas leur bonheur ; un jour, belles demoiselles, vous le goûterez à votre tour.
William Deloraine^ ei) s'éveillant d'un sommeil léthargique, avait appris par hasard qu'un antre chevalier couvert de ses armes et portant son bouclier, combattait en champ clos, sous son nom, contre le fier Musgrave. Il y courut aussitôt sans âtre armé , et sa présence répandit la terreur et la consternation , car on le prit pour son propre spectre ^, et non ponr un homme vivant. Ce nou- Telaillié n'était guère de ses amis; mais quand il vit l'heureux résultat de cet événement, il le félicita de bon cœur et ne voulut pas réveiller une ancienne querelle ; car, quoique grossier et peu courtois, son cœur ne nourrissait pas une haine implacable; et dans ses incursions il ne répandait le sang que lorsqu'il. éprouvait de la résistance, ou, comme cela était juste, quand il s'agissait d'une gnerre à mort. Jamais il ne conservait de ressentiment d'une blessure qu'un vaillant ennemi lui avait faite honorablement. Tel parut en effet William Deloraine , en jetant les yeux sur le corps dé Musgrave. Son front trahit ses regrets mal déguisés par son air
!• tJne des sapentitions écossaises les pins bûarres, est de croire que le spectre (M« »r«ùtk] d'un bomme Tivant peut lui apparaître; ce qui apnonce toujotirs quelqa? malheur.
U LE LAI W PERNIEH lilÉMESTREL.
soacieox ^ aéyère ; il ))aissa la t^tç aTi^c do^lQur^) et célébra ainçi la gloire du yainca :