‹ Œuvres de Walter Scott (volume 4)Chapitre 16 sur 134 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

— ' Te voilà donc sans vie , |licbard Mnsgrave, mon mortel ennemi, devrais-je direl car si le frère que tu chérissais a péri soas mes conpsy tn m'avais privé du fils d'ane sœur, et quand je fas plongé, pendant trois grands mois, dans un noir cacbot da châ* teau de Naworth^ jnsqn'à ce qae j'easse payé une rançon de mille marcs d'argent , c'est à toi que j'en étais redevable. Si nous pouvions combattre aujourd'hui, si tu étais vivant comme moi , nul mortel ne pourrait nous séparer avant qu'un de nous restât sur Parène. Et cependant la paix soit avec toi , car je sais quç je ne trouverai jamais un plus noble ennemi. Dans tons nos comtés du nord, où le mot de ralliement est — la bride , l'éperon et la lance, — personne ne savait mieux que toi poursuivre son butin ^ . C'était un plaisir, en se retournant , de te voir donner la chasse à ton ennemi , exciter les limiers féroces^ et animer par les sons de ton cor les vassaux qui te suivaient. Je donnerais les terres de Deloraine , fier Musgrave , pour que tu vécusses encore I

n ne cessa de parler que lorsque la troupe de lord Dacre se prépara à rentrer dans le Gumberland. On releva le corps du brave Bfqsfray^» pu retendit fiax sm bouclier,, qu'Q^ plaçai mv des lances» fil quatre bomme^ » que d'a^tr^ relevaient à tour de rftlQi f^ çjMXfpvpnlt de ce noble fardeau, (.es yc^ntç portiiient au loin le» féba^ts plaintifs des méneatrels. Quatre prêtres ^ en longues robes l^çiiref } ^uiv^ent le corp^ et rédiaieiii des prières pour le repos 4e «oDi axa^ Les Qavs|}iers «'avançant à pas lents, et les portel^ipçea lea spitant à i^ed» formaiei^t le reste du cortège. Ce fat ains qu'on transporta les restes di| vaillant chevalier à travers le Liddesdale, ]ii.scR'aui( lives dn Levep; il fut déposé sona la nef ^evé^ d'^^H Qoltr^imi d4^9S k s^épi^tiire de ses pères.

Le ^rde f^vait c^s^ d^i cbanter » mais les cordes de sa barpa Ai" ifim çpfH^rç eii^^^^jensç^f d'une muebet funèbre. Ses accords.

z. CeAi qni avait été pillé par des marandenn se mettait à leur ponrênite avec ses amis» aa son da cor, et à l'Aide de chiens dressés à cet effet. Si son chien pouvait suivre la j^iste, il »^A\ ^f°" dftettwdaas te'r»yi«tBe voitia/privité^ q(d ftt coolèr le san^^ Ken des fois.

yariés avec art , semblaient partir tantôt de loin, tantôt de près, s'affaiblir par degrés, et soudain devenir plus sonores. C'était un torrent descendant avec fracas du haut des montagnes, et puis ne bisant plus entendre qu'un doux murmure au fond de la vallée. II imitait tour à tour les airs mélancoliques des bardes, les chants solennels de Fégli^ , et il Ûiiit par là çhoiir ^es prêtres qui fermaient la tombe du guerrier.

Après quelques instans d'intervalle, les dames lui demandèrent pourquoi un ménestrel si habile sur la harpe errait ainsi dans an pays trop pauvre pour récompenser dignement ses talens, pourquoi il n'allait pas dans les contrées du sud , où sa main habile trouverait un appui plus généreux.

Quelque chèrç «^e lui fût ss^ harpe ^ çon laiicjue amie, le yiçux ménestrel n'fdgisiit pas à lui entqndrç donner u^e préférence si marquée sur se^ chants : il ai^iait encore moiqs qu'on parût rabaisser ta. patrie ^p'il chérissait tant ^ et il prit nq ton plus élevé ^i^ çoi|^l|iier ^es ppétimjies récits.

FIN BU CHAUT CINQUnaiE.

Es^iI an homme dont Tame soit assez insensible pour ne s'être jamais dit : — Yoici ma patrie ! ma terre natale I Est*il on homme qoi n'ait pas senti son cœur s'enflammer^ qnand après avoir erré dans des contrées étrangères, il tourne ses pas du côté de son pays? Si an tel homme existe, r«narquez-le bien , le noble enthousiasme du ménestrel lui est inconnu. Quelque élevé qu'il soit par son rang , quelque fier qu'il soit de son nom , en dépit de ses titres , de son pouvoir et de ses richesses , le malheureux, concentré en lui-même, vivra sans gloire, et frappé d'une double mort, rentrera dans la poussière dont il est sorti , sans qu'aucune larme , sans qu'aucuns chants honorent sa mémoire.

O Calédonie , fière et sauvage nourrice du génie poétique , terre de bruyères et de forêts , terre de montagnes et de lacs, terrd de mes pères , quelle main mortelle pourrait rompre le lien filial qui m'attache à tes rochers I Quand je revois les lieux témoins de ma jeunesse , quand je songe à ce qu'ils furent, à ce qu'ils sont , il me semble que, seul dans le monde, je n'ai plus d'autres amis que teà bois et tes ruisseaux , et l'excès même du malheur fait que je les chéris davantage. J'aime à errer sur les rives de l'Yarrow , quoique une main compatissante n'y guide point mes pas chancelans ; j'aime à sentir le vent impétueux qui part de la forêt d'Ettrick , quoique son souffle glace mes joues flétries ; j'aime à reposer ma tête sur les rochers du Téviot , quoique le barde soit condamné à y rendre le dernier soupir dans la solitude et l'oubli.

ns n'étaient pas méprisés comme moi. , ces ménestrels qu'on appela de toutes part^ ai| château de Branjâpnie* Ils y arrivèrent en

fonle, et des environs et des comtés les pins éloignés» Ministres joyeux de la gaieté et de la guerre , également prêts à partager les plaisirs d'un festin ou les dangers d'un combat, on les voyait dans la salle da banquet et sur le champ de bataille. Naguère ils ayaient fait entendre leurs chants guerriers à l'ayant-garde de leurs clans belliqnenx ; maintenant les portes de fer s'ouvrent aux accords plus doux de leurs harpes et de leurs cornemuses. Ils dansent y boivent, ef font retentir les tours de leurs accens d'allégresse»

Je ne dirai point la splendeur avec laquelle la fête de'Fhymen fat célébrée. A quoi bon décrire les jeunes filles, les nobles dames, les écuyers et les chevaliers qui se réunirent dans la chapelle ; les bijoiix , les riches manteaux , les fourrures de prix , les panaches ondoyans, les éperons et les chaînes d'or, qu'on vit briller autour de Taatel? Quel barde pourrait peindre cette aimable rougeur que lapndeur faisait naître et mourir tour à tour sur les joues de Marguerite?

Quelques bardes ont dit que sa mère n'approcha pas de l'autel , n'entra même pas dans la chapelle , n'assista point à la cérémouie sainte , parce qu'elle n'osait paraître dans un lieu consacré : mais ces bruits sont faux et calomnieux. Elle ne s'occupait pas de luagie noire (M) ; il est certaines formules et certains signes qui ont du pouvoir sur les esprits par l'influence des planètes \ mais 1 û peine à approuver ceux qui se livrent à cet art dangereux. Cependant je puis dire avec vérité que la noble dame était près de l'autel. Elle portait une robe de velours noir bordée d'héntine , a^ftitsnr la tête une coiffure de soie cramoisie, brodée en or et^en perles, et tenait sur le poing un faucon attaché avec une tresse de 8oie^

La cérémonie nnptiale se termina vers midi , et un festip splen- £de fut servi dans la grande salle. L'intendant et les écuyers s'empressèrent d'assigner la place à chaque convive. La table était couverte des mets les plus recherchés ; on n'y avait oublié lii le paon doré ^, ni la tête de sanglier, ni le ptarmigan, ni le jeune

I. Les dames da hant ran^ portâi^t ordinairement un faucon sur le poing dans les cérémonies, et les chef aUers et barons en faisaient autant en temps de paix.

>• On sait que dans les siicles de cbetalerie on regardait le paon non-seolenent conma un met»

TO LE LAI DU bÈïWlËA MÉNESTREL.

efgtit àé» étftngs de Sainte^Matie. Lé ptêtte donna ésl bëuJdictioti à toaii lei ttie» , le» pagea se mirent à dééouper et à aefvir. Qui ^urràli dire le bntit qui régtia abra dana la salle , au dehora , et joaqdD aiir ta tête dea contitea ? car les trom{)etteà , les côttietntiaea 4â les paaltériotiè retentissaient dans la galerie. Les tieiiut guer" fiera parlaient haat et riaient en vidant leurs coupes sonores ; lea jeunea tihetaliers , d'un ton plus doux , parlaient à demi-yolx aux . belles dautea, <itii les écoutaient en souriant. \jbB faucons chaperonnés f sur leurs perchoirs , battant des ailes et secouant tetlTi aonnette , j oignaient leurs cris anX aboiemens des chiens de chasse ; ha éohanaona tersaient à grands flots les meilleure vins du Rhin, d'Orléana et de Bordeaux ; tout était joie , bruit ac plaisb".

Le lutin d« page , ne perdant jamaia Foccaslôn At faire le mal , fttttlut profiter du moihent où les têtes s'échauffiiient, pont semer k haine et la discorde. Conrad de WoUbnstein , naturellement hautain , était mécontent d'avoir perdu quelques-uns de ses coursiers. Le nain lui persuada que le vaillant Hunthill de RutheHbrd i qu'on avait surnommé Dick Sabre-en-main, les lui avait dérobés. Wolfenétein se prend de paroles avec lui, s'emporte, et le frappe de son gantdet. Howard , Home et Douglas se levèrent aussitêt , et cherchèrent à apaiser cette querelle naissante. Kutherfofd dit pende chose, et se borna à mordre son gant et à secouer la tête ^. Qnince jours après , le chien d'un bûcheron trouva , dans la forêt d'Inglewood , le brave Conrad percé de coups , baigné dans son sang et sans vie. On ne put découvrir comment il avait péri , mais on ne lui trouva plus son sabre , et l'on dit que depuis ce tempf Dlck porta une lame de Cologne.

vin.

Le nain, qui craignait que son maître ne s'aperçût de ses manœu-

déUcat, mais comme un plat spécialement oonsacM^ aux festins d'apparat. Apris l'avoir fait râtir , t on le recontrait de ses plaines» et on lui plaçait dans le bec ooe éponge imbibée d'ea^t de vin enflanMé. Llmtaift dn «h le Çla^ah siir ta tabl« , ttfs jours de ^tid gala , était ceint ^ne les chevaliers aventareux choisissaient poor ffirt — d«yaBt It pMB «ilas dames .^ le vero d'aetom^it ^d(|ae pronesstf.

La tAta du aanflilr ae aer^taiisai dus les gnméê» tém ao tempe de la ftodlHlé. Bn MtomUt elle é(ait entourée àe petites bannières sur lesquelles oif voyait les couleurs , les armoiries et la de^sQ do baron.

On voit souvent des troope« de cygnes sauvages sur le lac de Sainte-Marie , près de la source dslTamw.

I. Mordre son gant passait, sur les Irontières d'Ecosse, pour nn vœn solennel de vengeance. On

quoiqtt

la qaerelîe» il était sôr de ne pas avbir mordu son gant sans avoir reçu une ÎMOltiilBpwdiOiUMble. It jttrdK fit tiedittUèé dttâ, 4tti «ttt lieu éii i^tz, près dé SeOirk.

Chant SIxièmb. n

yresperfidcdy se rendit dors dans PcrfBce, oùlespriticipaïutTassaitt se livraient à la gaieté aassi franchement qne les nobles lords dans là salle d'apparat. Wat Tinlinn inrita Arthur-le-firftlenr ^ à proposer nne santé, et celui-ci , par courtoisie , porta celle des braté!( hommes d'armes d'Howard. Les Anglais ne voulurent pas céder en politesse aux Ecossais, et Roland Forëter s'écria à haute Toix : — Un toast à votre belle mariée 1 ^L'ale brune ^ remplit les coupes de son écume pétillante, aux bruyantes acclamations de touâ les conTives. Jamais pareils transports de jde n'avaient éclaté parmi le clan de Bucclench depuis le jour où la liiort d'tm cerf avait ac^tuia ce nom an premier de leurs Cheb ( ii).

Le méchant page n'avait pas oublié Tare de Wat Tinlinn. Il jura de se venger et de lui faire payer bien cher son adresse à décocher une flèche. D'abord il le tourmenta par des railleries piquantes : il raconta comment il avait pris la fbite à la bataille de Solwayi et comment Hob Armstrong avait consolé sa femme. Bientôt, craignant encx>re son bras vigoureux ^ il lui joua plus d'un tour malin en tapinois, faisant disparaître de son assiette les meilleurs morceansL, et renversant le pot de bière qu'il portait à ses lèvres»- Enfin, se glissant adroitement sous la table , il lui enfonça dans le genou une épingle acérée dont la pointe envenimée lui fit une blessure qui ne put se guérir de long-temps. Tinlinn se lève en jnrant de colère, renverse la table et les flacons. Mais, au milieu dn tumulte et des clameurs, le nain retourna dans la grande salle, y prit son poste dans un coin obscur, et murmura en faisant une grimace effroyable : — Perdu 1 perdu! perdu f

Cependant la noble dame , craignant que quelque nouvelle querelle ne vint encore troubler la bonne inteUigence , ordo]^la aux ménestrels de commencer leurs chantSé Un vieux barde» portant on ancien nom , Albert Grœme» se présenta d'abordé Personne ne pinçait la harpe comme lui dans toute l'étendue du territoire contesté ^ Son dan audacieux ne connaiasftit paa d'amb^ N'importe

1. L'iodirida, porteur de ce redomtable nom de guerre» était un RUiot et résidait à ThorteihQpet iao» le Liddesdtle. Il est sttr 1« liste des iiiarràadetu*$ ie H firoiitiènre en 1597.

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